CENTRALISATION ET CONFEDERATION
9 août 1866.
L'expérience et Févidence n'ont pas de rayons pour les hommes qui gouvernent en Autriche. Décidément ils sont aveugles. Gomment expliquer autrement qu'après s'être montrés si faciles et si accommodants avec la Prusse, qui les met impertinemment à la porte des deux Confédérations Nord et Sud du Mein, ils se montrent si pointilleux, si diffîcultueux avec l'Italie sur une méchante question d'alignement et de sûreté de frontières où la raison et la prudence, l'histoire et la logique sont pleinement du côté du gouvernement italien?
Si l'empereur François-Joseph, au lieu de se laisser égarer par le faux point d'honneur d'une politique surannée, avait eu le sentiment de la véritable dignité de sa situation nouvelle, aussitôt la suspension d'armes effectuée, il se fût hâté de conclure la paix, et au lieu d'en marchander les conditions avec l'Italie, il se fût, au contraire, montré large et généreux avec elle jusqu'à la magnanimité, afin de s'en faire le plus vite et le plus certainement possible une alliée sur laquelle il pût compter et qui lui offrît pour garantie de l'oubli du passé la communauté d'intérêts politiques, maritimes et commerciaux dans le présent et dans l'avenir.
S'il y a en Europe des hommes d'État méritant ce nom.
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que font-ils? Comment ne s'en trouve-t-il pas un seul pour montrer du bout du doigt à rAutriche le seul chemin qui lui reste à prendre et à suivre, si elle veut éviter Tabîme qui peut Tengloutir !
Ce chemin est si parfaitement tiacé ! il est si droit I C'est le chemin opposé à celui qui conduit la Prusse, par la pente la plus rapide, à la centralisation de toutes les provinces du Rhin; ce chemin opposé, c'est celui qui mènerait l'Autriche à la Confédération de toutes les provinces du Danube.
Que la Prusse le veuille ou non, qu'elle y soit poussée par sa volonté ou qu'elle y soit poussée par la force que d'autres nommeraient la fatalité et que nous nommons la logique, désormais toute sa destinée politique se résumera dans ce
mot : CENTBALISATION.
Que l'Autriche le veuille ou non, la volonté de ses souverains sera moins forte que la logique des choses; désormais toute sa destinée politique se résumera dans ce mot : gonfédébation.
Par essence, la Prusse est centralisatrice; par essence, l'Autriche est confédérationnelle.
Comment pourraiton contester la vérité de ce double fait, lorsqu'on a vu l'Autriche, vaincue par la Hongrie, après quinze ans d'efforts impuissants, contrainte de renoncer à la centralisation sous le cylindre compresseur de laquelle le gouvernement autrichien avait voulu faire passer les États dont îl se compose, tous réfractaires à l'unité, et que l'on voit au contraire l'œuvre d'unification se poursuivre d'ellemême en AUemagne et s'y accomplir sans résistance au profit de la Prusse 1
Il n'y a que les gouvernements puérils, il n'y a que les gouvernements ignorants, il n'y a que les gouvernements voués au déclin et à la chute qui s'obstinent à lutter ainsi contré le cours des choses, au lieu de s'appliquer à l'utiliser et à transformer l'obstacle en moyen.
Si c'est pour ne les pas suivre que l'Autriche implore des conseils, qu'elle cesse d'en demander!
Que veulent en Europe et qu'ont raison de vouloir tous les peuples? Ils veulent la liberté, qui mène, par l'égalité de droit, par l'égalité civile, au règne de toutes les supériorités de &it, de toutes les supériorités intellectuelles 1 Ils veulent la légitimité résidant non dans un, mais dans tous; ils veulent non la
fausse mais la vraie légitimité ! Qu'ont h faire l'Autriche et la Prusse? Elles ont à faire, en sens contraire, la preuve que tous les chemins conduisent à la liberté, le chemin de la Confédération aussi bien que le chemin de la Centralisation. S'il était vrai que, pour arriver à la liberté, le chemin de la Confédération fût plus court et plus sûr que le chemin de la Centralisation, alors la démonstration, nuisant à la Prusse, profiterait à rAutriche, Voilà l'avantage que l'empereur François-Joseph devrait mettre son ambition à remporter!
Au bout de la Centralisation prussienne, il y a un détroit et deux mers : la mer du Nord et la mer Baltique; au bout de la Confédération autrichienne, il y aurait aussi un détroit et deux mets : la mer Noire et la Méditerranée. L'Autriche n'aurait donc rien à envier à la Prusse, ni la Prusse à l'Autriche. Cet équitable partage maritime pourrait s'appeler : la politique DES QUATRE MERS ET DES DEUX DÉTROITS. Ce gérait UD
acheminement vers l'Union européenne que l'Union américaine ne tardera pas à ériger en nécessité impérieuse reconnue trop tard, car, en la reconnaissant plus tôt, que de flots de sang eussent été épargnés, que de torrents d'argent n'eussent pas été détournés de leur cours!
Misérables querelles que ces querelles*intestine8 entre l'Autriche et la Prusse, ou bien entre l'Autriche et Tltalie 1 Si c'est là ce qu'on appelle l'Ordre européen, qu'en faut-il penser, et quelle gloire méritent ceux qui s'enorgueillissent de l'avoir fondé? Ah ! que Chateaubriand a eu raison, dans ses Mémoires d'outre^-iombe^ de le condanmer en ces termes :
(K Le vieil Ordre européen expiré^ vos débats actuels paraîtront des luttes puériles aux yeux de la postérité ! •
Oui, luttes puériles autant que funestes i
Le vieil Ordre européen, c'est la guerre intermittente, c'est la révolution expectante, c'est l'ornière sanglante, c'est, en 1866, la féodalité rendant son dernier soupir.
Le nouvel Ordre européen, ce serait la paix florissant sous le nom de politique iNTERGONnzfEifTAis, et la liberté fructifiant sous le nom de poLrriQUE intercommunale; ce serait le soi comptant moins que l'homme et la nationalité moins que rhuaiamté« .
CENTRALISATION CT "CONFÉDÉRATION f 71
10 août 1866.
L'Autriche refuse expressément de maintenir ce qui avait été négocié et accordé, c'est-à-dire Yuti possidetis, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la portion de territoire possédé, excédant la cession de la Vénétie telle que l'Autriche l'a spontanément, brusquement, captieusement faite à la France le 5 juillet dernier.
L'Autriche subordonne la signature de l'armistice au départ préalable de l'armée italienne, revenant sur ses pas et cessant, le iO août, d'occuper la portion du Trentin dont le droit de la guerre l'a mise en possession.
L'Italie admettra-t-elle ou rejettera-t-elle cette exigence de l'Autriche?
Il noua semble que c'est là une question que l'alliée de la Prusse ne peut ni ne doit trancher à elle seule.
Alliance oblige.
Si la Prusse ne doit pas oublier que, sans l'alliance de l'Italie, le roi Guillaume ne serait certainement pas en possession de tout le territoire de la Confédération germanique et d'une partie du sol autrichien; l'Italie, de son côté, doit se souvenir que ce sera à la victoire de la Sadowa remportée par les Prussiens que le roi Victor-Emmanuel devra la délivrance et la possession de la Vénétie.
A notre avis, le cabinet de Vienne conmiet là une grosse faute, car, au lieu de la fermer, il laisse la porte ouverte à une nouvelle alliance de l'Italie et de la Prusse, le jour où une difficulté un peu grave, difficulté immanquable, éclatera entre la Prusse et l'Autriche.
C'est insensé de la part du gouvernement autrichien. Il accumule fautes sur fautes. Il paraît que c'est sa manière de les effacer»
Si l'Autriche est assez aveugle pour faire dépendre la signature de l'ariûistice de l'évacuation préalable du Trentin pai*
Tannée italienne, que le gouvernement italien soit assez clairvoyant pour profiter de cette chance que l'Autriche lui réserve, d'avoir Trieste à la première occasion où Falliance de ritalie sera de nouveau nécessaire à une autre puissance, que cette puissance se nomme la Prusse ou qu'elle se nomme la France I