L'EUROPE
à qm se serait rendu célèbre par une découverte précieuse ; à qui aurait illustré son art et son nom par un chef-d'œuvre; à qui aurait vaincu l'incrédulité de l'ignorance en démontrant par le succès de Texpérience la justesse d'une idée qualifiée d'impraticable; à qui, enfin, à la place d'une erreur, aurait mis une vérité, et à la place d'un problème redoutable une solution bienfaisante.
Si elle était possible, et elle est possible, la mise en déroute à tout jamais de la misère inmaéritée au moyen de l'épargne coUective ne serait-elle donc pas une aussi glorieuse victoire que la victoire de Solferino ou que la victoire de la Sadowa?
Le jour où les États qui constituent l'Europe ne seront plus que ce qu'ils doivent être, les rayons d'un même cercle, nul ne peut prévoir, nul ne peut dire où s'arrêtera le génie de rhomme commandant souverainement à la matière et n'ayant plus à vaincre que les obstacles qui lui seront opposés par la nature des choses.
La Confédération germanique a cessé d'exister. Ah ! ne la regrettons pas, si la facilité et la rapidité de sa chute doivent avoir pour efTet d'éclairer les esprits et de les convaincre que la seule Confédération durable et facile sera celle qui embrassera toute l'Europe !
Serait-ce donc là une œuvre gigantesque? Un seul empire, l'empire de la Chine, dont l'Europe ne parle qu'avec dédain, a trois cent soixante millions d'habitants; l'Europe n'en a que deux cent cinquante millions, quoiqu'elle compte quatre empires et onze royaumes. Formât-elle un seul empire, l'Europe aurait toujours cent dix millions de moins d'habitants que la Chine.
Élargissons donc le cercle trop étroit de nos idées; déshabituons-nous de parler trop souvent de l'Angleterre, de l'Autriche, de la France, de la Prusse et de la Russie ; habituonsnous à prononcer moins rarement le nom de l'Europe.
A lui seul, ce nom est une politique.
Cette politique, c'est celle de l'Acte additionnel du 22 avril 181S ; c'est celle du testament de Sainte-Hélène.