CHAPITRE IY
La Peinture et la Gravure.
W, Hogarth, J. Reynolds, Th. Gainsborough,
G. Romney, Th. Lawrence, etc.
La sublime nudité a été combattue par le puritanisme anglican, au nom de la morale. C’était proscrire non seulement l’étude de la ligure humaine, restreindre le champ d’imagination ouvert à la représentation idéale, mais encore attenter à la peinture monumentale. Les sujets empruntés à la mythologie point davantage ne pouvaient convenir à une foi rigide, et comme la religion protestante n’admet pas de tableaux dans son église, elle fut
servie.
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Enregistrons cependant une infraction à ce veto. Charles Ier, en digne petit-fils de Marie-Stuart, commandera, au grand scandale des puritains, la décoration des édifices dépendant de la couronne, celle de l’abbaye de Westminster entre autres!
On sait avec quelle violence lord Byron anathématisa lord Elgin pour avoir sacrilègement volé à la Grèce et apporté à Londres les bas-reliefs du Parthénon. Un écrivain français s’est écrié à ce sujet : « Yol inutile! Tous les trésors de la Grèce apportés à Londres n’y inspireront personne ! » Si cette sévérité a trait à la statuaire (plutôt inexistante en Angleterre), la peinture, envisagée dans son essor le plus large, n’en prend pas moins sa part.
Pourtant, la palette anglaise devait se couvrir de gloire au mépris de cet ostracisme, et peut-être bien aussi que certaines de ses vertus se développèrent favorablement dans le champ réduit où son esprit d’analyse et le brio de sa vision s’exercèrent.
Nous avons esquissé au chapitre II les étapes principales de la peinture aux plus lointaines années. Nous n’y reviendrons pas. Au surplus, les œuvres de ces temps ne nous sont point parvenues, et leur originalité s’en tient aux conjectures.
Nous indiquâmes James Thornhill (1676-1734) comme le premier représentant de l’art indigène et, avant lui, Isaac Oliver (1556-1617) dont une minia-
LA PEINTURE ET LA GRAVURE
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turc exposée à Windsor (portrait de Si> - Philip Sidney ) nous révèle le talent. Les premières peintures sur émail de date certaine que l’on connaisse, sont celles qui enjolivent la montre et le portrait de Charles Ier, daté de i63i, mais non signé.
Avec le décorateur de Saint-Paul (Thornhill), les noms du portraitiste Cooper (1609-1676), qui fut surtout un bon miniaturiste, de John Riley (1646- 1697), le peintre de Cromwell, de Jonathan Richardson (i665-i745), auteur d’un traité de peinture devenu classique, sont encore à retenir au début.
Thornhill, élève de Peter Lely et de Godfrey Kneller, doit beaucoup aussi à Charles Le Brun. Sa personnalité ne brille guère dans la peinture d'histoire non plus que celle de ses deux premiers maîtres. Et le célèbre dictateur des arts sous Louis XIY n’eut point à s’enorgueillir de son disciple qui fut pour le faste de la reine Anne, de
Fig. 56. Porcelaine de Derby.
(Collection Gill et Reigate, Londres.)
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Charles Ier et de George II, l’illustrateur qu’il avait été de la gloire du roi soleil. Néanmoins Thornhill, inaugurateur delà peinture décorative et d’histoire, genre que West devait essayer de poursuivre mais sans le faire prévaloir davantage en Angleterre, a laissé des peintures allégoriques (représentant la reine Anne et le prince Georges de Danemark) au palais de Hampton-Gourt, et surtout à l’hôpital de Greenwich, qui méritent d'être retenues ( Apothéose de Guillaume III et de la reine Marie).
Mais voici poindre l’avènement de William Hogarth. La « Galerie Shakespeare », due à l’initiative d’un particulier, John Boydell, marquera le point de départ d’une école anglaise réellement originale. Nous voici parvenus à l’ère de la peinture anglosaxonne, sinon au style anglais proprement dit. Et nous distinguerons deux périodes d'expression : l’une que l’on pourrait appeler V ancienne école qui débute avec William Hogarth et va jusqu’à Joseph Turner, et la nouvelle école depuis l’aurore du « préraphaélisme » (avec Ford Madox Brown) jusqu’à son éclosion triomphale.
L’ancienne école commence ainsi au dix-huitième siècle, vers 1^30, et se poursuit jusqu’en i844; l’école moderne s’étend de i844 à 1900.
Il ne faut pas demander à l’esprit positif et pratique les grandes envolées. D’autre part, les expan-
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sions idéales, les rêves de l'imagination semblent mesurés à un peuple qui, à défaut de lointaines traditions nationales, doit pour être original s’exprimer spontanément, presque en marge du passé glorieux des, autres. Hogarth et les maîtres de l’école anglaise à sa suite, en sont ainsi réduits à prendre leur vol au ras du sol, au lieu de poursuivre l’élan des prédécesseurs, et c’est par le tableau de genre que débute la peinture anglaise, tandis que la grâce de notre art domine en Europe, après sa période majestueuse du dix-septième siècle et sa suavité précédemment indiquée par les Clouet, au seizième siècle.
La palette anglaise commence à s’illuminer à nos côtés, alors que l’heure de la décadence sonne en Flandre et en Italie, après une floraison magistrale. Curieux symbole d’indépendance et d’égoïsme autant que de présence d’esprit, puisque Hogarth créa
Fig. 5 7. — Porcelaine