‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 148 sur 205 · LA TKAITE DES BLANCS · texte numérisé non relu

LA TKAITE DES BLANCS

Mais, de ce que nous sommes contre le maintien de la loterie militaire, contre le maintien de la traite des blancs, il ne s'ensuit pas nécessairement que nous devions être pour la naturalisation en France du régime prussien, naturalisation incompatible, nous le répétons, avec le suffrage universel.

Dans le seul pays où les citoyens sont tous électeurs, aux États-Unis, et dans l'autre pays où le cens électoral confine au suffrage universel, en Angleterre, le recrutement obligatoire n'existe pas ; il n'existe que l'enrôlement volontaire.

Un pays où les citoyens seraient à la fois tous soldats et TOUS électeurs verrait bientôt l'une de ces deux choses : ou le service obligatoire détruire le suffrage universel, ou le suffrage universel détruire le service obligatoire.

Que M. Eugène Forcade nous permette de le lui dire: si son conseil n'est pas un conseil perfide, c'est alors un conseil irréfléchi.

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Est-ce à dire, cependant, que le régime militaire actuel de la France puisse subsister plus longtemps?

Non.

La France ayant une population supérieure en nombre à la population de la Prusse, l'armée française ne saurait demeurer numériquement inférieure à l'armée prussienne.

De cela nous convenons hautement, et, sur ce point, la Liberté est pleinement d'accord avec la Revue des Deux- Mondes; mais notre conclusion est différente.

Si la Prusse veut avoir une armée considérable, qui écrase son budget et qui opprime ses sujets, que la Prusse ait cette armée ! Ce n*est pas une raison pour que la France suive aveuglément et servilement la Prusse dans cette voie périlleuse et qu'elle verse dans la même ornière.

La France peut avoir une ambition plus grande que celle d*employer les sept plus belles années de chacune de ses jeunes générations à s'exercer au maniement du fusil à aiguille et au tir du canon rayé ! La France peut aspirer à une plus haute destinée ! Elle a un meilleur usage à faire de ses forces corporelles et de ses facultés mentales ! Elle a des exemples plus utiles à donner à l'Europe! Elle peut être le lien de tous les peuples ! Si la Prusse est la grande puissance militaire, si l'Angleterre est la grande puissance navale , que la France soit la grande puissance civile, la grande puissance civilisatrice, la grande puissance intellectuelle et scientifique, la grande puissance économique, la grande puissance tirant sa force défensive de l'immensité de sa richesse et de son crédit plus ipamense encore !

Pour qu*il en soit ainsi, qu'est-ce que la France a à faire?

Elle n'a qu'à donner la préférence au régime américain sur le régime prussien, au régime de l'Union américaine qui n'a d'armée qu'en temps de guerre et qui se hâte de la congédier dès que la paix est faite.

Avoir d'immenses armées en temps de paix pour être prêt en cas de guerre est une précaution qui peut être -comparée, pour la sagesse, à celle d'un passager gui se jetterait à la mer de peur d'être mouillé par la pluie sur le pont d'un navire.

C'est la crainte de la guerre qui crée le risque de guerre. Il n'y aurait pas de guerres s'il n'y avait pas d'armées, dont il paraît ridicule de laisser, faute d'emploi, rouiller les saLres et les baïonnettes. Les guerres intermittentes découlent des armées permanentes, comme l'effet dérive de la cause. Pays civilisés, n'ayez pas d'armée, et vous n'aurez jamais de guerre I N'ayez pas d'armée, et les États qui en auront une ne tarderont pas à être faibles ! Ils ressembleront à un vieux baron qui aliénerait au Crédit foncier tous les revenus de sa terre pour les employer à réparer et à entretenir le vaste donjon de ses ancêtres, seigneurs suzerains.

Notre conclusion est celle-ci : Oui, il faut abolir la loterie militaire; oui, il faut supprimer le recrutement militaire obligatoire ; mais pas pour adopter le régime prussien, incompatible avec le suffrage universel. Il n'y a plus qu'un seul régime que la France puisse et doive adopter, c'est le régime américain, c'est en cas de guerre l'enrôlement à tout prix ; et si l'enrôlement ne sufSt pas, l'appel en masse^ la nation armée.

Mais si la France était la grande nation expérimentale, la grande nation exemplaire, qui donc, en Europe, serait assez insensé, assez téméraire, assez fort pour lui déclai^er la guerre?

Il n'y a de table que pour les probabilités; il n'y en a pas pour les improbabilités, équivalant à des impossibilités.

L'application à la France du système américain serait l'affermissement de la dynastie napoléonienne ; à l'exception de M- Eugène Forcade, qui pourrait en dire autant de l'adoption du régime prussien?

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L'article de M. Eugène Forcade, dans la Retme des Deux- Mondes, a fait beaucoup parler de lui. Ce succès n'a rien qui doive étonner. Que faut-il en notre temps et en notre pays pour réussir? Il faut être superficiel en paraissant profond. La condition était pleinement remplie* Aucun lecteur, trèsprobablement, n'a remarqué cette amusante contradiction du profond publiciste : en même temps qu'il conseille à la France d'adopter le système prussien et de porter à un million de soldats au moins son effectif militaire, il presse l'Italie de désarmer ; il dit :

« Libre désormais à Tégard de TAutriche, n'ayant plus rien à lui ré* clamer et rien à craindre d'elle, ïltalie pourra s'^affranchir bientôt des charges que lui imposait un établissement militaire trop lourd pour ses ressources* *

Si ritalie, n'ayant que vingt-cinq millions d'habitants encore mal unis, peut désarmer sans imprudence , où donc •serait l'imprudence si la France, ayant une population compacte de trente-sept millions d'habitants, désarmait? L'Autriche, forte de trente-cinq millions d'habitants , serait-elle moins à redouter pour l'Italie que la Prusse, forte de vingtneuf millions, même de trente-sept millions d'habitants pour la France?

Voici à quelles inconséquences, voici à quelles contradictions conduit l'absence d'une politique I

Qui pourrait dire quelle est la politique de la Revue des DeuX'Mondes ? Assurément, ce n'est pas celle de son titre.

15 septembre 1866.

CINQ ANS de service dans la ligne ;

SEPT ANS d'incorporation dans le premier ban de la landwchr ;

SEPT ANS d'incorporation dans le deuxième ban de la landwehr;

DIX-NEUF ANS, conséquemment, sans compter la landsturm^ appel aux armes, en cas de guerre, de tous les citoyens qui, n'ayant pas atteint cinquante ans, ont cependant dépassé l'âge requis pour être incorporés dans la landwehr, : — tel est le régime prussien que l'on conseille, que l'on admire, que l'on exalte , que l'on vante et que l'on propose de naturaliser français !

Si les conseils de M. Eugène Forcade, dans la Bévue des Deux^Mondes^ étaient adoptés, s'ils pouvaient l'être, TOUS les Français, sans exception, seraient soldats depuis vingt

jusqu'à TEENTX-NEUF ANS.

Il est vrai qu'après avoir passé trois années dans la ligne sans quitter son régiment, le jeune soldat prussien est renvoyé dans ses foyers, où il passe les deux dernières années de son temps de service ; mais durant cette dernière période, il est toujours sous le coup d'une mobilisation immédiate.

L'excellence et la supériorité de ce régime ont été louées en ces termes, que nous croyons devoir reproduire :

« L'institution prussienne est fondée sur Tégaiité la plus complète et même sur les principes démocratiques. Elle est tyrannique, sans doute^ comme toutes les lois qui^ adoptant de grands principes, soumettent tous les hommes aux mêmes charges et obligent le riche comme le pauvre à payer sa dette à la patrie; mais cette tyrannie de la loi doit être l'apanage d'une société démocratique^ car c'est là que gît la véritable égalité.

)> Le système prussien mérite d'être admiré, puisqu'il détruit toute barrière entre le citoyen et le soldat, et qu'il élève le sentiment de chaque homme en lui faisant comprendre que la défense de la patrie est son premier devoir. »

LOUIS-NAPOLÊON,

3 et 4 mai 1843.

Oui, cela est vrai, en Prusse, on ne connaît paâ ce trafic qu'on peut appeler traite nss blancs, et qui se. résume par ces mots : Acheter un homme quand on est riche, pour se dispenser du service militaire tt envoyer un homme du peuple se faire tuer à sa place. Il n'y a pas de remplaçants* — Mais

est-ce à dire qu'aucune inégalité ne se soit glissée dans cette constitution, d'apparence si inflexiblement démocratique? Moyennant qu'ils s'équipent à leurs frais^ les jeunes gens qui se destinent à une profession libérale peuvent être admis en qualité de volontaires^ après un examen qui roule sur l'objet de leurs études, et principalement sur les sciences abstraites. La qualité de volontaire leur donne le droit de choisir le régiment en résidence dans la ville oîi ils font leurs études et où ils peuvent ainsi les continuer. Après avoir séjourné au régiment pendant une année, deux alternatives leur sont offertes : ou bien de passer dans la réserve quatre ans pour y compléter leur temps légal de service dans la ligne ; ou bien de demander à entrer dans le corps des officiers de la landwehr, honneur qui ne s'obtient qu'après un examen et un vote.

S'il est vrai que le recrutement militaire prussien viole moins l'égalité démocratique, l'égalité de tous devant la loi, que le recrutement militaire français, est-il vrai qu'il la respecte complètement et qu'il ait le même poids et la même mesure pour le pauvre et pour le riche ?

Non.

Le régime militaire prussien viole moins que le régime militaire français l'égalité, mais il viole plus la liberté. Donc on peut dire qu'ils se compensent et qu'ils se valent.

On peut vanter à la France le régime prussien ; on ne le lui fera pas adopter.

Le supposer, ce serait s'abuser.

Assurément, il est très-beau d'écrire :

« TODT électeur est soldat, tout soldixt est électeur, >>

Mais, eh France, autre chose est de se mirer dans cette formule, ou de l'appliquer, c'est-à-dire d'assujettir à dix-neuf ans de service militaire, si mitigé que puisse être ce régime, tous les Français âgés de vingt ans.

Non ! nous en répondons, U ne se trouvera pas de majorité législative qui immole à la crainte d'un péril imaginaire la liberté de six millions de Français qui sont âgés de vingt à trente-neuf ans.

Le mandataire comptera avec ses mandants. 11 fera les calculs suivants :

L'ABOLITION DE Lk LOTERIE MILITAIRE 373

La loi, qui appelle chaque année sous les drapeaux 100,000 Français âgés de vingt ans, intéresse 100,000 familles.

100,000 familles composées de 6 personnes, en moyenne, font un total de 600,000 personnes.

600,000 personnes ayant pour multiplicateur 7, nombre des contingents annuels, ont pour multiplicande 4,200,000 personnes.

Donc toucher à la loi française de recrutement pour la prussiiier, ce serait ameuter contre la loi nouvelle 600,000 familles, 4,200,000 personnes, au premier rang desquelles il faudrait placer, en raison des assourdissantes clameurs qu'ils pousseraient, tous les fils de familles riches, qui ont été élevés dans Tidée qu'il leur suffira pour s'exonérer du service militaire de payer une prime de 2000 ou 3000 francs, prime insignifiante pour eux.

Aussi, malgré la victoire qu'il a remportée sur l'armée autrichienne, dans laquelle la durée du service militaire est de huit ans, plus deux années dans la réserve, ensemble dix ans, mais avec la faculté de s'exonérer, n'y a-t-il aucune crainte à avoir que le régime prussien soit nationalisé français?

Aussi longtemps que le suffrage universel régnera en France, on peut compter que le recrutement militaire obligatoire, fixé à sept années, avec faculté d'exonération pécuniaire, n'y sera pas aggravé.

Mais c'est là une crainte qu'il ne nous suffit pas d'écarter ; le but que nous visons est moins facile à atteindre. Ce but, nous l'avons dit, c'est l'adoption du régime américain, se définissant ainsi :

Enrôlement volontaire en cas de guerre ; Appels en cas d'insuffisance des enrôlements; Licenciement en masse après la guerre.

Pourquoi la France, État démocratique, où tout citoyen âgé de vingt et un ans est électeur, où tout électeur est éligible; pourquoi la France, où le suffrage universel est aussi illimité qu'aux États-Unis, n'adopterait-elle pas le régime militaire américain?

Le jour où elle aura irrévocablement renoncé aux interventions armées, à ces interventions parmi lesquelles on ne pourrait en citer une seule qui se justifiât par sa nécessité et son résultat; le jour où elle s'occupera exclusivement d'asseoir

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ses libertés sur sa prospérité, quel risque courra la France d'être insultée ou attaquée?

Qui serait assez insensé pour l'insulter, assez téméraire pour l'attaquer? Est-ce que la France défiée ne serait pas plus forte que la France militarisée? Est-ce que le patriotisme ne serait pas plus invincible que le militarisme? Pour être redoutables, les Français ont-ils donc besoin, à l'exemple des Prussiens, de faire le sacrifice des dix-neuf plus belles années de leur vie?

A cette question, le général Preval, dont l'autorité fait loi en ces matières, répond en ces termes :

« Dans tous les temps, la nation française s'est montrée plus belliqueuse que militaire. Elle court au camp, elle fuit à la caserne... Les pratiques austères de la discipline s'accorderont toujours difficilement avec la vivacité, la gaieté et même Tespèce de familiarité des Français, observation dont Frédéric avait été frappé. Mais aussi, Téloignement pour les minuties du service et de la discipline s'évanouit au moindre bruit de guerre : alors toute notre jeunesse accourt sous les drapeaux. »

La France attaquée, ce serait la révolution armée I Tous les peuples se lèveraient pour la défendre, car la défendre, ce serait défendre leur propre cause.

Ne nous lassons pas de le répéter : la France n'a de risque de guerre à redouter que celui qu'elle se complairait à créer par une politique inconsidérée ou provocatrice, taquine ou hautaine.

Que penserait-on d'un propriétaire ou d'un armateur qui, par des déclarations exagérées, se ruineraient à payer une prime d'assurance sans proportion aucune avec le risque prévu? On penserait qu'ils sont fous !

Que faut-il penser de la France, moins menacée assurément que la Belgique, et cependant entretenant une armée sept fois plus considérable?

S'il est vrai que les nations ne se défendent que parles armées dont elles s'imposent la charge permanente, comment explique-t-on que depuis 1831 qu'elle compte au rang des États européens, la Belgique n'a été ni insultée, ni menacée, ni envahie, ni annexée?

Que l'on ne nous oppose point ce qui se passe en ce moment en Allemagne, où le comte de Bismark fait avec brutalité ce qu'avait fait en Italie avec habileté le comte de Cavour !

n faut distinguer entre TUnificaiion et la Conquête.

L'Allemagne a le sort qu'elle brûlait d'avoir.

Si ce n'était pas pour être unifiée, pourquoi TAUemagne, représentée par une Assemblée nationale constituante, se réunissait-elle, en 1849, à Francfort, y tenait-elle cent quatrevingt-seize séances, et y proclamait^elle, aux acclamAtions de l'Assemblée, le roi de Prusse, Frédéric -Guillaume {V ,

« EMPSHIUR DIS ALLEMANDS »?

Pourquoi toutes les délibérations sans nombre, toutes les agitations sans fin du Naiiomltver^n?

Pourquoi , enfin , le Congrès de souverains convoqués à Francfort le 16 août 4863 par l'empereur d'Autriche, ébran^lant ce qu'il devait affermir et mettant follement lui-même, de sa propre main, le feu à la mine qui devait faire sauter la Confédération germanique?

Tout s'oublie si vite , qu'on a déjà oublié ces paroles de l'empereur d'Autriche, justification anticipée du roi de Prusse :

a Depuis longtemps les etmoentions fédérales de i815 et de 4820 sont ébranlées dans leurs fondements.

y» TOLs LES GouyEBMEMENTs ALLEMANDS ont rcconnu à plusicurs reprises, solennellement, le besoin d'une réforme radicale de la Confédération,

9 L'histoire allemande la plus récente n'accuse en ce moment qu'une œNFUsioN et une désunton générales. Le terrain des conventions fédé' raies vacille sous les pieds de qui s'y pose, V édifice de tordre de choses concentiormel allemand montre dans toutes ses parties des crevasses et des fentes.

9 Ce nest point trop s'aventurer que d^affifWier que les gouvernements allemands poursuivent ww eoeistence commune avec le pressetUiment de

CATA8TBOPHS8 PHÛGKAINES. »

n faut être juste et reconnaître que le renversement de la Confédération germanique de 1815 est autant l'œuvre de l'empereur d'Autriche que celle du roi de Prusse.

Sous une couronne ou sous une autre, mais de préférence sous la couronne du roi de Prusse, l'Allemagne aspirait at aspire à l'unification, à l'unité.

Ce qui s'accomplit en AUema^e ne saurait donc nous être sérieusement objecté.

Ce n'est pas là une guerre extérieure : c'est une guerre intestine ; c'est la révolution, ce n'est pas la conquête.

Ne tombons donc pas dans une méprise funeste, et ne confondons pas ce qui n'a rien de commun.

L'unification de l'Allemagne jointe à l'unification de l'Italie, loin d'être une aggravation du risque de guerre européenne, en est l'atténuation. Si l'on y regarde attentivement, en mettant à l'écart tout petit sentiment d'envie aiguillonnée et de nationalisme blessé, on reconnaîtra que la France y gagne des garanties qu'elle n'avait pas au même degré.

Pourquoi donc alors ne pas entrer à pleines voiles, crânement et majestueusement, dans le port de la grande politique, celle du désarmement, comme aux États-Unis ?

Que de choses nécessaires et fécondes, durables et grandes le désarmement permettrait d'entreprendre !

Comment peut-on hésiter entre cette politique de la paix glorifiée et la politique de la guerre expectante, se résumant ainsi : les français TOUS soldats !

15 septembre 1866.

Si, en mars 1848, les républicains, le même jour qu'ils établissaient en France le suffrage universel conune aux États- Unis, avaient été conséquents, s'ils eussent licencié l'année, aboli le recrutement militaire obligatoire, le tirage au sort, la révision et le remplacement, ce qui eût rendu inutile l'aggravation de l'impôt direct restée célèbre sous ce nom : « les 45 centimes » , croit-on qu'il eût été jamais possible de déraciner en France la République, et d'y rétablir le servage militaire, (( la traite des blancs »?

Assurément non.

Si la France, en mars 1848, avait licencié son armée, au lieu de la diviser en quatre grands commandements, quel péril ce licenciement eût>-il fait courir à la France?

Aucun.

Est-ce la Prusse qui l'eût attaquée?

Le roi de Prusse était prisonnier à Berlin.

Est-ce r Autriche?

L'empereur d'Autriche n'échappait à son renversement que par son abdication.

n n'y avait pas en Europe un seul pouvoir qui ne tendît cordialement la main au peuple français pour la serrer avec effusion.

A cette époque, notre voix, injustement suspectée, ne fut pas écoutée.

A ridée américaine^ les républicains français de 1848 préférèrent ridée prussienne, l'idée consistant à obliger tout Français valide âgé de vingt ans d'être soldat pendant trois ans.

Le résultat de ce contre-sens républicain, ce fut de faire prendre en défiance et en grippe la République dans toutes les communes rurales, dans toutes les familles de petits proprié-> taires cultivateurs, de métayers et de fermiers.

Est-ce vrai?

Qui, du National^ journal républicain de la veille, ou de la Presse^ journal républicain du lendemain, eut alors la notion la plus juste de ce qu'il fallait faire pour convertir sans violence à l'émancipation républicaine une nation habituée par quatorze siècles à la tutelle monarchique?

Le 5 mars 1848, le National trahissait son humeur par cette épithète : les importants, à laquelle la Presse répondait par cette qualification : les impuissants.

Lesquelles, des prévisions du National ou de celles de la Presse^ ont été confirmées par les faits?

Lorsque nous avons le passé pour garant sur tant de points, lorsque le langage que nous tenons est moins le nôtre que celui de l'expérience, comment se fait-il que l'accueil qu'il reçoit en 1866 soit le même qu'il recevait en 4848?

Gomment l'Empire, issu du suffrage universel et fondé sur le principe de la responsabilité directe du chef de l'État; comment l'Empire ne voit-il pas ce qu'il acquerrait de popularité inépuisable et de force immense daus le licenciement de l'armée et dans l'abolition du recrutement obligatoire, du tirage au sort et de l'exonération pécuniaire?

Dans leur allégresse, toutes les communes de France illumineraient I

Six cent mille familles, quatre millions de voix crieraient : Vive l'empereur ! vive son fils ! vive sa dynastie I

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Aucun officier n'aurait à se plaindre, car, dans la liquidation de sa pension, il serait largement tenu compte de tous ses droits.

Le dégrèvement du budget permettrait d'offrir et d'accorder une garantie d'intérêt à toutes les villes et communes qui entreprendraient des travaux dont l'utilité publique aurait été reconnue par l'État, ce qui serait l'augmentation en même temps que la décentralisation de cette catégorie de travaux.

Partout serait l'activité et conséquemment partout le bienêtre.

L'argent à bon marché affluerait pour toutes les dépenses fécondes.

Il est vrai que la France n'aurait plus d'armée permanente; mais elle aurait le premier outillage de l'Europe.

Y aurait-il lieu de regretter de ne plus voir dans les rues de ses villes de garnison les drapeaux de ses régiments, si dans tous les ports de l'univers on voyait les pavillons de ses vaisseaux?

Quand il serait si facile d'être grand, est-il donc si di£Qcile d'oser l'être?

Tel qu'il a été qualifié, flétri et condamné souverainement sous ce nom : la tbaite des blancs, le régime du recrutement militaire français peut-il subsister?

Non.

Tel qu'il a été fidèlement exposé, le régime du recrutement militaire prussien peut-U se combiner en France avec le suffrage universel en vigueur?

Non.

Donc il ne reste à adopter en France que l'enrôlement volontaire et le licenciement en masse, comme en Amérique.

Pourquoi la France, au lieu de copier la Prusse, ne copierait-elle pas de préférence les États-Unis et l'Angleterre?

S'il plaît à la Prusse agrandie d'entretenir sur le pied de paix une armée de 400,000 hommes pouvant être élastique-

ment portée, sur le pied de guerre, à 1,200,000 hommes, en quoi cela devrait-il plus inquiéter la France que ne Tinquiètent la marine de l'Angleterre et la population de la Russie?

Les 75 millions d'habitants de la Russie empêchent-ils donc la France de dormir? N*a-t^elle qu'une pensée exclusive : avoir une population égale?

Les innombrables vaisseaux de l'Angleterre empêchent-ils donc la France de naviguer? N'a-t-elle qu'un but unique : avoir autant de navires?

Si un État voulait rendre impossibles tous les périls possibles, où s'arrêterait-il dans ses sacrifices? Dans quelles prodigalités, dans quelles foUes ne tomberait-il pas?

France, soyons ce que nous devons être I

Soyons un ^rand pays, libre et paisible, intelligent et instruit, laborieux et prospère ! Soyons la France !

Appliquons -nous à rendre le séjour de Paris,, de nos résidences d'été, de nos ailles d'eaux et de nos plages, si agréable aux étrangers, qu'ils y affluent encore plus, et qu'ils s'habituent, en plus grand nombre encore, à penser et à parler en français I

Ne nous bornons pas à leur rendre la vie agréable, appli* quons-nous aussi à la leur rendre relativement moins coûteuse, ce qui serait facile si le licenciement de l'armée permettait de réduire l'impôt à n'être plus que le payement d'une simple prime d'assurance proportionnelle à la valeur déclarée et au risque spécifié!

Soyons donc de notre temps ! soyons donc du siècle qui s'honore d'avoir donné naissance, en Angleterre, à Robert Peel, à Richard Cobden et à William Ewart Gladstone !

Nous venons de nommer Robert Peel; citons ce qu'il répondait, le 29 août 1841, en prenant la parole sur un amendement de lord Stuart Wortley :

noBETiT PEEL. — ((Lemomont n'est-il pas arrivé où ces puissances réduiront leurs établissements militaires, où elles pourront se dire entre elles : A quoi bon cette augmentation incessante des forces militaires?

Après tout, pourquoi une puissance augmenterait-elle considérablement sa marine ou son armée? Cette puissance ne sait-elle pas que, dans un intérêt de légitime défense, les autres puissances en feront autant? Ne sait-elle pas que toute augmentation relative de force militaire entraîne quelque faiblesse d'un autre côté? Un tel système enlève à la paix la moitié de son prix, tout en anticipant sur les énergies et les forces de la guerre, si la guerre devenait inévitable. Ce n'est pas là une idée chimérique ni romanesque. Toutes les fois qu'une nation se fie sur ses armements pour sa sûreté, sa protection, la dépense qu'elle fait de ses ressources diminuent sa puissance protectrice.

» Si tous les pays consultaient les ressources de leurs finances et celle des finances des autres pays, en Europe ; si tous les pays voulaient comparer les dangers d'une guerre avec les périls attachés à l'assujettissement du peuple à des taxes illégitimes, ils comprendraient bientôt que le danger attaché à ces préparatifs de défense est plus grand, plus imminent que celui d'une agression... Je crois que l'attention du Parlement doit se porter de bonne foi sur cette question, celle de savoir s'il ne sefait pas dans l'intérêt de tous les pays de l'Europe de s'entendre pour adopter une combinaison qui leur permettrait de réduire des armements, plutôt l'apanage d'un temps de guerre que d'un temps de paix... Je désire que les conseils de cabinet, — et dans le cas où ces conseils ne s'en occuperaient pas, j'espère que l'opinion publique les y engagerait, — je désire que ces conseils tournent leur attention sur la la grande révolution qui, depuis plusieurs années, s'est faite dans l'opinion de l'Europe. Vingt-cinq années de paix, l'extension du commerce, de nouvelles alliances, de nouvea\ix intérêts ont amené un grand changement daas les affaires publiques. »

Si, en 1844, la voix de Robert Peel déclarant que le désarmement n'était pas une idée chimérique et romanesque; si, en 1841, la voix de Robert Peel eût été écoutée, que fût-il arrivé de plus fâcheux que ce qui est arrivé? En admettant que le désarmement européen n*eût pas empêché la guerre, est-ce que la guerre a été empêchée par l'armement européen?

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