‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 22 sur 205 · LES ENNEMIS DK L'EMPIRE · texte numérisé non relu

LES ENNEMIS DK L'EMPIRE

pouvoir exéeutîf, se fondant sar les circonstances qui l'avaient fait investir de la dictatare par l'Assemblée constituante, avait supprimé la liberté de la presse, la liberté de réunion, la li* berté d'association?

One M. Nogent Saint-Laurens et M. Granîer de Cassagnac ouvrent le Moniteur du 18 octobre 18481 Ils y liront ce qui suit :

a H. SENAHD; ministre de Fintérieu^ : Les circonstances dans lesquelles le pays se trouvait au moment où la discussion allait s'engager devaut l'Assemblée nous firent exanûoer^ dans le conseil^ s'il n'y avait pas des raisons politiques suffisantes soit pour abandonner d'une maoière absolue le principe du suffrage universel appliqué à l'élection du président de la république, soit pour admettre, par transaction, un expédient relatif à sa première nomination. Un examen aj^ofondi nous amena à adopter et à soutenir le système de l'élection par l'Assemblée nationale. » i

Effectivement, un amendement dans ce sens avait été déposé par M. Leblond, alors membre de l'Assemblée constituante. Cet amendement était ainsi conçu :

« Le président de la république est nommé par l'Assemblée nationale^ au scrutin secret et à la majorité absolue des suf&ages. p

Cet amendement eût été adopté si, à cette époque, il eût suffî d'être appuyé à outrance par le National^ mais déjà son appui était plus compromettant qu'utile.

Admettons que l'opinion du National eût prévalu, admettons que l'amendement Leblond eût été voté par la majorité de l'Assemblée souveraine, que fût-il arrivé?

C'est à M. Nogent Saint-Laurens, c'est à M. Oranier de Cassagnac que nous demandons la permission d'adresser cette question?

Ne fût-il pas arrivé que la France eût eu le président qu'elle ne voulait pas, le général Giivaignac, et n'eût pas eu le président qu'elle voulait, le prince Louis-Napoléon?

Dans ce cas, que fussent devenues et qu'eussent pesé les sympathies des 5,534,520 électeurs qui ont formé l'immense majorité compacte du 10 décembre 1848? Eussent-elles pu se

faire jour? ensseni-elles pu s'exprimer? N'enssent^Ues pas été fondées à se plaindre d'avoir été comprimées, d'avoir été violées?

Vous qni proclamez que la France s'est sauvée par le vote du 10 décembre 1848, soyez conséquents et reconnaissez donc que, par l'usage qu'elle a fait de la liberté, la France méritait que la liberté ne lui fût jamais enlevée par son élu !

Lorsque la pleine liberté de la presse, lorsque la pleine liberté d'association ont abouti à cet acte d'indépendance et de discernement, prétendre que la France n'est pas mûre pour la liberté, prétendre que Ut France en est moins digne que l'Angletere et l'Amérique, n'est-ce pas calomnier la France, n'estce pas l'outrager? N'est-ce pas manquer de mémoire? N'est-ce pas manquer de reconnaissance?

Pour mériter de jouir pleinement de la liberté, qu'est-ce que la France pouvait faire de plus? Qu'est-ce qu'elle pouvait faire de mieux? Nous vous le demandons.

Après un tel gage donné, comment se peut-il que vous doutiez encore d'elle, et que vous persistiez à vouloir la traiter en nation n'ayant pas encore acquis l'âge de raison, l'âge de liberté?

Sur quoi peut se fonder ce doute injurieux pour l'empereur et pour l'Empire?

Penseriez-vous donc que les sentiments qui animaient les électeurs en décembre 1848, en décembre 1851 et en novembre 1852 ne sont plus les mêmes? Penseriez-vous donc qu'ils se sont attiédis, qu'ils se sont refroidis? Si vous avez cette crainte, d'où vous vîenl^elle ; et, si vous ne l'avez pas, que redoutez-vous de la liberté?

Est-ce qu'elle ne serait pas la plus ferme consolidation de l'Empire?

Si la France avait la liberté qu'elle mérite d'avoir, et que, dans son orgueil national, elle souffre de ne pas posséder, estce que le seul sentiment qu'elle aurait ne serait pas la crainte de perdre tout ou partie de cette liberté par un changement de gouvernement?

Et comment un changement de gouvernement pourrait-il avoir lieu?

Malheureux prétendants ! malheureuse république ! Que vous resterait-il à promettre? que vous resterait-il à donner? Rien.

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