UNE QUINTUPLE ALLIANCE
S'il y a des événements dont la prévoyance interdit d'attendre raccomplissement, il en est d'autres au-devant desquels il serait téméraire d'aller avant que la nature et le caractère en aient été suffisamment modifiés par le progrès des idées et la maturité du temps.
Ne nous faisons pas d'illusions ! Il se peut que les chemins de fer qui sont appelés à sillonner l'immense territoire de la Russie aient pour conséquence, d'ici à dix ans, d'ici à vingt ans, de faire de Gonstantinople un débarcadère gréco-russe, sans que l'Angleterre, l'Autriche, la France et l'Italie puissent l'empêcher. D'ici là, en prévision de ce fait, quel but doivent se proposer nos efforts?
Ce but, que nous ne laissons échapper aucune occasion propice d'indiquer, ce but, c'est la neutralisation des détroits, c'est la substitution de la liberté maritime à la féodalité maritime, laquelle subsiste partout où il y a une mer dont le passage est interdit par des canons.
Veut-on efficacement empêcher que la Russie, à la première circonstance favorable, à la première conflagration européenne, s'empare de Gonstantinople et des clés des Dardanelles? Il n'y a qu'un moyen, c'est qu'elle n'ait plus aucun intérêt à les prendre et à les garder.
Ce moyen, il s'agit de le demander à ce qui seul peut le donner : il s'agit de le demander au progrès du droit maritime.