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CHAPITRE II

Considérations générales sur le style Louis XVI

L'œuvre des artistes, interrompu par les uns, est repris par les autres tour à tour; il s'ensuit que nous assistons à des styles baroques, à des styles de fin de siècle, de transition, etc.

Aussi bien un grand nombre d'artistes sont pour ainsi dire « à cheval » sur plusieurs époques ; il y en eut de si brèves, comparativement aux longs règnes de Louis XIV et de Louis XV, jusqu'à l'avènement de la seconde République ! Avec quelle rapidité, en somme, la Révolution succéda à Louis XVI et le premier Empire à la Révolution !

De telle sorte qu'en architecture, qu'en peinture, qu'en sculpture, qu'en ébénisterie,etc, Ténumération des styles ne correspond pas, le plus souvent, à l'ordre

chronologique, surtout aux époques précipitées que nous venons de dire.

C'est le cas notamment du Panthéon (église Sainte-Geneviève à Paris), commencé par Souffîot (1709-1780), sous Louis XV et terminé vers 1790, par Rondelet; c'est le cas de l'École de médecine, à Paris, due à Gondouin (1737-1818), pour l'architecture. En

Fig. 19. — Motifs décoratifs Louis XVI.

sculpture J.-A. Houdon (1741-1828), en peinture L. David (1748-1825), et combien d'autres, sont témoins de plusieurs régimes et la classification de leur art importe moins, après tout, que la date de leurs chefs-d'œuvre caractéristiques.

Ainsi J.-A. Houdon (de même que Greuze, 1725- 1805) personnifie-t-il essentiellement l'esprit du règne de Louis XVI (d'ailleurs, la Révolution, en mettant à l'écart la délicatesse de son génie, le lui fit bien sentir, et Greuze n'échappa pas davantage à la réaction im-

CONSIDERATIONS GENERALES

Fig. 20. — Motifs décoratifs Louis XVI.

pitoyable des enthousiasmes) ; qui oserait enfin séparer Louis David de Napoléon Ier?

Du côté des ébénistes, même anomalie. Toutefois le style du mobilier s'imprègne davantage du goût d'une époque, il enregistre d'une façon plus brusque et plus sensible les tendances d'un régime, ce régime fût-il même des plus momentanés. Voyez le style Directoire, caractéristique en plein style Empire, voyez le style Empire décrété par Napoléon Ier.

Il n'empêche que Riesener, élève de Oëben, marquera aussi parfaitement son génie, dans deux formules différentes, sous Louis XV et sous Louis XVI, bien que le maître se réclame davantage du règne de Louis XVI, et il ne faut pas oublier encore que les merveilleux ciseleurs du premier Empire avaient été formés sous le précédent régime.

Dans rénumération des styles, répétons-le, l'ordre chronologique surprend singulièrement les artistes en leur tâche et, quand on songe au grand nombre de ceux qui, contemporains des deux monarques, estampillèrent de leurs marques Louis XVI les meubles de l'époque de Napoléon Ier, il est permis de concevoir des doutes sur les décisions des experts.

C'est Papst, c'est Michel-Charles-Jacques-Urbain Lemarchand, c'est Alexaf dre, c'est Simon Mansion, c'est Jean-Antoine Bruns, ébénistes ; c'est le célèbre orfèvre Thomire et tant d'autres dont la longue car-

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

rière embrasse à la fois les deux règnes, travaillant docilement dans le goût du vainqueur d'Iéna après avoir servi le caprice de la première victime de la Révolution.

On a constaté que les plus belles pendules de style Empire avaient été exécutées sous Louis XVI; cela prouve la délicatesse transitive des deux manifestations qui, en somme, procèdent l'Une de l'autre, d'après le modèle antique plus ou moins équitablement transfiguré.

Mais on sent déjà la décadence des styles dans cette équivoque. Les conceptions du Louis XVI, néanmoins, tranchent nettement sur celles du Louis XV ; c'est là un signe de force. Le Louis XVI est une adaptation distinguée, un compromis grêle et élégant de la donnée classique, son originalité est évidente, tandis que le caractère du style de Napoléon Ier vise à la solennité du Louis XIV et il n'en réalise que la pesanteur.

Au surplus, le style Empire copie les meubles grecs et romains, Napoléon couche sans vergogne dans le lit de Brutus, alors que Louis XVI rougirait d'une telle compromission.

Il n'y a donc point à se méprendre sur le meuble, bien propre à chacun de ces styles, mais nous n'en dirons point autant des petits objets d'orfèvrerie qui, maintes fois, déroutent le connaisseur.

II n'empêche que l'énigme des styles de transition,

CONSIDERATIONS GENERALES

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