‹ Le spleenChapitre 6 sur 8 · SCENE IIL · texte numérisé non relu

SCENE IIL

Les Précédents, Mad. DE LUSSAN.

Mad. DE LussAN.

Eh! mon Dieu! je ne suis pes difffile , je me contenterai du premier ; que l’oppartement soit élégant. meublé à la française. et que la vue soit agréable. je n’en demande pas davantage.

Air : Depuis longtemps j'aime Adèle.

De ma présence que l'on ête

Ce qui peut attrister les yeux,

Avant tout j'aime , mon cher hôte, Accueil aimable et gracieux , .

De la gaîté, plus d'air morose ,

Sur vos visages, si je puis;

Qu'an moins je trouve quelque chose Qui me rappelle mou pays.

KINNECESTER , qui pendant ce temps s'est occupé & lire dans un coin.

En croirai-je mes yeux !... Madame la comtesse de Lussan !

| L Mad. DE Lussan.

Et c'est vous, mon cher Kinnecester! depuis mon arrivée en Angleterre , je demandais de vos nouvelles à tout le monde ; vous avez quitté Paris si brusquement.

KINNECESTER.

Je m'étais présenté chez vous à deux heures le jour de mon départ, pour vous offrir un exemplaire de mes Considérations philosophiques. ( En tirant de sa poche.) En voici encore...

Mad. DE LussAN.

Oui, je me rappelle. je n'ai pu vous recevoir, j'avais été la veille au bal. voilà comme on négligeses meilleurs amis , mais je ne les oublie pas , et j'ai toujours conservé pour vous le respect qu’une éculière doit à son professeur.

KINNECESTER.

Ah! Madame !

Mad. DE LUSsAN.

Je m'ennuyais tant dans le pensionnat, que j'attendais avec impatience les jours où vous deviez nous donner leçon ; car, pendant deux ans, je ne me suis un peu plus divertie qu’en vous entendant prononcer l'anglais.

KINNECESTER.

Aussi, c’étaient les leçons les plus gaies ; et les progrès que. vous avez faits m'ont bien payé de mes soins ; sans compter la peusion que M. votre père m'a faite,

Mad. DE Lussan.

Oui, je le sais. .

KINNECESTER.

Je vous avouerai que jai été sensible à ce témoignage de reconnaissance. Certainement , une pension viagère faite sur la tête. de votre élève , me semble la maniere la plus honorable et la plus délicate de reconnaître les soins d’un professeur distingue; c’est ainsi qu’en à agi avec moi le comte d’Etanges.

Mad. DE Lussan.

Ernest d’'Etanges!

KINNECESTER.

Oui, à qui pendant mon séjour en France , j'ai enseigné les premiers éléments de la philosophie. et il serait à desirer que tout le monde adoptàt cet usage,

Mad. DE LUSsAN.

Oui, c’est une spéculation de tendresse qui rapporte à tout le monde; car enfin vous voilà obligé toute votre vié de faire des vœux pour ma santé,

RINNECESTER.

Je nai jamais cessé d’en faire. ( S’inclinant.) Oserais-je demander à madame la Comtesse comment-elle se porte ?...

Mad. DE Lussan. | Mais, grâces au ciel, fort bien pour vous et ‘pour moi.

Air : Voilà le train de ma vie.

Usant des droits du veuvage, J'ai, dans les jeux et les ris,

Dans les plaisirs du jeune âge

Passé l'hiver à Paris.

Le calme m’est nécessaire,

Et lasse de m'amuser,

Je venaisen Angleterre

Afin de me reposer.

KINNECESTER.

Vous vous trouverez ici en pays de connaissance... Mon ancien élève. dont je vous parlais tout-à-Vhere, habite depuis quelque temps cet hôtel.., Ernest d’Etanges !

Mad. DE LUSsAN.

Ah! mon Dieu, que me dites-vous ? le comte Ernest est Cire cerlainement, je l’ignorais.…. et si j'avais pu prévoir... je ne serais pas descendue dans cet hôtel.

KINNECESTER.

Il me semble cependant,qu'il était jadis au nombre de vos adorateurs.. On avait même parlé d’un mariage... à telles enscignes , que j'avais déjà commencé des couplets… deux familles respectables, deux époux charmants. et puis mes deux pensions qui se trouvaient cumulées et réunies’ dans la même maison... ce mariage-là me semblait offrir toutes les convenanceset les garanties possibles. ‘

Mad, pe LussAN. à

M. Ernest en a jugé autrement ; nous avions été élevés ensemble... il m’aimait... je le croyais du moins , jusqu’au moment où la conduite la plus inexplicable et la plus offensante . , . Il charge M. de Lussan, un de ses amis, de me demander en mariage à mon père... certainement cette démarche m'était fort indifférente; j'étais loin de la desirer ; mais enfin mon père accepta, et charge M. de Lussan de la réponse la plus favorable... celui-ci vole vers son ami.., Que croiriez-vous qu'il était devenu ?.… Parti, disparu.

(GLD il avait quitté Paris, la France , sans daigner nous prévenir, et depuis nous ne l’avons jamais vu.

KINNECESTER.

Certainement, je ne reconnais pas là les leçons de tact et de bienséance que j'ai tâché d’inculquer à mon élève. Mad, DE LussAN.

Nous'avôns seulement appris qu’il était passé dans les pays étrangers , où ses bizarreries. ses dissipations , ses, folles dépenses, avaient dérangé sa fortune , sa santé et changé même son caractère. Du moins c’est ce que nous avons su par M. de Lussan, qui depuis son départ était plus assidu que jamais. Je ne l'aimais . point... j'éprouvais même pour lui une sorte dé tépugnance. bien naturelle. il suffisait qu’il eût été Pami de quelqu'un. que je ne pouvais souffrir; mais enfin mon père commandait. il fallut céder, je l’épousai . . . et c'est au bout de six mois de mariage que ce malheureux duel...

KINNEGESTER.

Oui, j'en ai entendu parler... un de ses amis intimes , un colonel, qui en plein salon l’accusa de perfidie... de trahison... c’est même à celte occasion que j'ai composé, contre les duels , ce chapitre qui m'a fait avoir une affaire...

Mad. px LUSsan.

Vous vous êtes battu ?..

KINNECESTER,

En philosophe... mon livre à la main... frappe ! mais écoute !.… Et depuis vous n'avez pu pénétrer les véritables motifs du départ d’Ernest ?

Mad. DE Lussaw,

Non, rien n’a pum'expliquer sa conduite... si ce n'est peut-être le caractère qu'il me supposait alors... J'étais légère , étourdie , j'avais bien des défauts , il est vrai... mais enfin... je l'aimais,

Air : De T'éniers.

Est-il des torts que ce mot-là n’expie À Mais rien n’a pu le retenir, Par les plaisirs, par la coquetierie , De mon esprit je voulus le bannir; De ses rivaux les soupirs et la flamme, Laissaient mon cœur dans un ennui secret, Ceux qui restaient n'étaient rien pour mon ame}, Et je pleurai le seul qui s'éloignait,

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