LA CONFÉRENCE
27 mai 1866.
Si cela est encore possible, empêcher la guerre ; et si cela n'est plus possible, Tabréger.
A tout prix empêcher la guerre, à tout prix Tabréger : — telle a été, telle est, telle continuera d'être notre ligne.
11 n'y en a pas de plus droite.
Aussi applaudissons-nous des deux mains à la Conférence dont le Moniteur annonce la prochaine réunion à Paris.
Contrairement à tout ce que nous entendons dire autour de nous, notre avis est que le plus difficile pour la €k)nférence, ce ne sera pas de réussir, ce sera de se réunir.
Avant le jour où devra s'ouvrir la Conférence, ne surgira-t-il aucun fait de guerre, ne naîtra-t-il aucune difSculté de forme qui l'empêchent de s'assembler? Ce doute est le seul qui jette un voile sur nos yeux.
Si elle se réunit, la Conférence réussira.
Oui, elle réussira à mettre d'accord l'Autriche avec l'Italie, la Prusse avec TAutriche et la France avec l'Europe.
Le point d'honneur de la diplomatie, ce sera le succès, comme le point d'honneur de la guerre, c'est la victoire.
Gomment et pourquoi la Conférence ne réussirait-elle pas?
Les lieux communs qui consistent à prétendre que ce qu'un
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Congrès peut faire après la guerre, il ne le saurait faire avant, ne sont pas à notre usage.
Nous avons soutenu ériergiquement le contraire en novembre 1863, et ce que nous pensions à cette époque, nous n'avons pas cessé de lo penser en mai 1866.
*Voué depuis le premier jour où nos doigts ont tenu une plume au culte de l'idée, nous n'avons jamais eu l'idolâtrie du sabre.
Les nœuds que la force peut trancher, la dextérité peut les dénouer. Mieux vaut toujours les dénouer que les trancher.
Dénouer les nœuds que le sabre, déjà hors du fourreau, s'apprêtait à trancher, sera chose plus simple qu'on ne le suppose communément, si la Conférence ne fait pas mentir le Moniteur^ si la Conférence ne s'en va pas en fumée de poudre à canon, ou si elle n'est pas arrêtée au seuil par une formalité sans pouvoir le franchir.
Le principal, répétons-le, est donc que la Conférence s'assemble; le restant est accessoire.
Qu'importe, en effet, que la rédaction du troisième point ait été changée à la demande de l'Autriche, et que le nom de la Vénétie ait été effacé pour faire place à cette phrase : « S'entendre mr les moyens les plus propres à garantir la sécurité de l'Italie )>? Est-ce que l'Autriche ne sait pas mieux qu'aucune autre puissance qu'il ne saurait y avoir pour l'Italie « aucune sécurité n aussi longtemps que le Quadrilatère, qui la menace le fiisil au cœur, n'aura pas été rasé. Donc, lorsque l'Autriche consent à se rendre à la Conférence et à s'y trouver en présence de l'Italie et de la Prusse, c'est que l'Autriche est décidée à entrer dans la voie des justes compensations entre lesquelles elle aura à choisir.
Nierart-on que ces compensations soient possibles à trouver? On aurait pu le nier avant que la Prusse leur ait ouvert la porte à deux battants, ce qu'elle a fait lorsqu'elle a mis en avant la proposition de réforme fédérale. Cette proposition est le levier qui, ayant la Conférence pour point d'appui, permettra à la diplomatie de soulever l'Europe, laquelle a perdu l'équilibre, et de le lui rendre.
Trois questions sont posées :
La sécurité de l'Italie ;
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Les duchés de VWbe ;
La réforme fédérale.
L'une aidant l'autre, les trois questions qu'il eût été impossible de résoudre séparément se résoudront collectivement Tnne par l'autre, avec une facilité dont nous serons peut-être le seul à n'être pas surpris.
Ce sera une fois de plus la confirmation de la justesse de ce précepte :
Youlez-vous simplifier les questions? Élevez-les.
5 juin 1866.
L'ajoamement de la Gonférenco Mt aimoncé en ces termes par le Moniteur :
« Us r^ooses de l'Autriche au siqet de la Conférence contiennent certaines réserves qui deyront être examinées avant la réunion des
plénipotentiaires, i»
D Les négociations auxquelles ces réserves donneront lieu retarderont nécessairement de quelques jours la réunion projetée* »
Le Moniteur fait suivre la déclaration qui précède des réflexions qu'on va lire et qu'il emprunte au Times :
« Si les événements viennent prouver que c'est TAutriche qui a détruit les dernières espérances de paix^ la responsabilité de l'empereur sera vraiment grande. Quoiqu'il ait reçu de nombreuses provocations^ bien que^ pour ce qui regarde l'Allemagne du moins^ sa cause soit juste^ il est imprudent et très-biftmable à lui de refuser une invitation telle que celle qui lui a été faite par les puissances neutres^ ou de mettre à son acceptation des conditions qui la rendent illusoire. Nous ne dissiiQolenms pas que nos sympathiies se tournent vers lui^ parce que son 'Ole en Allemagne est honnête et a l'approbation de la majorité de ses compatriotes; mais sa persistance à repousser toute négociation relativement à ses possessions d'Italie lui enlève la coopération morale des «nations les plus libres et les plus puissantes de l'Europe. Que plus tard
' empire soit exposé aux attaques d'autres ennemis que ceux réun
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maintenant contre lui, le monde jugera que ses malheurs ne seraient pas immérités. »
L'Autriche, à qui les avertissements les moins adoucis, mais les plus sincères, n'ont pas manqué, va donc retomber en 1866 dans la même faute qu'elle a commise en 1859 I Y aurait-il donc pour le gouvernement autrichien une pente fatale qui l'entraînerait à sa perte, lorsqu'il dépendait de lui de se sauver, de se fortifier et d'acquérir une grandeur nouvelle?
Ses défenseurs à outrance prétendent que l'Autriche se conduit habilement en faisant du Holstein le casus belli^ attendu qu'elle resserre ainsi les liens qui unissent à elle la plupart des États de la Confédération germanique.
C'est là une opinion que nous ne saurions partager. L'Autriche, répétons-le-lui, est sur le point de conmiettre une faute irréparable, car elle joue son existence contre l'union de la Prusse, de l'Italie et de la France. L'Autriche oublie qu'elle n'est que le lien d'un faisceau. Or qu'est-ce qu'on faisceau dont le lien est rompu ?
L'Autriche, qui, alliée à la Prusse, n'a pas craint d'abuser de sa force contre le Danemark, s'expose à ce que le même abus de la force ait lieu contre elle non moins impitoyablement. Qu'aura-t-elle à dire, lorsque ainsi elle ne fera que subir la loi qu'elle a faite? Patere legem quam ipse fecistù.
S'il y a un axiome vrai, c'est celui-ci :
Un sot trouve toujours un plus sot qui Tadmire.
Eh bien, il y a cet axiome qui n'est pas moins vrai : Un fort trouve toujours un plus fort qui Técrase.
Comment cette pensée, vérifiée par l'expérience, vérifiée par l'histoire, ne fait-elle pas réfléchir plus mûrement les gouvernements ? Est-ce que, plus encore que les peuples, les gouvernements ne devraient pas être les ennemis systématiques de la guerre?
Les gouvernements périssent, les peuples leur survivent.