CHAPITRE PREMIER
Dans les premiers temps de nos études médicales, nous nous rappelons avoir vu, un jour, entrer dans la boutique d'un petit libraire de la rive gauche, où nous nous trouvions par hasard, un homme à l’air inspiré, au visage pâle et maigre, animé par deux prunelles fiévreuses L’homme portait un manuscrit quil ven offrir à l’éditeur en lui disant d’un ton myslé rieux : « Il y a là-dedans des choses de la plus haute importance, mais je dois dire que je n’en suis pas fauteur véritable, car cela m’a été dicté pas les esprits
Naturellement, notre auteur fut « recond
avec tous les honneurs dus à son rang de collaborateur des « esprits ». L’expression de cette physionomie étrange ne s’est pas encore effacée de otre mémoire et, dans ces derniers temps, où nous avons été amené par nos études à poursuivre certaines observations jusqu’au milieu des sociétés spirites, nous avons retrouvé la meme expression chez un certain nombre d’adeptes fanatiques. Parmi les premiers chrétiens, ils evaient avoir cet aspect ceux qui allaient d’euxmêmes s’offrir en pâture aux bêtes des cirques romains. Nous ne doutons pas, du reste, que s’il le fallait pour confesser leur foi, nombre de spirites ne reculeraient pas davantage devant la persécution — ce qui d’ailleurs ne prouverait rien.
Cependant, si un certain nombre d’esprits — terrestres s’entend — se laissent enthousiasmer parles pratiques spiritualistes au point de permettre à leur raison de perdre pied, il est juste de dire que c’est le petit nombre — à Paris tout au moins. Nous connaissons, pour notre part, beaucoup d’hommes sincères et éclairés qui étudient froidement la question dans l’espoir d’y surprendre la raison, le pourquoi de la vie.
Une chose que l’on ignore généralement dans le monde scientifique et dans le public ordinaire, c’est que les adeptes du spiritisme sont répandus, en grand nombre sur tous les points de globe et
dans toutes les classes des sociétés. Ils ont leurs associations d’études, de secours mutuels, et, sans aller jusqu’à prétendre qu’ils constituent une conjuration secrète dont les vastes ramifications minent le monde — comme les taupes fouillent la terre, suivant l’expression d’un journal clérical, — il faut néanmoins reconnaître que le spiritisme prend de jour en jour une importance telle par le nombre croissant de scs néophytes qu’avant peu on sera bien obligé de s’occuper de lui dans les sphères officielles tant scientifiques que politiques. Le spiritisme est devenu une croyance, une véritable religion.
En France le nombre des spirites est moins grand qu’en Angleterre ou en Amérique, mais nous ne croyons pas exagérer en disant qu’à Paris ils sont près de cent mille.
Des journaux spirites, des revues et, autres feuilles périodiques s'impriment dans t6us les pays de la terre. On se fera une idée plus précise do l’importance acquise par la nouvelle doctrine d’après la quantité des principales publications qui en sont l’organe et dont le nombre augmente chaque jour.
Treize revues ou journaux spirites sont publiés en français (la Revue spirite, la Pensée libre , le Spiritisme , la Lumière à Paris, la Religion laïque à Nantes, etc.), 27 en anglais, '30 en
espagnol, 5 en allemand, 3 en portugais, 1 en russe, 2 en italien. Un journal spirite francoespagnol paraît à Buenos-Ayres et un autre franco-flamand à Ostende.
Au nombre de ces publications, deux sont rédigées par des hommes revêtus d’un caractère scientifique,4els sont les Procecdings de la Société de recherches psychiques ' , de Londres, parmi les membres de laquelle nous relevons les noms de MM. Gladstone, ex-premier ministre, W. Crookes, Alf. Russel Wallace. Ces deux derniers sont, en même temps, membres de la Société jRoigale de Londres, société savante qui correspond à notre Institut de France . Le président, professeur Balfour-Stewart, est également membre de la Société Royale. Actuellement la Société de recherches psychiques compte 254 membres effectifs, 21 membres honoraires et 255 membres
1 Extrait des règlements et statuts de la Société de recherches psychologiques de Londres :
(Art. 1.) Titre. — Le nom de la Société est : la Société pour les recherches psychiques.
(Art. 2.) But de la Société. — Cette Société est établie dans le but: (a) d’unir en corps organisé les savants et les chercheurs afin d’encourager l'étude de certains phénomènes obscurs comprenant ceux que l’on connaît communément sous le titre de psychiques, mesmériques, spiritualistes et de donner publicité aux résultats de ces recherches: (b) d’imprimer, de vendre ou de distribuer les publications relatives aux sv : *4s psychiques ou analogues; de fournir aux chercheurs par correspondance
associés. Plusieurs savants français font partie de la Société de recherches psychiques, à titre de membres correspondants. Citons les docteurs Bernheim et Liébault de Nancy, Charles Richet,
ou toute autre manière des informations sur ces sujets; . de rassembler et de coordonner les faits les concernant; d’ouvrir des salons de lecture, librairiesmu autres locaux . ; analogues et de faire en général tout ce qui peut contri- V buer à l’acquisition des objets ci-dessus.
Les membres payent 1 guinée par année (25 fr.) ou 10 guinées, une fois données. — Les membres fondateurs payent 20 guinées.
Nota. — Pour prévenir toute erreur, il est expressément établi que faire partie d W a . Société n'implique pas l’acceptation d’explications particulières sur les phénomènes examinés, comme la croyance de l’opération dans le monde physique de forces non reconnues par la science.
Membres et associés honoraires .— Leconseilpeut nommer membre honoraire de la Société toute personne distinguée par son savoir ou par son expérience dans les recherches psychiques; et associé honoraire, toute personne ayant rendu quelques services à la Société. Les membres ainsi élus peuvent être rééligibles annuellement. Membres et associés honoraires jouissent des privilèges sans avoir aucune des obligations attachées à ces titres.
Membres-correspondants.— Le conseil aura le droit d'élire comme membres correspondants jouissant des mêmes prérogatives que les membres honoraires toutes les personnes capables et désireuses d'aider aux projets de la Société. Ils seront éligibles dans les réélections annuelles.
Le secrétaire enverra à chaque membre une notice de toutes les questions qui doivent être traitées en réunion générale. La réunion spéciale des membres de la Société pourra être convoquée par le conseil ou par le président ou par le secrétaire, sur la demande de dix membres.
Dix jours avant ces réunions* ou donnera avis de toutes
professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris et directeur de la Revue scientifique .
Un journal spirite allemand, le Sphynx , est rédigé également par des savants.
les questions devant être traitées et nulle autre affaire ne pourra être étudiée. Tous les membres recevront une circulaire pour la réunion générale.
Un livre de présence sera gardé et signé par chaque membre à son entrée dans la salle des réunions. Dans toutes les réunions du conseil, 4 membres formeront comité et toutes les questions seront décidées au vote et une décision prise par la majorité sera, sauf certains cas prévus, la décision du conseil.
Des comités composés de membres de la Société seront formés pour l’étude de projets spéciaux. Chaque comité désigné rendra compte de ses procès-verbaux au conseil, par la voix de son président, et aucun rapport ne sera publié sans la sanction du conseil. Le conseil aura le droit, avec une majorité des trois quarts des membres présents, de suspendre ou de corriger quelques-unes des règles ou lois de la Société après en avoir donné notice à tous les membres sept jours avant la réunion. Ces changements seront en vigueur jusqu’à la prochaine réunion générale, à moins qu'ils ne soient confirmés par le vote de la majorité des membres présents.
Le conseil aura le pouvoir d’employer les fonds de la Société composés de legs et donations, de la manière qu’il le jugera convenable, les vendant ou le^ transformant. Le conseil pourra établir des succursales dans la Grande-Bretagne ou autre lieu et aura la possibilité de coopérer avec les Sociétés ayant en vue les mêmes idées.
Auditeurs. —Il y aura deux auditeurs : l’un choisi par les membres de la Société, l’autre par les membres du conseil. Ces auditeurs rendront compte au conseil des rapports de la Société, ils seront autorisés à examiner dans tous ses détails la question des dépenses afin de constater l’emploi des fonds suivant les constitutions.
Propriétés et fonds.— Chaque livre accepté par la Société
Un des ardents propagateurs du spiritisme, à Saint-Pétersbourg, est M. Alexandre Aksakoff, conseiller secret du czar Alexandre III.
pour lectures ou publications deviendra sa propriété absolue, à moins que les droits d’auteur n'aient été spécialement réservés. Lesbiens de la Société seront confiés par le conseil à un comité formé de membres et autres officiers de la Société.
Notices.— L’enregistrement d’une notice à l’adresse d’un membre ou associé sera fait comme celui des membres et associés demeurant à l’étranger pourvu que ces derniers indiquent un lieu d’adresse à United-Kingdom. Une notice envoyée par le secrétaire d’une succursale ou Société alliée sera considérée comme avis des membres de la Société à laquelle appartient le secrétaire.