LE DISCOURS D'AUXERRE
7 mai 1866.
L'empereur a répondu au maire d'Auxerre :
« Je vois avec bonheur que les souvenirs du premier Empire ne sont pas effacés de votre mémoire. Croyez que» de mon côté, j'ai hérité des sentiments du chef de ma^ famille pour ces populations énergiques et patriotes qui ont soutenu l'empereur dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. J'ai, d'ailleurs, envers le département de l'Yonne une dette de reconnaissance à acquitter. Il a été un des premiers à me donner ses suffrages en i 848 ; c'est qu'il savait, comme la grande majorité du peuple français, que ses intérêts étaient les miens et que je détestais comme lui ces traités de 4815 dont on veut faire aujourd'hui l'unique base de notre politique extérieure.
» Je vous remercie de vos sentiments. Au miheu de vous, je respire à Taise, car c'est parmi les populations laborieuses des villes et des campagnes que je retrouve le vrai génie de la France. »
Le discours qui précède n'a pas besoin qu*on le commente. Il aura en France et en Europe le retentissement du canon.
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Il y a longtemps qu'on sait ce que pense des traités de 1815 le souverain qui a le commandement de l'armée et de la marine françaises.
En 1836 il écrivait :
« Voyez le lion de Waterloo encore debout sur nos frontières ! Voyez notre drapeau, il ne flotte nulle part où nos armes ont triomphé ! »
Le 28 septembre 1840, il adressait à la cour des pairs ces fières paroles :
c( Je représente devant vous un principe, une cause, une défaite. Le principe, c'est la souveraineté du peuple; la cause, celle de l'Empire; la défaite, Waterloo. Le principe, vous l'avez reconnu; la cause, vous l'avez servie ; la défaite, vous voulez la venger. Non, il n*y a pas de désaccord entre vous et moi. »
Quelques semaines après, en montant à bord, il disait au sous-préfet, qui lui exprimait le désir de le revoir comme citoyen ;
« Je ne pourrais y revenir à ce titre que lorsque le lion de Waterloo ne sera plus debout sur la frontière. »
Ces sentiments de l'empereur Napoléon III, c'étaient ceux de son oncle, l'empereur Napoléon P*", ainsi que l'atteste cette lettre à l'appui :
« Paris, le 19 janvier 1814.
» La chose sur laquelle l'empereur insiste le plus, c'est la nécessité que la France conserve ses limites naturelles; c'est la condition sine qua non. Toutes les puissances, l'Angleterre même, ont reconnu ces limites à Francfort. La France, réduite à ses limites anciennes, n'aurait pas aujourd'hui les deux tiers de la puissance relative qu'elle avait il y a vingt ans. Ce qu'elle a acquis du côté du Rhin ne compense point ce que la Russie, l'Autriche et la Prusse ont acquis par le démembrement de la Pologne.
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» Tous ces États se sont agrandis : vouloir ramener la France à son état ancien^ ce serait la faire déchoir et l'avilir; la France sans les départements du Rhin^ sans la Belgique, sans Ostende^ sans Anvers^ ne serait rien.
10 Signé : caulaincourt^ duc deVicence. v
Nier que M. de Bismark a échafaudé sur ces sentiments légitimes, qui ne sont ignorés de personne et que comprend tout le monde, le projet qu'il poursuit depuis plusieurs années d'agrandir la Prusse au prix d'un remaniement de l'Europe, quel qu'il doive être, ce serait nier la clarté de l'évidence.
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