‹ Le succèsChapitre 30 sur 48 · JACQUE VONTADE ET LE DON JUANISME FÉMININ H · texte numérisé non relu

JACQUE VONTADE ET LE DON JUANISME FÉMININ H

nait du dehors, un peu changée par le voyage, ayant vu du pays, et telle enfin qu'il fallait de bons yeux de critique pour la reconnaître tout d'abord sous le déguisement des décors, des mœurs, des langues et d'un certain tour de mysticisme, propre aux régions sans soleil.

En outre de cette « âme de vérité » qui se trouve dans toutes les opinions humaines, il y avait sans doute dans la boutade du critique beaucoup de nationalisme déjà. Sans reprendre la question épuisée et d'ailleurs à peu près dénuée d'intérêt aujourd'hui, puisque rien n'est plus vague et plus insaisissable que les influences littéraires, je trouve pourtant un document assez curieux, et qui n'est pas sans précision, dans ce puissant ouvrage, si harmonieusement composite.

Ce qui a fait, au commencement du dernier siècle, la pauvreté de la tristesse française, c'est son caractère de solitude, d'indifférence, c'est le perpétuel oubli des autres. Uniquement absorbés par leurs peines de cœur, les grands lyriques ignorèrent les hommes. Ou du moins ils ne les connurent que pour s'y meurtrir, mesurant aussitôt, par les souffrances de la vie sociale, tout ce qui distingue de la foule un poète. Ainsi repliés dans leur orgueil, ils ne goûtèrent de douceur que dans l'isolement, parmi la nature, dans les forêts et les vallées, et mAme encore obsédés de ridée, pour quelques-uns, que la nature elle-même n'est pas une amie, étant indifférente parce qu'elle est éternelle. Ils ne pouvaient recevoir de leurs semblables aucune consolation ; ils ne pouvaient leur en procurer davantage; et c'est tout au plus si leur cœur d'artiste osait demeurer sensible, non pas à la douleur, mais à sa beauté.

J'aime la majesté des soufTraiices humaines !

Et c'est pourquoi notre littérature aura tout de môme dCi quelque chose à la littérature des peuples du Nord. Moins sensibles à la majesté, ils l'ont été davantage à

la souffrance humaine. Chez eux, l'individu, tout à la fois moins orgueilleux et plus malheureux, n'a pu s'élever jamais, faute de culture et de loisir, au périlleux raffinement de l'amour pour l'amour, du désespoir pour le désespoir, de l'art pour l'art. 11 n'a pu parvenir à se détacher assez de son milieu naturel ni monter, comme Vigny, sur le Sinaï solitaire. Lorsqu'il a tenté de se révolter, avec l'Ibsénisme, c'était pour conquérir des libertés très réelles ; lorsqu'il a songé au suicide, avec Tolstoï, c'était pour retrouver aussitôt le devoir chrétien d'aimer le prochain, et lorsqu'il a voulu, avec Nietzsche, s'exalter jusqu'à la folie, il n'a pas perdu de vue les esclaves, nécessaires à son avènement ! Les nécessités de Faction l'ont toujours préservé des excès du rêve. — Et c'est ainsi qu'un peu de tendresse sociale, en vérité, par les lettres de là-bas, aura rafraîchi chez nous la sécheresse de l'individualisme.

Quelle adresse littéraire fallait-il donc pour harmoniser dans une forme originale et personnelle tant d'éléments divers î . . . Jacque Vontade a le don du dialogue. Ses personnages presque toujours s'expliquent eux-mêmes. Les grandes scènes sont rarement coupées de descriptions et de commentaires. Elles ont le mouvement, le relief du théâtre. Et nous concevons pourquoi l'auteur a toujours réussi dans le cours d'une tentative aussi large que celle-ci, c'est qu'il n'a jamais eu d'autre guide que la vie elle-même. On ne saurait se figurer à quelle profondeur pénètre dans l'âme humaine le regard averti de Jacque Vontade. Et je ne m'étonnerais point que cette femme pensive fût aussi au courant des travaux des psychologues, qui étudient scientifiquement les mouvements de notre cœur, qu'elle le fût des pièces d'Ibsen, des romans de Tolstoï, de la morale de Nietzsche, de la musique de Wagner. Elle a, par instants, des aperçus surprenants :

Comment peut-on, six mois durant, oublier toutes les choses, puis oublier ces six mois-là de telle sorte qu'en les regardant de

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