‹ Le style Louis XVIChapitre 5 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'Architecture

L'architecture précédant tous les arts, dont elle témoigne à travers les siècles, nous débuterons par l'étude du monument à l'époque qui nous occupe.

Si les arts plastiques, dès le commencement du règne de Louis XVI, demeurèrent originaux, on a constaté judicieusement que « l'amour de la science et l'étude plus répandue des mathématiques, entraînant l'architecture dans une fausse voie, lui firent perdre tout caractère ».

Aussi bien l'antique, qui conseilla tant de chefsd'œuvre lorsqu'on sut en varier les thèmes, joua le mauvais tour aux réformateurs aveugles de l'architecture, de ne leur livrer qu'un squelette, qu'un Vignole.

« On a trop souvent répété, et avec trop d'insistance, écrit Vaudoyer, que l'architecture était à la fois un art et une science. La vérité est que l'architecture est

avant tout un art qui procède par inspiration et sentiment, un art comme la poésie et la musique. Il faut,

Fig. 48. — Détail de la porte précédente.

en effet, se garder de confondre les solutions qu'on doit à la science avec les inventions de génie; on peut devenir bâtisseur, mais il faut être né constructeur, c'est par le sentiment et instinctivement que Ion

L ARCHITECTURE

trouve les formes qui sont à la fois possibles et belles... »

Mais Popinion autorisée de Vaudoyer ne concerne que le chef-d'œuvre, car il est bien certain que l'architecte, essoufflé dans son génie par son admiration des siècles précédents, d'un siècle à l'autre voit s'affaiblir toujours davantage sa puissance créatrice.

C'est l'origine de la copie, de l'adaptation, partant de la science dominant l'art, et nous ne répéterons pas que l'architecture est d'un essor borné par la logique laquelle se recommande plutôt de la science.

Mettons que l'architecture est un art supérieur à tous les autres arts lorsqu'elle relève du génie ; inclinons-nous devant sa supériorité dans le passé, non sans toutefois reconnaître qu'il était plus aisé de faire œuvre originale hier, lorsque tout était à inventer, qu'aujourd'hui où tout a été essayé.

Or, tous ces essais résumés par des chefs-d'œuvre, constituent la tradition — un mur que l'on ne peut franchir sans errer.

Voyez plutôt, précisément sous Louis XVI, Claude- Nicolas Ledoux, apôtre de l'architecture parlante , qui croyait avoir trouvé une merveille en faisant la maison d'un vigneron en forme de tonneau, comme il eût donné sans doute, à la demeure d'un ivrogne, l'aspect d'une bouteille...

Il est vrai que la découverte des temples grecs de

L ARCHITECTURE

Paestum, dans le royaume de Naples, aboutit à des

Fio. 50. — Encoignure du boudoir (Petit Trianon).

résultats qui, pour être plus traditionnels, ne furent pas d'une originalité plus intéressante.

Les ordres de colonnes dits Pestum, lancés par l'architecte français Lagardette, eurent leurs partisans comme l'architecture parlante ne manqua pas d'avoir les siens. Et Ton vit Brongniart construire, en 1780, le couvent des capucins d'An tin (aujourd'hui lycée Condorcet) dans le même style que Legrand et Molinos avaient édifié la salle du théâtre Feydeau, démoli vers 1820.

Mais voici des anomalies et, nous allons maintenant voir que l'art de l'architecture sous Louis XVI ne manqua pas d'hommes assez puissants et assez heureusement doués pour exécuter des œuvres remarquables, en dépit des tendances de leur art vers la science, esclave de la tradition.

Malgré que le Panthéon (ancienne église Sainte- Geneviève) se rattache, comme nous l'avons dit, à l'époque de Louis XV, époque à laquelle il avait été commencé (1758), ce monument représente tellement l'esprit antique qui va fleurir sous Louis XVI, que nous n'hésitons pas à le placer en tête de notre sujet.

Le Panthéon, inspiré du Panthéon d'Agrippa et de Saint-Pierre, à Rome, est l'exemple à la fois de cette science et de cet art dont le principe s'affirme fondamental. Jacques-François Blondel, théoricien d'architecture, remplace Vitruve, sous Louis XV, il aremonté le courant des sources antiques et « son dédain profond pour l'art du moyen âge, vain effort de la bar-

L ARCHITECTUnE

Vu

mm

barie », n'a d'égal que son peu d'estime « pour la Renaissance, considérée comme une tentative imparfaite ». Dès lors, Soufflot est l'homme de Blondel, et

Fio. 52. — Chaise au monogramme de Marie- Antoinette.

le Panthéon, œuvre de Soufflot, est un chef-d'œuvre. Il est de fait que si jamais monument ne détonna pareillement dans notre pays, on ne peut que s'incliner devantl'effort de sa réalisation qui, malheureuse-

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ment, précipita l'essor d'une architecture aussi mal appropriée à son but, si pareillement en désaccord avec les matériaux de notre sol, avec le désavantage au surplus, d'une esthétique moins défendable.

Aussi bien, n'insistons pas davantage sur le Panthéon que d'aucuns classent dans le Louis XV, et il nous apparaît non moins délicat de rattacher au style qui nous occupe le théâtre de l'Odéon, construit par Peyre et de Wailly (1782). Certainement cette dernière œuvre, selon l'ordre chronologique, peut se réclamer du Louis XVI, mais il nous apparaît que les monuments d'importation franchement grecque ou romaine, relèvent à ce moment davantage du premier Empire, qui marque essentiellement le triomphe, l'aboutissement de l'antique.

Le Panthéon, l'Odéon, la Madeleine, enfin, ne représenteront jamais pour nous l'inspiration française; tandis que l'hôtel des Invalides, la Sorbonne, le Valde-Grâce résument exactement notre art national sous Louis XIV ; tandis que l'hôtel Soubise (Archives Nationales), les deux bâtiments de Gabriel, sur la place de la Concorde, la Fontaine de la rue de Grenelle sont bien Louis XVj; tandis que le palais de la Légion d'honneur, le Petit Trianon, le théâtre de Bordeaux, le palais de Bagatelle, au boisde Boulogne, appartiennent sans aucun doute à l'époque de Louis XVI.

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