ACTE ÎV
Dans le harem de Salomon LE ROI ET EA SULAMMITHE
LE ROI
(Revenu au harem et s' adressant à la SulammitheJ
Pourquoi, Sulammithe, ô ma belle, Belle comme Thirtsa, comme Jérusalem !...
Oui, pourquoi, fille de Sulem, A ma voix, à mes vœux te montres-tu rebelle,
Rebelle à Tamour de ton Roi, Et redoutable ainsi que des bandes guerrières
Qui défilent, semant Tefiroi
Et la terreur, sous leurs bannières ?
Que l'éclair de tes yeux se détourne de moi, Tant leur flamme me trouble et me cause d'émoi !.«. (i)
Tes cheveux sont pareils à la riche toison
Des chèvres qu'on rappelle Des monts de Galaad quand revient la saison
De la tonte nouvelle.
(i) Pour l'apaiser et pensant lui plaire, le Roi s'avise de lui adresser des louanges et des flatteries ; mais, sans doute par une intention ironique de l'auteur, il ne trouve sur ses lèvres que les compliments qu'il a déjà adressés précédemment à la princesse tyrienne et qui prennent ainsi le caractère d'effusions banales et de louanges sans valeur.
Les perles de tes dents sont splendides à voir
En leur blancheur nacrée Pareilles aux brebis qui montent du lavoir
En troupe bien serrée ; Il n'en manque pas une à ce splendide écrin :
Pas une n'est malade ; Tes tempes, sous ton voile, ont Téclat purpurin
Des tranches de grenade. ..
Entre mille beautés mon cœur pourrait choisir :
Reines, concubines^ aimées...
Une seule est Tobjet de mon ardent désir.
Ma colombe choisie entre les mieux aimées.
L'unique de sa mère et son joyau vanté.
Toutes, en la voyant, jeunes filles et reines^ Admirent ses attraits, ses grâces souveraines Et saluent à Tenvi l'astre de sa beauté :
« Qui donc es- tu, toi belle et fière plus qu'aucune, « Qui de l'aurore as pris le coloris vermeil,
« La chaste candeur de la lune,
« Et le pur éclat du soleil, « Mais aux regards pareils, tant leurs flammes sont
[fières,
« A des troupes sous leurs bannières ? »
LA SULAMMITHE
(Elle se justifie de ne pas répondre à V amour du Roi,
en rappelant son passé J
Seule j'étais allée au jardin des noyers Voir si la vigne noue et projette ses pousses, Si le printemps verdit les gazons et les mousses Et si la fleur de pourpre éclate aux grenadiers. . .
Ah ! pourquoi suîs-je ainsi descendue imprudente
Pareille au faon que blesse un dard mortel ?
Quel désir m'a poussée au danger, quelle attente De voir passer les chars des princes d'Israël ?...
(La Suîammiihe veut ^éloigner)