QUE VOULONS-NOUS? QUI SOMMES-NOUS
17 mars 1866.
Que voulons-nous?
Nous voulons la liberté, toute la liberté, rien que la liberté.
Nous voulons pour la France une liberté égale à celle dont l'Angleterre, la Belgique, Tltalie et la Suisse, qui nous environnent et nous touchent, sont en possession.
Nous voulons la liberté telle que, dès 1778, — onze ans avant que la Révolution de 1789 éclatât, — la comprenait et la voulait Turgot, écrivant le 2 mars 1778 au docteur Price :
« Comment se fait-il que vous soyez à peu près le premier parmi nos gens de lettres qui ayez donné des notions justes de la liberté, et qui ayez fait sentir la fausseté de cette notion , rebattue par presque tous les écrivains républicains^ que la liberté consiste à n'être soumis qu'aux Uns; comme si un homme opprimé par une loi injuste était libre? Cela ne serait pas même vrai, quand on supposerait que toutes les lois fussent l'ouvrage de la nation assemblée; car^ enfin^ l'individu a aussi ses droits^ que la nation ne peut lui ôter que par la violence et par un usage illégitime de la force générale. »
Nous voulons la liberté telle que Fa reconnue la première de nos Constitutions écrites et votées : la Constitution du 3 septembre 1791 , décrétée par TAssemblée constituante, expression de la volonté nationale.
Nous voulons la liberté telle qu'elle est rappelée dans Tar-
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ticle l'^de la Constitution du 14 janvier 1852, article ainsi conçu :
« ART. ier. La Constitution reconnaît^ confirme et garantit les grands principes proclamés en 1789, et qui sont la base du droit public des Français. »
• Nous comprenons et nous voulons la liberté telle que la comprenait et la voulait lui-même Fauteur de la Constitution du 14 janvier 1852, lorsque, avant de promulguer cette Constitution, qui est son œuvre personnelle, il s'exprimait ainsi :
« Ce n*est plus seulement la force brutale qui commande , ou la trahison qui tue : c'est un esprit de doctrine qui détruit tout germe vital. C'est cet esprit qui, peu inquiet de l'honneur de la France, a tout abandonné à la peur d'une anarchie qui n'était pas à craindre ou d'une guerre que nous ne pouvions redouter. C'est une fausse idée que celle qui sacrifie mille avantages réels pour un inconvénient ou imaginaire ou de peu d'importance. Elle tendrait donc à priver les hommes du feu parce qu'il incendie, et de l'eau parce qu'elle inonde. » {\)
« J'aime la liberté. » (2)
« La liberté suivra la mêfne marche que la religion chrétienne. Arme de mort pour la vieille société païenne , le christianisme a excité pendant longtemps la crainte et la haine des peuples; puis, à force de martyrs et de persécutions, la religion du Christ a pénétré dans les esprits et dans les consciences; bientôt elle eut à ses ordres des armées et des rois : Constantin et Charlemagne la promenèrent triomphante en Europe. Alors la religion déposa ses armes de guerre; elle dévoila à tous yeux les principes d'ordre et de paix qu'elle renfermait, et devint l'élément organisateur des sociétés , l'appui même du pouvoir. Il en sera ainsi de la liberté. » (3)
« Ayant toujours un but devant les yeux, l'empereur déploie, suivant les circonstances, les moyens les plus prompts pour y arriver.
(1) ŒUVRES DE LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE, tome I, pagd 69.
(2) Ibid., page 176.
(3) Ibid., page 197.