‹ Le sublime cantique (cantique des cantiques): drame sacré exposé selon la plus récente exégèseChapitre 6 sur 17 · UNE ALMÉE · texte numérisé non relu

UNE ALMÉE

{S adressant à la Sulammithe) D'or et de points d'argent nous ferons tes colliers...

LE ROI

[Mais plus que tous ces dons, les doux mots de ma bouche Dompteront les refus de ta beauté farouche !]

{Salomon ^éloigne et se promène dans le harem).

LA SCTLAIOOTHE

(A part...)

[Tandis qu'autour du Roi, l'astre de sa candeur Eblouit deux cents yeux fixés sur son visage,] Mon Dard dans le secret répand sa douce odeur. [Du berger d'En-Guédije ressaisis Timage...

C'est lui, mon bien-aimé> Je lui parle, il m'entend. Nous n'avons pas, nous deux, de cceur £uble ou volage, Notre amour est profond et fidèle et constant !...] (i) « Je sens^ ô bien-aimé; sur mon sein ton haleine « Comme un bouquet de m}mrhe aux jardina du midi, « Comme un rameau chargé de grappes de troène « Des vignes d'En-Guédi... » /

< — Je faime^ ô bien-aimée^ ô belle ! Tes beaux yeux « Sont des colombes blanches. »

« Je t'aime^ bien -aimé, beau comme un astre aux cieux; « Nos lits sont les pervenches t »

« — Nos toits sont le couvert protecteur des forêts. « Les cèdres sont nos murs, nos lambris et nos plinthes. « Nos colonnes sont les cyprès • « Et nos arceaux les térebinthes... »

< Je suis un narcisse des champs,

« La fleur de Saron, blanche et constellée,

< Je suis un lys de la vallée.

« — Près de toi les chevreuils semblent laids et méchants. « Comme un lys dans les houx aux piquantes aiguilles « Telle tu m' apparais parmi les jeunes filles.

« Comme un pommier parmi les arbres des forêts, « Quand le soleil d'Elul rougit l'or de ses pommes,

(i) C'est avec son bien-aimé, dont son extase éroque la présencei qu'elle échange le dialogue suivant.

« Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes, c J'ai désiré m'aateoir sous son ombrage frais,

« Sous sa voûte établir ma couche,

« Et son fruit est doux à ma bouche...

^ Avec lui menez-moi dans la Maison du "Vin (i),

« Clos du bonheur et couvert de la joie, •^ Que sur moi ta bannière, Amour, Amour divin,

« Soit Toriflamme qu'il déploie!...

« Donnez-moi le gâteau par l'aneth parjfumé

« Le vin pur dont l'ambre étincelle ;

« Soutenez-moi, mon cœur chancelle

€ De bonheur et d'amour pâmé...

^^ Ta main gauche entourant ma tête qui défaille « Et ta droite enserrant ma taille, € Embrasse-moi, mon bien aimé ! »

(Elle s^ endort dans r extase,)

UNE VODC (2)

O filles de Jérusalem, Aimées, Laissez dormir ses sens et se fermer ses yeux I Par les biches des champs fuyant sous les ramées. Par les chevreuils légers, par leurs bonds gracieux,

Par les £aons blottis sous la feuille, N'excitez pas l'amour dans son cœur soucieux Avant qu'elle y consente elle-même et le veuille !

(i) « Je supposey écrit M. Bruston, que Beth-ha-Yaîn (la Maison du Vin) était le nom de la contrée ou du village voisin de Sulem^ où habitait le berger aimé de la Sulammite. Dans un pays de vignobles comme celui où ils vivaient, il pouvait y avoir un village nommé ainsi, comme il y avait ailleurs un Beth-hak-Kézem (la Maison de la Vigne)^ deux Beth-léhem (Maison du Pain), etc. »

(2) Soit celle du chef des Eunuques ou celle d'une aimée s'adressant à ses compagnes ; ou peut- être aussi celle du Roi revenu vers la Sulammithe et la contemplant endormie.

LA SULAMMITHE

(A detni-réveilUe, mais toujours extatique, EÏUsêCfwt

dans la maison de sa mère.)

Mon bien-aimé ! C'est lui ! C'est sa voix que j'entends 1- L'aube à peine blanchit les lointaines collines, H accourt, bondissant par monts et par ravines,

Celui qu'avant l'aube j'attends!

Plus léger que la biche ou le faon des gazelles,

Il saute, il vole, il a des ailes.

Il n'est plus de moi séparé

Que par l'étroit mur qui nous garde.

Du seuil il franchit le degré

Et par le treillis il regarde.

Son front comme son cœur est sans crainte et hardi ^

« Lève-toi^ dit-il, 6 ma fiancée^

« Le temps froid nUst plus; le vent du Midi

« Chassant devant lui la brise glacée

« Fait germer les fleurs au sol attiédi.

« La pluie a cessé ] le gai renouveau,

« Sous le vent plus chaud ^féconde la nue;

« Les fleurs font au sol un tapis nouveau;

« L* heure de chanter, cF aimer, est venue,

< Les vergers sont pleins de chants et de nids, « ly arômes légers^ de frôlements éPailes;

« On entend aux bois les concerts bénis « Des chardonnerets et des tourterelles, « Les fruits du figuier donnent leur odeur;

< Un doux parfum sort des vignes en fleur.,, « Serais-tu, ma belle, encore endormie f

« Lève-toi, c^est V heure, à ma douce amie, « Ma blanche colombe!,., oh! parais, descends « Des hautes parois de ton roc sauvage!.,^ « Que f entende encor ta voix et tes chants /...

Si beaux sont tes yeux, si beau ton visage^ Que tout mon bonheur est quand je les vois.

Et tout mon transport quand tu fais entendre^ Plus douce qt/un luth, ta voix pure et tendre^ Si beaux sont tes chants^ si douce est ta voix/ »

but I ô bien-aimél J'entends des voix moins douces.

jC : « Allons/ Debout/ Et sans plus de retards/ tex-nous les renards qui ravagent les pousses MS vignes en /leur / Sus aux petits renards l

nais à moi ton cœur, à toi mon sang, mon être ! Oui, je suis à mon bien-aimé Comme les brebis qu'il Mt paître En son champ de lys parsemé...

.vant que le jour ne se lève et que l'ombre I pas alangui ne fuie en la nuit sombre, is à travers monts, léger comme le daim, rs et viens cueillir les fleurs de ton jardin I...

n est parti ! Depuis cette heure,

Mon ami n'est plus revenu I

Malheureuse et seule, je pleure

Sur lui, sur son sort inconnu.

J'ai cherché d'une ardeur extrême,

G>uchée ou debout, nuit et jour.

Celui que toute mon âme aime

D'un immuable et tendre amour...

n vain!... J'ai cherché sans retrouver ses traces, ae suis levée et me suis dit : J'irai s chemins battus, les carrefours, les places, it, pour retrouver mon trésor égaré !...

aduit en cent lieux ma recherche inutile, (uet qui fi^sait la ronde par la ville

M'a rencontrée errante, et j'ai dit : « Avez^vous Trouvé le bieo-aimé doat Tamour m'est si doux? » A peine dépaeeés, le voici ! c'est lui-même !••. Oui, j'ai trouvé, saisi celui que mon cœur aime : « Bien-aimé, c'est donc toi, c'est toi I « Où donc avais-tu fiii? Pourquoi?...

€ Je ne veux plus que rien m'arrache « De tes bras I... A toi je m'attache, « Et mon cœur sur ton cœur, mes pas suivant tes pa: « Bien*aimé, je te tiens, je ne te lâche pas « Que je n'aie avec toi franchi le seuil de pierre « De la maison rustique où demeure ma mère « Et qu'en la chambre même où j'ai reçu le jour « Elle n'ait béni notre amour ! >

{Elle retombe en son fommHl extatique

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