L'INSTRUCTION PRIMAIRE GRATUITE
mais de ce qn'O la paye ainsi, il ne l'en paye pas moins, et il a à solder en sns les frais de perception. C'est ainsi qu'on est dupe des mots*
En réalité, il n'est pas vrai que l'instruction primaire soit gratuite sous aucune forme. Cette expression est un mensonge.
Or le propre de tout mensonge est d'enfanter les complications, conmie le propre de la vérité est de tout simplifier.
La loi du 15 mars 1850, article 24, s'exprime ainsi :
« L'enseignement primaire est donné gratuitement à tous les enfants dont les familles sont hors d'état de le payer. »
L'article 45 :
K Le maire dresse chaque année^ de concert avec les ministres des différents cultes, la liste des enfants qui doivent être admis gratuitement dans les écoles publiques. Cette liste est approuvée par le conseil manicipal, et définitivement arrêtée par le préfet. »
Le préfet était ainsi l'arbitre en dernier ressort des admissions gratuites. Et, afin qu'il n'y eût point d'erreur possible sur les intentions restrictives que le préfet avait mission de servir, un décret réglementaire, rendu le 31 décembre 1853, disait :
« ÂitT. 13. A la fin de chaque année scolaire, le préfet, ou, par délégation, le sous-préfet, Oxe, sur la proposition des délégués cantonaux et l'avis de Tinspecteur primaire, le nombre maximum des enfants qui, en vertu des prescriptions de l'article 24 de la loi du 15 mars 1850, pourront être admis gratuitement dans chaque école publique, pendant le cours de Tannée suivante.
» La liste des élèves gratuits, dressée par le maire et les ministres des différents cultes et approuvée par le conseil municipal, conformément à Tarticle 45 de la loi du 15 mars 1850, ne doit pas dépasser le nombre ainsi fijxé.
» Lorsque cette liste est arrêtée par le préfet, il en est délivré par le maire un extrait, sous forme de billet d'admission, à chaque enfant qui y est porté.
» Aucun élève ne peut être reçu gratuitement dans une école communale, s'il ne justifie d'un billet d'admission délivré pai' le maire. »
Cette réglementation a été la source de difQoultés entre leet préfets et les conseils municipaux, toutes les fois que ces derniers ont voulu étendre le nombre des élèves gratuits au delà du chiffre fixé par Tautorité préfectorale.
Ce qu'avait réglé l'article 13 du décret du 31 décembre 1853, un nouveau décret inséré au Moniteur y décret signé de M. Duruy, vient de le changer en ces^termes :
a ART. !•'. L'article 13 du décret du 31 décembre 1853 est remplacé par la disposition suivante :
y> Lorsque la liste des élèves gratuits, dressée en exécution des articles 24 et 25 de la loi du 15 mars 1850 et de l'article 10 du décret du 7 octobre 1850, par le maire et les ministres des différents cultes, et approuvée par le conseil municipal, a été arrêtée par le préfet, il en est délivré par le maire un extrait, sous forme de billet d'admission, à chaque enfant qui y est porté.
» Aucun élève tie peut être reçu gratuitement dans Une école communale, s'il ne justifie d'un billet d'admission délivré par le maire. »
Quand donc cesserons-nous d'être régis par des décrets se contredisant les uns les autres, pour n'être plus régis que par les principes immuables?
Quand donc enfin n'existera-t-il plus d'autre souveraineté que celle de la logique, ayant l'évidence de la vérité pour sanction?
30 mars 1866.
Les Bourses de Paris, de Londres, de Yiénne, de Berlin^ de Francfort et d'Amsterdam deyraient être les champs de bataille de la civilisation, la paix et la liberté y luttant à outrance contre la guerre et la révolution.
Le grand FrédMc disait^ le doigt appuyé et l'œil fixé sur une f mappemonde : « Si j'avais l'honneur d'être le roi de France, il ne se tirerait pas en Europe un coup de canon sans ma permission. » Ce que disait le grand Frédéric au dixhuitième siècle, la Bourse, — et par ce mot nous entendons les BotRSBS UNIES, -^ la Bourse pourrait le dire avec plus de certitude encore; elle pourrait s'écrier : I ne se tirera plus en Europe un coup de canon sans ma permission ; et cette permission, je ne la donnerai jamais, parce que les capitaux du travail et de l'épargne appartiennent et doivent appartenir tous à la paix et à la production, et non à la guerre et à la destruction.
Précisons le langage que, dans cet ordre d'idées, la Bourse devrait tenir. Deux de ses clients, l'Autriche et l'Italie, s'adressant à elle, faisons sa réponse; la voici :
Autriche et Italie, vous avez besoin d'argent. Est-ce pour combler le gouffre intarissable des déficits annuels creusé piir l'excès de vos armées permanentes et les prodigalités de vos administrations fiscales? Vous ne l'aurez pas ! Un meilleur emploi le réclame et l'attend. — Est-ce pour terminer vos chemins de fer, vos routes et chemins de terre? Est-ce pour perfectionner, compléter, réparer, mieux entretenir vos chemins et vos routes? Est-ce pour rendre plus rapides et plus économiques vos moyens de transport et de circulation sous toutes les formes? Estr-ce pour racheter vos canaux, grevés de péages surannés? Est-ce pour améliorer et agrandir vos ports, les rendre moins étroits et plus sûrs? Est-ce pour assainir vos villes et vos quartiers insalubres? Est-ce pour asseoir sur sa base l'impôt tenu à grands frais en équilibre sur son sommet et menaçant sans cesse de tomber et d'écraser en tombant les imprudents et les aveugles qui auraient pu en conjurer la chute? Si c'est pour leur donner cet' emploi, quelles sommes vous faut-il? Les voici. L'accroissement de prospérité qui en sera la conséquence en sera l'amortissement. Ne vous occupez pas d'amortir autrement, ce serait de la puérilité ; occupezvous de bien dépenser : car bien dépenser, c'est s'enrichir; et mal épargner, c'est s'appauvrir.
Même langage à la Russie, même langage à l'Espagne^ même langage, enfin, à tous les États venant dire à la Bourse : — Prêtez-moi!
Il s'agit de tuer l'usure et de fonder le crédit.
L'usure prête de préférence à qui dépense mal; le crédit prête par exclusion à qui dépense bien.
Il s'agit de faire l'éducation des capitaux; il s'agit de les rendre intelligents.
Qu'ont fait jusqu'ici les détenteurs de l'épargne? Ils ont donné, selon la locution vulgaire, des verges pour se fouetter. Qu'ils cessent d'en donner ! Qu'ils cessent de commanditer la guerre et le despotisme î Qu'ils ne commanditent plus désormais que la paix et la liberté !
Grandes institutions de crédit qui vous nommez, en France, le Crédit mobilier, le Crédit foncier, le Comptoir d'escompte, le Crédit industriel et commercial, le Crédit agricole, la Société générale, etc., soyez émules et non rivales! Partagezvous les emprunts d'États et ne vous les disputez plus ! Ce ne
sera qu'à cette condition qae vous lenr imposerez la loi de votre temps, Tobligation d'en faire un bon emploi, c'est-à^ire un emploi qui affermisse la paix et qui la féconde, un emploi qui resserre le lien des nations et qui rétrécisse de plus en plus l'écart encore trop grand qui existe entre le luxe et la misère. Ce ne sera qu'en universalisant le bien-être qu'on diminuera le risque de révolution, qui grossit lorsque l'instruction populaire monte plus vite que l'épargne individuelle.
Grandes institutions de crédit que nous venons de nommer, et en tête desquelles il est convenable que nous placions la Banque de France, avez-vous fait toutes et chacune ce que vous deviez faire, tout ce que vous deviez faire, et rien que ce que vous deviez faire ?
Dans la Bourse, où se vendent, s'achètent, se cotent les titres de ces grandes institutions de crédit, le temps est venu de voir autre chose qu'un turf ou se concluent des paris et où se payent des différences, au plus grand profil du petit nombre des privilégiés qui composent la compagnie des agents de change.
Plus de privilégiés, sous aucun nom! Plus de privilèges, sans aucune exception I Que l'on puisse être agent de change, courtier, notaire, avoué, agréé, huissier, comme on est médecin^ avocat ou ingénieur, sans avoir de charge à acquérir ou à payer !
Aucune limitation de nombre.
Toute limitation de ce genre, qui se comprenait sous le régime de la limitation du nombre des électeurs par le cens ôlectoral, va en sens contraire du suffrage universel.
Finissons-en donc avec les contre-sens ! Finissons-en donc avec les inconséquences, toujours funestes ! Finissons-en avec les éternels lieux communs sur la hausse, la baisse et le dé* couvert !
Les fonds baissent... Laissez-les baisser sans découragement! Les fonds montent... Laissez-les monter sans ivresse ! Toute baisse, comme toute hausse, a sa réaction inévitable; sachez la calculer et ayez la patience de l'attendre ! Ce qu'on appelle le découvert n'est que le jeu : laissez le découvert s'agiter dans le vide d'achats et de ventes sans livraison effective de titres. Il faut qu'on ait le droit d'acheter à terme comme on a le droit d'acheter au comptant : la liberté le veut, et co
seraiit la. violer que d'interdire telles opérations de Bourse en même temps qu'on en permettrait d'autres. Si l'on veut éteindre les jeux de Bourse non reconnus par la loi (i), flétris par elle, c'est autrement qu'il faut s'y prendre. De la Bourse, temple de l'agiotage, il faut faire le temple du Crédit
•^ Mots sonores, mais vides I
-^ Non : mots vrais et pleins I
— Comment?
— En cherchant la stabilité oi!i on est sûr de la trouver : dans la paix et la liberté. Cette stabilité, expression d'une politique qui soit si limpide et si transparente que tout le monde puisse lire couramment au fond, cette stabilité aura bien vite opéré le classement des titres flottants. Ce cdassement effectué, l'aliment ne manquera pas au crédit. Cet aliment, ce seront les^ émissions nouvelles successives et presque conatantes, aussi longtemps qu'il y aura des ehenotos de fer à construire, des ports à creuser, des rues à percer» des quartiers à assainir, de nouvelles institutions financières à fonder, enfin de sérieuses et de fécondes entreprises à commanditer.
Une grande affaire divisée par actions demande son capital socifU à la ce-i^nce publique : elle émet ses titresi^ Queilest garanties présentent-Us? Q>wl avenir offre c^te affaire? Que valent les bommea qui Vcma^ ccoikçue ou adoptée? Que. valent
■^^♦w^ir*»**^"!^»*^"
(1^ « ARV. 121. Lm paris fai auront dté ftuAs siip la baiiftse «u var la baisse des effets publics swwat poiû» des peines povté^a par Favl. 4i9.
» AET^ 422. Seira iréputé pari de ce geur^ toute coaveotioa de vendre ou de livrer des effets publics qui ne seront pas prouvés^ par le veudeur, avoir existé à sa disposition an temps de la convention, ou avoir dtt s'y trouves au momeiU de la livraison.»
Les peines portées par l'article 419 du Gode pénal sont cellesnà : Ei«H prisonnement d'un mois au: moins^ d'un an au plus; amende die 500 Ccaacs à 10^000 francs.
Législation et jurisprudence sont (l'accord et également fbrmeHes; or, djB deux choses l'uaa : ou U faut eseiTy si te erâdit ée VÈ^ lltsige, refermer la. législation et lia juriapsodeuee ;, ou il- faui n'en pas souffrir im^miément la violation sQaod.aleuse dans un édifice public placé sou0 J« surveillance du ministre des finances , par une compagnie privilégiée dont les membres sont nommés par-I-'empereur. Où veutncm que le peupfe apprenne le respeet des lois, si le g«ave>neaieii!fe eu toidm^ en. «Htmâëer en eneonrage a^nsi. biirmènie l'aadaoieuci mAj^imH-
ceux qui la patronnent? Que valent ceux qui la dirigeront? Voici rimprévul Voici Ta/wi/ Voici Je jeu, le véritable jeu, celui qui n'a pas pour tapis vert le hasard, mais la prévoyance ; celui qui, s'adressant à la raison de l'homme, la développe, Texerce et la fortifie.
Créez de grandes affaires, étudiez*les bien, faites^les bonnes, et ne craignez pas que la Bourse soit désertée et que les transactions la quittent, surtout si vous la débarrassez de toute réglementation surannée, et que le marché soit libre !
Ce qui a manqué, ce qui manque encore à la Bourse, c'est la conscience d'elle-même, c'est la conscience de ce qu'elle peut, c'est la conscience de ce qu'elle doit faire. Elle est le plus grand des souverains, car elle est le Capital disponible. Elle devrait régner : elle obéit. Elle devrait faire la loi : elle la subit.
Les temps où la force des peuples était tout s'éloignent; les temps où la ricbesse des nations prendra la place de la force destituée approchent.
Dans les premiers jours de juillet 1830, M. de Salvandy prononçait ces mots devenus eâèbres : a La France danse sur un volcan. )> En mars 1866, nous ne craignons pas de dire : « L'Europe s'élance sur le bord d'un gouffre. » Ce gouffre, c'est le déficit.
D^Ticrr est un mot qui a deux acceptions : une petite et une grande. Expliquons-nous :
AppKqué à un budget dont les dépenses, à Texpiration de l'exercice, Tontemporté sur les recettes, le motdéfieit apeu d'importance : c'est là ce que nous appelons sa petite acception.
Appliqué à une nation à laquelle son gouvernement demande plus qu'elle ne peut donner sans s'énerver, sans se démoraliser et s'appauvrir, le mot déficit acquiert alors une extrême gravité : c'est là ce que nous appelons sa grande acception.
Telle nation peut être en déficit avec un budget en équilibre, et telle autre nation peut être en équilibre avec un budget en déficit.
0 ts««
Par le fait, rien de plus facile que d'établir un budget qui soit toujours en équilibre et qui même se solde par un excédant de recettes sur les dépenses. Il n*y a qu'à grossir le rendement de l'impôt, soit en créant des taxes nouvelles, soit en aggravant encore les anciennes.
Exemple : Si la France, avec 2 milliards de dépenses annuelles, tenait à se présenter à l'Europe avec un excédant de recettes de 500 millions, rien ne serait plus simple. Il lui suf* firait d'élever jusqu'au chiffre de 2 milliards 500 millions le montant des sommes qu'elle demande sous toutes les formes à ses contribuables. Mais qu'est-ce que cela prouverait? Cela prouverait-il que les contribuables peuvent payer annuelle* ment 2 milliards 500 millions sans s'exténuer, comme au temps de Louis XIV, et sans donner une nouvelle représentation du hideux et lamentable spectacle dont la vue a inspiré à Vauban et à Fénelon des pages immortelles?
Qu'il soit donc bien entendu que le mot déficit est employé ici dans son acception la plus large. Que l'on sache bien que si nous attachons à l'assiette des impôts la plus grande importance, nous n'en attachons aucune au prétendu équilibre des budgets.
Et, en passant, nous définissons ainsi l'impôt :
La portion prélevée sur l'excédant du revenu de chacun pour la plus grande sécurité^ la plus grande moralité et le plus grand bien-être de tous.
Si ce rôle était exclusivement celui de l'impôt, si l'impôt n'était pas détourné de sa source pour payer des dépenses faites en sens contraire de la marche des générations nouvelles, l'attitude de l'Europe ne serait pas celle d'un continent qui fléchit sous le poids d'un fardeau plus lourd que celui qu'il peut porter.
Le discours impérial du 5 novembre 1864 demeure dans toute sa force et dans toute sa vérité.
S'adressant à tous les souverains de l'Europe, l'empereur des Français leur disait :
« Les ressources les plus précieuses dolyent - elles iad^niment s'é^ puiser dans une vaine ostentation de nos forces?
9 Gons^yerons-Dous éteraellement un état qui n'est ni la paix avec sa sécurité^ ni la guerre avec ses chances heureuses?
» Ayons le courage de substituer à un état mat^adif et PRÉCAïas une situation stable et régulière^ dût-^lle coûter des sacdfîces.
» Deux voies sont ouvertes : Tune conduit au progrès par la conciliation et la paix ; l'autre, tôt ou tard, mène FATALEMENT à la guerre par Tobstînation à maintenir un passé qui s'écroule. »
Par cet état maladif et précaire de TËurope, aboutissant à un dénoûment fatal, s'explique naturellement pourquoi la Bourse languit et pourquoi Tesprit des affaires manque d'6* lan. Il ne faut pas qu'on s'abuse I Les affaires ne reprendront d'essor que si l'on voit cesser cet état maladif et précaire de l'Europe.
Le danger qui menace Tavenir, ce n'est pas une guerre générale, c'est une révolution sociale. Chacun de nous a le pressentiment qu'il suffirait, pour qu'elle éclatât, d'une crise industrielle intense et prolongée. Le canon est tout-puissant contre une émeute populaire, mais il ne peut rien contre une crise commerciale traînant à sa suite le chômage et la faim. C'est donc cette révolution sociale qu'il faut conjurer à tout prix.
— Comment?
— En reprenant avec fermeté, en reprenant avec insistance et persistance le programme prophétique du 5 novembre 1864. Si l'on ne le fait pas, si l'on ne se hâte pas de le faire, qu'arrivera-t>-il? — Il arrivera que l'Autriche, obérée, continuera de venir drainer sur le marché français l'argent dont la France cependant n'a pas plus qu'il ne lui en faudrait pour nouer toutes les mailles, grandes et petites, de son réseau de voies ferrées; unir étroitement dans le même faisceau ses routes départementales, ses chemins de grande et de petite communication, tous également d'intérêt commun; compléter et dégrever ses canaux ; élargir et creuser ses ports, assainir ses villes; porter enfin partout le mouvement, la circulation, le travail, l'aisance, la civilisation, la vie. — Il arrivera que l'Italie, à bout d'impôts et d'expédients, continuera de venir faire à la Bourse de Paris une concurrence désastreuse au 3 pour lOO français, en offrant du 5 pour 100 italien à 60 francs, lorsque le 3 pour 100 français vaut 70 francs et que le 3 pour iOO anglais se cote à 87 francs. •— 11 arrivera que la Turquie,
renchérissant encore teur Tltalie, continuera d'écraser notre 3 pour 100 en inscrivant sur notre propre cote son 5 pour 100 turc au cours de 39 francs, — Il arrivera que l'Espagne, dont nous avons amorcé à nos dépens les chemins de fer, ne pourra pas les compléter, faute de concessionnaires qui s'en chargent à des conditions ruineuses, et que les actions de Saragosse, tombées de 500 francs à 237 francs; celles du Nord de l'Espagne, tombées de 500 francs à 170 francs; celles du SéviUe- Xérès-Cadix, tombées de 500 francs à 45 francs, continueront de peser lourdement sur notre place et d'irriter les souscripteurs malheureux de ces valeurs avilies contre ceux qui les ont émises, et sur la foi desquels ces actions ont été souscrites. Actions lointaines et expéditions lointaines se valent. Il arrivera qu'après avoir détruit en France l'impôt sur le hasard, qui existait sous le nom de la Loterie, nous continue* rons de nous laisser aller à l'entraînement de le rétablir sous le nom d'Obligations mexicaines. Ce vicieux état de choses n'est pas le désordre dans la rue, non, ce n'est pas le désordre matériel; mais c'est le désordre à la Bourse, c'est le désordre financier. Ce désordre est grave, il appelle l'attention la plus profonde du gouvernement. Croit-on, peut-on croire qu'il soit sans inconvénients et sans périls d'inscrire à Paris, sur la même cote, au-dessous du 3 pour 400 français à 70 francs, le 5 pour lOO italien à 60 francs et le 5 pour 100 turc à 39 francs? Lorsque l'épargne, en prêtant à un État, peut tirer ainsi 15 pour 100 de ses fonds, à quel taux voulez^vous qu'elle les prête à votre industrie et à votre comimerce, alors que l'intérêt conventionnel est limité en France, sous peine d'usure, à 5 et à 6 pour 100 par la loi du 3 septembre 1807, et que l'usure est punie d'une amende qui peut s'élever à la moitié des capitaux ainsi prêtés, et d'un emprisonnement de six jours à six mois, peines qui, en cas de récidive, peuvent être élevées jusqu'au double ? N'y a-t-il pas là incontestablement la cause profonde d'une profonde perturbation?
Si Ton devait persister dans de tels errements, ce qu'auraient de mieux à faire les grands établissements fi'ançais qui se nonmient le Crédit mobilier, le Crédit foncier, le Comptoir d'escompte, le Crédit industriel et commercial, le Crédit agricole, la Société générale, etc., ne serait-ce pas de fermer leurs bureaux et de les louer le plus tôt possible au gouvernement
aatriclûen, au gouvernement italien, au gouvernement mexi« cain et au gouvernement turc?
Le crédit européen est sur une pente fatale; il court à sa ruine, il court à sa perte. Il faut se hâter de l'arrêter, sous peine de crise sociale.
D ne faut pas que les États qui font des dépenses sans proportion avec leurs ressources continuent plus longtemps, par leurs emprunts sans mesure et sans frein contractés en France, de tarir les sources auxquelles puisaient et avaient besoin de puiser notre agriculture, notre industrie, notre commerce et tous nos grands travaux d'utilité publique et de nécessité sociale. Si le crédit européen était constitué tel qu'U pourrait, tel qu*il devrait l'être, le taux du prêt se nivellerait pour tous les gouvernements admis à l'emprunt, cet escompte de l'avenir, sous la réserve expresse que le prêt ne serait pas détourné de l'emploi qui aurait été débattu et stipulé. 11 lî'y a aucune raison solide pour que le 3 pour iOO français vaille à la cote ÎS pour iOO de moins que le 3 pour iOO anglais. Cet écart entre le 3 pour 400 anglais et le 3 pour IOO français ne tarderait pas à être entièrement comUé, s'fl y avait en France un ministre des finances qui fît ce qu'il serait si facile de faire. Stabilité et Progrès sont inséparables. Aussi bien en matière de crédit qu'en matière de gouvernement, l'inmaobilité n'est plus possible : il faut reculer ou avancer. Les deux pôles sur lesqu^ tourne le monde sont la barbarie et la civilisation. Avec l'instmetion primaire, qui s'étend et qui monte, est-il admissible que l'Europe puisse retournera la barbarie et tomber en enfance? Si cela n'est pas admissible, que l'Europe avance donc résolument !
Gomme elle opère en France, la Bourse est au crédit ce que la work-kouse en Angleterre est au travail : c'est l'agitation dans le vide, c'est le tread-mill : c'est de la fatigue amassée et de la force perdue. Au bout du mois, quand vient le jour de la liquidation et du payement des différences soldant des centaines de millions de rentes ou d'aetions achetées ou vendues sans livraisons de titres, qu'est-ce que la France et son crédit y o»t gagné?
Étonnez-vous donc ensuite que la Bourse soit stationnaire et languisse dans le marasme, triste marasme qui condamne les journaux spéciaux et les jouruaux politiques à faire, ceux-
44 tsee
là le samedi et ceux-ci le dimanche, tous le même article ayant cette même conclusion : (( A moins qu'ils ne baissent, les fonds monteront; — à moins qu'ils ne montent, les fonds baisseront. »
En 1851, le 3 pour 100 français était descendu jusqu'au cours de 54 francs 50 centimes; en 1852, ce même fonds s'était élevé jusqu'au cours de 86 francs : différence entre ces deu3^ cours, 31 francs 50 centimes. Toutes les autres valeurs n'avaient pas tardé à prendre le même élan, à suivre la même progression, à marquer le même écart.
De 1851 à 1852, que s'était-il donc fait pour motiver ce passage si rapide de la baisse la plus triste à la hausse la plus radieuse, et comment expliquer qu'après avoir touché en lSo2 le cours de 86 francs, le même, toujours ce même 3 pour 100 français, soit retombé au-dessous de 70 francs en 1866, après quatorze années de règne, après quatorze années de la tranquillité la plus absolue sans aucune interruption?
Répondons, en faisant appel à notre mémoire, à la question qui nous est adressée.
En 1852, presque immédiatement après le coup d'État du 2 décembre 1851, la durée des concessions accordées à toutes les grandes Compagnies de chemins de fer est considérablement augmentée. Il suffit de cette mesure si simple pour imprimer aux actions de ces Compagnies un essor dont la vigueur ne tarde pas à entraîner avec elle le 5 pour 100 et le 3 pour 100 français.
De 390 francs, le chemin de fer de Saint-Germain s'élève à 1,620 francs;
De 805 francs, le chemin de fer d'Orléans s'élève à 1,800 francs ;
De 552 francs 50 centimes, le chemin de fer de Paris à Rouen s'élève à 1,070 francs ;
De 200 francs, le chemin de fer de Rouen au Havre s'élève à 590 francs;
De 183 francs 75 centimes, 1© chemin de fer d'Avignon à Marseille d'élève à 625 francs ;
De 385 francs, le chemin de fer du Centre (Orléans-Vierzon) s'élève à 621 francs 25 centimes ;
De 365 francs, le chemin de fer d*Orléans-Bordeaux s'élève à 683 francs 75 centimes ;
De 447 francs 50 centimes, le chemin de fer du Nord s'élève à 975 francs ;
De 345 francs, le chemin de fer de l'Est (Paris-Strasbourg) s'élève à 955 francs;
Non cotés en i851 , le chemin de fer de Paris à Lyon s'élève, en 1852, de 558 francs 75 centimes à i,040 francs, et le chemin de Lyon à la Méditerranée, de 560 francs à 865 francs.
Par cette hausse prodigieuse, d'immenses fortunes se font miraculeusement. Le flot de la Bourse, le torrent financier emporte avec lui les défiances publiques et les rancunes personnelles suscitées par le coup d'État. Chose singulière ! ce sont ceux qui n'ont rien ou presque rien qui, en 1852, jouent à la hausse. Ce sont les riches, les plus riches, qui livrent leurs titres et se mettent à la baisse. Ils ne croient pas, ils ne peuvent croire à la durée de la hausse. Pendant plusieurs mois, ils s'affermissent dans cette conviction par ces paroles qu'ils ne cessent de répéter : « C'est une hausse fébrile et qui n'a pas de fondement solide... Les valeurs sont en de mauvaises mains. »
A l'origine, l'observation était vraie; mais peu de temps après elle avait cessé d'être juste : les mauvaises mains étaient devenues bonnes; la multitude qui affluait à la Bourse, la démocratie de la finance s'était enrichie; c'était elle qui régnait, c'était elle qui faisait la loi, et c'était la haute banque, c'était l'aristocratie de la finance qui la subissait*
Tels étaient en 1852 l'entrain, l'essor et la confiance, que, dans l'année oïl ils venaient de naître, le Crédit mobilier s'élevait de 500 francs, son pair d'émission, à 1,785 francs, et le Crédit foncier de 500 francs, également soft pair d'émission, à 1,275 francs. Cette dernière institution prétait à 5 pour 100, amortissement compris. Plus le cours des valeurs tendait à monter et plus le taux d'intérêt de l'argent tendait à baisser. Le crédit venait de naître.
Le crédit allait faire des merveilles, il n'y avait qu'à le laisser planer; mais on n'eût pas de cesse qu'on ne lui eût rogné les ailes, de peur sans doute qu'il ne s'élevât trop haut.
46 àséé
Si haut que le crédit se fût élevé, où donc eût été le danger?
Ah ! si la France, sans dévier, eût persisté dans la voie qui s'était ouverte devant elle en 1852, à quel degré de prospérité n'eussions-nous pas atteint! Quelles réformes fiscales, réformes impérieusement nécessaires, n'eussions-nous pas pu entreprendre et accomplir ! Que de questions dangereusement ajournées seraient devenues de fécondes solutions !
Étrange puissance de l'habitude ! lés périls et les désastres de la guerre n'effrayent pas la France; mais à peine la spéculation va-t-elle effleurer l'excès, qu'aussitôt la France prend peur et recule épouvantée devant le fantôme.
C'est, en effet, ce qui est arrivé.
Ainsi, le 9 mars I8665 une note insérée au Moniteuf an* nonce solennellement que le gouvernement n'autorisera plus de nouvelles affaires : de là les Chemins de fer autrichiens ; de là les Chemins de fer russes, eto«, etc.
Dans la même année, loi contre les Sociétés en commandite.
En 1857, droit mis à l'entrée de la Bourse et impôt mis sur les valeurs mobilières.
En 1858, nouveau décret qui frappe encore les valeurs mobilières.
En 1859, destruction du marché libre nommé la cou^ lisse, etc., etc.
Aujourd'hui, en 1866, au prix des abus redoutés de 1852 à 1856, abus plus imaginaires que réelfi, nous voudrions bien pouvoir renouer la chaîne de prospérité que nous avons si inconsidérenunent rompue de nos propres mains^ mais toui nos efforts sont vains.
Une belle occasion de renouer cette chaîne s'est présentée en 1862; mais on l'a laissée échapper* En 1862, qu'a-t-on fait? On a juste fait le contraire de ce qui avait si pleinement réussi en 1852.
Tandis qu'en 1852, par l'augmentation toute gracieuse dé la durée des concessions dé chemins de fer, on avait enrichi les actionnaires, en 4862, par l'unification de larente^ona appauvri les rentiers.
Oui, il fallait unifier la rente; oui, il fallait rayer de notre cote le 4 1 /2 pour 100, afin de n'y plus laisser subsister que le 3 pour 100; mais il fallait que cette conversion fût bienfai-' santé; il fallait que, loin d'imposer des sacrifices aux rentiers
U BOtmSË 47
eonvertiSf elle leur profitât, et elle leur eût certainement profité si, à tout titulaire de 4 francs 50 centimes de rente 4 l/S pour i 00, le Trésor eût donné 4 francs 50 centimes de rente 3 pour iOO, sans aucune soulte.
En 1862, ce qui importait, ce n'était pas de faire un bénéfice de 100 millions sur les rentiers; c'était de rendre à la prospérité son essor, c'était de rendre au crédit son élasticité et sa puissance.
C'est ce qui aurait infailliblement eu lieu si 1862 fût resté fidèle aux traditions de 1852, traditions consacrées par l'immensité du succès.
La conversion de 1862 a été un coup funeste dont la Bourse de Paris se ressent encore et se ressentira longtemps.
Elle languit... elle croupit... C'était un fleuve, ce n'est plus qu'un marais. Comment ne croupirait-elle pas? U n'y a plus d'affaires nouvelles qui impriment à son cours aucune rapidité. Et quelles affaires nouvelles seraient possibles, quand pour tirer de 12 à 15 pour 100 de son argent, il suffit de le prêter à la Turquie, à la Tunisie? Quelles affaires nouvelles pourraient lutter d'attrait contre l'attirait de toutes ces loteries d'État, à peine déguisées sous le nom d'emprunt? N'est-ce pas l'anéantissement du crédit que tous ces emprunts contractés à des taux exorbitants? Et encore quel usage est-il fait de ces emprunts?
Si l'on s'imagine que ce sera avec des emprunts contractés par l'étranger, que ce sera avec des emprunts contractés par l'Autriche, l'Egypte, l'Italie, le Mexique, la Tunisie, la Turquie, que la Bourse de Paris redeviendra le grand marché qu'elle fut de 1852 à 1856, on se trompe étrangement.
Ces emprunts funestes condamnent à l'impuissance et presque à l'inutilité nos grands établissements financiers, inaugurés par le Crédit mobilier. Que peuvent-ils concevoir, que peuvent-ils entreprendre pour lutter contre du 5 pour 100 tore à 38 francs, produisant 14 pour 100?
Encore, si ces emprunts ne faisaient que condanmer à l'impuissance et à l'inutilité nos grands établissements finan-^ ciersl mais ils les détouJment de leur voie, ils les font dérailler*
Que d'autres que nous disent : « L'argent est abondant 1)^ nous dirons, nous, qu'il est défiant, nous dirons qu'il est ex*
48 tsee
pectant, nous dirons qu'il est désœuvré, neus dirons qu'il fait grève.
Qu'attend-il?
Nous l'ignorons; mais ce que nous savons, c'est ce que nous voyons.
Or ce que nous voyons, c'est le marasme financier.
Quoi qu'en pensent et quoi qu'en puissent dire les fabricants et les colporteurs de nouvelles politiques, ce marasme persistera aussi longtemps que persistera la paix armée, qui n'est et ne saurait être que la guerre expectante, laquelle n'est elle-même que le drainage de l'épargne féconde sous la forme d'emprunts stériles employés à entretenir des armées qui ne conquièrent rien, à rayer des canons que d'autres canons encore plus parfaits ne tardent pas à faire réformer, enfin, à cuirasser des vaisseaux se rouillant et pourrissant dans leur immobilité et dans leur inutilité.
Qu'on ne se méprenne pas sur notre pensée ! Lorsque nous déplorons le marasme financier auquel la Bourse est en proie, est-ce à dire que nous attachons de l'importance aux parts qui se traduisent à chaque liquidation par le payement des différences, moins les courtages prélevés par MM. les privilégiés qui prennent le nom d'agents de change, et qui donnent "be singulier spectacle de fonctions publiques émanant du gouvernement et mises en société? Non. Jamais nous n'avons confondu, jamais nous ne confondrons le jeu, qui est une force perdue, avec le crédit, qui est une force utilisée
Qu'importe à une nation que les actions de la Société de Crédit mobilier, par exemple, montent à 1,800 francs pour descendre à 600 francs, remonter à 1,400 francs et redescendre à 475 francs?
Qu'importe à une nation que toute autre valeur monte ou baisse du jour au lendemain dans des proportions insensées?
Est-ce que ces hausses ou ces baisses ne sont pas toujours le résultat des manœuvres les moins avouables?
Est-ce que ces hausses ou ces baisses n'ont pas toujours pour levier les espérances exagérées qu'on entretient adroite* ment, ou les craintes non moins exagérées qu'on propage perfidement?
Est -ce qu'elles peuvent enrichir les uns sans ruiner les autres?
Que produisent, que peuvent produire les capitaux qui flottent, parce que les joueurs les" destinent au payement des différences que peut-être ils perdront?
Que produisent, que peuvent produire les 60 millions annuellement payés aux agents de change pour prix non d'un service rendu, mais d'une intervention funeste?
Que produisent, que peuvent produire les centaines de millions remués chaque mois par des acheteurs qui ne veulent pas acheter ou des vendeurs qui ne veulent pas vendre?
Quoi! il serait nuisible, il serait dangereux de laisser quelques désœuvrés gagner ou perdre des centaines de francs autour d'un tapis vert dans une maison de jeu, et il serait utile, il serait nécessaire de laisser des masses d'hommes exposer chaque jour des enjeux qui se chiffrent par des millions, sur l'immense tapis vert du parallélogramme qui touche par une extrémité à la rue Yivienne et par l'autre à la rue Notre- Dame-des- Victoires !
Est-ce que ces millions, qui passent simplement d'une main dans l'autre sans laisser d'autre trace que la misère ou le déshonneur pour les uns, et pour les autres une richesse mal acquise, ont servi à quoi que ce soit?
Si les joueurs concourent au bien-être général lorsqu'ils tiennent en main des cartes qu'on appelle des Orléans, des Lyon, des Mobilier, etc., etc., pourquoi ne concourraient-ils pas au bien-être général lorsqu'ils tiennent en main des cartes qu'on appelle des rois de trèfle, des dames de cœur ou des valets de pique?
Qu'on ne l'oublie pas I toute hausse ou toute baisse d'une valeur, qui n'est pas le résultat d'une augmentation ou d'une diminution dans le revenu de cette valeur, ou d'une augmentation ou d'une diminution dans le taux général de l'intérêt, est une hausse ou une baisse factice. Elle ne dure pas, elle r e dure qu'un instant. Déterminée par des achats qui rapidement
doivent être suivis de ventes, ou par des ventes qui rapidement doivent être suivies d'achats, le mouvement inverse à celui qui a été produit ne se fait jamais attendre. L^osoillatîon est d'autant plus grande que l'impulsion première a été plus énergique. Hausse excessive et baisse excessive sont les deux extrêmes inévitables qui résultent des jeux de Bourse.
Que Ton ne confonde pas la spéculation et le jeu?
La récolte est mauvaise. Acheter du blé à Odessa, l'amener en France, le débarquer à Marseille, le diiiger sur Lyon ou sur Paris, approvisionner le marché, enrayer la hausse, rassurer le consommateur : c'est la spéculation.
Acheter des Orléans qu'on ne peut pas lever, ô'u vendre des Lyon qu'on ne peut pas livrer, les acheter ou les vendre dans l'unique but de liquider Topération commencée, l'acheteur par une vente, le vendeur par un achat, et de récolter. ou de payer une différence^ sans qu'il y ait eu autre chose entre l'acheteur et le vendeur qu'un pari, qui aurait tout aussi bien pu être fait sur la pluie ou le beau temps, c'est le jeu.
Qu'a produit, qu'a pu produire une pareille opération fictive, absolument fictive? Est-ce qu'elle a changé les faits? Est-ce qu'eJle a exercé une action quelconque sur la réalité ? Est-ce que le marché des Orléans se trouve déchargé du moindre poids par un achat qui n'enlève aucun titre? Est-ce que le marché des Lyon se trouve mieux approvisionné par une vente qui ne déplace pas une seule action ? Qu'a-t-on fait momentanément, accidentellement en achetant des titres qu'on ne voulait pas acheter, ou en vendant des titres qu'on ne voulait pas vendre? On a faussé, pour un temps plus ou moins long, les cours des valeurs qu'il importait aux acheteurs et aux vendeurs sérieux de ne pas voir fausser.
Paut-il empêcher le jeu?
C'était la question que Mirabeau se posait en ces termes î
« Faut-il poursuivre tout agiotage et sévir contre les conventions libres? Non; pas même quand ces conventions sont nuisibles aux contractants, et leur liberté est plus importante encore que les richesses ; mais il faut appeler les lumières^ les livres, la liberté de la presse, seul remède infaillible de ces funestes maux. Il ne faut pas de punition lé-
La bourse 51
gale contre ceux quj s'abandonneront à la funeste passion du jeu : Il faut seulement conduire l'opinion publique à décerner contre eux la punition qui n'est jamalé bravée, celle du mépris univértfeL *
Nous sommes de Tavis de Mirabeau. Partisan de la liberté,
nous disons :
Que les joueurs soient libres de jouer!
Que le marché soit libre, pleinement libre, sans dîstînctîoit arbitraire entre ce qu'on appelle le marché au comptant et ce qu'on nomme le marché à terme !
Que chacun puisse acheter à terme ce qu'il voudra acheter à terme, et vendre au comptant ce qu'il voudra vendre au comptant !
Que les agents de change, ainsi que tous les intermédiaires officiels et privilégiés, disparaissent, s'ils ne sont pas les plus capables et les plus actifs !
Que les sociétés de capitaux puissent librement se former, sans autre obligation que la publication de leui s statuts !
Que toutes les entraves qui empêchent les intérêts opposés de se manifester et d'entrer en lutte soient supprimées !
Qu'il n'y ait pas de ces Compagnies anonymes, sans respon sabilité, ni personnelle ni réelle, abusant du contrôle apparent du gouvernement pour élever l'impunité à la plus haute puissance !
Que tous les journaux, spéciaux ou non, soient délivrés des charges qui les empêchent de prendre leur essor et de se multiplier assez pour qu'il devienne impossible à l'agiotage de s'en faire des instruments à la fois dociles et trompeurs !
La prospérité pour un'peuple ne découle jamais du jeu ; elle découle toujours du travail.
Résumons-nous.
La Bourse doit être à la fois un marché des valeurs mobilières et un hôtel des monnaies :
Un marché au comptant et à terme de toutes les valeurs mobilières créées, offertes ou demandées;
Un hôtel des valeurs mobilières à émettre à l'instar de ce qu'on nomme l'hôtel des monnaies.
Que serait un hôtel des monnaies ou l'on ne porterait plus
52 tsee
ni lingots d'or ni lingots d'argent à monnayer? Quel triste spectacle ne présenterait-il pas aux regards?
Eh bien ! ce spectacle est celui que présente la Bourse de Paris, sans affaires nouvelles qui rendent au crédit l'essor qu'il a perdu, ainsi que l'attestent les 500 millions qui moisissent dans les caves de la Banque de France, malgré la réduction de son escompte à 3 i/2 pour 100. La Banque de France le réduirait à i pour 100 qu'elle ne ranimerait pas la Bourse de Paris.