LE CABLE TRANSATLANTIQUE
12 septembre 1866.
Après avoir relevé le câble transatlantique de 1865 et l'avoir rajusté au câble qu'il portait, le Great Eastem est arrivé à Terre-Neuve. Une seconde communication télégraphique ne va donc pas tarder à être établie entre l'Europe et l'Amérique.
Voilà qui rachète, aux yeux de la civilisation outragée, la barbare invention du fusil à aiguille !
14 septembre 1866.
Le journal la France publie un grand article solennellemeat intitulé :
LA GRANDEUR DE LA FRAxNCE
Cet article consiste à dire :
Soyez la guerre expectante sous ce nom : la paix armée ! Soyez l'arbitraire protégé sous ce nom : la liberté réglementée 1 Soyez Louis-Philippe I" sous ce nom : Napoléon III ! Soyez M. Thiers sous ce nom : M. Rouher ! Soyez 1840 sous ce millésime : 1866!
Ce qui marque Técart entre la ligne que suit la France et la ligne que s'est invariablement tracée la Uberté, c'est que nous disons :
A la paix : Soyez la paix î
A la liberté : Soyez la liberté I
A Napoléon III : Soyez Napoléon lU 1
A M. Rouher : Soyez M. Rouher !
A 1866 : Soyez 1866 !
Il le faut absolument, sous peine de voir la paix armée être la France vaincue dans une bataille plus meurtrière que celle de la Sadowa, cette bataille se nommant le libf*e échange.
Ou supprimez les armées permanentes, ou rétablissez les tarifs protecteurs; — mais alors que M. Rouher cède la place à M. Thiers !
LES PROBLÈMES MENAÇMTS
20 septembre 1866.
Sous ce titre simple : la cibgulairb de m. le ministre des AFFAIRES ÉTRANGÈRES, le Sîèclej après quatre jours de réflexions, publie le plus solennel des clichés solennellement signé de son clicheur en chef, M. Léonor Havin. Ce cliché, que nous ne saurions laisser passer inaperçu, conclut en ces termes formidables :
a Non^ tous les problèmes ne sont pas résolus parce que Tltalie est libre et indépendante, la Confédération germanique dissoute, FAutriche abaissée, la Prusse agrandie, la Russie arrêtée dans ses projets contre rOccident. N'y a-t-il pas d'autres problèmes menaçants : la Pologne, la Hongrie, la question d'Orient? Tout est-il dit sur les traités de 1815? D'ailleurs, le gouvernement est peut-être moins rassuré qu'il ne veut le paraître, et, à ce point de vue, nous comprenons qu'il songe à mettre notre force matérielle au niveau de toutes les nouvelles découvertes; nous comprenons qu'il organise une puissante réserve, tout en diminuant la durée du service militaire... »
Les trois problèmes que le Sièck trouve menaçants sont : La Pologne; La Hongrie; La question d'Orient.
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Nous sommes fâché de le répéter à Thonorable M. Havin, mais ces trois prétendus problèmes menaçants ne sont plus que de vieux clichés bons à jeter à la fonte, et le plus tôt maintenant sera le mieux, dans l'intérêt des peuples douloureusement courbés sous le joug du servage militaire et du poids des impôts les plus lourds.
Est-il donc besoin de rappeler que la Pologne a été partagée en trois tronçons entre l'Autriche, la Prusse et la Russie?
Est-il donc besoin d'ajouter que la population de ces trois États, solidaires en oe point, puisqu'ils sont eompUoes, est de 148 millions d'habitants, savoir : l'Autriche restreinte, 35 millions;— la Prusse, ne tardant pas à s'appeler Tj^mptre cUlemandj 37 millions; — la Russie» 76 millions?
Peut-on s'abuser jusqu'à s'imaginer que la population stationnaire de la France, n'étant que de 37 millions, suffira, — le voulût-elle, — pour arracher la Pologne aux serres de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie?
L'année 1863 est-elle donc si loin de nous, que la trace en soit déjà effacée de nos souvenirs, et que noua ayons déjà oublié les réponses du prince Gortsohakoff aux dépêches de M. Drouyn de Lhuys, dépêches qui n'ont servi qu'à rompre raccord qui existait entre la France et la Russie, aooord qui, bien qu'il fût plus appareat que réel, n'eA était pas moins une force suprême?
Est-il vraisemblable que TAutriche, amoindrie par la perte de la Véuétia aveo ses 3 millions et demi d'habitants, se résigne, sans combat à outrance cette fois» à se voir enoore amoindrie par la cession de la Gallicie aveo ses 4 mUUons et demi de Polonais?
La protestation contre Tincorporation du grand-duché de Posen dans la Confédération transitoire de l'Allemagne du Nord, protestation déposée le 11 septembre par les députés polonais, a*^t*elle arrêté le Parlement prussien?
Cessez donc, cessons donc tous de placer au nombre des problèmes menaçants la résurrection de la Pologne I La malheureuse Pologne a rendu» e» 1863, son dernier soupir en laissant aveuglément échapper l'occasion suprême qui lui a été offerte en 1862 par le marquis de Wielopowlski. Au lieu de se soulever contre la domination moscovite, ce qu'il fallait que fît la Pologne, à cette époque, t'était jouer le jeu : c'était
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acclamer la RuBsie, afin de reconstituer à toat prix et avant tout l'unité polonaise par la réunion, dans les mains d'une seule puissance, du royaume de Pologne, de la Gallicie et de la Posnanie. Alors, les circonstances aidant, le surplus eût pu se faire, car l'immense désavantage de la Pologne de n'avoir pas de dynastie nationale, d'obstacle fût devenu moyen, attendu que ce désavantage eût eu l'avantage de rendre plus facile à nouer, entre l'empire de Russie et le royaume de Po* logae, les liens d'une solide et sincère Union personnelle. Mais ce qui est consommé est consommé I U y a des fautes irréparables. Celle qui a été commise en 1863 est de ce nombre, et les derniers événements qui viennent de s'accomplir en Allemagne ne sauraient plus laisser subsister à oei égard la plus petite illusion. Qu'il ne soit donc plus question de la Pologne que dans l'histoire, cet immense cimetiàre, et que pour aller déposer des fleurs sur sa tombe 1
Il se peut que la Hongrie soit nn problème menaçant pour l'Autriche indécise et flottante entre ces deux aspirations con<» traires : la Centralisation par l'oppression et la Confédération par la liberté; mais comment la Hongrie pourrait-elle être un problème menaçant pour l'Europe? Qu'est-ce que l'Eiurope a h démêler dans la question de Hongrie? Qu'est*ce que la France a à y voir plus que dans la question d'Irlande? S'il est une question qui soit exclusivement particuUère à l'État dans le sein duquel elle s'agite, c'est assurément celle de la Hongrie. Qu'elle s'embrouille, qu'elle se débrouille entre M. le comte de Belcredi et M. Deak, cela regarde l'empereur d'Au^ triche; cela ne regarde pas la paix de l'Europe I
Depuis tant d'années qu'on parle à tort et à travers de la question d'Orient sans savoir ce qu'on dit, il serait bien temps de se demander si, en réalité, il existe une question d'Orient.
Notre avis est que c'est encore là un de ces vieux clichés usés qui n'ont plus d'autre valeur que celle de leur poids. Si nous nous trompons, que notre honorable confrère M. Havio veuille donc bien prendre la peine de nous détromper, et de nous expliquer en quoi ce qu'il lui plaît d'appeler la question d'Orient est un problème menaçant.
Il n'y a pas de question d'Orient ; il n'y a qu'une question de détroits.
Or toute question de détroits est une question de liberté de
navigation ; toute question de liberté de navigation est une question de droit maritime. Aussi nous croyons-nous fondé à prétendre et à soutenir qu'il n'y a d'autres questions intercontinentales et internationales que des questions de pur droit maritime. Que toutes les mers soient indistinctement et également libres, et il n'y aura plus de question de détroits, conséquemment plus de question d'Orient, n'en déplaise à M. Havin et au journal le Siècle^ qui ont creusé une ornière si profonde et si large, qu'il n'a pas été possible à M. le marquis ie la Valette, remplissant par intérim les fonctions de ministre des afTaires étrangères, de l'éviter et de n'y pas tomber.
La circulaire de M. de la > Valette, dont tous les journaux ont unanimement loué la netteté , a prouvé qu'un document de ce genre pouvait être net çans êixe logique. Si ce document n'aboutissait qu'à l'inconséquence, la logique seule aurait à s'en affliger, mais il aboutit fatalement à l'impuissance, et la politique ne saurait s'abstenir de le déplorer, car l'impuissance, c'est l'instabilité.
Ce que la circulaire à nos agents diplomatiques appelle « le
PERFECTIONNEMENT SANS DÉLAI DE NOTRE ORGANISATION MILI- TAIRE )) ne saurait avoir lieu sans surcroît de dépenses. Or ce surcroît de dépenses ne pouvant pas être demandé à l'emprunt, à quel impôt nouveau le demandera-t-on?
La limite extrême des impôts est atteinte.
Au lieu de procéder par voie d'augmentation de dépenses, ce qu'il fallait, au contraire, c'était procéder par voie radicale de large dégrèvement du budget, afin de rendre au crédit public toute sa puissance d'élasticité, et par le crédit public opérer la diversion pacifique la plus vigoureuse.
Or ce large dégrèvement du budget, il n'y avait qu'un moyen de l'opérer, un seul : c'était le désarmement a l'américaine, qui est l'idée opposée à l'armement à la prussienne.
Contre le désarmement à l'américaine, il n'y a d'objections que (( LES problèmes menaçants » .
Si ces problèmes menaçants, ainsi que nous croyons l'avoir démontré, n'existent pas, où sont donc les objections?
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