PLUS COMPLÈTE
Qu'aurons-nous fait quand nous aurons réussi à aguerrir les Chinois?
Leur apprendre à se défendre, ne sera-ce pas leur apprendre à nous attaquer?
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Or Tempire de la Chine, à lui seul, a cent dix millions d'habitants de plus que l'Europe tout entière.
Avant d'aller imposer à la Chine (( lauberté religieuse u PLUS COMPLÈTE )) , ne ferions-nous pas mieux de commencer par établir en France « la liberté politique la plus complète »? Français, qu'en pensez-vous? De ces deux politiques, quelle est la fausse?
17 octobre 1866.
Revenant intrépidement à la charge, le journal la France soutient que l'accord existe entre les paroles et les actes du gouvernement.
La France n'aurait-elle donc jamais lu ou la France auraitelle donc déjà oublié les déclarations siformelles.de M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères en mai 1849, alors qu'il repoussait avec une feinte indignation, conmie une infâme calomnie, le soupçon qu'il eût pu donner « pour instructions au général Oudinot d* attaquer la république romaine » ?
Quelques jours après cette déclaration indignée, la république romaine était attaquée, mitraillée, renversée.
Les paroles n'ont-elles pas été démenties par les actes?
N'en a-t-il pas été de même pour le Mexique, alors que le minÎBtre d'État, répondant aux interpellations du Corps législatif, niait catégoriquement que notre expédition dût conduire au renversement de la république mexicaine et au remplacement du président Juarez par l'archiduc Maximilien érigé en empereur du Mexique?
Abrégeons.
Contentons-nous d'ajouter aux deux faits qui précèdent un troisième fait, celui qui va suivre :
Y a-t-il accord entre les paroles du 14 juin 1866, sous forme de lettre adressée à M. Drouyn de Lhuys et lue au Corps législatif par le ministre d'État, paroles érigeant en système la neutralité attentive et les actes qui se sont accomplis depuis la victoire de la Sadowa, victoire qui a enlevé (' à rAutriche sa grande position en Allemagne, modifié la carte de l'Europe au profit exclusif d'une grande puissance et détruit l'équilibre européen » tel qu'il existait?
Si la France fait bien, elle fera comme nous, elle n'insistera pas sur un accord dont la non-existence a pour témoignages tous les actes qui se sont accomplis, et qui tous ont été en contradiction avec les paroles; ce serait envenimer la plaie au lieu de la panser.
Il ne s'agit pas, entre la France etla. Liberté^ de tomber dans de vaines et douloureuses récriminations; il s'agit de sortir le plus vite possible de l'impasse dans laquelle on est acculé.
Comment sort-on d'une impasse? Il n'y a qu'un moyen, c'est de reconnaître son erreur et de revenir sur ses pas.
Toute hésitation prolongée est du temps perdu; toute hésitation supprimée est du temps gagné.
Autrefois, il y a vingt ans, cette impasse se nommait le just£-mili£U ; honteuse de conserver à cette impasse on nom décrié, la France l'a appelée I'entrs-dsux.
La France a pu changer l'écriteau de l'impasse, mais elle n'a pu lui ouvrir une issue.
Oii le juste-milieu avait-il conduit en 1847 la Monarchie de 1830? Où I'entre-deux a-t-il conduit en 1866 l'Empire de 1852? De bonne foi, était-ce uniquement pour laisser la Prusse s'agrandir que la ville d'Auxerre a retenti, le 7 mai 1866, des paroles qui ont maudit les traités de 1815?
S'ils le peuvent, que nos opiniâtres contradicteurs répondent à ce point d'interrogation qu'ils noua contraignent de leur poser.
Disons-le hautement, afin qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée : ce que nous accusons ici, c'est moins le gouvernement français, c'est moins le gouvernement impérial que cette idolâtrie commune, entretenue et 0iloetisée par la
Framee^ idolâtrie qui consiste à adorer cette fiansse politique qui n'est ni la paix ni la guerre, ni la prescription ni la cou-* quête, ni la liberté ni le pouvoir ni la stabilité ni le changement; cette fausse politique, qui n'est ni chair ni poisson, et qui ressemble à ces chevaux qui ne sont ni chevaux de trait ni chevaux de selle, à ces divans-Uts à l'usage des petits mé» nages, qui ne sont ni lits ni divans. Aussi lé vrai nom de cette fausse politique est-il : la poutxqub a deux fins.
Il y a trente ans que nous la combattons, et si elle Ta emporté sur nous, c'est par sa persistance; ce n'est pas par ses oeuvres, ce n'est pas par ses actes.
Ses œuvres ! Il n'y en a pas une seule qui n'ait été une faute; ses actes I il n'y en a pas un seul qui n'ait abouti à une inconséquence ou à une impuissance.
Aussi, plus que jamais, en sommes-nous l'adversaire déclaré.
Deux politiques existent :
i"" La politique de l'Ancien monde, la politique territorialCi la politique de l'extension des frontières naturelles, toujours dépassées ;
2* La politique du Nouveau monde, la politique économique, la politique de la suppression des frontières douanières, jamais assez abaissées.
Le temps est impérieusement venu d'opter entre la politique qui a été le passé des nations et la politique qui sera l'avenir des peuples.
VixiB de politique à deux fins !
Plus de politique n'étant pas la force et n'étant pas la richesse, n'étant pas la gloire et n'étant pas la prospérité 1
Le gouvernement de la France trouve-t-il que la France soit trop petite? Trouve»t>il qu'elle doive absolument avoir pour limites le cours du Rhin! Eh bien alors, au lieu de demander à la France à perpétuité cent mille hommes par an et à chacun de ces hommes les sept plus belles années de son existence, ce qui est la condamnation de sept cent mille hommes au tread-miU militaire, que le gouvernement demande à la France de se lever tout entière comme un seul homme afin d'imiter ce qu'a fait la Prusse, afin, elle aussi, de s'élargir de s'arrondir, de s'allonger, de se rectifier I Mais que, après la victoire gagnée et la paix conclue, la France fasse ce qu'ont
fait les États-Unis I Qu'elle licencie immédiatement son année, condamnée à l'inutilité par la victoire, et qu'elle vende ses fusils pour acheter des outils I
Pour comprendre cette politique, il n'est pas nécessaire de l'approuver. Nous ne l'approuvons pas, mais nous la comprenons. C'est la politique du meurtre et du vol décorée des noms de guerre et de conquête ; mais c'est une politique ! Elle a eu sa grandeur, et si elle a ses risques et ses périls, elle a ses avanteges et ses triomphes.
Puisant ses inspirations moins dans l'histoire que dans la conscience, moins dans le passé que dans l'avenir, le gouvernement de la France trouve-t-il la France assez grande territorialement? Trouve-t-il qu'il importe plus d'en augmenter la population que d'en accroître le territoire? Alors, qu'il applique exclusivement à la culture et à la prospérité de la France tous les bras de la France, toutes ses forces vives, toutes ses ressources , tous ses revenus , afin qu'elle devienne le grand Empire moderne, le pays modèle, le pays où le travail soit le plus abondant et le bien-être le plus général !
Cette seconde politique, c'est la nôtre. Mais, le passé l'atteste, il faut absolument qu'elle soit exclusive si l'on veut qu'elle soit grande, si l'on veut qu'elle soit glorieuse, si l'on ne veut pas qu'elle soit la politique de 1840.
Si le demi-monde vaut peu, la demi-politique vaut encore moins.
Que le journal la France y réfléchisse mûrement , qu'il pèse dans ses balances les actes et les paroles , qu'il compare année par année les dix-sept ans du règne de la Monarchie de 4830 aux quatorze ans du règne de l'Empire de 1852 ; et, si ce journal est impartial et sincère, notre avis sera le sien et notre conclusion la sienne; il ne voudra plus, sous aucun nom, pas plus sous celui d'ENTBE-DEUX que sous celui de juste-kilieu, de la politique à deux fins ; il cessera de s'exercer à chloroformer l'Empire ; il lui dira franchement avec nous : Il n'y a plus de temps à perdre; il faut opter soit pour la guerre heureuse, soit pour la paix glorieuse.
i8 octobre 1866.
La France n'est pas dans une impasse.
La France a eu raison de faire tout ce qu'elle a fait depuis que rENTRE-DKUX a heureusement et glorieusement succédé au JUSTE-MiLiKu, de triste mémoire !
La France a eu raison de bombarder Rome en 1849, de l'occuper pendant dix-sept ans, et elle aura raison de l'éyacuer en 1866.
La France a eu raison de payer 2 milliards la gloire d'assiéger Sébastopol et de prolonger l'existence de l'empire turc.
La France a eu raison de combattre h outrance, en 1859, rinfiiuence de l'Autriche sur l'Italie.
La France a eu raison d'admettre sans objection l'influence de la Prusse sur l'Allemagne.
La France a eu raison de désayouer la convention de la Soledad, de raturer la signature de ses plénipotentiaires, de jeter par terre la république mexicaine et d'y substituer l'empire mexicain avec un archiduc d'Autriche pour empereur : le tout nous coûtant 300 millions de bel et bon argent, sans compter tous les Français de vingt à vingt-sept ans qui ont été tués ou blessés, et tous ceux qui sont morts du vomito.
C'est la « pouTiQUE de là paix » !
Du moins c'est le nom que lui donne son parrain , M. J. Cohen.
Soit ! Mais sera-ce le nom que lui donnera l'histoire?
19 octobre 1868.
La demi-politique n'est en veine nulle port; partout elle aboutit à l'impuissance.
En Angleterre, à quoi ont successivement abouti les projets de demi-réforme électorale, Tun présenté par M. Disraeli et combattu par M. Brîght, l'autre présenté par M. Gladstone et appuyé par le même M. Brîght? Ils ont abouti à l'agitation électorale, qui demande avec raison la réforme entière, la réforme complète, le suffrage universel et le vote secret. Puisqu'il faudra inévitablement en finir par le su&age universel, pourquoi n'avoir pas commencé tout de suite par lui? C'eût été du temps d'épargné, et toutes les forces consumées dans l'agitation eussent pu recevoir un autre emploi et remporter une autre victoire. Même aux peuples les plus civilisés et les moins gouvernés, qu'il reste encore de progrès à accomplir, de problèmes à résoudre, de vérités à découvrir, d'abus à extirper I
LA DEMI-POLITÏQUE kVl
En Italie, à quoi ont abouti les stipulations de Yilla&anca et de Zurich, sinon à entretenir pendant six années l'instabilité en France et en Europe ; sinon à entasser emprunt sur emprunt : le tout pour assister au détrônement du roi de Naples, à Texpulsion du grand-duc de Toscane, du duc de Modëne et du duc de Parme, à la convention du 15 septembre et au traité de Tltalie avec la Prusse? N'eût-il pas mieux valu que lltalie une se fît tout de suite des Alpes à TAdriatique ? On le voit, même les demi-victoires ne valent rien.
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En Allemagne, à quoi ont abouti les projets de réforme de la Confédération germanique : projet de l'empereur d'Autri-^ che et projet du roi de Prusse? Avions-nous tort quand nous soutenions, en 1863, qu'on pourrait supprimer la Confédération germanique, mais que la refermer^ on ne le pourrait pas? Les faits n'ont-ils pas donné pleinement raison à nos prévi* sions, tirées de l'observation approfondie des choses?
En Prusse, à quoi aboutiront les deux demi-mesures auxquelles la Bavière devra la présidence de la Confédération du Sud, et la Saxe la conservation de sa royauté nominale? Combien les deux Unions du Nord et du Sud mettront-elles de temps à s'user? Puisque la Prusse est fatalement appelée à devenir l'empire d'Allemagne, n'eût-îl pas mieux valu qu'elle le devînt tout de suite, et que chacun sût, sans incertitude et sans retard, à quoi s'en tenir et quel parti prendre? Rien de plu8 contraire à la stabilité que les questions en suspens.
Ne jamais ajourner la solution d'aucune question est le premier précepte de toute bonne politique. Dès qu'elle est posée, toute question doit être résolue. Aussi longtemps que la Prusse n'aura pas achevé son œuvre, aussi longtemps que la Prusse ne sera pas devenue l'Allemagne, comme le Piémont est
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devenu lltalie, il faut y compter, TEurope sera inquiète et fébrile.
Un jour, elle se tâtera le pouls pour savoir si eUe doit permettre que le nom du royaume de Saxe soit effacé de la carte ; un autre jour, elle se tâtera le pouls pour savoir si elle ne doit pas empêcher le royaume de Bavière de disparaître, comme a disparu le royaume de Naples ? Ce sera l'instabilité européenne.
Or que peut*on fonder de grand et de durable sur Tinstabilité? Si nous eussions occupé une situation qui donnât à notre voix Tautorité nécessaire, ou le comte de Bismark n'eût pas entrepris son œuvre d'unification de l'Allemagne, ou il l'eût accomplie d'un seul coup. Dans un cas comme dans l'autre, toute demi-mesure nous eût eu pour adversaire.
Lorsqu'un breuvage est amer, le mieux est de le boire d'un seul trait; lorsqu'une amputation est inévitable, le pis est d'hésiter, le pis est de s'y reprendre h plusieurs fois.
Ceux qui ont des yeux pour voir ne finiront-ils donc pas par reconnaître que, de toutes les politiques, la plus faneste, au dehors comme au dedans, c'est la demi-politique?
Ni virilité, ni fécondité, ni stabilité!