D'AMATEUR
Abel Hermant
Dès les humanités, Abel Hermant s'est classé : il appartient à un type bien caractérisé d'écoliers; comme Paul Hervieu, il a fait ses études au lycée Condorcet, « établissement unique, où de jeunes piocheurs, assez fortunés pour la plupart, déjà conscients d'être soustraits aux gênes sociales, mettent une coquetterie à se disputer les premières places et acquièrent pour le moins d'utiles vanités intellectuelles. » Le lycée Condorcet n'a point perdu cette physionomie. Il est encore le lycée préféré de la bourgeoisie parisienne, celui où se préparent les intelligences les plus ornées, les plus indépendantes.
Les Confessions d'Abel Hermant sont toutes pleines de ces souvenirs scolaires. Aux alentours de la quarantaine, il demeure ravi de ses premiers succès. Il a été non pas le brillant élève, mais l'élève éblouissant, le sujet fatalement émérite, victime triomphante de la concurrence. Il y avait convenance parfaite entre sa nature et les procédés universitaires, « qui semblent avoir pour objet unique d'exagérer chez tous les jeunes gens cette manière d'être que je qualifie d'héroïsme, qui se traduit pai* un goût violent de distinction et de primauté... On leur persuade qu'il ne vaut la peine de vivre que pour se distinguer^ ». Et cette persuasion-là,