DIEU
homme de génie pour comprendre, et c'est ce que M. de Bismark a compris. Aussi ne se borne-Ml pas à faire entrer dans ses comptes la neutralité sympathique de la France; il ne doute pas que le flot des événements, aussitôt qu'aura été rompue la digue qui les retient encore, ne jette logiquement et forcément la France du côté de la Prusse et de l'Italie, unies contre TAutriche.
Mais c'est précisément parce que le jeu que joue M. le comte de Bismark est trop clair, que vraisemblablement il ne réussira pas dans ses desseins, empruntés à la politique du comte de Gavour.
L'Autriche, qui connaît les desseins de M. de Bismark; l'Autriche, qui sait par expérience ce que lui a coûté la guerre de i859; l'Autriche, qui prévoit ce que lui coûterait, si elle éclatait, la guerre de 1866, l'Autriche ne fournira à la Prusse, aucun prétexte d'agression.
La Prusse passera-t-elle outre?
Raisonnablement, cela n'est pas présumable : car si la Prusse attaquait ainsi l'Autriche, celle-ci aurait avec elle, à côté d'elle, derrière elle, la plus grande partie des États qui composent la Confédération germanique. L'Autriche les aurait d'autant plus certainement qu'elle serait plus probablement menacée de perdre la Vénétie et le fameux Quadrilatère, dont la conservation, confiée à l'armée autrichienne, est con* sidérée par la Diète et par le baron Von der Pfordten comme absolument nécessaire à la sûreté du Tyrol et à la sécurité de l'Allemagne.
Telles sont nos raisons pour refuser de croire à une guerre qui ne tarderait pas à cesser d'être locale et à devenir générale. Ces raisons, elles ne sont empruntées ni à Dieu, ni à la Providence divine; elles sont tout simplement tirées de la logique et de la prévoyance humaine.
L'avenir, un avenir prochain, nous montrera si elles étaient fondées; mais si nos prévisions étaient trompées, il faudrait en accuser notre défaut de sagacité : il ne faudrait pas en accuser Dieu.
3 avril 1866.
— Ainsi vous persistez à ne pas croire à la guerre ?
— Oui.
— Moi, j'y crois plus que jamais. '
— Où puisez-vous cette conviction?
— Dans tout ce que je recueille, dans tout ce que je vois, dans toutce j'entends, dans tout ce que jelis. Comment n'y croirais-je pas, lorsque je sais que le prince Napoléon n'est paiii pour Florence qu'après avoir vu l'empereur très-longuisment et très-souvent? Lorsque je sais, à n'en plus douter, que le traité d'alliance entre l'Italie et la Prusse est signé? Lorsque je sais de quels Sentiments est animé notre ancien ministre à Turin, actuellement ambassadeur à Berlin, M. Benedetti? Lorsque je sais que le gouvernement prussien a décidé la mobilisation de ses troupes? Lorsque je sais que des ordres d'achats de mulets et de chevaux sont donnés? Lorsque je sais que les caisses du Trésor itsdien ne tarderont pas à être vides, sans possibilité désormais de se remplir, si l'Italie ne fait pas un suprême effort pour sortir de l'état de consomption militaire qui l'épuisé depuis cinq ans? Lorsque je sais, enfin, . quelles défiances égales la liberté inspire à Berlin et à Paris? Convenez-en! à moins d'être sourd et aveugle, comment le doute serait-il encore possible?.,. Que répondez-vous à cela? Que pouvez-vous répondre?
— Je réponds que vous lisez les journaux et que vous inter* rogez les hommes, ce qui est presque toujours le moyen le plus sûr de ne pas connaître la vérité.
— Et vous, que faites-vous donc?
— Moi, je lis les traités et je les interroge.
— Qu'est-ce que les traités empêchent? Qu'est-ce qu'ils ont jamais empêché?
— Ils n'empêchent rieo, mais ils compliquent tout. Or il y a des complications qu'on n'affronte pas inconsidérément, parce qu'il se pourrait qu'on ne les bravât pas impunément.
— La politique est un jeu; que deviendrait-elle si les hommes d'État qui la personnifient ne donnaient jamais rien au hasard?
— Elle serait ce qu'elle doit être : une science.
— Ah! je vous reconnais... toujours le même esprit faux! •— C'est là ce qu'on pense, c'est là ce qu'on dit de ceux qui
ne pensent pas et qui ne disent pas conmie vous. •— Vous éludez !
— Je n'élude pas.
— Alors définissez donc sur quoi se fonde votre conviction pour persister à considérer comme improbable une guerre inmiinente, une guerre inévitable, une guerre dont quatrevingt-dix-neuf personnes sur cent ne doutent plus à Paris, à Vienne, à Berlin, à Florence, à Francfort, même à Londres et à Saint-Pétersbourg?
— Ma conviction se fonde sur l'impossibilité manifeste où se trouveraient ceux qui auraient déchaîné cette guerre sans drapeau, cette guerre sans principe, cette guerre sans capitaine, cette guerre sans frein, de la limiter, de la circonscrire, de l'arrêter. Ma conviction se fonde sur l'absence absolue de tout motif suffisant, de tout prétexte plausible de rupture à main armée entre la Prusse et l'Autriche. Ma conviction se fonde sur l'ignorance complète où l'on serait de la conduite que tiendraient l'Angleterre et la Russie, dans les deux hypothèses opposées, dans l'hypothèse où ce seraient la Prusse et ritalie qui battraient l'Autriche, et dans l'hypothèse où ce seraient l'Autriche et la Confédération germanique qui battraient la Prusse et l'Italie.
Je commence par l'examen de la première de ces deux hypothèses : je suppose l'Autriche vaincue et son faisceau
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rompu ; plos sa défaite aurait été complète et plus les difficultés qui naîtraient de la victoire seraient inextricables : car la part que s'attribuerait la France devrait être et serait certainement proportionnelle à celle que se tailleraient dans la carte d'Europe la Prusse et l'Italie. Si la France permettait à la Prusse de prussifîer l'Allemagne et de l'unifier, comme elle a permis au Piémont de piémontiser l'Italie et de l'unifier, assurément ce ne serait qu'à la condition d'un agrandissement territorial équivalent qui arracherait du grand livre de Thistoire la page de Waterloo. Cet agrandissement, si légitime qu'il fût, l'Angleterre et la Russie ne s'uniraient-elles pas de nouveau pour l'empêcher ; particulièrement la Russie, qui a une revanche à prendre, la revanche de 1854, et une rancune à satisfaire, la rancune de 1863? Autrement il serait incompréhensible que la France, qui, en 1853, s'est armée au nom de l'équilibre européen et du respect des traités contre les convoitises de la Russie, tînt en 1866 une autre conduite et ne s'armât pas également au nom de l'équilibre européen et du respect des traités contre les convoitises de la Prusse. Il faut s'y attendre I aussitôt que deux boulets auraient été glorieusement échangés — cela s'appelle glorieusement ! — entre l'Autriche et la Prusse, il n'y aurait plus de digue, il n'y aurait plus de frein en Europe aux suppositions, aux conjectures, aux interprétations, aux inquiétudes, aux défiances, aux espérances, aux ambitions, aux cupidités, aux rivalités, aux trahisons, aux colères, aux vengeances se faisant jour de toutes parts. Toutes les questions surgiraient et déborderaient; celle du port d'Anvers ne serait pas la dernière à se poser, à s'agiter, à s'envenimer dans la patrie des meetings et dans les colonnes de tous les journaux anglais. Et la question du Mexique? et la question de l'Algérie? Que pensez-vous de ces deux poids à porter, car il y aurait lieu de prévoir que l'Europe ne tarderait pas à se partager en deux camps : dans l'un la France, l'Italie, la Prusse et la Suède; dans l'autre l'Angleterre, l'Autriche, la Belgique, la Confédération germanique et la Russie? Je passe à la seconde hypothèse : je suppose l'Autriche victorieuse de la Prusse et de l'Italie, avant que la France neutre, avant que la France expectante ait pris la résolution de sortir de sa neutrahté et de se jeter dans la lutte. Si la Prusse et l'Italie avaient pris l'offensive contre l'Autriche, à
quel titre la France interviendrait^elle tardivement pour em* pécher rAutriche de défaire en Italie l'œuvre du Piémont, l'œuvre du comte de Cavour, cette œuvre si enviée par le comte de Bismark? La victoire de rAutriche ne serait-elle pas indirectement un échec et un affaiblissement pour la France? Aussi mon avis est^il que si la guerre éclatait entre la Prusse et l'Autriche, la Prusse ayant Tltalie pour alliée, et l'Autriche ayant la Confédération germanique pour auxiliaire, il n'y aurait pas à balancer entre la gangrène et l'amputation. Le mieux serait d'en finir le plus vite possible. Le plus sage se* rait donc de prendre résolument son parti sans retard, sans hésitation. La politique territoriale, la politique des frontières naturelles, la politique de la guerre et de la gloire l'emportant encore une fois sur la politique économique, sur la politique du libre échange, sur la politique de la paix et de la liberté, il est clair comme le jour que l'intérêt de la France serait de se mettre immédiatement du côté de la Prusse et de l'Italie, et de conclure avec ces deux puissances une convention qui ne tarderait pas à être désignée sous ce titre : la teipus auiange. Gela est clair; mais cela est-il simple?
— Simple ! En quoi donc cela ne le serait-il pas?
— Je vais vous l'expliquer et vous le démontrer. Je vous ai dit que la guerre qui vous paraît, à vous, imminente, inévitable et peut-être même désirable, serait une guerre sans drapeau, une guerre sans principe, une guerre sans capitaine, une guerre sans frein ; ce que je vous ai dit, je le répète. Oui, ce serait une guerre sans drapeau; quel drapeau aurait-elle? Sur leur drapeau commun que mettraient la Prusse et l'Italie? Italie signifie : Affranchissement des naf tonalités, délivrance de la Vénélie, Prusse signifie : Destructvm des nationalités^ incorpo^ ration d^s duchés, as^ervisreme' t de f Allemagne.,, Oui, ce serait une guerre sans principe, car il n'y aurait pour la France aucune garantie que le suffrage universel lui donnât les pro\ inces rhénanes, ainsi qu'il lui a donné Nice et la Savoie, et cette fois l'intérêt de la France serait si fortement engagé, qu'il ne lui permettrait pas de se mettre à la merci d'un vote. Il faudrait donc que le principe s'effaçât sous l'intérêt... Oui, ce serait une guerre sans capitaine, car ni l'empereur François- Joseph I" ni le roi Frédéric-Guillaume I" n'ont encore donné la preuve par la victoire qu'ils soient de grands capitaines. Le
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roi Yictor-Emmanuel a montré de quel courage il était doué; mais si grand qu'il soit, il y a des batailles oii le courage ne suffit pas, oh. sans le génie elles ne sont que des tueries sans gloire et sans dénoûment... Oui, ce serait une guerre sans frein, car si les États dont la Prusse et la France auraient fait leur proie se débattaient dans les serres de leurs vautours, que ferait la France, que ferait la Prusse pour imposer silence à ces cris et dompter ces résistances? Contrainte par la force des choses et de la situation, la France se résignerait-elle à faire sur les bords du Rhin ce qu'elle a trouvé odieux et barbare que fît la Russie sur les bords de la Vistule?
S'il en était ainsi, la France ne perdrait-elle pas moralement et en élévation plus qu'elle n'aurait gagné territorialement et en étendue?
GomjBe il est impossible que toutes ces considérations, à peine effleurées dans cet entretien, ne soient pas approfondies dans les conseils où se débattra la question de la paix et de la guerre ; comme il est impossible que l'Italie se soit alliée à la Prusse sans avoir réservé l'assentiment de la France ; comme il est impossible que la France, qui a proclamé devant l'Europe le respect des nationalités et le droit des peuples, abandonne ce droit et ce principe, je persiste dans ma conviction et dans ma conclusion. Non, il n'y aura pas de guerre, car pour l'empêcher, il suffira que la Prusse donne un successeur au comte de Bismark.
4 avril 1866.
Ce que Ton conçoit clairement s'énonce clairement. Si ce précepte est aussi vrai en matière de diplomatie qu'en matière de grammaire, que faut-il penser de la circulaire de Son Excellence M. le comte de Bismark?
Impossible d'en imaginer une qui soit plus confuse et plus diffuse.
Que veut-il? que demande-t-il?... Le sait-il?
S'il le sait, pourquoi ne le dit-il pas franchement? Pourquoi semble-t-ii avoir honte et peur de le dire?
Les deux reproches qu'il adresse à l'Autriche, reproches qu'il noie dans un océan de phrases amères et troubles, sont ceux-ci :
Premièrement, il l'accuse « de tendre à livrer de fait, au prince d'Augustenbourg , sans le consentement de la Prusse, le Holstein, qui appartient à sa Majesté le roi de Prusse en commun avec Sa Majesté l'empereur d'Autriche. »
Deuxièmement, il l'accuse « d'avoir dirigé des troupes nombreuses avec de l'artillerie et d'autre matériel de guerre des provinces orientales et méridionnales autrichiennes vers le nord et l'ouest de la frontière prussienne. »
Il ne suffit pas que ces deux articulations paraissent précises pour qu'elles le soient effectivement.
Il ne suffit pas d'invoquer la convention de Gastein. Il
faudrait citer les articles qui obligent TA utriclie à tenir dans le Holstein, si elle la trouve excessive et odieuse, la même conduite oppressive que celle que la Prusse tient dans le Sleswig et le Lauenbourg.
Il ne suffit pas d'affirmer que l'Autriche arme, lorsque l'Autriche affirme, au contraire, qu'elle désarme, à moins que ce ne soit pour acquérir le droit de lui dire : « Vous m'avez donné un démenti ; un démenti est une offense ; toute offense ne peut se réparer que l'épée à la main : je tire mon épée, tirez la vôtre et battons-nous ! »
Nous avons sous les veux :
Le traité de paix de Vienne, signé le 30 octobre 1864, entre le Danemark, la Prusse et l'Autriche;
Le texte de la convention conclue le 14 août 18G5 à Gastein, entre l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse, pour régler l'exercice et le partage des droits acquis en commun sur les duchés de l'Elbe ;
La déclaration faite par les représentants d'Autriche et de Prusse à la Diète, le 24 août 1865, en lui communiquant ladite convention de Gastein.
Que dit l'article 3 du traité de Vienne?
Il dit :
« ART. 3. Sa Majesté lé roi de Danemaî-k renonce 4 tous ses droits sur les duchés de Sleswig, Holstein et Lauenbourg, en faveur de Leurs Majestés le roi de Prusse et Tempereur d'Autriche> en s'engageant à reconnaître les dispositions que Leursdites Majestés prôtidront à Tégard de ces duchés. >>
Que dit la convention de Gastein?
Elle dit :
(( ABTi 1". L'exercice des droits acquis en commun par les hautes parties contractantes^ en vertu de Tarticle 3 du traité du 90 octobre 1864, passera, sans préjudice de la persistance de ces droits des deux puissances à la totalité des deux duchés, pour le duché de Holstein^ à Sa Majesté l'empereur d'Autriche; pour le duché de Sleswig, à Sa Majesté le roi de Prusse.
» Art. 2. Les deux contractants ont la Volonté de proposer à la Diète fédérale la création d'une flotte allemande et d'assigner à celle-ci le port de Kiel comme port fédéral; les vaisseaux de guerre de ce p(nrt
LA CIRCULAIRE DE LA PRUSSE 6â
feront usage de ce port; le commandement et la police y seront exercés par la Prusse. La Prusse est autorisée ft construire les fortifications nécessaires à la défense ▼i84l<>Tis de la passe de Friedrichsort et d'installer sur la rive holstainoiae de la baie les établissements maritimes appropriés aux nécessités du port de guerre. Ces fortifications et ces établissements seront également soumis au commandement de la Prusse; les troupes de marine et les équipages prussiens néces-* saires à leur occupation et à leur surveillance peuvent êtres logés à Kiel et dans les environs.
1) ART. 3. Les hautes parties contractantes proposeront, à Francfort^ d'ériger Rendsbourg en forteresse fédérale allemande. Jusqu'au règlement par voie fédérale de ce qui concerne la garnison de cette forte «> resse, cette garnison se composera de troupes impériales autrichiennes et de troupes royales prussiennes^ dont le commandement alternera le i" juillet de chaque année.
» ÂHT. 4. Pendant la durée du partage stipulé dans Tarticle i*' delà présente convention, le gouvernement royal de Prusse gardera deux routes militaires à travers le Holstein ! Tune de Lubeck à Kiel, l'autre de Hambourg à Rendsbourg. Les dispositions spéciales relatives aux étapes, de même qu'au transport et à l'entretien des troupes, seront réglées le plus tôt possible au moyen d'nne convention particulière. Jusqu'à ce que cela soit fait, les dispositions existantes pour les routes d'étapes prussiennes à travers le Hanovre resteront en vigueur.
» ART. 5. Le gouvernement royal de Prusse conserve à sa disposition un fil télégraphique pour relier Kiel à Rendsbourg, et le droit de faire circuler sur les deux routes, à travers le duché de Holstein, des voitures de poste prussiennes avec ses propres employés. En tant que rétablissement d'un chemin de fer direct de Lubeck par Kiel jusqu'à la frontière du Sleswig n'est pas encore assuré, la concession en sera accordée à la demande de la Prusse, pour le territoire du Holstein, aux conditions d'usage, sans que la Prusse en puisse inférer, quant au chemin de fer, aucun titre à des droits de souveraineté.
» ART. 6. C'est l'intention commune des hautes parties contractantes que les duchés accèdent au Zollverein. Jusqu'à leur entrée dans l'union douanière allemande, ou bien jusqu'à ce qu'il sorte des arrangements ultérieurs, le système des douanes qui a régi jusqu'ici les deux duchés continuera d'exister, avec partage égal des revenus. Dans le cas où le gouvernement royal de Prusse jugerait opportun d'ouvrir, pendant la durée même du partage stipulé à l'article 1*' de la présente convention, des négociations relatives à l'accession des duchés au Zollverein, Sa Majesté l'empereur d'Autriche est prêt à déléguer un plénipotentiaire représentant le duché de Holstein pour prendre part à ces négociations.
•)) AHT. 7. La Prusse a le droit de conduire à travers le territoire du
Holsteiii le canal de la mer du Nord à la Baltique, d'après les études techniques dirigées par le gouvernement royal. Dans ce cas, la Prusse aura le droit de déterminer la direction et les dimensions du canal, d'acquérir par voie d'expropriation et en indemnisant de leur valeur les terrains nécessaires à l'établissement du canal, d'en diriger les travaux, d'exercer la surveillance du canal et de son entretien, ainsi que le droit d'approuver toutes les prescriptions réglementaires qui le concerneront.
» Il ne pourra être prélevé sur tout le développement du canal des droits de transit ou des taxes par navire et par chargement, sauf le droit de navigation dans le canal, que la Prusse devra fixer à un taux uniforme pour les navires de toutes les nations.
» ART. 8. La présente convention ne modifie en rien les stipulations du traité de Vienne du 30 octobre 4864 en ce qui concerne les prestations financières imposées aux duchés, tant à l'égard du Danemark qu'à l'égard de l'Autriche et de la Prusse. Cependant le duché de Lauenbourg sera exonéré de toute part contributive des frais de la guerre. La répartition de ces prestations entre les duchés de Holstein et de Sleswig s'effectuera d'une manière proportionnelle à leur population.
» ABT. 9. Sa Majesté l'empereur d'Autriche abandonne à Sa Majesté le roi de Prusse les droits acquis sur le duché de Lauenbourg, en vertu du traité de paix de Vienne déjà mentionné ; en . retour, le gouvernement royal de Prusse s'engage à verser au gouvernement impérial autrichien la somme de 2 millions 500,000 rixdalers de Danemark, payables à Berlin, en espèces sonnantes d'argent de Prusse, quatre semaines après la ratification de la présente convention par Leurs Majestés l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse.
» ART. iO. L'exécution du partage stipulé ci-dessus du œndominium commencera le plus tôt possible après la ratification de cette convention par Leurs Majestés l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse, et sera terminée au plus tard, le 45 septembre. Aussitôt après l'évacuation du Holstein par les troupes royales de Prusse, du Sleswig par les troupes impériales d'Autriche, le commandement supérieur commun qui a existé jusqu'à présent sera dissous au plus tard le 15 septembre.
» ART. i 1 . La présente convention sera ratifiée au moyen de l'échange de déclarations écrites à la prochaine entrevue de Leurs Majestés l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse.
» En foi de quoi les deux plénipotentiaires dénommés ont apposé leurs signatures et leur sceau à cette convention en double exemplaire.
» Ainsi fait et passé à Gastein, le i4 août 1865.
» (L. S.) Signé : comte bloome.
» (L. S.) Signé : de bismark. »
Nous ayons cité textuellement et dans toute son étendue la convention de Gastein, afin de bien prouver que, fût-il vrai que l'Autriche « tend à livrer de fait le BoUtein au prince d'Angustenbourg )) , cette tendance ne constituerait de sa part ni une dérogation ni une violation de la convention invoquée.
L'Autriche userait de son droit, sans l'excéder, puisque l'indivision, puisque le condominium a cessé pour faire place au partage.
Reste maintenant à examiner la question des prétendus armements de l'Autriche. Ces armements, que l'Autriche prétend n'avoir pas faits, existassent-ils en réalité, sur quoi la Prusse se fonderait-elle pour les trouver excessifs et menaçants? Est-ce que le différend entre l'Autriche et l'Italie est vidé? Est-ce que l'Italie, — nation qui compte maintenant vingt-deux millions d'habitants et qui possède une armée de deux cent trente-cinq mille hommes, — est-ce que l'Italie a renoncé à la résolution de délivrer la Vénétie et de raser le Quadrilatère autrichien?
Un journal prussien, la Gazette de Cologne^ publie le relevé comparatif des forces militaires de la Prusse et de l'Autriche.
De ce relevé, il résulte que l'armée autrichienne se compose de six cent dix-neuf mille hommes, et que l'armée prussienne, y compris le premier ban de la landwher, se compose de six cent trente-huit mille sept cent quatre-vingt-quatorze hommes.
Avec une pareille armée, aussi bien dressée qu'elle Test aux exercices du polygone, ayant des fusils d'une qualité supérieu3*e aux fusils de toutes les autres armées d'Europe, la France comprise, de bonne foi, est-ce que la Prusse ne peut pas dormir tranquillement sur les affûts de ses canons d'acier rayé?
Ce n'est donc pas pour énoncer sa pensée, mais pour la cacher, que M. de Bismark a écrit la circulaire-dépêche du 24 mars 1866 adressée à ses agents.
Nous le savons à n'en pouvoir douter, ce que veut M. de Bismark, ce n'est pas seulement la jonction dans ses mains du Holstein au Sleswig et au Lauenbourg; il a de plus hautes visées, et ces visées nous les avons fait connaître. Il trouve que la Prusse est mal conformée topographiquemcnt et diplomaliquement, il veut la redresser! H la tx'ouve trop petite, il
veut la grandir! L'Autriche a trente-cinq millions d'habitants, tandis que la Prusse n'en a pas vingt millions... deux millions de moins que le Piémont devenu l'Italie ! L'inégalité entre ces deux chiffres : d'une part, trente-cinq millions d'Autrichiens, et, d'autre part, dix-neuf millions trois cent mille Prussiens, cette inégalité exaspère le président du conseil, ministre des affaires étrangères de Prusse ; elle le met hors de lui, elle lui donne la fièvre, elle lui donne le délire. L'ombre de Gavour est nuit et jour devant ses yeux effarés. Elle le poursuit.
Voulant ce que veut le comte de Bismark, comment auraitil pu le dire dans une circulaire qui est adressée, à ses agents diplomatiques auprès des cours allemandes? Comment auraitil pu dire à ceux des États de la Confédération germanique dont il convoite l'incorporation : Je veux vous prussifier ! Par l'impossibilité de leur faire cet aveu sans l'entourer d'artifice s'expliquent naturellement les obscurités et les contradictions qui font ressembler la circulaire prussienne à un nuage épais chargé à foudre et scintillant d'éclairs.
D'une main, l'ogre de Berlin flatte l'Allemagne ; de l'autre, il la menace de la dévorer de force si elle ne se laisse pas dévorer de bonne volonté.
Lisez cette phrase obscure et transparente, lisez cette phrase dont le commencement est démenti par la fin :
« La position de la Prusse, son caractère allemand et les sentiments allemands de ses princes lui commandent de chercher avant tout ses garanties dans T Allemagne même. C'est sur le terrain de la nationalité allemande et dans une consolidation des liens qui nous unissent aux autres États allemands que nous pouvons avoir Tespoir de trouver la sûreté de l'indépendance nationale, et que nous essayerons toujours en premier ]ieu. Mais chaque fois que nous nous arrêtons à cette pensée^ 710US reconnaissons aussi de nauveau que la Confédération dans sa forme actuelle n'est suffisante ni dans ce but, ni pour la politique active que de grandes crises pourront exiger à chaque instant. »
Qu'est-ce que cette phrase veut dire, si elle n'est pas la condamnation souveraine de la Confédération germanique, si elle n'est pas la préface de la prussificatiou de l'Allemagne au nom des « sentiments allemands » dont sont animés pour elle la Prusse et ses princes?
Que signifient ces mots : u de grandes crises » 7
Arrêtez-vous encore à cette autre phrase :
« L'organisatioD militaire n'est pas réglée d'une manière sufiisanto pour la sûreté de l'Allemagne. »
Est-ce que TAUemagne est menacée par l'Autriche? Non. Est^e que rAllemagne est menacée par la France? Non. Par qoi donc l'Allemagne est-elle menacée si ce n'est uniquement parla Prusse?
De là cet aveu :
« Nous ne pouvons, dans la situation actuelle des choses, conserver la confiance en un secours efficace de la Confédération au cas où nous serions attaqués. »
Aveu suivi de cette question :
(( Nous sommes maintenant dans le cas d'adresser à nos confédérés la question de savoir si nous pouvons compter sur cette bonne volonté et dans quelle mesure? »
Question et aveu se contredisent. A quoi bon la question, si la Prusse ne peut compter de la part de ses confédérés sur un secours efficace?
La circulaire prussienne suant sang et eau pour allier deux choses qui se repoussent : les sympathies de l'Allemagne et ses défiances, cette circulaire n'est qu'un tissu épais de contradictions grossières.
Mais ces contradictions ne trompent personne.
La prussiiication de l'Allemagne est contenue tout entière dans cette phrase qui brille comme l'éclair dans l'ombre :
« La position géographique rend identiques l'intérêt de la Prusse et l'intérêt de l'Allemagne ; ceci est en notre laveur, comme en faveur de l'Allemagne. Quand nous ne sommes pas sûrs de l'Allemagne, notre position est, à cause même de notre situation géographique, plus menacée que la plupart des autres États européens ; mais le sort de la Prusse entraînera le sort de l'Allemagne, et nous ne doutons pas que^ si une fois la force de la Prusse était brisée, l'Allemagne ne prendrait plus qu'une part passive à 4a politique des nations européennes^ »
États de la Confédération germanique, prussifiez-vous N'attendez pas que la force fasse de vous ce qu'elle a fait des duchés de TElbe, qui n'avaient qu'un désir : appartenir à la Diète et ne relever que d'elle !
Mais la dernière phrase est la meiUeure :
« Si la Confédération germanique doit aller au-devant des grandes crises européennes qui peuvent surgir à chaque instant dans sa forme actuelle et avec ses institutions militaires actuelles, il n'est que trop ù craindre qu'elle ne succombe à la tâche et qu'elle ne défende pas l'Allemagne du sort de la Pologne, r»
Si ce n'est la Prusse, qui donc menace l'Allemagne « du sort de la Pologne » ?
Il y a des accusations auxquelles on ne se hasarde pas quand on ne veut point les soutenir ; expliquez-vous, monsieur le comte ! Qui avez-vous entendu dénoncer aux défiances et aux colères de l'Allemagne? Est-ce la Russie? Est-ce la France?
Lorsque des ministres écrivent et publient de telles dépêches, ah 1 l'on comprend bien qu'ils redoutent la liberté de la presse et qu'ils ne permettent pas qu'on les discute.
Heureusement, la dépêche est datée de Berlin et cet article est daté de Paris.
lA REPONSE DE L'AUTRICHE
4 avril 1866.
La réponse de rAutriche à la circulaire de la Prusse ne se sera pas fait attendre, car un télégramme, daté de Francfort le â avril, donne le sens de la note remise au comte de Bismark par le comte Karolyi le 31 mars, c'est-à-dii*e six jours après la circulaire du 24 mars.
Cette note est conçue en ces termes formels :
« Il est parvenu à la connaîssance du gouvernement impérial et royal que^ pour ne point s^sumer la responsabilité d'avoir fait naître des craintes relativement à la conservation de la paix^ le gouvernement prussien accuse la cour de Vienne d'intentions hostiles^ et qu'il a même été jusqu'à insinuer l'éventualité d'une agression armée de l'Autriche contre la Prusse.
» Quoique le peu de fondement de pareilles assertions soit notoire et généralement reconnu en Europe^ le gouvernement doit toutefois mettre du prix à protester contre une inculpation en opposition flagrante avec l'évidence des faits. Le soussigné a^ en conséquence^ été chargé de déclarer catégoriquement au comte de Bismark que rien ne saurait être plus éloigné des intentions de Sa Majesté l'empereur qu'une action offensive dirigée contre la Prusse.
» Non-seulement les sentiments d'amitié^ tant pour la personne du roi que pour le royaume de Prusse^ dont l'empereur a si souvent donné la preuve par ses actes et ses paroles excluent formellement de pareilles intentions, mais, d'un autre côté, l'empereur n'oublie pas les
70 ûêmm
devoirs que l'Autriche et la Prusse ont solennellement acceptés en signant le pacte fédéral allemand. Sa Majesté l'empereur est fermement décidé à ne pas se mettre, pour sa part, en contradiction avec les stipulations de l'article H de l'acte fédéral, qui interdit aux membres de la Confédération de poursuivre par la force le redressement de leurs griefs.
» Le soussigné, en priant M. le président du conseil de soumettre à son auguste souverain la présente note, est chargé d'ajouter l'expression de son désir de voir le cabinet royal repousser sans ambages et aussi nettement qu'il l'a fait lui-même, au nom de son gouvernement, la suspicion de vouloir violer la paix. En procédant ainsi, il rétablirait cette confiance générale dans le maintien de la paix de l'Allemagne qui n'aurait jamais dû être ébranlée. »
Un autre télégramme, daté de Vienne, 2 avril, confirme les déclarations du comte Karolyi à Berlin.
Quelle va être la situation du comte de Bismark en présence de ces démentis publics si formels? Évidemment, il ne lui reste plus qu'à se battre ou qu'à se retirer.
5 avril 1866.
Deux politiques sont en présence :
La politique de la gloire par la guerre ;
La politique de la gloire par la liberté.
Nous combattons la première; nous soutenons la seconde, qui ne devrait plus avoir besoin de défenseurs si la raison était un poids qui pesât si peu que ce fût dans les balances que tiennent les gouvernements, « ces traînards de la civilisation )>^ pour leur appliquer Texpression de Napoléon P'.
Le matin, on peut en être sûr sans aller à Berlin, lorsque M. le comte de Bismark consulte son miroir, il se dit : « Quel homme pratique et quel grand homme d'État je suis! J'allie à la fois l'audace à la prudence ; aussi l'Europe tremble-t-elle quand je marche, et tous les regards inquiets sont-ils fixés sur moi dès que j'ouvre la bouche ; je n'ai qu'un geste à faire, je n'ai qu'un ordre à donner pour allumer la guerre, et je me borne à menacer sans frapper l »
Comment le comte de Bismark ne s'admirerait-il pas, comment ne se croirait-il pas un homme pratique et supérieur, lorsqu'il insj|[Hreun si vif enthousiasme à H. Guéroult, député
de Paris et rédacteur en chef de YOpmion nationale^ qui le place dans son Odyssée au même rang que le comte de Cavour?
Le héros de M. Guéroult n'est pas le nôtre.
Avant l'application de la vapeur aux chemins de fer et à la navigation, application qui a supprimé presque entièrement les distances; avant l'application de l'électricité aux télégraphes, applicationqui relietoules les villesentre elles, commesontreliés entre eux tous les épis d'une gerbe ; avant laliberté des échanges, conséquence nécessaire de la liberté du travail; avant la maturité des idées par la discussion de la tribune et de la presse, où cette liberté de discussion existe, la gloire par la guerre, c'est-à-dire par la victoire et la conquête, pouvait se comprendre, elle pouvait abuser les esprits et éblouir les yeux; mais maintenant est-ce possible? Soyons donc sensés I Voyons donc les choses telles qu'elles sont dans le présent et dans la réalité; cessons de les voir telles qu'elles étaient dans le passé et dans l'histoire, ce livre imposteur qui n'est bon qu'à pervertir l'esprit et le cœur de l'enfance et de la jeunesse! Qu'est-ce que gagnerait l'humanité, qu'est-ce que gagnerait la civilisation, qu'est-ce que gagnerait l'Europe à ce que la Prusse ne s'appelât plus la Prusse, et à ce qu'elle s'appelât l'Allemagne? Qu'est-ce que l'Europe, qu'est-ce que la civilisation, qu'est-ce que l'humanité gagneraient à ce que la France, au prix de beaucoup de sang versé et de beaucoup de millions dépensés, de ponts démolis et de chemins de fer détruits, reculât ses limites jusqu'au bord du Rhin?
De la gloire qui s'évanouit en fumée de poudre à canon, que reste-t-il quelques années après? Qu'est-il resté à la France des dix-neuf départements dont elle s'était augmentée de l'année 1794 à l'année 1800? Une seule bataille perdue, celle de Waterloo, n'a-t-elle pas suffi pour lui enlever le fruit de cent victoires et refaire la France plus petite en 1815 qu'en 1790? Laissez donc dormir en paix dans son cercueil la gloire par la guerre ! La gloire par la guerre n'est féconde qu'en désastres, tandis que la gloire par la liberté n'a pas de périls ! Lorsque vous assainissez les villes, lorsque vous les embellissez; lorsque vous accroissez ainsi la durée de la vie moyenne des populations, et que vous les arrachez à la misère, à l'ignorance, à l'ivrognerie, à Tabrutissement et au crime; lorsque vous
multipliez les écoles dans les communes; lorsque vous jetez des ponts sur les rivières, lorsque vous élargissez les ports trop étroits; lorsque vous complétez votre réseau incomplet de chemins de fer, desservi par les routes de terre et par tous les chemins vicinaux nécessaires; lorsque vous dégrevez des péages les canaux qui ne sont et ne doivent être que des routes d'eau; lorsque, eniin, vous établissez partout le mouvement et communiquez partout la vie du centre aux extrémités et des extrémités au centre, où sont les dangers? Trouvez-vous que la France n'a pas assez de trente-six millions d'habitants? Il dépend de vous, il dépend de nous d'accroître ce nombre dans une proportion aussi considérable que pourrait l'augmenter l'annexion de la Belgique, de la Prusse rhénane et de la Bavière rhénane.
— Conament?
— De la façon la plus simple. Au lieu d'emprunter un milliard pour faire la guerre à la suite du comte de Bismark et du général de la Marmora, empruntez un milliard pour transformer vos impôts et simplifier votre budget ! Accomplissez à l'intérieur la réforme fiscale et économique impérieusement réclamée par la nécessité, trop longtemps différée, de faire une vérité de ce mensonge : Égalité de tous devant la loi/ Que ceux qui ont beaucoup payent beaucoup ! Que ceux qui ont peu payent peu I Que ceux qui n'ont rien ne payent rien ! Que les octrois, ces douanes intestines, disparaissent sans appauvrir les villes, sans en diminuer les ressources! Que l'impôt se localise : qu'au lieu d'être perçu au nom de l'État, il soit perçu désormais au nom de la commune, et que soit complètement renversée la destination des centimes additionnels ! Que le grand-Uvre de la dette publique soit fermé et que le grandlivre de la dette communale soit ouvert! Que les chemins vicinaux de grande et de petite conmiunication, que les routes départementales et impériales soient réunis et forment une grande direction centrale à la charge exclusive de l'État, comme celle des postes, comme celle des télégraphes ! Que rien ne soit négligé de tout ce qui aura pour objet et pour effet de rendre plus faciles et moins coûteux les moyens de circulation et de transport sous toutes les formes ! Que la taxe postale soit réduite à 10 centimes, sans distinction entre la taxe de bureau à bureau et la taxe de département à départe-
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ment! Que les dépêches télégraphiques au-dessus de vingt mots coûtant 1 franc ne coûtent plus que 5 centimes par mot ajouté à la dépêche 1 Que toutes les questions concernant LA YiB A BON MARCHÉ et Téquilibrc des budgets individuels soient mises à Tétude et soient discutées sous toutes les formes : cours, conférences, meetings, enquêtes, livres, brochures et articles de journaux I Qu'enfin et pour couronner l'œuvre, la naturalisation en France soit accordée aux étrangers aussi facilement, aussi promptement, aussi simplement, aussi hospitalièrement qu'elle est accordée aux États-Unis à tous les étrangers, à tous les Français qui la demandent!
Ah! s'il en était ainsi; si la France, située conune elle l'est, était ce qu'elle devrait être et ce qu'elle sera certainement un jour, nul doute qu'elle ne rivalisât promptement et énergiquement avec les ^États-Unis, qui de 3,329,827 habitants, chiffre de 1790, l'ont décuplé en soixante-dix ans, puisqu'en 4860 ce chiffre s'élevait à 31,429,891 habitants...
S'il est souhaitable d'augmenter notre chiffre de 37,386,161 habitants en 1861, ne vaudrait-il pas mieux qu'il s'accrût de dix millions de français d'adoption, de Français volontaires, plutôt que de dix millions de français d'annexion, de Français forcés?
Le nom de Français est assez glorieux à porter pour qu'il ne s'impose point. Non, pas de francisation forcée ! Que M. le comte de Bismark, s'il le veut et s'il le peut, prussifîe l'Allemagne, mais gardons-nous de le suivre dans cette route périlleuse, dans cette route bordée d'abîmes, dans cette route jonchée de cadavres, dans cette route dont les ornières, creusées par les roues des canons, sont remplies de sang ! Que notre politique soit la politique de la gloire, mais de la gloire par la liberté telle qu'elle apparaissait à Napoléon V du haut des rochers de Sainte-Hélène.
Ce fut alors que, regardant de loin, il vît juste.
C'est que, dans l'exil, on n'est pas suivi par les flatteurs qui vous mentent et qui vous trompent.
19 avril 1866.
n y a deax politiques :
La politique des diplomates;
La politique des économistes.
La première est à la seconde ce que seraient les diligences du temps de Turgot (1), faisant dix lieues à la journée, aux chemins de fer de notre temps, faisant dix lieues à Theure.
C'est à l'œuvre qu'il faut juger la politique des diplomates.
Elle a sué sang et eau pour opérer l'union de la Moldavie et de la Yalachie, ne doutant pas qu'elle allait s'illustrer par un rapprochement durable et fécond.
Eh bien, maintenant, le mot de l'insurrection des Moldo- Valaques n'est plus : union ; leur mot de résistance est celui-ci :