LES CARTES DU JEU
17 avril 1866.
Jusqu à ce jour, en attendant qu'elle deyienne une science, la politique n'a été qu'un jeu : le jeu de la force et du hasard.
Jeu composé d'un petit nombre de cartes de deux couleurs ! le rouge servant à indiquer la guerre, et le noir la paix.
Les deux as de couleur rouge se nommant l'un la Conquête, l'autre la Défaite; les deux as de couleur noire se nommant l'un la Civilisation, l'autre la Barbarie.
Les quatre rois représentant les rois guerriers, tous tyrans; les rois pacifiques, presque tous fainéants; les rois fermes et clairvoyants ; les rois mous et aveugles.
Les dames, nouant et dénouant, relâchant ou resserrant la politique matrimoniale, qui a joué dans le passé un si grand rôle.
Les valets, personnifiant les bons et les mauvais ministres.
Les autres cartes, hautes et basses, réunissant entre elles ^ toutes les combinaisons hypothétiques distinctes, simultanées
ou successives dont l'ensemble compose le jeu complet.
Si l'on consulte les cartes — c'est-à-dire si l'on interroge toutes les hypothèses, sans en négliger, sans en omettre une seule — afin de savoir si la guerre, qui paraît prête à faire explosion entre la Prusse et l'Autriche, éclatera en effet, on se confirme dans cette opinion que dès le premier jour nous avons formulée et résumée en ces termes :