LA DÉCLARATION DE M. JULES FAVRE
17 mars I8664
La discussion de l'amendement de la gauche a commencé par un très-beau discours de M. Jules Favre, discours où se trouve cette déclaration :
« Quant à moi. Je ne demande qu'à être réfuté, je ne demande qu'à être confondu, je ne demande qu'une chose ; c'est que demain les ministres viennent nous apporter des lois gui mettent les principes de
LA DISCUSSION DE L'ADRESSE DE i 866 il
17B9 en application , qui fassent que la Constitution ne soit pas en complète opposition avec la législation qui est censé l'appliquer. Qu'i fassent ces choses^ et alors, messieurs, je déserterai les bancs de Voppostlton, e< ALORS je gomprendrai qob mon devoir est d'appuyer ceux
QCl DOIYENT RÉTABLIR LA LIBERTÉ EN FRANCE. »
Il n'y a donc entre rhonorable M. Jules Favre et le gouvernement qu'une question de programme. Si son programme était accepté, M. Jules Favre déserterait les bancs de Topposition et donnerait à la politique nouvelle Tappui de son immense talent.
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LES LIBERTES DIFFEREES
17 mars 1866.
La grande raison sur laquelle s'appuie le gouvernement pour ne pas rendre à la France la liberté promise, la liberté dont jouit TAngleterre, c'est que le caractère français n'est pas le même que le caractère anglais.
Est-ce donc que la liberté a toujours existé en Angleterre? Ouvrez les œuvres de Voltaire et vous y lirez ce qui suit :
« Qu'était TAngleterre avant la reine Elisabeth^ dans le temps qu'on employait Tautorité sur la prononciation de l'apsiVon? L'Angleterre était alors la dernière des nations policées en fait d'arts utiles et agréables^ sans aucun bon livre^ sans manufactures^ négligeant jusqu'à l'agriculture^ et très-faible même dans la marine; mais dès qu'on laissa un libre essor au génie , les Anglais eurent des Spencer, des Shakspeare, des Bacon, et enfin des Locke et des Newton.
» On sait que les arts sont frères, que chacun en éclaire un autre et qu'il en résulte une lumière universelle. C'est par ces mutuels secours que le génie de l'invention s'est communiqué de proche en proche; c'est par là que la philosophie a secouru la politique, en donnant des nouvelles vues pour les manufactures , pour les finances , pour la construction des vaisseaux. C'est par là que les Anglais sont parvenus à mieux cultiver la terre qu'aucune nation, et à s'enrichir par la science de l'agriculture^ comme par celle de la marine. )>
LES LIBEHTâS DIFFÉRÉES 10
Consultez Milton \ Il vous répondra par les aveux que vous
allez lire :
« Puisque nous sommes appelés à redevenir esclaves, profitons du peu de temps qui nous reste pour prendre congé de la liberté.
9 Nous allons devenir la honte des nations libres et le jouet de celles qui ne le sont pas. — Est-ce là, diront les étrangers, cette nouvelle Rome?
» Qu'est devenu cet édifice de liberté que les Anglais se glorifiaient de bfttir? A peine en ont-ils jeté les fondements, qu'ils sont dans une telle confusion ( non de langues, mais de factions) que celle de Babel n'était rien auprès de la leur, ils n'en ont fait tout juste que ce qu'il fallait pour les rendre à jamais ridicules aux yeux de l'Europe* »
Comment l'Angleterre est-elle sortie de cette lamentable et humiliante confusion? Par la toute-puissance de la liberté, par cette a LiBBRTÉ SANS BBSTRiCTiON » que Temperour, s'adressant le 25 janvier 1863 aux exposants de Londres, glorifiait en ces tenues :
« Si les étrangers peuvent nous envier bien des choses utiles, nous avons aussi beaucoup à apprendre chez eux. Vous avez dû, en effet, être frappés, en Angleterre, de cette liberté sans BESTBicTiON laissée à la manifestation de toutes les opinions comme au développement de tous les intérêts. Vous avez remarqué l'ordre parfait maintenu au milieu de la vivacité des discussions et des périls de la concurrence. C'est que la liberté anglaise respecte toujours les bases principales sur lesquelles reposent la société et le pouvoir. Par cela même, elle ne détruit pas, elle améliore; elle porte à la main non la tcnrche qui incendie, mais le flambeau qui éclaire ; et, dans les entreprises particulières, l'initiative individuelle, s'exerçant avec une infatigable ardeur, dispense le gouvernement d'être le seul promoteur des forces vitales d'une nation : aussi, au lieu de tout régler, laisse-t-il à chacun la responsabilité de ses actes. »
La liberté est indivisible.
Gomment la France luttera-t-elle commercialement contre l'Angleterre, avec laquelle le traité de 1860 Ta mise aux prises, si en même temps que la liberté du commerce, la France n'a pas la liberté de réunion; la liberté d'association, la liberté de la presse, enfin u la liberté sans restriction » , qui fait la force et la gloire de T Angleterre?
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La toute-puissance de la liberté, même dans le passé, même dans Fantiquité, est constatée en ces termes par Voltaire :
« Il parait que^ chez les Égyptiens^ chez les Persans, chez les Chaidéens, chez les Indiens, il n'y avait qu'une sorte de philosophie. Les prêtres de ces différentes nations étant tous d'une race particulière^ ce qu'on appelait « la sagesse » n'appartenait qu'à cette race. Leur langue sacrée, inconnue au peuple, ne laissait le dépôt de la science qu'entre leurs mains. Mais, dans la Grèce, plus libre et plus heureuse, l'accès de la raison fut ouvert à tout le monde ; chacun donna l'essor à ses idées^ et c'est ce qui rendit les Grecs le peuple le plus ingénieux de la terre. C*est ainsi que , de nos jours , la nation anglaise est devenue la plus éclairée , parce qu'on peut penser impunément chez elle. »
Voltaire ajoute :
« Pourquoi l'Italie a-t-elle langui près de deux cents ans dans une décadence déplorable? C'est qu'il n'a été permis, jusqu'à nos jours, à un philosophe italien d'oser regarder la vérité à travers un télescope; de dire, par exemple, que le soleil est au centre du monde, et que le blé ne pourrit point dans la terre pour y germer. Ces peuples ingénieux ont craint de penser ; les Français n'ont osé penser qu'à demi ; et les Anglais, qui ont volé jusqu'au ciel parce qu'on ne leur a point coupé les ailes, sont devenus les précepteurs des nations. Nous leur devons tout, depuis les lois primitives de la gravitation, depuis le calcul de l'infini, et la connaissance précise de la lumière, si vainement combattue. »
Quel moment sera jamais plus favorable pour donner à la France les libertés qu'elle attend depuis le 14 janvier 1852?