LES CARTES DU JEU Ô
«QueUe va être la àtuation du comte de Bismark? Evidemment^ il ne lui reste plus qu'à se battre ou qu'à se retirer. »
A moins que r Autriche ne joue stupidement le jeu de la Prusse etne tombe aveuglément dans le piège de M. de Bismark, com« ment le premier boulet de canon s'y prendrait-il pour partir?
La Prusse n'osera jamais le tirer sans un prétexte, si mauvais qu'il soit, qui la couvre aux yeux de la Confédération germanique.
Il n'y avait qu'un moyen, qu'un seul, d'engager la guerre : c'était que l'Italie, étroitement liée à la Prusse par un traité d'alliance offensive at défensive, et suffisamment encouragée par la France, sommât l'Autriche d'évacuer la Vénétie et le Quadrilatère ; que l'Autriche refusât; que l'Italie attaquât l'Autriche, et qu'aussitôt aux prises les deux armées italienne et autrichienne, le roi Yictor-Ëmmanuel appelât à son aide son allié Frédéric-Guillaume.
Dans cette hypothèse la Prusse, maîtresse de ses alliances, était libre de ses mouvements; elle n'agissait pas comme puissance germanique, elle agissait comme puissance européenne; elle profitait du défaut qui existe à la cuirasse autrichienne aussi bien qu'à la cuirasse prussienne : l'Autriche, de même que la Prusse, étant à la fois puissance confédérée et puissance non confédérée.
Ce moyen, s'il a été tenté, n'a pas réussi, soit que le lien entre l'Italie et la Prusse ait été trop faible, soit que la France, jugeant qu'il était prudent de cacher ses desseins afïn d'en mieux assurer le succès, n'ait voulu se découvrir ni à Berlin ni à Florence.
Ce qui est certain, ce qui est acquis déjà, c'est que le premier boulet tiré contre l'Autriche ne sera pas un boulet italien, et que si la guerre s'allume, ce ne sera pas par l'Italie qu'elle commencera.
Aussi a'^tH>n vu M» de Bismark trompé dans son attente, déçu dans son espoir, déconcerté dans sa manœuvre, se hâter de changer de situation et de batterie, et faire présenter brus^ quement, par son plénipotentiaire^ M» de Savigny, à la Diète germanique, dans sa séance extraordinaire du 9 avril, sa motion dérisoire, motion ayant pour objet « de réformer la Constitution fédérale. »