ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUANTE DE L'ALLEMAGNE
(196« sémee. — 28 mars 1849 )
ai^ L'Assemblée nationale procédera immédiatement à Télection de l'empereur;
T» 2* L'élection aura lieu à la majorité desToix;
1» 3® Chaque membre de l'Assemblée nationale sera invité, par appel nominal, à indiquer le prince souverain de l'Allemagne auquel il donne sa.voix;
» 4° L'élection de l'empereur sera promulguée publiquement par le président de l'Assemblée nationale, au nom de cette dernière.
)> ... En conséquence, le président a proclamé la publication de la Constitution; ensuite, on a ouvert le scrutin pour l'élection de l'enipereur.
» L'élection a eu lieu par appel nominal :
» 290 membres ont voté pour le roi de Prusse;
» 248 membres se sont abstenus.
» Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, a été proclamé EMPEREUR DES ALLEUliANDS, aux acclamations d'une grande partie de l'Assemblée. »
Si la Gazette de France tourne la page, elle trouvera, page 457, cette réponse du roi de Prusse à la députation de rAssemblée nationale allemande :
« L'Assemblée nationale allemande a compté principalement sur mot quand il s'est agi de fonder I'unitê de l' Allemagne et la farce de la Prusse, J'honore sa confiance; veuillez lui en exprimer ma gratitude. Je suis prêt à prouver par des actes que ces hommes ne se sont pas trompés qui placent leur ferme espoir dans mon dévouement, ma fidélité et mon amour pour la commune patrie allemande. Mais, messieurs, je ne justifierais pas votre confiance, je ne répondrais pas à l'attente du peuple allemand, je ne fonderais pas l'unité de l'Allemagne si, violant des droits sacrés et les assurances expresses et solennelles que j'ai données antérieurement, je prenais, sans le libre consentement des tètes couronnées, des princes et des États libres de l'Allemagne, une résolutioii qui aurait les plus graves conséquences pour eux, ainsi que pour les tribus allemandes gouvernées par eux... »
Que e roi de Prusse, obéissant à ses scrupules, ait eu tort ou qu'il ait eu raison, le 3 avril 1849, de refuser la couronne d'KMPEREua DES ALLEMANDS, là n*est pas la question. Le fait,
LA PABTIB OfinmmiPCIE fM
c*est qu'il a dépendu, à un jour donné, du roi de Prusse d'être Tempereur des Allemands; cela est incontestable. Eh bien! ce jour-là nos lecteurs pensent-ils que la France eût été dans son droit de s'opposer à Tunité de TAllemagne ainsi votée, ainsi proclamée, ainsi faite, en se fondant sur ce que cette unité de TlAlemagne rompait l'équilibre de l'Europe?
S'il nous plaisait de nous bercer dans une antithèse familière à la Gazette de France^ nous dirions que, en résumé, la Prusse ne fait qu'exécuter en 1866, par le droit de la force, par la guerre victorieuse, ce qu'il ne lui a pas convenu d'exécuter en 1849 par la force du droit, par le vœu national.
Ce qui est vrai, ce que nous ne nous lasserons pas de soutenir, c'est que si l'Allemagne fédérale aime mieux être l'Allemagne unifiée que l'Allemagne féodale, si elle préfère l'unité à l'hégémonie, eussions-nous intérêt de l'empêcher, nous n'en aurions pas le droit.
A quel titre nous opposerions-nous à ce que la Prusse fît en Allemagne, aux acclamations de l'Allemagne, ce que le Piémont a fait en Italie aux acclamations de l'Italie?
S'il plaisait aux Bavarois, par économie ou par orgueil, de n'avoir plus de roi ou de cour de Bavière, comme il a plu aux Napolitains de n'avoir plus de roi et de cour de Naples, qa'aurions-nous à dire, nous qui n'eussions certainement pas supporté que l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse, la Russie, etc., intervinssent, en Ifôâ, dans nos affaires intérieures et s'opposassent, aux termes des traités de 1815, qui les liaient, à ce que l'empereur élu fût proclamé et reconnu sous le nom de Napoléon III?
Pas plus que la Gazette de France^ et probablement moins qu'elle, nous n'avons d'admiration et de sympathie pour a les succès de la politique de despotisme en Europe n ; nous nous appelons la Liberté^ nous n'aimons que la liberté et nous ne glorifions que la liberté. Mais si Sa Majesté le roi Frédéric-Guillaume P' et Son Excellence M. le comte de Bismark-Schœnhausen la représentent mal à nos yeux, est-ce que Sa Majesté l'empereur François-Joseph P' et Son Excellence M. le comte Richard de Belcredi, ministre président et ministre d'État, la représentent mieux? Est-ce que la liberté est plus grande et plus respectée à Vienne qu'à Berlin?
Maintenant, supposons que le contraire de ce qui est arrivé
fût advenu ; supposons que F Autriche, au Ueu d'avoir été vaincue, eût été victorieuse, est-ce que la victoire de TAu* triche eût mieux servi les intérêts de la France que la victoire de la Prusse? Depuis quand 37 millions additionnés avec 18 millions, et formant un total de 55 millions, sont-ils moins que \8 millions additionnés avec 18 millions, et formant un total de 36 millions?
Maîtresse de la Confédération germanique, TAutriche eût disposé d'une force de 55,000,000 d'habitants; msdtressede la Confédération germanique tout entière, sous quelque forme que ce soit, la Prusse dispose d'une force qui ne peut excéder, en aucun cas, même le plus extrême, 37,000,000 d'habitants.
Voilà la vérité chiffrée !
L'Autriche ayant refusé ou n'ayant pas su jouer avec la France la partie dont le gain contre la Prusse eût alors été certain, devons-nous nous affliger de ce que les Autrichiens ont perdu si complètement leur prestige?
L'Autriche était-elle une alliée qui nous avait donné dans le passé des gages de son dévouement et de sa fidélité?
Si nous consultons l'empereur Napoléon I", voici sa réponse :
(( La politique de la maison d'Autriche a été de tout temps envaliissante et temporisante ; c'est ainsi que cette puissance a e;npiété sur la Pologne et sur la Turquie el qu'elle s'intitulait suzeraine des États d'Allemagne et d'Italie. » ^)
« La politique du cabinet autrichien ne change pas. Les alliances^ les mariages peuvent suspendre sa marche, mais ne la détournent jamais. L'Autriche ne renonce point à ce qu elle est forcée de céder. Tant qu'elle est la plus faible, la paix dans laquelle elle se réfugie n'est qu'une trêve; en la signant, elle médite une guerre nouvelle... Observe*la depuis vingt ans. Après nous avoir combattus pendant cinq campagnes acharnées, elle ne se résout à suspendre les hostilités à Léoben que parce qu'il n'y a plus moyen de nous empêcher d'entrer dans Vienne. Un an après, elle apprend mon départ et celui de mon armée pour l'Egypte: aussitôt elle recommence la guerre; et si, en 1801, elle signe la paix de LunévUle, c'est que les vainqueurs de Hohenlinden menacent de nouveau sa capitale. En i805^ elle croit nous surprendre au milieu
(1) mAmoircs db hapoléon.
LA PARTIE imtRROBIPUE SttI
de DOS projets de descente en Angleterre: elle reparaît sous les armes; maïs cette fois elle perd Vienne et la bataille d'Austerlitz ; il fautbien encore se soumettre ! Trms ans sont à peine écoulés, qu'elle oublie les leçons précédentes. En 1809 elle nous voit engagés au fond de l'Espagne» et elle nous attaque avec une nouvelle confiance. Ce n'est qu'après avoir perdu Vienne et la bataille de Wagram qu'elle consent à la paii. Aujourd'hui (en 4813), elle croit avoir des chances plus favorables que jamais, et vous la voyez qui se déclare encore contre nous. En un mot^ l'Autriche ne sait rien oublier ; elle sera notre ennemie non-seulement tant qu'elle aura des pertes à réparer, mais encore tant que la puissance de la France pourra lui faire craindre de nouveaux affronts. Cet instinct de jalousie est plus fort que tous les intérêts, que toutes les affections; jugez-en par l'inutilité de mes efforts. » (1)
« Je n'hésite pas à prononcer que mon assassinat à Scbœnbrunn eût été moins funeste pour la France que ne l'a été mon union avec l'Autriche. » (2)
Maintenant, en ce qui concerne la Prusse, voici la pensée de Napoléon P% telle qu'elle est rapportée par M. Bignon :
« On se demandera un jour pourquoi, dans les six dernières années de son règne. Napoléon s'est montré sans pitié pour la Prusse : c'est que )a Prusse aura été la puissance qui lui aura fait le plus de mal en le forçant à la combattre, à la détruire, elle qu'il eut voulu étendre, FORTIFIER, AGRANDIR pour assurcr par son concours l'immobilité de la Russie et de l'Autriche... yt
Des citations qui précèdent nous n'entendons nullement tirer cette conclusion, que la Prusse offre à la France un point d'appui plus solide que l'Autriche. Telle que nous la comprenons, et telle que nous l'expliquerons plus loin, dans l'article intitulé : la cause des peuples, la politique place ses lois ailleurs que dans des alliances toujours fragiles et des conquêtes toujours précaires. Par ces citations, que nous aurions pu multiplier démesurément, nous avons voulu seulement prouver que la France est pleinement désintéressée dans la lutte d'influence où l'Autriche vient de succomber, où la Prusse vient de l'emporter.
(1) MANUSCRIT DE 18i3.