‹ Le style anglaisChapitre 3 sur 11 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'Architecture. Les Styles : Anglo-Normand, Tudor, Élisabeth, etc. ; villas, « cottage » et jardin anglais.

L’exemple monumental, à travers ses types les plus formels, impressionna le monde, et chaque peuple convertit à son idéal, à son goût, une beauté exemplaire. La souveraine perfection de l’art grec

en impose jusqu’à nos jours même, au point que nos temps modernes ont peine à s’en débarrasser après les siècles d’interprétations magnifiques dont nos styles classiques français sont la preuve.

Pareillement, la révélation du temple égyptien avait ému l'art, constructif grec, et c’est avec ce flambeau du génie précurseur que s’éclaire l’inspiration successive, en s’adaptant au cœur de l’individu, au caractère de son sol.

Les styles français de la Renaissance, de Louis XY I et de Napoléon Ier, émanent nettement de l’antique, mais quelle spirituelle variation, quels goût et charme personnels ! Et cette variation somptueuse acquiert à tel point du prix, qu’elle tient lieu d’originalité, tandis que tout à l’entour de cette variation, des déformations, des altérations résultèrent d’après notre modèle national. Déformations et altérations qui constituent, en langue étrangère, la traduction de notre verbe, et expriment, à travers un tempérament et une optique différents, une beauté propre et distincte, caractéristique.

L’exemple architectural des diverses Renaissances : italienne, française, anglaise et allemande s’adapte exactement à la physionomie d’une race. Aux Italiens l’élégance surabondante jusqu’au maniérisme, aux Français la pureté du goût et la sobriété d’expression, aux Anglais la sèche-

ï/ ARCHITECTURE

resse et la rectitude, aux Allemands la lourdeur. Nous emprunterons à Thomas Hope ( Histoire de

Fig. 23. — Jardin, dessiné par MM. Thomas H. Mawson et Fils, architectes.

V Architecture) ces lignes qui situent singulièrement les débuts de T architecture de la Grande-Bretagne

et son impersonnalité constructive : « Depuis le temps où le moine saint Augustin transporta en Angleterre l’architecture romaine avec la religion de Rome, jusqu’aux derniers temps de la décadence du style ogival, tous les architectes dont les noms ont passé à la postérité furent des étrangers. Alfred appela Grymbaud en Angleterre pour bâtir la crypte de la cathédrale de Canterbury. Edouard le Confesseur, qui résidait en France avant son élévation au trône, en rapporta le goût et le style français, et l’appliqua à son abbaye de Westminster ; Guillaume le Conquérant déversa, en quelque sorte, par torrents, de la Normandie sur les Iles britanniques, les prélats et les architectes normands, un Maséricus, un Lanfranc, un Robert de Blois, un Remi de Fécamp et une foule d’autres Français qui abattirent, pour les réédifier, les plus grandes et les plus belles cathédrales de l’Angleterre. Enfin, le dernier et le plus remarquable de nos monuments gothiques, la chapelle de King’s College, à Cambridge, est, dit-on, l’œuvre d'un Allemand nommé Claus ou Kloas...»

Mais l’opinion de Hope apparaît sévère : les styles pratiqués sous la Renaissance anglaise, particulièrement caractéristiques, le démontrent. Et puis, c’est presque toujours ce qu’il y a de moins définissable, a-t-on dit, qui donne le plus à penser.

l’architecture 4^

Époque préhistorique. — Les constructions les plus anciennes des Iles britanniques sont représen-

tées, tout comme en France, par des menhirs, dolmens et cromlechs. Ces vestiges des Druides ressemblent aux nôtres, et l’on remarque à Stonehenge, dans le Wiltshire, à proximité de la ville de

Jardin, dessiné par MM. Thomas II. Mawson et Fils, architectes.

Salisbury, une construction mégalithique (remontant, au dire des savants, aux environs de 1680 avant l’ère chrétienne) dont les pierres atteignent parfois jusqu’à sept mètres.

Cinq siècles, historiquement, nous séparent ensuite de l’époque médiévale.

Jules César débarque en Angleterre (55 av. J.-C.), et l’occupation romaine ne prend guère fin avant 4^o de l'ère chrétienne. Les Romains, notamment à Colchester, à York, à Silchester, tracent des routes, édifient des viaducs et des thermes. Puis arrivent les Barbares (les Anglais) qui détruisent ces œuvres et en construisent d’autres, inspirées cependant des méthodes romaines.

C’est là l’origine du premier style du moyen âge en Angleterre où l’introduction de la religion chrétienne (vers la fin du vie siècle) serait marquée par la croix monumentale de Carew, dans le Pembrokeshire.

Styles Anglo-Saxon et « Norman » (ou Anglo- Normand). — Ce style date de 449 jusqu’à la conquête de Guillaume le Conquérant, en 1066 c’est-à-dire six siècles avant l’avènement de notre style roman français désigné par les Anglais sous le nom de « Norman », qui, lui, dura de 1066 à 1189, époque de la mort d’Henry II, d’Angle-

terre.

Fig. 25. — Gité-Jardin (maisons ouvrières), à Letehwortli. (Cor.ecli « The garden Cities and town planning Association ».)

On s’est montré très peu affirmatif relativement à une architecture anglo-saxonne qui aurait été en vigueur du milieu du cinquième siècle jusqu’au dixième et dont les arcades sont en mitre. Opinion erronée au moins sur ce point, puisqu’il est prouvé que les arcades en mitre étaient déjà en usage chez les Byzantins, les Grecs et même les Pélasges.

Néanmoins, d’aucuns s’accordent à considérer comme anglo-saxonnes les églises de Barton , dans le Lincolnshire, de Pershore , dans le Worcestershire, de Winchester (avec crypte), de Norwich , parmi celles qui résistèrent grâce à la pierre, tandis que tant d'autres, supposées construites en bois (à partir du septième siècle jusqu'à la conquête des Normands), ont disparu.

A travers la contradiction des auteurs sur les différences accusées entre le roman et le « norman» s’avère en somme la quasi-ressemblance des deux expressions. Aussi bien les cathédrales anglaises de cette époque furent-elles généralement remaniées par la suite, et les parties basses demeurentelles seules en témoignage. Toutefois s’envisage la ressemblance susdite avec ces apports nationaux, fatals, dont nous avons déjà parlé, qui nationalisent une œuvre. Et le goût anglais manque de finesse et d’élan dans la manière romane ; il est

L A RGI1 ITEGTÜUE

Entrée d'un iiall, M. Ernest Newton, architecte,

plus austère que le nôtre, du fait d’un esprit natalement moins primesautier et d’une religion autre.

Parmi les églises et châteaux relevant du style « norman » du onzième et de la première moitié du douzième siècle, citons : la nef de la cathédrale de Rochester ; les églises de Castor , de Barfreston dans le Northamptonshire ; de Sainte - Croix , dans le Hampshire; la nef de Saint-Dartholomé, à Smithfield ; le Château de Rochester ; quelques parties de. la façade de la Cathédrale de Lincoln (fig. 2) ; la tour de l’intérieur de Saint-Pierre , de Northampton; le Château de Norwich , etc.

Du style de transition (seconde moitié du douzième siècle) se réclament notamment : les églises abbatiales de Malmesbury , dansle Wiltshire, de Sainte-Croix , près Winchester ; de Shoreham dans le Sussex ; certaines parties de la cathédrale de Lincoln ; la métropole de Canterbury (commencée en 1175 et terminée au treizième siècle), etc.

Style ogival (improprement appelé « gothique »).

Nous verrons ensuite, le style ogival anglais s’inspirer également du modèle français qu’il répartira aussi sur trois siècles en ses triples expressions : primaire, secondaire et tertiaire, mais avec ses propres caractéristiques.

L ARCHITECTURE

Fig. 27. — Une maison de campagne, M. Ernest Newton, architecte.

Voici, siècle par siècle, l’ordre de la manifestation ogivale anglaise avec sa correspondance en France :

xiii* siècle : Early English (ogival primaire français).

XIVe siècle : Decorated (ogival rayonnant ou secondaire français).

xve siècle : Perpendicular (ogival flamboyant ou tertiaire français).

L’époque ogivale primaire {earljr) anglaise (fig. 3) reflète plutôt une pensée constructive conventionnelle. On la remarque notamment, à ses fenêtres longues, étroites et pointues, ainsi qu’à l’expression sèchement stylisée de ses sculptures. L’époque secondaire, plus pure, plus riante, plus fleurie, mérite son nom de style orné ( decorated ) (fig. 4) ; quant à la troisième époque, la plus originale, elle inaugure le style « perpendiculaire » ( perpendicular ) (fig. 5) qui se confond en somme avec le style Tudor (i485-i588), sauf quelques nuances que nous ferons connaître.

La cathédrale de Norwich , notamment, nous procure un exemple de transition entre le decorated et le perpendicular (fig. 6).

Quand cela ne serait déjà que par la transforma*

l’architecture

tion du plan (i) français, que nous avons indiquée précédemment, sous l’empire d’une foi religieuse différente (c’est-à-dire notamment la disparition des élégantes chapelles catholiques), le style ogival anglais présenterait un caractère propre. Mais son

Fig. 28. — Maison de campagne,

M. Ernest Newton, architecte.

originalité, sans quitter l’édifice religieux, apparaît encore d’un goût différent du nôtre, même dès la période primaire.

Voici quelques exemples et observations qui tendent à le démontrer : l’abside de l’église

(1) Dans le plan de la cathédrale gothique anglaise, la longueur l’emporte de six fois sur la largeur, contre quatre fois environ seulement, en France,

anglaise, fréquemment carrée, s’éclaire brutalement par une vaste fenêtre ; le chœur égale souvent les proportions de la nef, tant il s’allonge, et la nef (chaque église n’en compte que trois) se sépare du chœur par un transept. Les nefs, dont l’une est surplombée par la grande tour du milieu, sont moins élancées qu’en France ; cette grande tour, bien supérieure à celles du portail, est crénelée comme l’église elle-même, et les moulures sont particulièrement bien étudiées dans le détail, mieux peut-être qu’en France, tandis que les sculptures proprement dites n’atteignent pas à l’ampleur d’exécution, à la beauté ni à l’abondance (les personnages sont moins nombreux) des nôtres.

Dans l’effet général, les voûtes reposent sur des consoles, c’est-à-dire se ramifient aux piles, et on retiendra, à l’intérieur, la prédominance générale de la ligne horizontale sur la verticale, accusée par la suppression des courbes. Ces voûtes, généralement plates, s’opposent aux nôtres « en bonnet d’évêque » ; elles sont souvent constituées par des plafonds peints. Les bas côtés sont simples, chez les Français ils sont doubles, etc. ; à l’extérieur, un élancement moins hardi des flèches, tours, clochers et clochetons ; des toitures, fréquemment en bois et couvertes en plomb, non point en ardoise comme chez nous ; des parapets à

L ARCHITECTURE

Fig. 29. __ Maison de campagne, M. E. Guy Dawber, architecte.

créneaux remplaçant nos percés; des portes, moins riches et moins majestueuses que les nôtres, s’ouvrant le plus souvent latéralement, etc. Si, construite par l’architecte français Guillaume de Sens, la cathédrale de Canterburjr , commencée en 1174 et terminée au treizième siècle, représente le style primaire ogival en Angleterre, et si, pareillement, l’église de l’Abbaye de Westminster (1245-1269) (fig. 8) se rattache non moins à notre expression nationale (ce fut encore un architecte français qui l’édifia, et son chevet en fait foi), les cathédrales de W orcester , pour quelques parties seulement, de Wells , de Salisbury , qui inspira J. Constable (en-tête du chap. III) surtout cette dernière, paraissent nettement se réclamer de l’interprétation anglaise. Mais cependant, les types d’architecture particulièrement propres à la patrie de Shakespeare s’accuseront avec plus de délicatesse au quatorzième siècle, époque du style orné ( decorated ). Les cathédrales d ’Exeter (1280-1370), (fig. 9), d'York (i36i-i4o5). en sont les beaux exemples avec, datant de cette même manifestation du gothique secondaire, la chapelle Notre-Dame de la cathédrale d'Ely (i32i-i349); le chœur et le transept de celle de Bristol (i3o6-i332), le chœur de celle de Lincoln ; la nef de la cathédrale de Winchester (i3go), les églises de Slone, de Newark (ûg. 10), etc.

L ARCHITECTURE

Le luxe des détails et les formes nettes et géomé-

triques de ces constructions mériteraient un développement, mais nous les confondrons et les résu-

Fig-. 3o. — Cottage, dessin de M. R. Jones (M. I. Crowe, architecte).

merons dans l’observation particulièrement attachante qui suit.

L’originalité du style ogival anglais va s'accentuer, en effet, dans sa troisième et dernière phase, avec le style dit perpendiculaire q t Tudor , car ce dernier style que nous mentionnons à la période Renaissance, est « perpendiculaire », constructivement parlant. Mais nous nous expliquerons sur ce point plus loin.

Les Styles perpendiculaire et Tudor (lorsque ce style « jferpendicular » touche plutôt à la Renaissance dans les dernières phases de l’ogival rayonnant). — C'est le règne presque exclusif de l’arc très aplati, dit Tudor (fig.5); c’est l’empire delà broderie extraordinaire, la richesse et la virtuosité dans une prodigalité sans doute parfois un peu déconcertante, mais c’est une conception magnifique et personnelle. Aux précédentes caractéristiques s’ajoutent les suivantes : les fenêtres sont souvent dépourvues de ces courbes flamboyantes dont nous avons fait des roses si gracieuses. Ce sont des traverses à angles droits, d’où l’aspect et le nom « perpendiculaire », qui barrent ainsi ces fenêtres pour leur donner l’aspect d’un immense treillis de pierre (fig. 18). L’audace des voûtes, la richesse de leur décoration excessivement fouillée, sont bien supérieures aux nôtres (témoin la Chapelle de

L ARCHITECTURE

Henri VII , à Westminster) (fig. 44)- Les motifs de ces voûtes, en éventail, ponctuées de pendentifs, offrent un spectacle particulier et méritent d’avoir été appelées « le ciel des sculpteurs » (fig. 12);

Fig. 3i. — Une scène comique, par W. Hogarth. (National Gallery.)

non moins que les voûtes en pierre ou en bois qui, par l’enchevêtrement ingénieux des chevrons autant que par l’abondante complication, en manière de décor, de la charpente tout entière, représentent souvent une réalisation merveilleuse au plafond.

Les églises de Llaniclloes et de Caswston reflètent cette prédilection, tandis que celles de Peterborough sont revêtues de voûtes garnies de panneaux où la

peinture figure une sorte de mosaïque. Le goût des Anglais pour le luxe des voûtes, pour la décoration en plâtre des plafonds s'étend souvent même, si loin, qu’il absorbe en haut tout le décor, faisant ressortir ainsi Ta nudité ornementale par ailleurs.

Dans le style Tudor enfin, la chapelle de Saint- George, de Windsor (1481), celle de King's College, de Cambridge (i343), la partie occidentale de la cathédrale de Winchester (x35o), qui, par la silhouette découpée de leurs façades, jusqu’à la sécheresse, par leurs absides largement ouvertes, dans lesquelles les vitraux (d’une qualité artistique inférieure aux nôtres) apparaissent sans amabilité à cause du parallélisme monotone de leurs plans et lignes successifs, composent néanmoins une beauté très avantageuse.

11 est remarquable que les Anglais soient demeurés plus longtemps fidèles que les Français au style ogival; de nos jours même ils y ont recours. « Il faut noter cependant, écrit Paul Cornu, que les châteaux de plaisance ont remplacé chez eux, beaucoup plus tôt que chez nous, les châteaux fortifiés, et que leur architecture civile, tout en conservant les aspects extérieurs de l’art gothique, avait perdu dès le quatorzième siècle tout caractère défensif. »

La préférence pour le goût ogival accompagne ainsi,' singulièrement, les plus splendides palais

L’ARCHITECTURE

anglais. Cette façade rigide où les « roses » fleurissent médiocrement, ce mur que la dentelle de pierre n’arrive point à faire sourire et derrière

Fig. 3a. — Les Trois Grâces, par J. Reynolds.

lequel le luxe, brillant et confortable, s’abrite; le symbole aussi, de ces créneaux persistant aux tours, décorativement, dans la sécurité, nous séduit.

Tel aspect n’est pas loin de personnifier la correction distante, la dissimulation d’expansion naturelle, enfin, à laquelle nous avons fait allusion, sous les dehors de l’humour, dont le contraste de notre franche gaîté, de notre exubérance native, est indiqué lumineusement par les élégances raffinées

et riantes de nos vieux manoirs tourangeaux.

L’évocation des châteaux de Blois, d’Amboise, de Chenonceaux, nous ramène à l’art architectural de la Renaissance et nous adopterons la classification anglaise du style Tudor dans la période de la Renaissance, malgré que ce style anglais soit perpendiculaire et parce qu’il précède le style Elisabeth dans la voie de la Renaissance en Angleterre. Nous expliquons d’ailleurs plus loin, larâison de cette ordonnance, arbitraire sans doute mais ingénieuse, d’où il n’appert pas moins que, vuleur caractère personnel, nos voisins d’Outre-Manche firent crédit au style ogival (dans le passé historique) jusqu’au milieu du seizième siècle.

Le Style Renaissance. ■— Trois styles de transition se rangent dans cette période. Ce sont: le style Tudor (i485-i558), sous Henri VII, Henri VIII, Edouard VI et la reine Marie (règnes correspondant à celui de François Ier, en F rance) ; le style de la reine Élisabeth (i558-i6o3, correspondant au règne de Henri II, en France), et le style Jacobean (i6o3-i625), sous le roi James Ier, en français : Jacques Ier, — du latin «J a cobus» , J âmes — (correspondant au règne de Henri IV, en France). Ces trois styles offrent des caractéristiques très distinctes, mais, avant de les déterminer, nous expliquerons la présente classification généralement observée par les Anglais.

L ARCHITECTURE

Les appellations : perpendiculaire , Tudor et Elisabeth se confondent dans le point de vue anglais et voici pourquoi. Le style désigné sous le nom d 'Elisabeth marque, ainsi que nous 1 avons

Photo. Neurdein.

Fig. 33. — Lady Smith, par J. Reynolds.

dit, le début de la Renaissance anglaise parallèle au style de François 1er, en France, malgré que le style de François Ier l’ait, en réalité, précédé. Et le mot Tudor est un nom propre historique, tandis que « perpendicular » désigne simplement

un mode de construction; d'où, fréquemment, la confusion des deux termes. Le style Tudor est un style perpendiculaire (témoin, encore, le riche mausolée du prince Arthur élevé en i5o4 dans la cathédrale de Worcester), mais le mot Tudor(en dehors de tout rapprochement dynastique) signifie les dernières phases du style perpendiculaire .

Historiquement, la période des Tudors s’étend de la mort de Henri YIII (i/}85) à celle de la reine Elisabeth (i6o3), mais, étant donnée Timportance artistique du règne d’Elisabeth en Angleterre, le nom de cette reine est demeuré pour représenter le style de son époque, et le mot Tudor s’attache au style précédent, malgré qu’il soit « perpendiculaire ».

On dénomme, enfin, quelquefois Stuart le style qui suit celui d’Elisabeth; mais Jacques Ier était le premier des Stuarts, et il apparaît préférable de l’appeler style Jacobean puisque la dynastie des Stuarts dura jusqu’au moment où Jacques II fut détrôné, en 1688.

Style Tudor (i485-i558). — Retenons que le style Tudor exprime les dernières phases du style perpendiculaire déjà examiné et confondu presque avec ce dernier style, pour l’aspect dit « perpendiculaire » de ses fenêtres caractéristiques, barrées cependant dans le sens horizontal...

ARCHITECTURE

mmëMmmSÊm

Photo. Ollivier.

Fig. 34. — Mrs Graiiam, par Th. Gainsborough. (Musée d’Eimbourg.)

Or, les dernières phases de l’époque ogivale anglaise, à sa troisième période, touchent à la décadence dans la profusion, suivant, en cela, l’exemple français. Mais cette décadence demeure néanmoins inséparable de cette beauté et de cette richesse que nous avons décrites avec le style perpendiculaire, dit spécialement Tudor, non seulement pour des raisons dynastiques et constructives, mais à cause des tout premiers apports de la Renaissance à l’art ogival expirant.

L’architecture domestique, d’autre part, point avec le Tndor , en même temps que l’idée du retour au décor classique, et ces distinctions ornementales jointes à l’effet des reliefs moins plats, autant qu’à la destination architecturale, pourraient éclairer, sans doute, sur une construction « perpendicular » et particulièrement Tudor , signée au surplus de l’arc de ce nom.

Néanmoins, en se ralliant à la classification anglaise, le lecteur ne risquera point de s’égarer en des nuances et, pour le style Tudor , nous le renverrons aux exemples donnés avec le style perpendi culaire ou Tudor (pour la transition que ce dernier nom offre, entre la fin de l’époque médiévale et le début de la Renaissance).

Au surplus, voici des insignes décoratifs pour chacune des phases de l’expression gothique.

l’architecture

L’ornement typique de la ire période est la « dent de chien » (fig. 3) ; celui de la 2e période est la (leur « en forme de balle » (fig. 4) ; celui de la dernière période, enfin, est la rose et la fleur Tudor (%• 5).

Le Style Elisabeth ( 1 5 5 8 i6o3). — Le style de la reine Élisabeth, lourd et brillant , accuse la transition entre l’époque du moyen âge et celle de la Renaissance après l’indication précédente

due aux premiers

, . , . ,. Fig. 35. — L’Enfant bleu,

artistes italiens. par ^h. Gainsborough.

C’est l’architecte

John Tborpe qui illustra le style Élisabeth. Et la confusion de ce dernier style avec les styles perpendiculaire et Tudor nous dispensera d’insister sur un caractère nettement différencié, au delà de tout ce que la pensée peut prêter d'avan-

tages à l’influence italienne décidément implantée en Angleterre.

Le Style Jagobean (ou de Jacques Ier, i6o3-i625, correspondant au règne de Henri IV, en France). — Il marque le développement du style Élisabeth et dérive, comme les précédents, du gothique pittoresque, sous l’empire de la culture classique. C’està-dire que, à travers une expression libre du gothique, amadoué, égayé par les fantaisies de la forme et de l’ornementation que la Renaissance indiquait alors luxueusement dans tous les pays, l’esprit de l’antiquité reprenait ses droits en Angleterre. On commença ainsi à appliquer les ordres d’architecture classique, puis les détails suivirent, que l’on mélangea et d’où émane ce style Jacobean (fig. 1/4), original sur des thèmes étrangers, surtout italiens et particulièrement Renaissance.

Le plus célèbre des architectes anglais de cette époque est Inigo Jones.

Avant Inigo Jones, architecte anglo-classique, le style Élisabeth, vers i55o, exprimait donc timidement l’esprit de la Renaissance, et d’ailleurs, les constructeurs du quinzième et même du seizième siècle en étaient revenus aux anciennes charpentes de l’époque romane.

Aussi bien, John Thorpe, le principal représentant du style Élisabeth, ne s’assimila guère la grâce

L ARCHITECTURE

italienne, et sa riche exubérance ne lui inspira à vrai dire qu’une fantaisie « amusante » d’amateur raffiné.

Fî£. 36. — Lady Hamilton, par G. Romney.

Inigo Jones, dit le « Palladio anglais » (1572-1651), d origine espagnole, avait été chargé en qualité

d intendant général des bâtiments de la couronne, d’une mission en Italie, en France et en Danemark, sous le règne de la reine et du prince Henri, afin de réunir une collection de dessins d’après les antiquités les plus remarquables. On doit à cet artiste distingué la construction et la restauration des principaux monuments de son époque. Il s’y employa à la manière, et mieux, à l’imitation des chefsd’œuvre italiens. Le palais de Whitehall (fig. i5), l’église et la place de Covent-Garden, le grand hôpital de Greenwich, agrandi plus tard par Wren, la Chapelle de la Reine , notamment, relèvent de son talent plus ou moins ingénieux qui condescendit, d’autre part, à décorer et à dessiner les costumes des masques (sorte de divertissement assez semblable à nos ballets de cour, mais moins chorégraphique et plus littéraire). Inigo Jones a laissé une quantité considérable de beaux dessins, dont la majeure partie compose le Vitruvius Britannicus de Campbell et enrichit les « Albums de Kent » (1727 et 1744).

Pour apprécier judicieusement le mode d’interprétation Renaissance qui prévalut en Angleterre d’après le modèle italien, il faut retenir que Inigo Jones fut (en 1621) l’instaurateur du style réglé de Palladio, alors que les architectes français suivaient les préceptes de Vignole.

l’architecture

Le style anglo-classique moderne. — Le style anglo-classique comporte trois expressions réparties sur trois siècles : le style du dix-septième siècle (1625-1702), qui correspond au règne de Louis XIY , en France , mis en valeur, en Angleterre, par Inigo Jones (dont le nom chevauche l’époque Jacobean et la présente), Wren, etc. ; le style du dix-huitième siècle (1702 - 1820), sous la reine Anne et les rois George ( règnes

correspondant à

. Photo. Neurdein.

ceux de Louis XV Fig. 3^ __ Frère et Sœur,

et de Louis XVI) ; Par w- Beechey (Louvre .

le style de la reine

Victoria qui, de 1820 a i85i, témoigne du retour des expressions d’autrefois, tant romantiques que toutes autres, marquant l’âge des Renaissances, enfin, avant que ne se mélangent les styles de i85i à 1901,

En dehors d’Inigo Jones, vu précédemment, le plus célèbre architecte classique de l’Angleterre est Christophe Wren (1632-17123).

Cet artiste, d’un grand talent, apporta des changements considérables à l’abbaye de Westminster. On lui doit encore, indépendamment des Collèges de Cambridge et à' Oxford, l’hôpital de Ghelsea , le Palais d? Hampton-Gourt, œuvre d’une rare distinction. La cathédrale de Saint-Paul (fig. 16), achevée en 1710 (son chef-d’œuvre), le Monument (érigé à Londres en commémoration du terrible incendie qui ravagea une partie de cette ville en j 666), relèvent encore de l’art de Wren auquel on s’adressa aussi pour reconstruire nombre d’édifices après la catastrophe, l’église de Saint-Mary-le-Bon, entre autres, dont les flèches sont particulièrement à retenir.

Malgré les critiques adressées à la restauration des tours de Westminster (qu’un des élèves du maître, d’ailleurs, aurait commise!) et à la construction de Saint-Paul, dont le dôme, qui rappelle ceux de Saint-Pierre de Rome et de l’Hôtel des Invalides, n’apparaît point choquant sur un plan gothique, ces travaux, parmi tant d’autres, attestent un mérite réel, tout au moins scientifique. Wren. qui fut professeur d’astronomie, joignit aussi à son art d’ architecte une rare maîtrise de géo-

L ARCHITECTURE

mètre et occupa une chaire de mathématiques à 1’Université d’Oxford.

. Parmi les fervents du culte classique, dans le sillon d’Inigo Jones et de Wren, au dixhuitième siècle on remarque aussi VV. Kent,

James Gibbs,

Burlington et W. Chambers.

William Cham bers (i 7*j6- 1796), auteur de Y Hôtel de Somerset-Flou se, de Y Observatoire de Richmond , des constructions et des Jardins de Kew , exagéra les influences qu'il avait rapportées de l’Inde et de la Chine où il avait voyagé, au début de sa carrière. Les jardins qu’il dessina, dans le goût oriental, sont particulièrement réputés.

Fig1. 38. — Portraits, par II. Raeburn (Louvre).

Lorsque nous parlerons du jardin anglais, si proche du « jardin paysager » des Chinois, nous ne manquerons pas d’évoquer le nom de Chambers.

Notons, avant de poursuivre, que le « rococo » n’eut guère d’écho en Angleterre, au dix-huitième siècle, du moins en architecture, car, dans ce genre, le nom seul de Gibbons est à retenir, et comme sculpteur. Comment ce style ronflant, redondant, eût-il convenu à l’âme calme de nos insulaires? En vérité, le gothique d’époque, le revenez-y, sous l’influence du romantisme, à un gothique étriqué, devait mieux convenir à leur caractère et, au reste, s’il s’adapta moins heureusement partout ailleurs; le mouvement romantique et sa conséquence fut général.

Mais, tandis qu’en France nous ne compterons qu’un Viollet-le-Duc, l’effort du retour aux idées moyenâgeuses sera extraordinaire en Angleterre.

Désormais, à travers des variations d’un intérêt plus ou moins captivant, mais sans réelle personnalité d’ensemble, l'architecture anglaise cédera le pas à la peinture qui s’annonce brillante et originale.

Le nom de Robert Adam, cependant, avant celui de Paxton, au milieu du dix-neuvième siècle, mérite déjà d’être retenu. R. Adam (1728-1792), après avoir visité l’Italie et la Dalmatie, devint en 1762, architecte du roi. Son frères James (mort en 1794)»

l’architecture

l’avait accompagné dans ses voyages d’études et fut surtout son collaborateur pour la décoration intérieure des palais et maisons qu’il construisit.

juni; oclîo

sociation naquirent notamment, la Terrasse de Londres, dite « d’Adelphi »

(les deux frères) et la Bibliothèque de la Villa de Kenwood.

L’influence de ces artistes

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nilKli« an div- Fi£* 39- “ Lv Femme en blanc,

P c " par John Opie (Louvre).

huitième siècle

fut considérable, non moins que le nombre d’appartements enrichis par leur talent fécond.

Robert Adam a créé un style mobilier qui prend sa place après celui de Chippendale; nous l’examinerons au chapitre du meuble. Et, en tant qu’architecte (nous le confondrons ici avec James pour juger d’une unité de vues dont les deux frères ne

se départirent jamais), il adopta une manière de style Louis XYI, aux lignes plus allongées et plus grêles. Son ornementation, point toujours àl’échelle des surfaces à décorer, est abondante mais manque souvent de volume. De la sécheresse, de la maigreur en résultent, mais la tenue d’ensemble a grand air.

On doit aussi à cette collaboration fraternelle des décorations genre Empire. Elles reflètent les mêmes défauts et qualités, dans un luxe véritable.

« Depuis la fin du dix-huitième siècle, observe M. R. Peyre, on avait la passion de l’antiquité qui faisait le fond de l’éducation des universités. Les jeunes Anglais sortis d’Oxford et de Cambridge allaient en foule visiter les fouilles de Pompéi... » En retard, constatons-le, d’un siècle presque sur la révélation des ruines d’Herculanum à l’art français.

(( Mais, poursuit l’auteur de Y Histoire générale des Beaux-Arts , l’engouement exclusif a été de peu de durée, et bientôt, à côté de l'influence antique, le gothique, la Renaissance aussi, ont repris faveur, pendant que se développait un style nouveau, qu’on pourrait appeler le style industriel. »

L’avènement de ce style industriel , d’ordre plutôt pratique, en dit long sur les sacrifices esthétiques d’un peuple. Et, sur ce point, nous craindrions de nous répéter.

L ARCHITECTURE

Nous parlerons ensuite de l' architecte Joseph Paxton. Nous sommes au milieu du dix-neuvième siècle. Le nom de Paxton est lié à F utilisation des maté-

Fig. 40. — Portrait, par Th. Lawrence.

riaux nouveaux dans la construction, c’est-à-dire à la création d’une architecture originale adaptée en propre à la destination de l’édifice : le Palais de Cristal.

Le Palais de Cristal associa des premiers le verre et le fer. Il constitua sinon l’un des plus beaux, du moins l’un des plus curieux objets d’industrie présentés par l’Angleterre à son Exposition universelle de i85i.

Les matériaux qui entraient dans son édification, moulés, sculptés ou taillés, dans des formes si variées, si complexes et si originales, furent un argument irréfutable en faveur de l’éducation pratique des ouvriers anglais. Ils témoignaient, d’autre part, dune hardiesse constructive à retenir, à notre époque moderne qui attend sa personnalité la plus logique de l’inspiration des matériaux nouveaux, et trouva déjà, notamment dans l’emploi du ciment armé, des portées interdites à la pierre, d’où, déjà, des formes esthétiques inédites sont sorties.

L’architecte français Victor Baltard, auteur des Halles centrales de Paris, construites en fer ainsi que la Salle de Lecture de la Bibliothèque nationale due à Labrouste, un Français encore, et aussi Dutert, auteur de la Galerie des Machines, à l’Exposition universelle de Paris (1889), suivirent la voie rénovatrice tracée par Joseph Paxton (i8o3-i865).

De même, la brique fut remise en faveur grâce à Vaudremer, après son utilisation, notamment par un architecte anglais renommé : sir Robert Smirke (1780-1867) (dont le père, Robert également, fut un

L ARCHITECTURE

peintre de talent, et le frère Sydney, un architecte distingué aussi)témoinle2M7is/ï Muséum dû à ses plans.

De nos jours, enfin, tout comme John Nash (175.2i835) avait exprimé l’àgc du stuc , dans son intéres-

Pholo. Ollivier.

Fig. 41. — Cathédrale de Salisbury, par J. Constable.

santé conception de Regent-Street , M. de Baudot a marqué chez nous l’âge du ciment armé que l’architecture du monde entier commence à utiliser pour le plus grand bénéfice, répétons-le, du renouvelle, ment de la forme esthétique elle-même.

John Nash, sous l’empire de cette fièvre à laquelle la France, avec ses obélisques et ses sphinx.

avec ses constructions pseudo-helléniques, n’avait pas échappé, s’exprima parallèlement à nous dans l’anachronisme et l’exotisme ainsi que Chambers (déjà vu), les Barry, les Colcutt (dont nous parlons plus loin), et tant d’autres. Exemple son : Pavillon chinois de Brighton et son curieux Buckingham- Palace. Dans un ordre moins excentrique, Nash a embelli Saint Jame's park, donné le plan de Rcgent's park , élevé le théâtre de Hay -Market, eXc.

Pour en revenir à Paxton (qui donna aussi de belles publications sur la botanique horticole), on remarque parmi ses autres œuvres le Château de Ferrières , appartenant au baron J. de Rothschild, en Seine-et-Marne.

Et, avec Pugin (i8i3-i852), plutôt un technicien de l’époque romantique, à la manière de Violletle-Duc; avec Alfred Waterhouse (1840- ?) auteur de Y Hôtel de aille et de YOwen College , à Manchester, du nouveau Muséum d'histoire naturelle, à South- Kensington; avec Charles Barry (1795-1860) à qui l'on doit YAthenœum, de Manchester, dans le style grec, le collège des Chirurgiens dont l’élégante bibliothèque appartient au style moderne ainsi que le club des Voyageurs et celui de la Réforme, mais qui demeure surtout l’architecte du nouveau Parlement ( House of Parliament, fig. 18), construit en 1840, dans le style Tudor; avec Colcutt (très

l’ ARCHITECTURE

originalement inspiré du goût espagnol dans l’Institut impérial de Kensington), Fowke, Ander-

Fig. 4‘-*« — François Ier et la duchesse d’Etampes, par R. Bonington.

son, etc., se poursuit l’énumération d’une pléiade d’architectes anglais plutôt érudits.

Avant de quitter l’architecture ancienne, nous citerons au hasard de notre mémoire, Y Abbaye de la Bataille , près d’Hastings, celles de Saint-Albans , près de Londres et de Melrose , en Ecosse (célébrée par Walter Scott); les châteaux de Windsor , de Norwich^ d’ Holy-Rood; Hatfield House (fig. 14), dans le Hertfordsliire ; Kirby Hall , dans le Worthants; Blicking Hall , dans le Norfolk; York Water Gaie , à Londres, et tant d’autres édifices religieux et civils, qui, par un « je-ne-sais-quoi », reflètent encore le style anglais du passé en dépit de ses emprunts.

Nous interromprons notre étude, un instant, pour décrire une construction pittoresque autrefois habitée par de riches marchands à l’époque Tudor.

C’est dans l’expression indépendante, en dehors de l’ordonnance classique, que l’originalité architecturale anglaise se manifeste supérieurement, et nous lui devons en toute justice celte revanche.

Sans doute, manquant de traditions très personnelles, l’architecte d’Outre-M anche incline-t-il logiquement et instinctivement à la fantaisie puisque 1 absence d un modèle d’originalité séculaire ne lui

l’architecture

impose aucune discipline, mais, quoi qu’il en soit,

sa maison de campagne, ses « cottages », dans la spontanéité de leur silhouette (comme issue d'un

Fig. 43. — L’Etoile de Bethléem, par Burne-Jones.

rêve), dans le désordre spirituel de leur conception libre, dans leur style intime, sont inimitables.

Certes, nous n’ignorons point que ces constructions rurales procèdent un peu de l’architecture hollandaise, laquelle n’offre elle-même aucun caractère classique, d’où cette communion esthétique. Et l’architecture Scandinave est dans le même cas, sans démériter.

Toutefois, la communion esthétique de l’Angleterre et de la Hollande ressortit d’autre part à des influences dynastiques. N’oublions pas effectivement que Guillaume III, roi d’Angleterre (1650-1702), était le fils posthume de Guillaume II, stathouder de Hollande, et qu’il sauva l'intégrité de ce pays au traité de Nimègue.

Mais abordons notre description. La charpente en bois de notre maison (cul-de-lampe du chap. III) est apparente à l’extérieur comme à l’intérieur; son toit est recouvert de tuiles. Mais l’imprévu des décrochements de la projection d’ensemble de ce toit, avec la curiosité d’un premier étage en encorbellement, ne saurait s’imaginer dans l’accord des profils (fig. 19) de la silhouette. Comment dire encore la qualité artistique du poteau d’angle, d’un seul bloc de chêne (formant contrefort), qui supporte notamment le pignon de cette maison ?

L,A.nC[îlTECTÜttE

Fig. 44- — Mausolée d’Henri vii, dans l’Abbaye de Westminster.

(Cliché « Stereoscopic Company, Ltd. », Londres.)

Jusqu’ici, néanmoins, nous n'avons observé au cune caractéristique bien anglaise. Nos maisons en bois du quinzième siècle, extérieurement, ressemblent un peu à celle-ci. Mais, sur le seuil de la porte d’accès au rez-de-cbaussée, tout change.

Nous sommes saisis de nouveauté. Dans une lumière mesurée par des carreaux étroits, nous apercevons des lambris menés jusqu’aux solives du plafond. Ces lambris (fig. 20) formés de panneaux cloisonnés sont, comme la frise, en bois de chêne incrusté de bois de houx, et les solives sonl sculptées et ornementées. Lorsque les lambris s’arrêteront à hauteur d’homme (au premier étage), ln charpente prolongera apparemment dans le mur l’agrément du bois, mais en formant de vastes dessins.

L’esprit de dignité conféré par ce revêtement général est déjà typique. Il s’accentue au spectacle de la rampe à balustres de l’escalier qui conduit au premier étage. Cette rampe sculptée à profusion reproduit des motifs ornementaux dont le scrupuleux détail, malgré que sans grande caresse aux yeux, séduit au bout d’un ciseau merveilleux. Entre chaque balustre, en haut et en bas, des ornements déchiquètent la silhouette générale de la rampe.

Des planchers à larges lames, reflétant des lamris encadrés de pilastres clairs et sculptés

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Fig:. 45* — Tombeau de Shakespeare, dans l’Eglise de Stratford-on-Avon (Cliché « Stereoscopic Company, Ltd. », Londres.)

solidement garnis de cheminées en bois, monu mentales, ornementées dans le goût de l’ensemble, complètent une vision particulière d’austérité à laquelle des meubles, choisis parmi ceux que nous indiquerons dans notre chapitre spécial, ajouteront quelque confort.

Si, par l’imagination, maintenant, nous évoquons à cette époque de prestige et de prospérité, des hôtes illustres comme Drake, Hawkins, Raleigh, groupés autour de Shakespeare alors dans toute sa jeune gloire, nous réaliserons cette physionomie à la fois robuste et grave de la vieille maison anglaise : cette vieille maison anglaise dont les voûtes sont admirablement ouvragées, — le soin des détails dans la construction anglaise est typique ; — - dont les rampes et escaliers de bois sont d’une richesse, d’un mouvement comme d'un pittoresque remarquables; dont les cheminées extérieures, composées de briques curieusement assemblées ou de torsades en pierre, offrent des profils inoubliables ; dont les gouttières à leur extrémité supérieure présentent des agréments décoratifs en plomb estampé (fig. 21), d’un attrait particulier ; cette vieille maison non moins inoubliable que ces petits marchés couverts rencontrés dans les moindres villages anglais et placés sous la dévotion d’une croix moyenâgeuse.

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Fig. 413. — Cadre de Miroir en bois, sculpté par Grinling Gibbons [1680]. (Collection Liberty et Cie, Londres.)

Comparons, maintenant, à la demeure ancestrale la villa moderne de nos insulaires, leur « cottage » (fig. 27, 29et3o). A la majesté précédente succédera la gaîté, la coquetterie, toute une grâce faite de lumière, de fraîcheur, de propreté. Malgré qu’on ne puisse s’empêcher de penser aux Hollandais dans ces deux exemples d’hier et d’aujourd’hui, un pur accent britannique hante néanmoins cette rusticité, cette liberté architecturale, ce pittoresque, inséparables d’une attention particulièrement respectueuse des lois de l’hygiène et des aises pratiquement satisfaites. Or, nous savons que ces dernières préoccupations ne sont pas sans apporter à la construction leur bénéfice esthétique. L’aération commande de larges baies dont profite la lumière et son irradiation sur des carrelages et des peintures claires, sur des cuivres encore. Les bow-window naquirent de ce besoin d’air et de clarté qui, en agrandissant les pièces, amena des motifs décoratifs.

L’avantage de ces saillies et leur agrément devaient séduire la façade du magasin anglais moderne qui, exceptionnellement d’ailleurs, flanque sa porte d’entrée de pratiques et élégants bow-window.

Les décrochements aussi pittoresques du « cottage », à l'extérieur, représentent autant d’imprévu à fi intérieur. Gela n’est point du « n’importe quoi » mais de l’impromptu, de 1’ « amu-

l’architecture

sant », qui résultent de la couleur comme de

Fig. 47» — Tendresse Maternelle, par J. Flaxman. (Cliché W. A. Mansell et Cie, Londres.)

la forme régis par le bon sens et la commodité.

G est de l’asymétrie d’où le dogme classique a été, cette fois, volontairement et judicieusement écarté pour défaut d’appropriation.

Des fleurs vivantes, des plantes vertes, ajoutent à la mine riante de ces grandes pièces où les boiseries, les rideaux, les faïences, les cuivres et les étains chantent chacun leur chanson. Quant aux jardins anglais, ils sont de toute beauté.

Voici vraiment la maison de campagne-type. En dépit de ses airs hollandais et normand (avec notamment ses toits, porches et potences), le « cottage » demeure caractéristique. C’est la maison franche de nos flegmatiques voisins, la maison où ils se livrent, où ils font vraiment figure d’artistes.

Pourtant, l’amour du sport, — autre handicap, — l’emporte chez eux sur l’idéal esthétique! Et l’on remarquera que les pays réputés comme les plus sportifs, en l’occurrence l’ Angleterre et l’Amérique, sont les moins doués pour l’art. Cependant, nous direz-vous, les Grecs anciens qui furent des artistes incomparables, cultivèrent les exercices physiques. Certes, mais dans le développement de la beauté du corps ils ne poursuivaient qu’un but idéal : ils rêvaient simplement et sans intérêt pécuniaire, de s’égaler aux dieux de l’Olympe; tandis que le match et le championnat flattent bassement

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la vanité humaine sinon l’orgueil national, à des taux de rémunération plutôt fantastiques.

Bref, l’Angleterre, sans préjuger cependant du rang qu’on lui assigne au point de vue sportif vis-

à-vis de l’Amérique, dépasse cette nation, dans le passé et artistiquement parlant, de cent coudées, — de toute l'importance de son Histoire, enfin.

Après avoir traversé rapidement l’inévitable emplacement réservé au tennis, et détourné nos yeux du terrain factice dédié au jeu de golf, nous voici dans le jardin anglais.

Nous avons indiqué précédemment la source inspiratrice de ces jardins plantés, et nous vîmes du

moins l'architecte Chambers propager sur le sol natal l’exemple du « jardin paysager », au retour d’un voyage au pays de Confucius.

Pourtant, il conviendrait de ne rien exagérer. La douceur du gazon, la fraîcheur des verdures anglaises dues sans doute autant à l’humidité du climat britannique qu’à ses brumes, demeurent bien personnelles dans le souvenir impartial.

Touffes verdoyantes et massives faisant valoir des feuillages ténus où des fleurs rares embaument; vastes pelouses rases subitement dérobées à la vue par un vallonnement; échappées de perspective habilement ménagées; terrassements garnis de chutes de plantes pour mieux ordonner des éclaircies au marbre ou à la pierre ; étangs où se réfléchissent les silhouettes végétales les plus diverses ; somptueux dallages ; eaux courantes pour la douceur d’un bruissement qui se joue ; au résumé, nature délicieusement apprêtée, beauté méthodique sans en avoir l’air, dont la perfection consiste à s’associer aux localités, à étudier et à embellir le paysage offert au jardinier.

Tout en admirant à Versailles la majesté des longues allées, la régularité des charmilles, la réunion de toutes les divinités de l’Olympe distribuées dans les bosquets ou les avenues, tout en se complaisant parfois au milieu de ces souvenirs

Fi/»;. 49 — Sœurs endormies, par F. Legatl Cliantrey (1

historiques et mythologiques, on peut préférer à l’art de Le Nôtre la variété des jardins anglais (fig. q3 et 24), la sinuosité de leurs allées, la rencontre imprévue d’arbustes nains, l’attraction variée de la dentelle des frondaisons sur les fonds.

Tout le monde ne partage point, à cet égard, l’opinion sévère de Napoléon Ier qui disait: « Ces petits lacs, la plupart du temps sans eau, ces petits rochers en miniature, ces rivières immobiles, toutes ces niaiseries, sont des caprices de banquiers. Mon jardin anglais, à moi, c’est la forêt de Fontainebleau, et je n’en veux pas d’autre. »

La cité-jardin, encore une création bien anglaise, se dresse sous des ombrages que, cette fois, n’eût point renié le héros de Wagram.

La cité-jardin, cette agglomération de petites maisons pittoresques, gaîment soudées dans un accord esthétique où la verdure offre sa fraîcheur; la cité-jardin, propice aux artistes, aux ouvriers, comme aux bourgeois solidarisés dans leurs aspirations de rêve, de travail ou de béatitude; la cité-j ardin qui dispense le chez-soi, le home , et fait la vie heureuse en commun, commodément et économiquement. En vérité, les cités d’Hampstead, de Letchworth (fig. 25), parmi les plus célèbres, sont des modèles qui honorent leurs créateurs et devraient bien stimuler davantage nos propres réalisations dans ce sens.

L ARCHITECTURE

Cliché W. A .Mansell et &•, Londres IIylas et les iNympiibs, par J. Gibson.

Il nous reste à indiquer à la suite de cette évocation contemporaine, les tendances esthétiques de l'architecture anglaise moderne après que nous aurons fait ressortir que les styles les plus anglais du passé, sont les trois styles de transition entre les manifestations ogivale et classique (i485-i625).

De nos jours, les architectes anglais s’expriment encore volontiers dans le goût ogival, tandis que d’autres préfèrent le « Georgian » (style de la dynastie des George, dix-huitième siècle), et le plus grand nombre s’inspire de tous les pays du monde.

Néanmoins, les nécessités de la vie moderne, l'emploi du ciment armé, etc., créent progressé vement un style monumental qui portera plus tard, sans doute, l’empreinte de son époque et de sa nationalité. M. M. Aston Webb, R. Blonfield, Lanchester, Edwin Lutyens, notamment, s’y emploient avec le plus réel mérite.

D’ailleurs, pour en revenir aux tendances esthétiques actuelles en Angleterre, celles-ci pourraient se résumer déjà en la satisfaction parfaite des besoins et de l’hygiène toujours attentivement servis. La maison anglaise comporte une « nursery » ou appartement réservé aux enfants. Ces « isoloirs », d’ailleurs délicieusement frais et riants, n’existent pas en France où la mère, ainsi

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1 Cliché W. A. 'Mans cil cl G'ie, Londres ,

Fig. 51# L’Enfant prodigue, par W. G. Marshall»

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que nous avons eu déjà l’occasion de le dire, ne se sépare point de sa progéniture aussi pratiquement qu’en Angleterre. Cette « nursery », encore un symbole de l’esprit personnel anglais! Et comme la fonction crée l’organe, voici une pièce de plus à envisager dans la construction. Aussi bien, et cela compense la singularité, presque, d’une nursery , nous devons aux Anglais l'exemple de l’hygiène physique toujours plus accentuée, et, par conséquent, le développement de la salle de bains. Chez eux, l’impérieux souci de la commodité adaptée au progrès, s’il leur masque souvent la beauté, diversifie du moins l’aspect esthétique de leur habitation, non seulement à l’intérieur, mais à l’extérieur, parce que les nécessités de l’intérieur ont fatalement leur reflet au dehors. Si les matériaux nouveaux sont appelés à changer la physionomie de l’architecture, les mœurs différentes n’y concourent pas moins.

La preuve en est la Iwing-room : salle où l’on vit de préférence, la salle à tout faire, qui réunit les agréments et occupations du foyer; ni salon, ni salle à manger, ni bureau mais lùùng-room. Pareillement le salon anglais n’a rien de commun avec le salon de réception français, auquel il répond par le parlour réservé aux occasions solennelles ; on y séjourne. Moins compassé que le nôtre, d’un style

l’architecture

moins soutenu, d’une dignité moins froide, plus familière enfin, le salon anglais s'inspire d’une intimité confortable qui représente un charme différent conforme à sa convenance autre. Le hall (fig. 26) encore, correspond à notre vestibule, mais

Fig. 52 — Porcelaine ancienne.

(Collection Gill et Reigate, Londres.)

avec quelle nuance ! Alors que notre vestibule rassemble si volontiers en sa banalité le porteparapluies et la banquette d’attente, le hall (qui distribue les pièces de l’appartement, chacune jalouse de son intimité, non plus comme chez nous orgueilleuse d’un ensemble) réserve au visiteur, dès l’entrée, un accueil de choix d’où la banalité, par conséquent, doit disparaître. C’est dans le hall , frontispice du home , que le maître de la maison

prend contact avec le visiteur, étranger ou ami. Le hall exprime donc la caractéristique de l’hôte et n’a aucune relation avec notre insipide accès à l’appartement.

L’architecture domestique anglaise pourrait servir de modèle, mais, en revanche, c’est de la France que l’Angleterre tient ses règles actuelles de dessin, de forme et de décor, malgré qu’il lui manque l’élégance, l'amabilité du goût auxquels résistent son tempérament et son souci artistique, secondaire.

N’oublions pas que nous avons emprunté aux Anglais l’usage d’acheter des maison toutes faites, et nous savons quel bénéfice marchand nous en tirâmes au détriment de l’art. L’entrepreneur anglais se substitue généralement à l’architecte pour le commerce des maisons, et l’architecte n’est guère appelé à construire que des demeures de luxe, ou bien à tracer la façade d’un groupe de maisons en vue de la composition d’un groupe monumental, comme cela se pratique notamment à propos des squares.

C’est ici que s’insère ce style « industriel » dont nous avons parlé incidemment, remarquable plutôt par l’absence d’art et l’utilité supérieurement servie. L’architecture française, elle, prétend, dans l’excellence du but atteint, ne pas séparer l’une de l’autre de ces vertus, pour ne point faillir à l’Architecture.

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Autre observation relative à l’art architectural diminué : « Les mœurs et les habitudes de la vie anglaise sont tellement uniformes que, depuis la maison du plus simple particulier jusqu’à celle du

Fig. 53. — Porcelaine ancienne de Chelsea, 1760. (Collection Gill et Reigate, Londres.)

lord le plus riche, les distributions intérieures sont toujours établies d’après les mêmes besoins, sauf le plus ou moins d’extension qu’on donne à leur ensemble, en raison de la fortune de ceux par qui elles doivent être habitées.,. »

Mais» a dit Shakespeare, « tons les nuages n’engendrent pas des tempêtes », et si, dans la ville anglaise, la monotonie des voies ou bien le pastiche, souvent déconcerte, nous discernons, répétons-le, un style anglais dans ce pastiche même, tellement converti à l’utilité, tellement débarrassé de l’accessoire et de la convention.

Les anciens Anglais, d’ailleurs, ont nettement influé dans leurs chefs-d’œuvre classiques, ainsi que nos gravures le démontrent, sur le goût d’importation, sur la main-d’œuvre étrangère. Les vertus comme les défauts d’une race s’inscrivent originalement au fronton d’une expression d’art. Ils ne peuvent jamais être indifférents.

Notre pensée, avant de quitter ce chapitre, envisagera une dernière fois la variété charmante de ces villas de plaisance anglaises (fîg. 27, 28 et 29), de ces « cottages » (fîg. 3o), si gais parmi la prairie grasse, si supérieurs, en vérité, aux constructions de partout ailleurs, si supérieurs avec leurs jardins, de liberté harmonisée sous le ciel, sur le sol, et dans le paysage. N’est-ce point à la contemplation de ces maisons spirituelles et vivantes que pourrait s’adapter cette pensée du grand Will, en compensation de quelque déception dans l’ordre monumental classique anglais : « Il est des chutes

L’ARCHITECTURE

qui servent de point de départ pour monter plus haut. »?

Mais la beauté constitue un faisceau et l’heure de conclure n’a pas sonné encore.

Maison de style Tudor.

(Reconstitution Gill et Reigate, Londres.)

Photo. Lévy et fils.

Marine, par J. Turner (National Gallery).

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