LES TROIS CONSEILS
Belgique, ce serait déchaîner contre nous toutes les défiances, toutes les hostilités de TEurope î Oser à demi, oser sans oser, allier l'audace à la timidité a toujours été et sera toujours ce qu'il y a de plus dangereux. C'est assez pour appeler le péril, ce n'est pas assez pour le vaincre.
Un grand pays tel que la France ne doit rien faire à demi : ou la frontière du Rhin tout entière, au risque d'avoir contre soi toute l'Allemagne, et peut-être même l'Angleterre et la Russie; ou le désarmement le plus complet, inaugurant la politique nouvelle, la politique cessant de s'appeler la Force et s'appelant la Richesse I
La diminution de l'armée serait, elle aussi, une demi-mesure. Si l'on a pas l'armée la plus forte, il vaut mieux n'eu avoir aucune. Il y a moins de périls à craindre avec l'armée supprimée qu'avec l'armée diminuée, parce que l'armée diminuée c'est le risque agrandi, tandis que l'armée supprimée c'est la politique transformée.
Armée, la France est faible et peut être vaincue, car tous les peuples, se souvenant du passé, disent : C'est la conquête/
Désarmée, la France est forte et invincible, car tous les peuples, ne regardant plus que l'avenir, disent : C'est la liberté/
Si un doute sur la justesse de nos idées s'était glissé dans notre esprit, pour chasser ce doute nous n'eussions eu qu'à les comparer aux idées de la France^ de YEpoque et de VlnternationaL
Quelles idées !
0 grand pays qui te nomades la France, voilà donc ce que te conseillent ces trois journaux !
Le premier te conseille de continuer, sous le titre d'ENTRE- DEux, la politique impuissante et ruineuse du juste-miueu.
Le second te conseille de guetter, comme un larron, l'occasion de voler et d'égorger le voisin.
Le troisième te conseille d'ajouter à tes sept contingents de cent mille hommes les cent mille soldats de la Belgique : il te conseille d'être le plagiaire de la Prusse et d'imiter servilement ce que tu as justement flétri !
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V International ^ poursuivant son idée de mettre l'armée belge sous le commandement de la France , répond à la Liberté :
« M. de Bismark^ en réduisant le nombre des petits Etats de l'Allemagne^ pour les mettre sous sa main^ ne détruit pas la féodalité; il la relève. Il n'achève pas de renverser ce que la puissante épée de Napoléon avait ébranlé entre les mains des Habsbourg; il le reconstruit et le met entre les mains des Hohenzollern. Qu'était-ce en effet que la féodalité, si ce n'est une hiérarchie de petits souverains soumis à un plus puissant, des ducs et des rois, par exemple, soumis à l'empereur? et n'est-ce pas là, avec une légère différence, le but avoué, réel, et en partie réalisé, de M. de Bismark? Croire qu'il se fait là une œuvre de liberté, c'est être aveugle. H se fait une œuvré féodale, une œuvre de droit divin au premier chef. »
Ce que dit là V International serait vrai s'il n'était pas visible, s'il n'était pas manifeste que le comte de Bismark ne fait que suivre pas à pas en Allemagne la voie qui lui a été tracée en Italie parle comte de Cavour. Le comte de Bismark n'élève la féodalité plus haut que pour atteindre plus sûrement l'unité. Confédération du Nord et Confédération du Sud ne sont pas viables ; avant peu de temps, il faut y compter, elles auront disparu pour faire place à l'empereur des Allemands, selon le titre décerné au roi de Prusse le 27 mars 1849 par l'Assemblée nationale constituante de l'Allemagne siégeant à Francfort. Alors ce sera l'unité, ce ne sera plus la féodalité.