V.IJ
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nous expliquer une fois pour toutes sur le mot « phénomène » qui forcément viendra souventes fois au bout de notre plume dans le cours de celte étude :
Par le mot phénomène, nous désignons tout fait se présentant à l’observation, sans vouloir attacher à ce fait aucun caractère, hormis le naturel. Nous conservons ainsi au mot un sens conforme à son étymologie (To (ponvopevov : ce qui est apparent).
L’étude du magnétisme ou hypnotisme est en quelque sorte une entrée en matière préparatoire à l’étude des faits dus à la force psychique, ainsi qu’on a nommé l’agent particulier qui préside aux « phénomènes dits spiritualistes », et ceuxci surprennent moins après l’observation des premiers.
N’est-on pas étonné, tout d'abord, en présence des observations de suggestion qu’onnepeutpourtant pas révoquer en doute, et devant lesquels le sceptique le plus endurci est bien obligé de battre en retraite, sous peine de paraître aussi siègefait que le professeur Bouillaud s’obstinant à voir dans le phonographe un artifice de ventriloquie?
On sait ce qu'est la suggestion : la plupart
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des individus y sont sensibles. Le « sujet», mis dans un état particulier, peut être obligé d’ac^ complir tel acte aussi extravagant, aussi criminel quon pourra le supposer, si celui sous l’influence duquel il se trouve momentanément placé, lui en intime l’ordre, lui en suggère l’idée.
Certains de ces faits peuvent bien être expliqués par la suggestion simple, dont M. Bernheim, de Nancy, a démontré l’importance, mais nous allons voir que cette explication ne saurait être généralisée. Voici un exemple de suggestion pure, citée par M. Bernheim dans son récent ouvrage 1 :
A S..., je suggérai un jour qu’à son réveil il verrait derrière lui sur un meuble une cuiller en argent et qu’il la mettrait dans sa poche. Réveillé, il ne se retourna pas et ne vit pas la cuiller. Mais sur la table, devant lui, était une montre : je lui avais suggéré en outre l’hallucination négative qu’il ne verrait personne dans la salle et se trouverait tout seul, ce qui se réalisa. L’idée du vol suggéré pour la cuiller se présenta dans son cerveau pour Ja montre. Il la regarda, la toucha, puis dit : « Non, ce serait un vol » ; et la laissa. Si la suggestion du vol de la cuiller
1 De la Suggestion et de ses applications à la thérapeutique , par ie D r Bernheim, professeur à la Faculté de médecine de Nancy. — Octave Doin. Paris, 1886.
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lui avait été répétée avec force et impérieusement commandée, je ne doute pas qu’il ne l’eût prise.
Depuis que ceci était écrit, j’ai eu occasion d’hypnotiser de nouveau S... Je lui ai fait la même suggestion plus impérieusement : « Yous mettrez la cuiller dans votre poche; vous ne pourrez pas faire autrement. » A son réveil, il vit la cuiller, hésita un instant, puis dit : « Ma foi, tant pis ! » et la mit dans sa poche ».
M. Victor Meunier, rédacteur scientifique du journal le Rappel, a eu autrefoisle mérite et on peut dire le courage, — car il y en avait à cette époque — de parler un des premiers en France, dans le journal la Presse , du magnétisme animal. Dans le numéro du 23 juillet 1886 du Rappel , M. Victor Meunier, qui s’intéresse toujours à ce sujet, consacre sa Causerie scientifique à de nouvelles expériences dont lui fait part le D r Liébeault de Nancy. Suivant une loi que nous nous sommes imposée pour le présent ouvrage, nous reproduisons textuellement l’article du savant chroniqueur . % On verra par ce document que le magnétisme est aujourd’hui complètement à l’ordre du jour. Il s’agit, dans le cas particulier, de vésications produites ou empêchées sur la peau d’un sujet hypnotisé par simple suggestion. Dans d’autres cas,
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on peut,,parle meme procédé, produire l’ivresse, la gaieté, etc., changer la personnalité d’un individu, de telle façon qu’une jeune fille se croit général, tandis qu’un général donnera sa parole qu’il est bonne d’enfant ou nourrice, etc., etc. On voit des gens marcher à quatre pattes, aboyer comme des chions; d’autres miauler comme des chats, parce qu’on leur a suggéré l’idée qu’ils sont devenus chien ou chat, et cela avec un sérieux qui défie toute idée d’imitation et de supercherie.
Voici l’intéressant article de M. Victor Meunier :
M. le docteur Liébeault nous envoie le procèsverbal d’une très curieuse expérience de suggestion hypnotique faite, le 9 de ce mois, à Nancy.
Elle a pour auteur M. Focachon, pharmacien à Charmes (Meurthe-et-Moselle), déjà connu de nos lecteurs, et pour témoins, outre notre Irès savant et très honorable correspondant précité : MM. Liégeois, professeur à la Faculté de droit de Nancy, Fèvre, ancien notaire, et D r Brulard, qui l’ont suivie du commencement à la fin et s’en portent garants.
On se rappellera qu’en vue de savoir si le prétendu miracle delà stigmatisation ne couvre pas quelque phénomène hypnotique, M. Focachon enlreprit avec une demoiselle Elisa..., pour sujet des recherches
qui l’amenèrent à produire des brûlures et de la vésication par simple suggestion ; ce qui fut constaté par MM. les professeurs Beaunis et Bernheim, de la faculté de médecine de Nancy, et Liégeois de la faculté de droit, MM. les D rs Brulard et Liébeault, et enfin MM. Laurent, architecte statuaire, et Simon. Le Rappel a rendu compte de tout cela l’année dernière.
Or, après avoir obtenu de la vésication sans substance vésicante, M. Focachon fut naturellement curieux de voir si Feffet inverse lui réussirait également, c’est-à dire, si, par suggestion toujours, il n’empêcherait pas une substance vésicante de produire de la vésication.
C’est de cette expérience qu’il s’agit maintenant. Ainsi qu’on va le voir, elle a été parfaitement menée.
D’un morceau de toile épispastique d’Albespeyres il fut fait trois parts. Deux seront respectivement appliquées aux bras de M Uo Elisa pour, l’une, y subir, le cas échéant, l’influence de la suggestion destinée à en faire une matière inerte; l’autre, qui ne fera l’objet d’aucune suggestion, pour produire ses effets ordinaires.
Le troisième fragment sera posé à un malade qui se trouvera en avoir besoin.
Par ces dispositions on voit que tous les termes de comparaison et moyens de contrôle, quant à la qualité de l’agent épispastique, à l’aptitude naturelle et actuelle du sujet à en ressentir l’effet, et quant au rôle enfin de la suggestion pour modifier et cette qualité et cette disposition, seront réunis.
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Ainsi fut fait.
M lle Elisa, étant endormie, un premier carré de toile vésicante de 5 centimètres de côté est placé sur la face palmaire de son avant-bras gauche, à la réunion du tiers supérieur au tiers moyen, et un second carré de 2 centimètres seulement de côté est mis à l’endroit correspondant de l’avant-bras droit. En môme temps, à l’hospice civil, la dernière portion de toile était appliquée par M. le D r Brulard sur la partie antérieure et supérieure de la poitrine d’un phtisique. Revenons à M 110 Elisa.
A peine les emplâtres lui sont-ils posés qu’avec énergie M. Foeachon fait au sujet déjà en somnambulisme cette déclaration : que le vésicatoire appliqué sur son avant-bras gauche (vésicatoire de 5 centimètres de côté) n’y produira aucun effet.
Du commencement de l’expérience — dix heures vingt-cinq minutes du matinjusqu a huit heures du soir, M 110 Elisa ne resta pas seule un instant.
A huit heures du soir, revenus et réunis auprès d’elle, les témoins ci-dessus, après s’être assurés, par l’état du pansement qu’il n’avait pas été dérangé, l’enlevèrent et constatèrent alors ceci :
Avant-bras gauche (c’est celui où a été placé le plus grand vésicatoire, dont la suggestion devait annuler l’effet) :
La.peau est intacte. Le révulsif a complètement échoué. La suggestion a pleinement réussi.
« Seulement — lisons-nous dans le procès-verbal — il y avait de la rougeur autour d’une piqûre
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d’épingle inaperçue au moment du pansement et siégeant près d'un point de la peau qui élait occupé par le bord externe du vésicatoire ».
Avant-bras droit (c’est celui où avait été placé le plus petit vésicatoire, lequel n’avait été l’objet d’aucune suggestion) :
Le révulsif avait déterminé un piqueté bien marqué de l’épiderme, et la patiente accusait une sensation douloureuse, Si imminente paraissait la vésication que les témoins résolurent de prolonger l’expérience et prièrent M. Focachon de remettre les deux vésicatoires en place. Quarante-cinq minutes après : il y avait à droite deux phlyctènes (ampoules) bien marquées, et dont l’une ayant été percée laissa écouler de la sérosité. (Le lendemain matin, M. Liébeault recevait de M. Focachon, retourné à Charmes avec son sujet, une carte postale lui donnant avis que le petit vésicatoire produisait un écoulement abondant, accompagné d'une forte inflammation.)
Quant au vésicatoire posé par M. le D r Brulard au malade de l’hôpital civil, il produisit en huit heures une ampoule magnifique.
Par conséquent lorsque les signataires du procèsverbal concluent ainsi :
« De ce qui précède il résulte pour nous que par suggestion dans l’état somnambulique, on peut neutraliser les effets d’un vésicatoire cantharidien », leur conclusion est absolument inattaquable, car elle n’est que la formule du fait qu’il leur a été donné d’observer.
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Qu’on nous permette encore de citer l’observation suivante que nous empruntons également au livre de M. Bernheim (p. 181). On verra par cet exemple si la société ne serait pas en droit de réglementer les pratiques du magnétisme :
Mon collègue, M. Liégeois, professeur à la Faculté de droit de Nancy, a particulièrement étudié, dans un mémoire qui a eu un grand retentissement, les rapports de la suggestion avec le droit civil et criminel.
Il a fait un grand nombre d’expériences propres à établir la possibilité de suggérer des crimes que les sujets accomplissent sans savoir le mobile qui a guidé leurs mains.
Voici comme exemple une de ces observations :
« Je dois m’accuser, dit M. Liégeois, d’avoir essayé de faire tuer mon ami M. P..., ancien magistrat, et cela, chose grave, en présence de M. le commissaire central de Nancy.
« Je m’étais muni d’un revolver et de quelques cartouches. Pour ôter l'idée d’un jeu pur et simple, au sujet mis en expérience, et que je pris au hasard parmi les cinq ou six somnambules qui se trouvaient ce jour-là chez M. Liébault, je chargeai un des coups du pistolet et je le tirai dans le jardin; je rentrai ensuite, montrant aux assistants un carton que la balle venait de perforer.
« En moins d’un quart de minute, je suggère à
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M me G... l'idée de tuer M. P..., d’un coup de pistolet. Avec une inconscience absolue et une parfaite docilité M mo G..., s’avance sur M. P..., et tire un coup de revolver.
« Interrogée immédiatement, par M. le commissaire central, elle avoue son crime avec une entière indifférence. Elle a tué M. P..., parce qu’il ne lui plaisait pas. On peut l’arrêter; elle sait bien ce qui l’attend; si on lui ôte la vie, elle ira dans l’autre monde, comme sa victime, qu’elle voit étendue à terre baignant dans son sang. On lui demande si ce n’est pas moi qui lui aurait suggéré l’idée du meurtre qu’elle vient d’accomplir. Elle affirme que non ; elle y a été portée spontanément, elle seule est coupable. »
Il faut qu’on le sache bien, les observations rapportées par les expérimentateurs que nous venons do citer présentent les plus sérieuses ga- * ranties d’authenticité : elles sont, pour la plupart, recueillies dans un service d’hôpital, devant les élèves du service du Maître, lequel expérimente en leur présence, et par cette publicité, ces documents s’imposent autant que par l’honorabilité scientifique de ceux qui les font connaître.
Jusqu’ici la suggestionpar la parole intervient seule manifestement; mais il est des cas où la même influence paraît suivre une tout autre voie.
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Ainsi, dans la séance du 31 mai 188C de Société médico-psychologique, M. le D r Paul Garnier a lu un travail de M. le D r Dufour, médecin en chef de l’Asile de Saint-Robert (Isère), où l’on voit une observation de faits de suggestion tout à fait différents. La voici 1 :
L’observation la plus intéressante est celle du nommé T..., atteint d’hystéro-chorée, considéré comme très dangereux et qui, néanmoins, est placé en liberté dans le quartier de sûreté, le Dr Dufour ayant horreur des moyens de contrainte.
L’application de la main dans le dos entraîne presque immédiatement T... en arrière. Il devient rapidement accessible à la suggestion qui successivement a eu raison chez lui, de crises de grande hystérie, de tendances au suicide, d’hallucinations pénibles de l’ouïe 2 , etc... T..., qui s’est évadé trois fois d’un asile, se promène en liberté dans l’établissement. Etant en état de somnambulisme, il lui a été suggéré de ne pas s’évader.
D’autre part, T..., est sensible à distance à l’action des médicaments : les faits que rapporte le D r Dufour sont véritablement surprenants.
1 Journal l'Hypnotisme, 1886, n° I.
2 Ainsi qu’on le voit, la suggestion, si elle peut malheureusement être utilisée pour des œuvres criminelles, peut aussi servir dans un but thérapeutique. Le D r Voisin a obtenu, par son intermédiaire, des modifications très heureuses du caractère. (Note de i’A.)
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Un gramme d'ipéca placé dans un papier plié, mis sur la tête de T..., recouvert avec un chapeau à haute forme, a déterminé des nausées, des régurgitations qui cessent une fois le médicament enlevé.
L’atropine dilate légèrement les pupiles, sèche la gorge, amène un relâchement musculaire général".
Un paquet de racines de valériane, placé sur la ' tête, sous un fort bonnet de laine a produit des faits inconcevables! T..., suit une mouche des yeux, il quitte sa chaise pour courir après, il se met à marcher à quatre pattes, joue comme un jeune chat avec un bouchon, fait le gros dos si on aboie, il lèche sa main, la passe sur ses oreilles.
Avec l’enlèvement de la valériane, tout disparaît, et T... se trouve, à quatre pattes, étonné d’être dans cette position. Il n’a aucun souvenir de ce qui vient de se passer.
Le laurier-cerise, en application sur la tête, a pro- | voqué une explosion de sentiments religieux chez T..., qui est anarchiste et athée. Il montre un mur nu où il faudrait mettre un Christ, il s’agenouille devant le mur, élève ses mains vers le ciel, puis il se découvre. A ce moment avec les feuilles qui tombent disparaît sa dévotion. Nul souvenir de ce qui s’est passé.
Toute idée de supercherie de la part du patient, toute pensée de suggestion possible doit être éloignée étant donnée l'ignorance de T... sur ce point et les précautions prises pour ne rien faire ni dire qui puisse produire la suggestion.
L’effet ainsi produit par places sur la tête d'un « sujet » mais non abso bés, peut s’expliquer de quatre manières diffé rentes :
1° Le sujet, par une sorte de double vue, lit dans la pensée de l’opérateur et il s’auto-suggcstionne; par exemple : sa pupille se dilate parce qu'il lit dans la pensée de l’opérateur, que tel est l’effet cherché avec l’atropine;
2° Il devine par le même mécanisme la nature du remède avec lequel il est en rapport. Là il aurait encore auto-suggestion;
3° Les médicaments seraient doués d’un « fluide » spécial produisant, à distance dans conditions données, leurs effets physiologi ordinaires ;
4° Erifin, la suggestion pourrait s’opérer, distance, par l’opérateur, au moyen de sa pon et à son insu.
Dans tous les cas, sauf dans le troisième, il y aurait extériorisation du sensorium de l’un ou de l’autre des deux individus en présence : de l’opérateur ou du sujet.
Bien entendu, nous ne donnons ces explications qu’à titre hypothétique. Notre règle est nous en tenir aux faits.
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Tous ccs faits, aujourd’hui surabondamment démontrés, ont été accueillis pendant plus d’un siècle dans les différentes Sociétés scientifiques par la négation absolue. Comment s’étonner, après cela, que les faits bien plus intéressants mais aussi plus invraisemblables qui vont être étudiés ici soient encore aujourd’hui mis au ban de la science officielle ?
Ainsi, lorsque dans une réunion desavants, la question du spiritisme est mise sur le tapis, à Paris, par exemple, en l’an de grâce 1886, neuf fois sur dix vous entendez dire : « Tout cela est de la plaisanterie ! Il y a longtemps que le spiritisme est enterré; et, depuis la grande épidémie de spirilomanie qui a régné sur le monde il y a une trentaine d’années, c’est à peine s’il reste, cà et là, quelques toqués se livrant encore aux pratiques des tables tournantes. Tout cela est le produit de la supercherie ou d’une hallucination collective ».
Mais si, voulant aller au fond des choses, vous questionnez ceux qui résolvent par les grands mots le problème des tables tournantes (qui, si elles ont tourné, ont également fait tourner pas mal de têtes), vous vous convaincrez facilement d’une chose : c’est que l’opinion aussi affirma-
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livement émise n’est appuyée sur aucune expert' nce personnelle .
« Avez-vous fait des expériences sur ce sujet?» Avons-nous cent fois demandé.— « Je m’en serais bien gardé ! « nous a-t-on répondu presque toujours — Eh bien alors '.pourquoi vous prononcer ainsi ? Ferme ttez-nous de vous faire observer que cela est peu scientifique... pour un savant. » On nous a objecté que cela était impossible et que par conséquent cela ne méritait pas l’examen. Littré n’a-t-il pas défini le spiritismo : <( Superstition des spirites 1 ». Cependant, il nous est arrivé, en nous adressant à des hommes dont l’autorité scientifique universellement reconnue fait loi notamment en matière de physiologie ou de pathologie nerveuse, il nous est arrivé, de recueillir un renseignement discret dans le genre de celui-ci : « C’est à voir ; il y a peut-être quelque chose ! »
Nous avons voulu en avoir le cœur net, comme on dit, et mû par une curiosité bien naturelle, nous avons cherché à nous rendre compte par nous-mêmes de ce qui est ou n’est pas. Nous le
1 Littré et Beaujean. — Dictionnaire de la langue française .
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déclarons hautement, en commençant ces recherches, nous avions l’intime conviction que nous nous trouvions en face d’une colossale mystification, qu’il fallait dévoiler, et nous avons mis du temps à nous défaire de cette idée.
Nous avons essayé, d’abord, quelques expériences en famille ou dans un petit cercle d’amis aussi peu croyants que nous ; mais ces essais, bien qu’ayant produit certains résultats positifs, ne nous ont nullement satisfait.
Nous avons fait des recherches dans la littérature spéciale; mais à part quelques rares ouvrages écrits dans un esprit véritablement scientifique, nous n’avons rien trouvé qui entraînât la conviction, du moins celle d’un homme habitué aux observations rigoureusement exactes.
Nous dirons plus : la lecture de ces histoires do revenants accompagnées de commentaires religiosâtres et superstitieux, était plutôt faite pour nous détourner de ces matières, et nous inspirer la crainte d’un fourvoiement compromettant.
Mais do vrais savants n'ont pas dédaigné de s’occuper de ces choses, pourquoi n’aurions-nous pas fait de même? Le sujet en est-il indigne? Nous ne le pensons pas, et do plus, comme l’a dit l’un des hommes auxquels nous venons do
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faire allusion : « Il est du devoir des hommes de « science qui ont appris à travailler d’une manière « exacte, d’examiner les phénomènes qui attirent « l’attention du public, afin d’en confirmer la « réalité ou d’expliquer, si c’est possible, les « illusions des honnêtes gens et de dévoiler les « fraudes des trompeurs 1 ».
Poussé de plus en plus par le désir de voir par nos yeux, nous avons assisté à plusieurs réunions « spirites » annoncées par les journaux ; nous avons entendu des conférences fort bien faites, dans la forme sinon dans le fonds, par des hommes paraissant jouir de toutes leurs facultés intellectuelles, et nous nous sommes mêlé à une société au sein de laquelle on trouve côte à côte des gens très sensés, du moins en apparence, et des exaltés, des fanatiques qui croient tout sur parole. Nous nous sommes même laissé tenter jusqu’à nous placer en face d’un monsieur ou d’une dame se disant « médium», les mains sur une table représentant provisoirement un « esprit », et nous pouvons avouer que nous nous sommes trouvé l’air parfaitement ridicule dans cette position-là.
1 Qualcrly journal of science * Juillet, 1870.
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Néanmoins, nous sommes obligé de constater que dès ce début nous nous sommes heurté à des choses surprenantes et inexplicables, suivant nous, en l’état actuel de nos connaissances. Exemple : on nous invite à songer à une personne de notre famille morte depuis un certain temps ; nous pensons à Y un de nos amis décédé depuis deux ans, et au bout de quelques secondes, au moyen de coups correspondant aux lettres de l’alphabet, la table nous indique exactement le nom de notre ami, son âge que nous ne savions pas au juste à ce moment — et que nous avons vérifié depuis — la maladie qui l’a emporté, et le village où il est mort. Qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce une nouvelle manifestation du magnétisme? Y a-t-il eu transmission de notre pensée? Le ((medium» l’a-t-il lue dans nos yeux ? N’importe, le fait est très curieux et mérite bien d’être étudié. « Vous en verrez bien d’autres, dit-on autour de nous, si vous consentez à observer ceS phénomènes ».
Si le lecteur veut bien consentir à perdre quelques heures de son temps pour nous suivre, il en verra également bien « d’autres ».
Avant d’aller plus loin, nous pouvons affirmer, d’ores et déjà, que les savants éminents à qui
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nous avons fait allusion en commençant, avaient raison quand ils nous disaient : « C'est à voir, il y a peut-être quelque chose... » A notre tour nous dirons : il y a quelque chose de réel dans ces phénomènes insuffisamment étudiés par les « hommes de science qui ont appris à travailler d’une manière exacte ». Nous pensons que la raison qui a fait reculer ces hommes-là devant l’étude de ce que nous oserons nommer une nouvelle branche de la science, est la même qui les a contraints jadis à remettre à plus tard l'étude du magnétisme animal, déguisé pour plus de sécurité sous le nom d’hypnotisme.
Peut-être pensera-t-on que nous avons pu facilement nous laisser induire en erreur. Ceux qui nous connaissent savent que nous ne péchons pas par excès de crédulité; nous appartenons à cette école qui s’entête à ne croire que ce qu’elle voit, et à n’admettre que ce qui est démontré. Or, à l’heure qu’il est, il nous est démontré que certains individus possèdent à un haut degré une faculté spéciale se trouvant plus ou moins développée chez chacun de nous, et que, au moyen de cette faculté par les uns nommée « force psychique » (Cox, W. Crookes, etc.) et par les autres ecté-
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nique ou odique, il est possible d’obtenir certains phénomènes inexplicables dans l’état actuel de la science. Nous constatons le fait; quant aux différentes hypothèses émises pour donner laclef des phénomènes provoqués par cette force, jusqu’à présent, rien selon nous, ne démontrant quelles soient autre chose que des hypothèses, nous attendrons les résul tats de l’expérimentation pour nous faire une opinion et l’exprimer.
Ce qui suit n’est donc pas écrit pour faire partager au lecteur une croyance que l’auteur n’a pas, mais bien à l’effet de planter un jalon de plus dans la nouvelle route à frayer pour aller à la vérité. Nous savons qu’il y a témérité à tenter une aventure aussi hasardeuse; mais, par Dieu ! tant pis pour ceux qui nous en voudraient de chercher à démêler le vrai du faux! Honni soit qui mal y pense !
Nous mettions la dernière main à ce livre, quand nous reçûmes, un matin, la visite de l’un de nos bons amis, le D r X..., un de nos anciens collègues de l’Internat des hôpitaux. Après les compliments d’usage, notre ami X..., qui paraissait nous examiner avec une certaine attention inquiète — ce qui, entre parenthèse, ne
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laissait pas que de nous embarrasser un peu, — nous dit, ab abrupto : « No vous occupez-vous pas de spiritisme? — Nous allons en causer tout à l'heure, répondîmes-nous, mais pourquoi celte question? »
Le petit dialogue suivant s'engagea, alors, entre nous :
Lui. — Parce que j’en ai entendu parler, et, après vous avoir écouté, je serais étonné que cela fut, car il me semble qu’un homme de bon sens...
Nous. — Il y a plutôt lieu de s’étonner de vos propres paroles, cher ami, car, enfin, savez-vous ce que c’est que le spiritisme?
Lui. — Comment donc! mais c’est...
Ici, notre ami, le D r X..., un savant que la faculté de médecine s’honorera de compter un jour, parmi ses plus brillants professeurs, nous fit, dans une courte harangue, la preuve qu’il ne connaissait pas le premier mot do la question. Il avait, bien entendu, l’intention de nous démontrer autre chose. Aussi fut-il bien surpris, quand nous lui répondîmes : « Mais, à vous entendre, il n’y aurait eu, jusqu’ici, que des ignorants, des hommes étrangers à toute science, parmi les personnes qui se sont occupées
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de spiritisme ! Apprenez donc que des savants, illustres parmi les plus illustres, se sont prononcés d’une manière complètement affirmative en ce qui concerne la réalité des c< phénomènes spirites. » Nous lui mîmes les preuves sous les yeux, et comme X... n’est pas de ceux qui disent : On me le prouverait, que je ne le croirais pas, il fut littéralement stupéfait.
« C’est égal ! nous dit-il, à votre place, je laisserais un autre se compromettre à son aise, et je ne m'occuperais pas de ces choses-là. Vous vous contentez de faire l’histoire du spiritisme; vous bornez votre travail éprouver des faits que vous constatez; vous déclarez que vous n’êtes pas spirite, soit; mais on ne dira pas tout cela... Les bons petits amis feront négligemment, quand on parlera de vous : « Ah, oui! Chose, qui s’occupe de spiritisme », et on vous fera passer pour un visionnaire, un halluciné, que saisje...? »
Nous. — Eh bien ! il est possible qu’en agissant comme je le fais je me fasse le plus grand tort au point de vue de ma profession ; il se peut encore que je me barre le chemin de toutes les académies, petites et grandes; mais, du moment que je constate un fait, rien ne m’em-
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péchera de le proclamer, car, dans l’espèce, cela me paraît do la plus haute importance : E pur si muove !
« Je préfère le bonheur de chercher la vérité à l’honneur de faire partie d’une société qui fermerait les yeux pour ne pas la voir. Est-ce que Galvani s’est laissé arrêter par les railleries des finauds de son époque? Point. « Je suis « attaqué, écrivait-il, par deux sortes de perte sonnes bien différentes : les savants et les « ignorants. — Les uns et les autres me tourte nent en ridicule, et m’appellent le maître do « danse des grenouilles. Eh bien! soit; cepen- « dant, je pense avoir découvert une des plus tt grandes forces de la nature. » Aurait-il eu l’intuition de la transmission de la force à distance par l’électricité, de la lumière électrique, et d'autres choses plus colossales, peut-être, que nous ne connaissons pas encore?
tt Mes prétentions sont moins élevées : je n’ai rien découvert, je ne fais que constater ce que cent mille autres ont constaté avant moi; ce que j’ai vu, nombre de savants distingués, en France, l’ont également vu, mais aucun d’eux n’a eu le courage de le dire tout haut. Il faut bien que l’un de nous se risque, les autres suivront... tôt
tiou « non pas que cela est possible, mais que « cela est ».
— « Adieu! nous dit X..., en nous quittant, vous avez beaucoup de courage. »
Suivant le mot de notre ami X..., y a-t-il lant de courage à s’occuper d’une branche inexplorée des connaissances naturelles? Ne serait-ce pas plutôt une défection à la science que de s’opiniâtrer à refuser l’examen de faits qui sont affirmés par des milliers de personnes, appartenant souvent aux classes les plus éclairées — et sur tous les points du globe? Tout en faisant la part des fraudes possibles, est-il permis aux ts de se désintéresser d’un sujet sur lequel un homme comme le professeur Challis, de Cambridge, a écrit que « les témoignages relatant les phénomènes spirites ont été si nombreux et si concordants, qu’on doit admettre ou que les faits sont tels qu’on les rapporte ou bien qu’il n’y a plus possibilité de croire quoi que ce soit sur le témoignage des hommes » ?
Nous pouvons tenir pour superstitieuses les doctrines du spiritisme; mais que penser de l’origine de cette superstition ? Dans notre siècle
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positif, nous devons pouvoir l'expliquer. Elle a une cause, et cette cause réside dans des faits sans doute mal interprétés. Ecoutons plutôt le professeur de Morgan 1 : « J’ai bien vu et bien entendu, dans des conditions qui rendent l’incrédulité impossible, des phénomènes appelés spiritualistes et dont un être raisonnable ne peut admettre l’explication par l’imposture, le hasard ou l’erreur.
« Jusque-là, je sens le terrain ferme sous mes pas; mais, quand il faut en venir à la cause de ces phénomènes, je ne puis adopter les explications qiïi ont été, jusqu’ici, mises en avant. On a trouvé facilement des explications naturelles, mais elles sont insuffisantes; d’un autre côté, l’hypothèse spiritualiste (lisez : spiritiste), qui est plus satisfaisante, demeure bien difficile à admettre. »
L’opinion d’un savant positiviste aussi considérable que le professeur de Morgan ne doit-elle être traitée qu’avec dédain? Qui donc alors pourra réclamer l'attention et le respect pour sa propre parole ?
1 Cité par W. Crookes.— The modem spiritualism. Traduct. de J. Alidel. Paris, I8S5.
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Nous ne connaissons pas toutes les lois de la nature, de nouvelles forces s'offrent à notre attention avec une persistance inéluctable; nous n’avons pas le droit d'en différer plus longtemps l'examen, car, suivant le mot de l’illustre William Thomson *, « la science est tenue, par l’éternelle loi de l’honneur, à regarder en face et sans crainte tout problème qui peut franchement se présenter à elle ».
1 Sir William Thomson. — Associât, britann, pour l'avancement des sc. Discours d’ouverture. Edimbourg,