‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 28 sur 205 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

« Dieu seul peut savoir si la crise actuelle que traverse TAllemagne sera tranchée par la guerre ou trouvera sa solution dans des moyens pacifiques. »

p. LiHAYRAC. ConsHttUionnel, 31 mars.

!•» avril 1866.

S'il y a une liberté dont abusent impunément les hommes qui sont ou qui passent pour les plus pieux, assurément c'est de celle qui fait intervenir dans tous les différends politiques ce nom : dieu!

Nous avons encore présentes à la mémoire les prières que, en 1859, l'archevêque de Paris adressait à Dieu et ordonnait pour le triomphe des armes françaises, ce qui était souhaiter que les Autrichiens fussent massacrés ; et les mêmes prières que, dans cette même année 1859, l'archevêque de Vienne adressait également à Dieu et ordonnait aussi pour le triomphe des armes autrichiennes, ce qui était souhaiter que les Français fassent exterminés.

De la victoire remportée par les Français sur les Autrichiens, victoire qui a fini par coûter au pape la plus grande partie de ses États, doit-on conclure que le Dieu invoqué en ces deux sens contraires s'est prononcé en faveur de la cause que soutenaient les Français, cette cause étant l'unité de l'Italie et tout au moins l'ébranlement du pouvoir pontifical?

Disons-le I nous ne connaissons pas de sacrilège plus grand que celui qui fait intervenir sans cesse, à tout bout de champ,

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à tout bout d'article, à tout bout de discours, à tort et à travers, la u Providence divine » dans les choses humaines.

Ce sacrilège blesse la raison autant que la foi.

Impossible logiquement d'admettre l'ingérence d'un Dieu tout-puissant dans les affaires des peuples et des hommes sans détruire le libre arbitre, sans nier la prévoyance humaine et sans proclamer l'ordre parfait !

Cet ordre parfait existe-t-il?

Si cet ordre parfait n'existe pas, son absence est la preuve que la responsabilité de tous les excès qui se commettent sur le globe appartient tout entière aux hommes et doit retomber exclusivement sur eux.

Soutenir le contraire est inconséquence et impiété.

Si la guerre, qui paraît inévitable et imminente, éclate entre l'Autriche et la Prusse, n'en déplaise à M. Pauhn Limayrac et au Constitutionnel^ non ce ne sera pas à Dieu qu'il sera juste de s'en prendre ; ce sera à la convoitise du roi Guillaume, entraîné, fasciné,. aveuglé par son premier ministre le comte de Bismark-Schœnhausen, celui-ci n'ayant qu'une pensée : être le Cavour de la Prusse !

Oui, c'est là le rêve qui toutes les nuits assiège le sommeil du président du conseil, ministre des affaires étrangères à Berlin . Il a devant les yeux la Prusse s'agrandissant comme s'est agrandie l'Italie ! Il a devant les yeux la Prusse cessant de s'appeler la Prusse et s'appelant l'Allemagne, comme bientôt les États-Unis se nommeront l'Amérique! (^e qu'il imagine, ce qu'il brûle de réaliser, c'est la prussification de l'Allemagne, c'est son unification I Le Piémont est l'aiguillon qui lui fait saigner le flanc et écumer la bouche. Il sait que l'unification de l'Italie a coûté au Piémont Nice et la Savoie : cela ne l'arrête pas, S'il le faut pour que l'unification de l'Allemagne s'accomplisse, la Prusse se résignera au même sacrifice, sans plus d'égards aux protestations qui pourront s'élever; ce sacrifice dût-il comprendre la rive gauche du Rhin tout entière I Le jour oii la France a annexé à ses quatre-vingt-six départements trois départements nouveaux, le département des Alpes-Maritimes, le département de la Savoie et le département de la Haute-Savoie, ce jour-là, la France a ouvert une parenthèse qui ne sera fermée que le jour où elle aura acquis la ûroAtièr^ du Rhin, C'est ce qu'il n'était pa» besoin d'être un

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