LES SITUATIONS FAUSSES
paix par la liberté et de la libertié par la paix de pan^tre se passionner pour la guerre, alors même que cette guerre doit se dore par Tagrandissement territorial de la France recouvrant ses frontières des Alpes au Rhin^ juste expiation de Waterloo, obtenue en 1866 avec le concours de nos plus cruels ennemis de 1815, légitime revanche de la patience contre la force?
La guerre n'a pas d'ennemi plus déclaré que nous. Bile est, à nos yeux, la bêtise humaine élevée à sa plus haute puissance. Plus que jamais, nous sommes pour la paix systématisée; plus que jamais, nous sommes pour la paix partout et toujours ; plus que jamais, nous sommes pour la paix désarmée ; plus que jamais, nous croyons fermement qu'U n'y a pas une diifficulté, pas un litige, pas un problème qu'il ne soit plus facile et plus sûr d'aplanir, de vider, de résoudre par la paix, la liberté et l'équité^ que par la guerre, la domination et la spoliation.
Mais lorsque les armées sont en ligne, lorsque les sabres sont tirés, les canons chargés et prêts à vomir la mitraille, un journal ne se manquerait-il pas à lui-même s'il se bornait à répéter chaque jour les mêmes prédications contre la guerre, si vraies qu'elles soient? Ne serait-ce pas s'exposer à tomber dans le rabâchage, qui finit par rendre fatigantes et insupportables les idées les plus justes, les sentiments les plus généreux? Lorsqu'il n'a pas pu conjurer la guerre, quelque insistance qu'il ait mise à la combattre, ce à quoi un journal doit s'appliquer, n'est-ce pas à démêler entre toutes les combinaisons celles qui offrent le plus de chances de l'abréger? N'est-ce pas là sa tâche, et, s'il réussissait à l'accomplir, ne serait-ce pas là son honneur?
Que ceux qui ne sont pas de cet avis nous disent donc quelle situation serait moins fausse lorsque le silence n'est pas possible I La situation la plus fausse ne serait-elle pas celle d'un journal se taisant lorsqu'il doit parler, n'ayant pas d'avis lorsqu'il est tenu d'en avoir un? Que vaudrait un tambour qui ne rendrait aucun son? Que vaudrait un journal qui, dans les circonstances actuelles, se bornerait à laisser la guerre suivre son cours, en affectant de pardtre s'occuper de questions dont nul ne se préoccupe en ce moment suprême, où
eè qu'on appelait ItÊouiUBUE iawo»EBif poorrtit ^as jmtemtut se nommer le oiaAiLUsxsirT xuiopseh?
Tout ce qu^oa peat dire contre la guerre, qoob TaToiiB dit. C'est par là que nous avons commencé. Notre fenne conyictton est encore que pour étouffer la guerre dans son germe la France n'avait, il y a deux mois, qu'à faire entendre ces paroles : « Quelle quelle soit^ la puissance qui attaquera me ttymrvera êa côté de la puissance attaquée» » Quel accueil ont reçu ces paroles? Il leur a été répondu : a Ce langue, siiaFrmce avait l'imprudence de le tenir^ lui coûterait sa liberté d^actian, jd Ce que valait cette prétendue liberté d'action, à laquelle nous n'avons Jajuais cru , las événements aie tarderont pas à le montrer^
Notre conseil n'ayant pas été écouté, nous nous sommes alors demandé ce qui valait mieux pour la France, solidaire de ritalite : de s'unir à l'Autrictie et à l'Italie contre la Prusse, ou de s'unir à la Prusse et à l'Italie contre l'Autriche?
Assurément, de toutes les situations , la moins fausse eût été celle qui, rendant à l'Autriche la Silésie, lui donnant le cours du Danube, l'accès à la mer Noire et à la Méditerranée, eût restitué la Ténétie à l'Italie, leur autonomie aux duchés de l'Elbe, et enfin à la France les limites qui lui ont appartenu. Si la projwsîtîon en a été faite à TAutriche en toute franchise, cartes sur table, en lui tenant compte de tous les risques en même temps que de tous les avantages, et que l'Autriche l'ail écartée par de petites considérations, l'Autriche a mérité le sort qui lui est réservé. L'aveugle! Entre divers périls, ce ne sera pas le moindre qu'elle aura choisi; non, ce sera le plus gros.
Il est évident, il est incontestable, il est certain que la plus fausse de toutes les situations est celle qui, dans llntérêt de l'Italie, au lieu d'associer la France à l'Âutriehe, tson aSliée maritime, va Tassocier à la Prusse, «on en'uemîe lerritoriaie; Mais le cours impétueux de la guerre dharrie ta^de combinaisons imprévues , qu'il faudrait n'avoir jamais ouvert «* parcouru un volume d%is%eire pour ^altacber «a point de départ d'une guerre une tr-op graside importance. Gosc^eo a-t-on TU de guerres qui n*on!t pas tardé 4 inHMiiller tas ailiéi et à réconcilier les «memis!
Rien ne -serait meins étonnant que, ecfmmffRçesat fm «wr
LES SITUATIONS FAUSSES ISl
la Pfiisle pour aUlée, ia Fraoee ne finît fmt TaToir ponr enn^NOÎe, et que, oommençaiit p&r aTOîr rAntriche poi^ en&e* mie, la Franœ ne finît par l'avoir pour alliée^ Ge aérait rentrer dans l'ordre naturel des choses^
Non, dans l'intérêt de la paix^ dans l'intérêt de la France^ à moias d'un remaniement complet de l'Europe, lequel soulèverait, sans certitude de les rendre, les queetiooe les plus graves, les plus délicates, les plus complexes, il n'est pas à souhaiter que le comte de Bismark réussisse à faire absorber l'Allemagne par la Pmsse, comme le comte de Gavour a réussi à faire aJisorber l'Italie par le Piémont, car il j aurait^ dans l'avenir, autant de chances, au moins, pour que l'Aile^ magne {M:v8sifiée s^vlt d'avant-garde à la Russie contre la France qu'il y en aurait pour que l' Allemagne prussifiée servît d'avant-garde à la France contre la Russie. Ge serait un danger, ce ne serait pas une garantie.
Dans le champ des combinaisons restreintes, il n'y a que l'agrandissement de l'Autriche qui offre et qui donne des garanties à la paix et à la France, aussi bien qu'à l'Angleterre et à la Russie.
Admettons ce qu'avec un peu d'habUeté il eût été facile, il y a quelques semaines , de faire passer de fa région de l'hypothèse dans le domaine de la réalité; admettons que le point d'honneur autrichien engagé sur la cession de la Yénétie à l'Italie eût été dégagé par le retour de la Silésie à l'Autriche ; admettons que l'abandon de la GalUcie eût été le prix mis par la Russie à son assentiment donné à l'Autriche de s'incorporer les provinces danubiennes vassales de la Turquie, — dans ce cas l'Autriche devenait par excellence la puissance neutre, la puissance pacifique, car elle était la garantie que les clés des DardaneUes ne tomberaient aux mains d'aucune des deux grandes puissances rivales en Asie : l'Angleterre et la Russie.
Alors complètement dégagée de toute préoccupation extérieure, et désormais à l'abri de toute complication étrangère, la France pouvait en toute sûreté donner à l'Europe l'exemple du désarmement et le spectacle d'un pays exclusivement livré à l'achèvement de tous les grands travaux pacifiques et à la solution de tous les grands problèmes économiques^
Alors la guerre émigrait d'Europe en Asie.
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Mais puisque, par un motif ou par un autre, par la faute de rAutriche ou par la faute de la France, cette alliance n'est pas celle gui a prévalu, puisque celle qui s'est nouée est Tal- Uance de la France, de l'Italie et de la Prusse, rendons cette situation fausse le moins fausse possible. Soyons francs ! Que l'Autriche sache, à n'en pas douter, que nous sonunes résolument contre elle avec la Prusse et l'Italie I
Ne commençons pas par exposer nos alliés au danger d'être battus, car les affaiblir ce serait nous affaiblir nous-mêmes.
Faisons le contraire de ce que font ceux qui faussent une situation droite : efforçons-nous de redresser de tout notre pouvoir une situation fausse.
Même dans l'inconséquence, sachons être logiques I
La logique de la guerre, c'est la victoire.
Dès le premier choc, sachons nous l'assurer !