LA PARTIE INTERROMPUE
l«r août 1863.
La Gazette de France impute à la Liberté des contradictions dont la responsabilité retombe tout entière sur une politique qui se caractérise d'elle-même, sans qu'il soit nécessaire que nous la qualifiions.
Oui ou non, est-il vrai qu'au début la paix par la sincérité fftt facile à maintenir?
Oui ou non, est-il vrai qu'il suffisait pour étouffer la guerre dans son germe que la France déclarât qu'elle «e rangerait immédiatement du côté de la puissance qui serait attaquée contre la puissance qui attaquerait?
Oui ou non, les sentiments attestés par des paroles acquises à l'histoire étaient-ils connus de M. le comte de Bismark, et ne lui ont-ils pas servi d'auxiliaires?
Ouï ou non, serait-il prudent d'affirmer que ces sentiments ont cessé d'exister et n'attendront pas pour le faire voir la première circonstance propice?
Oui pu non, une parenthèse a-t-elle été ouverte en 1860, et ne le demeure-t-elle pas encore?
Oui ou non, l'équilibre européen est-il, depuis la conclusion de l'armistice, le même qu'avant la bataille de la Sadowa?
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Oui on non, la Prusse n'a-t^elle pas acquis l'accès qu'elle convoitait sur la mer du Nord et la mer Baltique, et la suprématie sur F Allemagne?
Oui ou non, l'Autriche n'a-t-elle pas perdu en Allemagne et en Europe le prestige militaire et politique qu'elle avait conservé même après la paix de Yillafranoa?
Oui ou non, certaines prévisions qui avaient toutes les apparences pour elles n'ont*elles pas été complètement déjouées par les événements considérés comme les moins probables?
Oui ou non, la France, n'ayant pas lié sa partie avec l'Autriche et l'Italie contre la Prusse, n'eût-elle pas mieux fait de s'unir avec l'Italie et la Prusse contre l'Autriche, que de s'enfermer dans une neutralité attentive aboutissant à une médiation gênante ?
Lorsque des faits aussi considérables que ceux dont nous venons d'être les témoins se sont accomplis, quelle conduite la France doit-elle t enir
Doit-elle réagir contre eux ou doit-elle les accepter?
Réagir brusquement contre eux serait téméraire; les accepter passivement serait humble. Une seule conduite est dictée à la fois par la prudence et la dignité : c'est de s'élever au-dessus d'eux de toute la hauteur de la politique nouvelle que nous avons si souvent exposée.
Si cette politique-là n'est pas la bonne, que la Gazette de France nous en indique donc une meilleure ! Qu'elle nous dise ce que maintenant il y a à faire et ce qu'elle ferait.
3 août 1866.
Que nous répond la Gazette de France?
Elle nous répond :
a Ce qu'il y a à faire maintenant, c'est de défendre la cause de l'îndépendance des peuples, grands et petits, c'est d'enrayer les succès de la politique de despotinne en Europe ; c'est d'affirmer énergiquement, en face des victoires du fusil à aiguille, les droits de la liberté et des
gûuverndments libre». Et c'est malheureusement tout le contraire que fuit M. de Girardm. »
Noue lui répliquons :
S'il y av^it un peuple dont rindépendance fût en question et qui méritât qu'elle lui fût rendue, n'était-ce pas celui qui supportait en Vénétie le poids de la domination étrangère et du Quadrilatère autrichien? Quelle conduite avait été plus héroïque et plus admirable que celle de Venise défendue par l'immortel Manin, ce grand citoyen, aussi grand dans Texil, où la France Fa vu donner pour vivre des leçons dé langue italienne, que dans la lutte, où l'Europe l'a vu donner l'exemple de toutes les vertus de l'homme de liberté unies à toutes les qualités de l'homme de pouvoir, la plus invariable abnégation jointe à la plus invincible fermeté?
Dans la guerre engagée entre l'Autriehe et la Prusse, quels sont donc les autres peuples, grands et petits, dont l'indé* pendance est en cause?
Que la Gazette de France^ qui les connidt, nous les nomme, à nous qui ne les connaissons pas.
Nos lecteurs le savent : dès que nous avons vu poindre entré l'Autriche et la Prusse, à l'occasion du partage des duchés de l'Elbe, le différend qui, naissant du traité de Ga* stein, a abouti d'abord au traité conclu entre la Prusse et l'Italie, ensuite à la perte de la bataille de la Sadowa, nous n'avons p8» hésité à nous prononcer en faveur d'une alliance entre l'Autriche, la France et l'Italie, alliance ayant pour prologue l'évacuation de la Vénétie rendue à elle-même, et se déroulant en trois actes :
Premier acte. — La reprise de la Silésie par l'Autriche à titre de juste compensation, plus le cours du Danube.
Deuxième acte. — L'autonomie des trois duchés de l'Elbe, affranchis à la fois de la domination du Danemark et de la domination de la Prusse.
Troisième acte. — La rive gauche du Rhin à la France, rentrant dans ses frontières naturelles et arrachant ainsi de son histoire la douloureuse page de Waterloo.
Si cette alliance, sur la nécessité et les avantages de laquelle notts avons tant de fbis insisté, ne s'est pas conclue, à qui la teutot
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Est-ce la nôtre? N'est-ce pas celle de rAutriche qui, dans Tenivrement de sa confiance en sa supériorité militaire, s'imaginait et disait qu'elle battrait, vaincrait et disperserait les Prussiens à coups de bonnet de police , sans qu'elle eût besoin de brûler une seule amorce?
Plus nous avons été hautement pour l'alliance austrofranco-italienne, et plus nous sommes à notre aise pour rétablir la vérité à l'égard de la Prusse : vérité altérée par la foule bruyante de personnes passionnées dont la Gazette de France est l'écho, ce qui explique de notre part que noua ayons accepté ce débat avec elle.
La vérité, c'est que l'indépendance des États de l'Allemagne, des États dont se composait l'ex-Confédération germanique, issue du pacte fondamental du 9 juin 1815, n'est pas en cause, car ce qui s'accomplit en 1866 n'est que la réalisation du vœu national allemand tel qu'il se trouve longuement formulé dans les cent quatre-vingt-seize délibérations de l'Assemblée nationale allemande constituante de 1848, siégeant à Francfort et présidée par le baron de Gagern; Assemblée qui engendra le Pouvoir central provisoire de l'Allemagne; Pouvoir central provisoire qui engendra à son tour la déclaration des Droits fondamentaux du peuple allemand promulguée le 27 décembre 1848; déclaration des Droits fondamentaux qui engendra le projet de Constitution de l'empire allemand, le 8 mars i849; projet de Constitution qui fut suivi, le Shf mars 1849, de cette décision prise par l'Assemblée nationale : « La dignité de chef de l'empire sera conférée » hérédi'airementà un prince souverain de l'Allemagne; le » chef de l'empire prendra le titre û^empereur des AHemanm; » décision qui fut accompagnée du vote à l'unanimité de la loi électorale et de la promulgation de la Constitution,
La Gazette de France n'a qu'à ouvrir, à la page 445, le volume que nous avons sous les yeux (1); elle y .v)uv<sra ce qui
suit :
(1) AROHivBs DiPLOMATiiyuES aiNÉRALES, par MarteoB, Saalfeld et Fréd^ rie Miurhard. Tome II, année 1848-1849. Gœttkusue,