‹ Le sublime cantique (cantique des cantiques): drame sacré exposé selon la plus récente exégèseChapitre 8 sur 17 · UN HÉRAULT · texte numérisé non relu

UN HÉRAULT

(Précédant la litière royale et ^adressant aux Aimées)

Filles de Sion, sortez, contemplez Le roi Salomon dans sa gloire !

A sa main le sceptre d*ivoire, Sur son front la couronne aux joyaux étoiles Dont Betbsabé sa mère a couronné sa tête, Pour ce grand jour d*hymen, d*allégresse et de fête.

(La litière royale y après avoir parcouru la ville ^ rentre dans le palais y portant le Koi et la Princesse.)

Dans le palais de Salomon

LE ROI

f S' adressant à la royale épousée encore voilée J

Ta beauté me ravit. Sous ton voile, tes yeux

Sont des colombes blanches.

Tes cheveux sur ton col à longs replis soyeux

Tombent en avalanches ; Telle et non moins épaisse est la riche toison

Des chèvres qu'on rappelle Des monts de Galaad, quand revient la saison

De la tonte nouvelle.

Les perles de tes dents sont splendides à voir

En leur blancheur nacrée, Pareilles aux brebis qui montent du lavoir

En troupe bien serrée...

Tes lèvres sont les fils, trempés dans le carmin,

D'une riche torsade ; Tes tempes, sous ton voile, ont l'éclat purpurin

Des tranches de grenade .

Ton cou se dresse, ferme et fier, tel que la Tour

De David, où mes capitaines Pendent leurs boucliers et rangent alentour

Les armures que par centaines

Manieront leurs bras triomphants.

Tes deux seins sont comme des faons,

Les faons jumeaux d'une gazelle,

Qui, les reins lustrés et polis.

Paissent aux champs Pherbe nouvelle

Parmi les muguets et les lys.

Avant l'éveil du jour naissant, avant que l'ombre De son pas alangui fuie avec la nuit sombre.

J'irai pour m'imprégner de ses parfums puissants

A la montagne de la myrrhe,

A la colline de l'encens . . .

O toute belle, je t'admire !

Pas une tache n'est en toi...

Tu viens, fleur du Liban, ma sœur, ma fiancée.

Oui, tu viens du Liban pour moi.

Tes yeux ont vu l'Hermon à la cime élancée, Le Senir sourcilleux, le neigeux Sirion,

Plein d'antres sourds, où le lion

Et le léopard ont leur gîte. ...

Mais quel trouble nouveau tient mon âme et l'agite ?

Par quel charme étrange et vainqueur Un seul de tes regards, mon épouse, ma reine, Un fil de tes colliers attache-t-il mon cœur.

Captif et ravi sous sa chaîne ?

Quel charme a ton amour, quel prix pour ton époux ! Meilleur est-il cent fois que la liqueur des treilles !.. Auprès de tes parfums nul arôme n'est doux. Ta bouche a pris son miel aux ruches des abeilles ; Tes lèvres ont un goût d'ambroisie et de lait ; Une sua,ve odeur sort des plis de tes voiles,

Plus douce que l'iris et que le serpolet :

C'est l'odeur du Liban sous le ciel plein d'étoiles !.. Pour tous,hors pour moi seul, tu n'as que du dédain, O mon enclos fermé, ma fontaine scellée !

Les fleurs de ta beauté me forment un jardin Dont seul je ssds la porte et seul connais l'allée. Le grenadier pliant sous ses fruits rougissants, Le troëne et le nard, et le cypre et la myrrhe Tous les bois odorants, toutes les fleurs d'encens Jettent leur doux parfum dans Tair que j'y respire. . .

J'aime ma source des jardins,

Ma fontaine close aux eaux vives^ Mes ruisseaux du Liban, dont les lys et les thyins

Parfument les riantes rives...

Aquilon, Autan, lève-toi !

Passez, brise douce et rafale !

Çoufflez sur le jardin du roi,

Et que le parfum s'en exhale !

l'épousée royale

Oui, qu'il vienne mon bien-aimé !

Tout mon domaine est son enclave ; Qu'il entre en son jardin fermé !

Je suis sa serve et son esclave.

LE ROI

J'entre dans mon jardin, mon épouse, ma sœur ! Dans sa myrrhe et ses fleurs je viens dresser ma table, De mes rayons de miel savourer la douceur, Et boire mon vin pur et mon lait délectable.

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