LE DÉMEMBREMENT DE LA TURQUIE
qu'une douleur pour elle de faire inexorablement tomber sous le tranchant de sa faux les jeunes générations appelées à renouveler notre population stationnaire ! Alors peut-^tre la lumière se ferai Alors peut-être la Conscience indignée parlera plus haut que la Politique effarée I
Nous le savons, nous sommes sans action sur les gouvernements; aussi n'est-ce pas à eux que ces lignes s'adressent, mais aux journalistes : nous les prévenons que nous les rendrons désormais responsables et comptables de tout le sang qu'aura fait verser toute guerre dans laquelle ils auront joué le rôle d'incendiaires au lieu du rôle de pompiers.
Est-ce que VOpinwnnationale, le Siècle^ même le Journal des Débats, est-ce que ces journaux ne se reprochent jamais, dans leurs heures d'insomnie, tout le sang qu'ils ont contribué à faire couler, tous les désastres auxquels ils ont indirectement concouru en faisant luire, en 1862 et 1863, aux yeux des malheureux Polonais des illusions et des espérances qui ne devaient aboutir qu'aux déceptions les plus cruelles et qu'à des extrémités irréparables?
Ce que ces journaux ont fait si inconsidérément pour la Pologne, ils s'apprêtent à le recommencer pour la Grèce, à laquelle ils crient que « notre poutique en orient nous oblige de les soutenir » .
Grecs et chrétiens d'Orient, n'en croyez rien I Gela n'est pas vrai, cela est un mensonge !
S'il vous plaît de vous soulever contre vos dominateurs, soulevez-vous, mais à vos risques et périls! Si vous êtes vaincus et réprimés, à vous toute la responsabilité; conune à vous toute la gloire, — puisque cela s'appelle la gloire, — si vous êtes victorieux. Mais ne comptez pas, mais ne comptez plus sur le concours de la France et sur le courage de ses fils les plus robustes! L'Algérie, la Crimée, l'Italie, la Cochinchine, la Chine, le Mexique ont trop éclairci les rangs de notre population pour que nous ne devenions pas avares désormais du sang français jusqu'à la plus petite goutte inutilement versée.
S'il est un devoir que nous considérions comme le plus impérieux qui nous soit imposé par le long apprentissage de cette ingrate carrière qui se nomme « le journalisme » , c'est le devoir qui consiste à répéter tous les jours, sous toutes les
formes, à ropmion errante : Prenez garde 1 prenei garde I Ne vous laissez pas fourvoyer et entraîner une fois de plus à la poursuite d'une question trompeuse I II n'est pas vrai qu'il y ait une question européenne d'Orient I
La question de Candie n'est pas plus une question européenne que la question de Palerme.
La question de Candie est une question turquei comme la question de Palerme est une question italienne!
Rien de plus, rien de moins.
Pas de méprise ! pas de confusion !
Que désormais notre règle soit celle**ci : XJ smo Dfis niAirqiis AFPARTTBiVT SXCLUSITEHENT A LA FRAN€B ; et, conmie, dans cet ordre d'idées, la France ne séria jamais attaquée, la Politique, du moins en ce qui concerne notre pays, ne sera plus exposée à faire fausse voie et à rouler dans l'abime d'un autre Waterloo. L'art de nous gouverner ne consistera plus que dcuis l'art de nous cultiver ; que dans l'art de féconder, de développer et de mûrir toutes les facultés dont nous portons le germe ; que dans l'art de multiplier parmi nous les êtres pensants, les esprits, studieux, les honmies laborieux; que dans l'art de combler l'écart trop grand, presque un gouffl-e, qui existe entre la société et l'humanité 1
Gouvernements qui vous intitulez les pilotes des peuples, quand donc inscrirez-vous enfin à vos budgets l'achat d'un gouvernail et d'une boussole? Quand donc cesserez^voQS d'être gouvernés par les vagues?
Est-ce donc une chose si compliquée et si difficile, que d'apprendre à distinguer entre l'écueil et le port?
Savoir éviter l'un et aborder l'autre : en résumé, la Politique ne devrait être et n'est effectivement que cela.