‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 100 sur 205 · F. DE PERSIGNY · texte numérisé non relu

F. DE PERSIGNY

L'Occident français, 1834.

8 août 1866.

V Opinion nationale publie un article important intitulé : LES CONDITIONS d'une PAIX DURABLE, qui se termine par Texhortation suivante :

« La mauvaise humeur que cause à la Russie la position nouvelle de la Prusse sur la Baltique est un symptôme que nous recommandons ï la plus sérieuse attention de PEurope occidentale. Que la France, la Prusse^ l'Autriche et Tltalie comprennent qu'elles se doivent de mutuelles concessions^ que toute guerre entre elles serait désormais une guerre civile^ et qu'en face des prétentions de la Russie qui se déclarent peu à peu^ et des gigantesques développements que les États-Unis sont visiblement appelés à prendre^ il importe que les nations européennes^ qui peuvent se dire dépositaires de la civilisation du monde,

s'entendent^ s'onissent; qu'elles fassent disparaître par de sages concessions toutes les causes de conflit qui peuvent exister entre elles ; car le jour n'est pas loin où^ dans l'intérêt de la civilisation manacée^ de l'équilibre universel compromis, elles devront s'enrôler, elles aussi, sous un même drapeau et poser les conditions d'une paix durable entre les États unis de la vieille Europe. — ad. guéboult. »

Si VOpinion nationale s'était bornée à répéter ce que nous avons dit, il y a longtemps, sur la nécessité d'opposer F Litton européenne à V Union américaine^ et d'entrer enfin dans la grande politique moderne de Continent à Continent, au lieu de croupir dans la petite politique féodale d'État à État, division du même Continent, nous eussions laissé passer ou nous eussions reproduit sans observations son article qu'on vient de lire ; mais en même temps que ce journal défend la Prusse, il attaque la Russie.

Pourquoi deux poids? pourquoi deux mesures?

Pourquoi attaquer la Russie quand on défend la Prusse?

Est-ce que la Prusse n'a pus participé, en même temps que la Russie, au partage de la Pologne? Est-ce que la Prusse n'en a pas pris et gardé sa part?

11 est vrai que, dans son article, qui a la prétention d'être sérieux et de poser les conditions d'une paix durable, V Opinion nationak^ retombant dans sa vieille ornière, propose de nouveau de U RECONSTITUER UNE FORTE POLOGNE )>•

Comment?

Quel moyen propose-t-elle de l'arracher aux mains sanglantes de la Biissief

Si cela était possible, ce qui ne l'est pas, serait-ce désirable?

A cette question que nous nous sonmies souvent posée à nous-méme, l'histoire et la carte de la Pologne sous les yeux, nous n'hésitons pas à répondre négativement*

Entre l'Italie et la Pologne, aucune assimilation ne saurait être justement établie.

L'Italie n'avait pas été morcelée et partagée entre trois États, l'Italie avait une dynastie, l'Italie n'avait qu'une partie d'elle-même qui fut occupée par l'étranger, lequel il s'agissait uniquement d'expulser; l'Italie était une nationalité vivante ; la Pologne est partagée , morcelée , entièrement occupée par l'Autriche, la Prusse et la Russie ; elle n'a pas de

dynastie, et, s'il lai fallait en trouver une, ôîi irait-elle la ehercher? La Pologne est une nationalité morte. L'exhumer est possible, mais non la ressusciter. Elle revivrait que ce serait pour mourir, car les conditions de la vie lui manqueraient. Elle ne serait jamais qu'une enclave, et, faute d'issue, elle ne tarderait pas à périr étouffée.

La vieille politique, la politique de la rivalité, la politique dé la guerre se résume dans ce mot : la terre.

La politique nouvelle, la politique de la réciprocité, la politique de la paix se résume dans ce mot : la mer.

n faut que Y Opinion nationale en prenne son parti ; la politique nouvelle, la politique de la réciprocité, la politique de la paix, qui a poussé la Prusse vers la Baltique et la mer du Nord, et qui poussera l'Autriche vers la mer Noire et la Méditerranée, condamne la Pologne à rester dans son tombeau.

De toutes parts la lumière se fait ! de toutes parts on commence à comprendre que bientôt l'Europe n'aura plus d'autn politique que celle que la Liberté a résumée dans ees cinq mots : Union européenne et liberté maritime I

Alors les efforts de tous convergeront vers le même bat; idors tous les hommes d'État, à quelque pays qu'ils appartiennent, cesseront d'être rivaux pour devenir associés , puisqu'ils auront tous la même t&che et le même intérêt.

Ainsi, on lit dans la Gazette ds Moscou , rédigée par MM. KatkofT et Leontieff, la déclaration suivante, qui mérita d'être recueillie et pesée :

« La Russie n'a aucun avantage à étendre ses frontières. Si elle n'a pas décliné les conquêtes et les annexions^ si elle a jugé nécessaire d'occuper une forte position stratégique sur la Vistule, eUe a été guidée en cela seulement par le sentiment de la nécessité de compenser d'une façon quelconque le manque d'issue libre sur une mer ouverte. Se garantir une issue libre dans la mer Méditerranée, voilà son besoin essentiel> mais après cela elle n'a psls la moindre nécessité d'étendre ses frontières. »

Cette déclaration porte avec elle-même la garantie de sa sincérité. 11 est certain que la Russie n'aurait aucun avantage à étendre ses frontières, car elles sont déjà trop étendues ; mais il est non moins certain qu'elle a besoin d'avoir une issue pleinement assurée dans la Méditerranée. Pourquoi la Russie ne Taurait-elle pas? Pourquoi l'Angleterre, la France et la Turquie la lui marchanderaient-elles? Pourquoi la mer ne serait-elle pas libre et commune à tous les peuples, comme est conmiun et libre à tous les êtres vivants l'air qu'ils respirent? Est-ce que les peuples n'ont pas tout à gagner à ce que la politique de réciprocité, la politique maritime, succède à la politique de rivalité, à la politique territoriale? Est-ce que la paix et la richesse ne sont pas préférables à la guerre et à la misère? S'il y a une grande et une petite politique, est-ce que, comparativement, la petite politique n'est pas la politique territoriale, et la grande politique la politique maritime?

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