U FRANCE DÉGAGÉE
* 28 septembre 1866.
Grâce à la forte pression que la Prasse a exercée, rAatricbe et l'Italie sont enfin d'accord sur la qaestion pécuniaire qui les divisait.
Inhabile, plus que cela, maladroite jusqu'au dernier jour, jusqu'à la dernière heure, l'Autriche, il faut le dire, n'a cédé qu'à la menace de la Prusse. Savoir être faible, c'est presque savoir être grand : le gouvernement autrichien n'a eu ni l'art ni la pudeur de voiler sa peur et sa faiblesse sous les apparences de la magnanimité.
Mais c'est chose qui regarde exclusivement l'Autriche, sa dignité, son avenir, et qui ne concerne pas la France, heureusement dégagée de la lourde responsabilité que faisaient peser sur elle et l'expédition de 1859 et la paix de Villafranca.
Cette responsabilité que nous redoutions , parce qu'elle pouvait aboutir à des di£Qcultés inextricables et à une guerre où, d'ici à une ou deux années, nous aurions pu avoir contre nous l'Autriche et toute la Confédération germanique, la Prusse comprise; cette responsabilité est ce qui explique l'attitude presque belliqueuse que nous avons dû prendre au mois de mai i866.
Entre deux guerres, il fallait choisir la moindre.
C'est ce que nous avons fait.
Mieux valait pour la France une guerre de l'Italie alliée à
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la Prusse contre T Autriche qu'une seconde édition de Texpédition de 1859, seconde édition qui eût été inévitable si l'Italie, minée par le déficit, se fût effondrée sous le poids écrasant de l'armée exorbitante que l'obligeait d'entretenir le Quadrilatère autrichien, dont les fusils la tenaient constamment enjoué.
Maintenant que le péril a disparu, et que nous pouvons nous expliquer en toute liberté sans paraître manquer de patriotisme, que ceux de nos lecteurs qui nous ont prématurément et superficiellement jugé au mois de mai 1866 se rendent compte de ce qui fût advenu si le faisceau italien s'était rompu, si l'unité italienne s'était défaite, si le roi de Naples avait repris possession de son royaume, si le grand-duc de Toscane, le duc de Modène et le duc de Parme étaient rentrés triomphalement dans leurs duchés?
Sous une telle mortification maculant les victoires de Magenta et de Solferino, quelle eût été en Europe l'attitude de la France? Que fussent devenus son prestige et sa puissance? Eût-elle, la tête basse, supporté les railleries et les risées de ses ennemis radieux?
Non assurément.
Donc c'eût été la guerre, et quelle guerre ! Avec quel allié? Avec le Piémont, redevenu le Piémont comme devant.
Cette attitude humiliée, abaissée, eût été d'autant plus inacceptable, que déjà le dénoûment de notre expédition et de notre occupation du Mexique menaçait de la faire paraître encore plus grave.
Dans cette situation presque extrême, comment eût-il été possible de concilier la dignité avec la prudence? Gomment — tout se tient ! — eût-il été possible de se dispenser de rappeler de l^Algérie les 70,000 soldats qu'elle absorbe et qu'elle paralyse? Et, si on les eût rappelés, comment eût-on protégé nos colons contre le risque auquel ils fussent restés exposés sans autre défense que leur courage personnel?
L'Autriche n'ayant pas su faire à temps l'abandon de la Vénétie, — qui ne lui appartenait pas, pour recouvrer la Silésie, qui lui avait appartenu, — la France n'a qu'à se féliciter de la victoire de la Sadowa, qui lui a rendu sa liberté.
Il faut voir les choses telles qu'elles sont : il faut les voir sans passions qui les grossissent, en même temps qu'elles vous rapetissent.