‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 43 sur 205 · AA · texte numérisé non relu

AA

Pourquoi entrepreadœ de réformer en toute hâte la Constitution fédérale et vouloir en bAcler upe nouvelle? Où e$t la garantie que la nouvelle vaudra mieux que Tancienne ayant subi l'épreuve de> cinquante années?' De quQii s'agisi^aitrA? Des duchés de TElbe? Quel obstacle^ la Constitution fédérale actuelle oppose4-elle à raccomplissement des viobu;^^ formés par les populations ducales que TAutriche et la Prusse onti affranchies de la domination danoise? — Auoun, car ce que souhaitaient^ ce que désiraient, ce que demandaient les haletants du Sleswig, c'était de faire partie de la Confédératipa germanique au même titre que les habitant^ du Hol^tein et du I^auenbourg; ce que souhaitent, ce que désirent, ce .que den^ndent eooQr^ les habitants des trois duchés, c'est de>ne r^ever querde ;la Diète, ce .qui prouve qu'à leurs yeux la Constitution n'a pas les défauts et les périls qu'il plaît à M. le cpmte de Bismark de lui reprocher. *

Nous venons de qualifier de dérisoire la motion de la Prusse.

Cette qualification, nous la maii^tenons.

Après l'appel inutile adressé^ Le 3aoûti863v(iuroi de Prusse par l'empereur d'Autriche, l'empereur François-Joseph invitant cordialement, invitant publiquemenjt h roi Frédéric-rGnilT laume à se rendre le 16 août à Francfort,.au congrès formé de tous les souverains et aussi des bourgmestres des villes libres dont les États et les villes composent la Confédération, germanique ; -^ après le refus motivé du roi de Prusse à Tinvitatian de l'empereur d'Autriche, refus daté de Gastein, 4 août 1863, et réitéré le 23 septembre suivant ; apvès la lettre signée du comte de Rechberg et datee de Vienne le 26 8eptenQl)ire i^63; après l'avortement du congrès d'août 1863 à Francfort, comment M. le comte de Bismark, s'il est un homme sérieux^ a-t*il pu s'imaginer que ce qui avait échoué en, août 1863 réussirait en avril 1866?

Les choses ont*elles changé? Ne sont^elles pas exactement les mêmes? .

Proposer de réformer la Constitution fédérale du 9 juin 18i5, confirmée et complétée par l'acte du 15 mai 1820, votée le 8 juin suivant à l'uNAmMiTÉ,: est facile : opérer cette réforme est impossible.

Impossible par la paix; impossible par la guerre.

LES Cartes DU JEU 97

C'est ce que M. le comte de Bismark sait parfaitement, et à cet égard nous ne lui apprendrons rien.

Aussi la motion prussienne n'est-elle pas sérieuse; elle n'est qu'une retraite déguisée, mais mal déguisée, car elle ne kompera personne.

Les motifs sur lesquels elle se fonde n'ont aucune solidité; il n'y a pas un seul d'entre eux qui résistera à l'étude, à l'examen, à la discussion.

C'est ce que nous prenons l'engagement de démontrer.

Aujourd'hui, ce que nous nous proposons d'établir, c'est que, voulût-il fermement la guerre, M. le comte de Bismark, s'il est seul, ne pourra pas la faire.

Non, seul, sans allié, sans motif, sans prétexte, il n'osera pas, il ne saurait oser croiser la baïonnette contre l'Autriche et violer, par cette -agression, le pacte fédéral, le déchirer, le traîner dans la honte et le sang.

n ne l'oserait pas iihpunément !

D'après le recensement de 1864, le royaume de Prusse, y compris le Lauenbourg, n'a que 19,304,843 habitants.

D'après le recensement de 1857, l'empire d'Autriche a 3d,01 8,988 habitants; VAlmanach de Gotha de 1866 calcule qu'en proportion de son mouvement, la population de l'Autriche devait s'élever, à la fin de 1861, à 37,000,000 d'habitants. On peut donc, sans exagération, compter qu'en 1866 la population autrichienne est au moins le double de la population prussienne.

Deux contre un !

Si l'Autriche, faisceau à demi rompu de nationalités subjuguées, mais encore palpitantes et rivales entre elles; si l'Autriche, allant de la fédération à la centralisation pour revenir de la centralisation à la fédération, a en elle des germes féconds de dissolution et des causes graves de faiblesse, la Prusse, elle aussi, n'offre-t-elle pas de tous côtés des points vulnérables? N'est-elle pas ouverte à tous les vents courroucés qui peuvent souffler? N'est-elle pas ouverte du côté de l'Autriche, à qui appartient la Bohême, du côté de la Saxe menacée par la prussifîcation, du côté de la France, qui n'a pas encore absolument renoncé à rentrer en possession de la rive gauche du Rhin; enfin, du côté de la Russie, que peuvent contrarier les prétentions d'unification de l'Allemagne, couvées

par le faux Cavour de Bériiti? Des barriènès, réputées infranchissables avant que le premier coup de canon ait été tiré, peuvent s'aplanir immédiatement. Il se pourrait qu'entre la Prusse, sa rivale mortelle, et l'Italie, son alliée naturelle, rAutriche, subitement tirée de Tobscurité par réclaîr précédant la foudre, tendît slneèrement et politiquement la main à ritàlie en lui disant : « Désormais soyons amis! Nous avons les mêmes intérêts en Orient, les mêmes intérêts à Gonslantinople et Sue*, les mêmes intérêts dans la Méditerranée, les mêmes intérêts à la conservation de la paix européenne, les mêmes intérêts à Textension de la liberté maritime ; j'achète votre alliance au prix de la Vénétie et je n'estimerai pas que ce soit la payer trop cher, et que ce soît un marché qui m'avîlissê, si, de votre côW, pour établir la réciprocité, vous faites d'honneur tout ce qu'il feudra faire pottr que Rome reste à jamais la ville libre de la papauté. »

Cette combinaison, cette éventualité, cette possibilité, qui glorifierait l'Autriche aux yeux de tous les catholiques reconnaissants, est dans les cartes du jeu.

Ou le ministre du roi Frédéric-Guillaume a dû prévoir cette retourne, ou c'est un ignorant qui ne sait même pas la marche du jeu qu'il a la prétention de professer.

En principe, nous sommes contre toutes les alliances, — trente attnées,d'observatlôôs, d'études et de méditations nous ayant appris qu'une alliance est moins souvent une garantie qu'une gène à laquelle les deux parties contractantes ne tardent pas à se soustraire ; mais, s'il est une alliance qui soit dans la nature des choses, assurément c'est l'alliance austrofrancc-italienne.

En résumé, toutes les apparences, tous les préparatifs sont pour la guerre; mais toutes les réalités, toutes les probabilités sont contre elle.

■irtiT«-ifJ*

QUE VOULAIT KAUTRICHE?

Page 1