WASHINGTON
6 avril 1866.
Le monde politique tournerait de lui-même en Europe sans secousses, sans commotions, sans frottements, sans tiraillements, sans guerres, sans révolutions, si au lieu d'avoir pour axe un prétendu équilibre territorial, équilibre arbitraire qui consiste dans la division très-inégale des États en grandes
en petites puissances, il avait tout simplement pour axe la probité.
Cette probité fût-elle la plus vulgaire, qu'elle serait suffisante au maintien de la paix entre les peuples et à la plénitude de leur sécurité.
Le monde politique n'est si souvent agité, troublé, bouleversé que parce qu'au nombre de ses chefs il y en a qui se conduisent comme se conduisent au Mexique les brigands armés, qui ne respectent même pas les députés belges chargés de notifier à l'empereur Maximilien Tavénement du roi Léopold II au trône de Belgique. Si l'assassin du baron d'Huart a été pris, nous ne voudrions pas affirmer que, pour se disculper, il ne soutieodra pas qu'il a été attaqué le premier par le
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baron d'Huart, et qu'il n'a fait qu'exercer de la manière la plus innocente le droit de légitime défense.
Ainsi parle en ce moment un diplomate qu'il n'est pas nécessaire de nommer pour que tout le monde le reconnaisse et le montre du doigt.
Oui ou non, est-il vrai que très-souvent, trop souvent, il n'y a aucune différence entre la façon dont se conduisent des aventuriers qui se qualifient hommes d'État et d'autres aventuriers que le Gode qualifie malfaiteurs et punit comme tels?
Par exemple, quel nom donner à la conduite que tient à l'égard des duchés de l'Elbe et à l'égard de l'Autriche Son Excellence M. le comte de Bismark-Schœnhausen, président du conseil, ministre des affaires étrangères et ministre pour le Lauenbourg de Sa Majesté le roi Frédéric-Guillaume P'?
Si les affaires politiques étaient menées avec la probité qui devrait être la première qualité des hommes d'État et la principale garantie des gouvernements entre eux, est-ce que la question du Sleswig-Holstein fût jamais sortie de son orbite? Est-ce qu'elle eût jamais fait parler d'elle? Est-ce qu'étant sortie de son orbite par le fait du Danemark, il n'eût pas pleinement suffi, pour l'y faire rentrer, de V exécution fédérale qui avait été décidée et entreprise en 1863 par la Confédération germanique? Est-ce que l'Autriche, est-ce que la Prusse avaient besoin de s'immiscer et d'intervenir dans cette petite querelle intestine de confédérés, autrement que comme puissances fédérales siégeant et votant à la Diète?
Ainsi, pas de question des duchés de l'Elbe mettant la paix de l'Europe en péril, si les lois de la probité, dont les gouvernements devraient donner aux peuples l'exemple du respect le plus strict, n'avaient pas été violées d'abord hypocritement par le roi de Danemark, à qui cette violation a coûté cher, et ensuite impudemment par le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche, à qui cette violation coûtera peut-être infiniment plus qu'ils ne sauraient le prévoir : car si, contre toutes nos prévisions, une guerre générale s'allumait en Europe, nul n'en saurait calculer les conséquences et mesurer les désastres. Ce serait le choc des principes les plus opposés; ce serait la confusion du droit divin et du droit populaire, du droit ancien de conquête et du droit nouveau de nationalités; ce serait le déchaînement de toutes les passions sur les trônes,