‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 105 sur 205 · LA FRANGE RECTIFIÉE 2S · texte numérisé non relu

LA FRANGE RECTIFIÉE 2S

BésormaiB, que la presse française ne s'égare plus à la re* cherche de la rive gauche du Rhin, et encore moins à la recherche d'un agrandissement insignifiant de territoire f

A cet égard, le Constitutionnel a parfaitement raison : si la rive gauche du Rhin est une limite naturelle, une limite nécessaire dans laquelle nous devions tôt ou tard rentrer, la logique et la nécessité exigent que nous la reprenions tout entière ; et si elle n'est pas une limite naturelle indispensable, puisque nous avons pu nous en passer depuis cinquante ans, puisque nous l'avons reprise ni en août 1830, ni en mars 1848, ni en décembre 4851, pourquoi la reprendrions-nous en 18G6, au risque de réconcilier l'Autriche avec la Prusse et de les avoir toutes deux pour ennemies coalisées contre nous?

Mais si la France ne doit pas compter sur un agrandissement de territoire, n'est-ce pas un motif pour qu'elle obtienne, ne fût-ce qu'à titre de compensation morale d'un mécompte éprouvé, un accroissement de liberté?

17 août 1866.

Il importe que la France ne se berce dans aucune illusion funeste ; il importe que la France sache que la Prusse ne tardera pas à se nommer l'Allemagne, comme le Piémont se nomme ritaliCy et que l'empereur des Allemands régnera sur trentesept millions de sujets, au lieu de dix-neuf millions seulement que comptait le roi de Prusse ; il importe que la France mette sa politique d'accord avec ces faits tels qu'ils sont en voie de s'accomplir; il importe, enfin, qu'on ne puisse pas dire du gouvernement de l'enapereur Napoléon III ce que disait du gouvernement du roi Louis-Philippe I« M. Léon Faucher, s'exprimant ainsi :

«Veut-on connaître le secret de notre faiblesse ? Le voici en deux mots. Tous les gouvernements de l'Europe ont une politique; le nôtre seul n'en a pas. Monarchies absolues et monarchies constitutionnelles^ chacune voit devant elle son sillon tracé, et ne perd jamais de vue le but qu'elle

doit ittflfDdfB. La Rnsfiê se piopoie, depoû Pifirre le Grand, de remplacer dam la mer Noire et dans la Méditerranée la puissance ottomane; depuis Catherine^ de réunir sous un même sceptre tous les peuples slaves, de prendre pour limites la Yistule et le Danube, et de peser en perspective sur le Rbîn* EUe n'ambitionne rien moins que de relever à son profit l'empire d'Orient en empire d'Occident : voilà bientôt cent ans qu'elle marche vers cet idéal par une suite non interrompue de succès; et telle est la force d'une politique qui ne se dément pas, que sa diplomalie semble encore plus conquérante que ses armes.

» L'Autriche, favorisée aux d^ens des petits États par les traités de Yienne, travaille par tous les moyens à maintenir le itatu qw>, pour se domer le temps d'amalgamer les éléments incohérents de son empire et d'accoutumer à vivre sous la loi commune des peuples qui n'ont ni la même langue, ni les mêmes idées, ni les mêmes mœurs. La Prusse s'eSorce de constituer l'unité nationde entre les États allemands; et le lien des intérêts matériels a commencé cbtte œuvre, qui pourrait bien s'achever par la liberté constitutionnelle. L'Angleterre, enfin, tout en dégageant sa constitution d'une rouille séculaire, maintient, avec nne vi^ance et avec une fermeté qui ne se relâchent pas un seul jour, la position agressive qu'elle occupe dans les deux hémisphères et sur toutes les mers. Parmi les gouvernements qui diffèrent entre eux par la situation, par les intérêts, par la force même du pouvoir, il n'en est donc pas un qui ne sache, à toute heure, ce qu'il veut et ce qu'il peut; pas un qui ne se montre fidèle à son principe. Dans les monarchies absolues, la direction vient du prince; dans la Grande-Bretagne, chez un peuple naturellement oligarchique, l'impulsion est donnée par l'aristocratie.

» La France fait seule exception à cette loi générale, quoique la base du pouvoir y soit démocratique et qu'il ait pour origine une révolution. Ce n'est pas l'opinion qui règne ni le Parlement qui gouverne. La direction de la société flotte entre les empiétements éphémères et sans but de la puissance executive, et la résistance intermittente des majorités» A l'intérieur comme à l'extérieur, nous n'avons pas de politique. Non-seulement il est impossible en France de fermer les yeux sur un état de choses aussi déplorable, mais tout le monde le sait et le dit en Europe. Les gouvernements publient avec dédain que l'on ne peut pas traiter avec nous, et les peuples répètent avec tristesse que l'on ne peut pas compter sur nous. »

Nous avons cité plus haut la déclaration impériale qui a paru le 10 février 1859 dans le Moniteur ; puisque nous n'avons pas su ou pu saisir au vol roccasion gui s'est offerte à nous, les ailes déployées, de nouer la triple alliance qui eût rendu à ritàlie la Vénétie, à F Autriche la Silésie, à la France la fron-

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