DE FICQUELMONT
« L'Europe n'est qu'une seule famille : elle a été chrétienne et gothique à la fois ; les monarchies des états généraux existèrent en même temps; elles déclinèrent du même penchant vers le pouvoir absolu. L'Europe se nivellera dans l'ère moderne comme elle était nivelée au moyen Age. »
CHATEAUBRIAND
« Nous avions pour but d'organiser un grand système fédératif européen que nous avions accepté comme conforme à l'esprit du siècle et favorable aux progrès de la civilisation. »
NAPOLÉON i«'. Acte additionnel j 22 avril 1815.
17 août 1866.
Si l'Europe, sans effacer les démarcations qui, chacune, constituent un État, avait le même pavillon, le même code, les mêmes monnaies, les mêmes mesures, les mêmes taxes, les mêmes salaires, les mêmes prix de fabrication et de vente, comme elle a déjà les mêmes poteaux électriques, les mêmes
L'RUROPE 2ft5
tarifs de chemins de fer, les mêmes rails, les mêmes machines à vapeur; si FEorope n'avait plus qu'une flotte fédérale; si TEurope n'avait plus d'armées rivales, est-ce que les quinze peuples qui la composent et qui tendent encore à se réduire (1) n'y gagneraient pas les 4 milliards qu'en temps de paix ils payent en armements stupides, car ces armements surannés ont survécu h des haines éteintes? Si ces quinze peuples étaient consultés, est-ce que tous, à l'unanimité, ne voteraient pas la condamnation d'un régime qui perpétue chez eux le meurtre sous le nom de guerre, le vol sous le nom de conquête, la misère sous le nom d'impôt? Les consulter serait-il donc chose si difficile? Oserait*on sérieusement alléguer que ce sont eux qui tiennent encore à s'entr'égorger? Oserait-on sérieusement prétendre que ce sont eux qui s'opposent à l'abolition du recrutement obligatoire, du servage militaire, dernier vestige du servage corporel? Oserait-on sérieusement soutenir que ce sont eux qui résistent à la suppression des douanes et des octrois, à la réduction des budgets et à la transformation de l'impôt forcé en prime volontaire d'assurance?
Si ce ne sont pas les peuples qui font obstacle à l'unification économique de l'Europe, unification qui n'aurait pour eux que des avantages sans un seul inconvénient ; si ce ne sont pas les peuples qui font obstacle à l'Union européenne ainsi restreinte et ne portant atteinte à aucune nationalité, ni grande ni petite, ce sont donc les gouvernements qui y mettent empêchements Alors que faut-il penser d'eux, de leur rôle dans l'humanité et de leur fonction dans la société? Que penserait-on d'un tuteur qui aurait moins de sagesse que son pupille, et qui, au lieu d'en gérer scrupuleusement la fortune, la dilapiderait criminellement? Ne penserait-on pas qu'il y a lieu d'émanciper le mineur?
(1) Angleterre. — Autriche. — Belgique. — Danemark. — Espagne. — France. — Grèce. — Italie. — Pays-Bas. — Portugal. — Prusse. — Russie. — Suède. — Suisse. — Turquie.
Uabsorption par la Prusse de tous les États qui composaient l'ex-ConfédéraUon germanique et Tabsorptioa des États pontificaux par l'Italie étant immanquables etjn'étant plus que des questions de dates^ nous avons mis notre relevé d'accord avec ces prévisions certaines.
Groit^on que ai un grand État tel que la France, donnant résolument l'exemple aux quatorze autres États de l'Europe, prenait l'initiatiye que nous concevons, croit-on que cette initiative, en même temps qu'elle serait une véritable révolution économique, ne serait pas la « coNQCsn morau DBL'fiUROPB », selon l'expression consacrée de l'empereur Napoléon P'?
Quel risque y aurait41 à entreprendre cette bienfaisante conquête qui, celle-ci, ne feraitverser que des larmes de joie, d'attendrissement et de reconnaissance aux mères de famille pauvres, désormais délivrées de la tsx:ainte de voir les fils qu'elles ont péniblement élevés en s'imposent les plus dures privations tirer à la loterie du recrutement un numéro qui, en cas d'expédition lointaine, les enverra mourir loin d'elles, loin de leur conmiune, tués par la balle d'un fusil perfectionné ou emportés par la contagion du typhus? Il n'y aurait aucun risque.
Ce n'est pas le publiciste suspect d'utopie qui l'afOnne, c'est le penseur couronné, ayant donné pour gage de sa parole quinze années de règne, c'est l'empereur Napoléon III, s^exprimant en ces termes dans son discours du 4 février 1861, à l'ouverture de la session l^islative :
« Qu*avons-nous à craindre? Est-ce qu'une nation unie et compacte^ comptant quarante mOfions d'âmes^ peut redouter soit d'être entraînée dans des luttes dont elle n'approuverait pas le fout^ smt d'cfire provoqpik par ttfw menmce ^(HeUxmquB ? La première vertu d*an peuple est d'avoir confiance en luiAnème et de ne pas se laisser émouvoir par des alamus imaginaires* »
Admirablement pensé ! admirablement diti Nous voudrions pouvoir ajouter : Admirablement exécuté !
Alarmes imaginaires, en effet, que ces craintes auxquelleB, sous le nom de recrutement obligatoire et de budget de la guerre, nous payons plus d'un million par jour, plus de trois cent soixante-cinq millions par an I
Ayons donc la première vertu d'un peuple, ayons donc confiance en nous-mêmes !
Armée, que représente la France? Elle représente sept cent mille hommes mis en présence de cinq millions de soldatB
L'EOMPË nri
de tontes annes (I); eonfléquemment, moins dn septième de ceqa'il est eonvenu d'appeler Fêlai militaire européen*
Désarmée, que représente la Franee? Elle représente la anse de tons les peuples eiTÎlisés et le triomphe de toutes les idées justes. Alors TEurope étant le oorps, la France en est l'âme ; l'Europe étant l'ombre, la France en est le soleiL
S'il en était ainsi sous l'héritier de Napoléon I**, si la France jouissait de la plénitode de la liberté, de la liberté indivisible et pondérée, la seule qui soit sans périls; si la France était le pays le plus riche et le moins imposé, le pins actif et le moins agite, croit^n que les autres peuples du même continent n'aspireraient pas tous, à tout prix, au même sort, et que, de fait, l'empereur des Français ne régnerait pas moTùIemeni sur eux sans qu'aucun souTorain pût rempèchery si ombrageux qu'il fût? Tous imaginez-vous Faboljtioii en &rope du recrutement militaire oMigatoire et de toutes les armées permauMites! Vous imagines^vous cette suppression de tous les budgets de la guerre et le désarmement abs(riu, moins la force territoriale nécessaire au maintien de l'ordre public, et moins la force navale indispensable à la sécnrite des mers! Vous imaginez-vous toutes les questions que sou-
Ci) PIED OK ouEaax
An^eterre, 365,000
Autpîclie 551,000
Bélgîqnc. 80,000
Confédérstiott gwiluBliqiie* , « , 493,000
Danemark 4t .000
Espagne 271.000
États romains 12.000
Itatie 424. OOO
Hcdlande «.000
PortagaL 64.000
Prusse * 650.000
Russie 1 .200.000
Suède et Norvège * 140.000
Suisse • » 198.000
Turquie*.*... ♦ **♦.* 341.000
Suieraînetés de la Turquie 152.000
Li ^ii3KÊaM*SêatiaiiqUêde9anttéeidsUrrtei éemer, 1066*
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lèverait cette immense réforme tendant à remplacer l'équilibre européen par Tordre européen]! Vous imaginez-vous ces questions exposées et discutées dans les journaux de tous les pays où la presse est libre ! Tous les imaginez-vous débattues dans d'innombrables meetings, à Paris comme à Londres, à Lyon, à Rouen, à Lille, à Bordeaux, etc., comme à Bruxelles, à Genève, à Florence, etc. I Quel immense retentissement! Aux prises avec les éclats d'un tel retentissement, quel poids auraient des protestations individuelles et intéressées, surtout' s'il était tenu équitablement compte de tous les droits acquis et de tous les services rendus, la science du crédit étant appliquée à la liquidation du passé? Quelle influence conserveraient en France les brigues expirantes des partis déchus, ces partis n'ayant plus aucune promesse à semer? Que pourraient-ils promettre? La liberté! on l'aurait tout entière. L'économie! elle n'aurait jamais été aussi complète. L'abolition de la conscription ! elle serait à l'état de fait accompli. L'abolition des droits réunis ! il n'y aurait plus qu'un seul impôt, cet impôt ne demandant rien à celui qui n'a rien, demandant peu à celui qui a peu, demandant beaucoup à celui qui a beaucoup, n'étant jamais un fardeau et étant toujours un équivalent, ce qui lui permettrait d'être unique et volontaire. Assurément jamais, en aucun temps et en aucun pays, gouvernement n'aurait été aussi populaire et plus fort que celui qui aurait eu assez de confiance en lui-même pour mettre d'ac^ cord ses actes avec ses paroles, -— les paroles du 4 février 1861, — et réaliser ainsi par la paix la domination européenne que Napoléon P' a été impuissant à réaliser par la guerre.
Alors, les sources de la richesse publique n'étant plus taries par l'insatiable entretien des armées permanentes, les dépenses les plus utiles, les plus fécondes, cesseraient d'être honteusement et ruineusement ajournées. La gloire, les honneurs, les titï*es, les distinctions, les récompenses, les statues n'iraient plus à qui, se décernant la victoire, serait resté maître d'un champ, d'un bois ou d'une bicoque, au prix de cinquante ou de cent mille honunes, les uns tués, les autres estropiés; les statues, les récompenses, les distinctions, les titres, les honneurs, la gloire, enfin, iraient, et cela serait justice, à qui aurait fait faire à la science un grand progrès ;