U CAUSE DES PEUPLES
5 août 1866.
La politique est un labyrinthe où se sont égarés h la suite les uns des autres, sans pouvoir en sortir, les plus grands souverains et les plus grands ministres; nous n'en exceptons aucun, en aucun temps et en aucun pays.
Il en sera dans l'avenir comme dans le passé, aussi longtemps que les gouvernements n'auront point de fil conducteur qui guide leurs pas et les aide à trouver l'issue que tous ont cherchée en vain, s'ils l'ont cherchée.
Ce n'est qu'après avoir été renversé du trône que le plus grand conquérant des temps modernes et peut-être des temps anciens, Napoléon P% reconnaissant le néant des conquêtes, a laissé tomber de la hauteur du roc de Sainte-Hélène ces mémorables paroles, qui renferment le secret et la loi de la politique nouvelle :
«Le premier souverain quî^ au milieu de la grande mèlée> embrassera de bonne foi la CAUSE DES PEUPLES se trouvera à la tête de toute FEurope^ et pourra tenter tout ce qu'il voudra. »
La cause des peuples! oui, toute la politique nouvelle, toute la nôtre, est dans ces quatre mots.
Tout gouvernement qui les prendra immuablement pour guide sera certain de ne jamais s'égarer.
La. catise des peuples/ qu'avait-elle, pour ne pas remonter plus haut que trois siècles, qu'avait-elle à gagner à rabaissement de la maison d'Autriche, cette œuvre à laquelle Richelieu dévoua toutes les forces du génie que ses admirateurs vantent en lui, à tort, selon nous? Que de sang versé en pure perte pendant ces guerres qui duraient trente ans I Quelle misère dans ce royaume de France, où les paysans, mourant de faim, se soulevaient contre les percepteurs de tailles; où il fallait, pour lever les impôts, la force des armes et la terreur des supplices ; où lee parlements qui oseiept appuyer les justes réclamations des malheureux contribuables étaient cassés et privés de leur droit de remontrances; où une chambre de justice était établie contre les financiers; où toute liberté avait disparu ; où la justice n'était plus qu'un instrument de pouvoir et d'oppression ; où la seule égalité qui prévalût et régnât était l'égalité devant le bourreau !
La cause des peuples/ qu'avait-elle à gagner à la lutte acharnée de la France contre l'Espagne, heureusement terminée parMazarin, mais à quel prix? Un seul fait suffira pour le montrer : En 1646, vingt-trois mille personnes sont emprisonnées par les agents du fisc ; cinq mille meurent dans les prisons. La guerre de la Fronde éclate, l'autorité des Parlements est foulée aux pieds par le pouvoir royal, qui ne recule devant aucun acte arbitraire : Paris est bloqué, la cour se retire à Saint-Germain ; elle déclare le Parlement coupable du crime de lèse-majesté, et fait enfermer à Vincennes Coudé, dontBossaet, dans son oraison funèbre, a rapporté ce mot, souvent cité : « Je suis entré en prison le plus innocent des honmies, et j'en » suis sorti le plus criminel. » Le traité de Westphalie et le traité des Pyrénées ont*ils donné la liberté, l'instruction, le bien-être aux peuples, et empêché leur sang d'inonder tous les champs de bataille?
Ia cause des peuples/ qu'avait -elle à gagner à ce que Louis XIY, surnommé Louis le Grand, au mépris du traité des Pyrénées, au mépris du mariage qui l'avait fait le gendre de Philippe IV, roi d'Espagne, soutînt le Portugal contre l'Espagne, déchaînât contre la Prarice l'Angleterre , la Hollande, la Suède, le Danemark, pour aboutir au ti*aité de Nimègue, plus tard à la bataille de la Hogue, où toute la flotte française fut détruite par l'amiral Russel, plus taird eûùote au
Là cause DBS PEUPLES <SM
traité de Ryswick, et enfin à la guerre d$ SmméÀ^\^^ fl^^à onze ans, et qui, commencée en Italie, netftt^''|)âÀ'à'^gratèl)^ dre sur les deux continents, dans les îles ét\diatli^ "totfi^- to^ -IJ^ux où les Français et les Espagnols avaient dtit^ ëtal^lisaMëôl^^ Adndrateurs de la vieille politique, admirëiïidNiftté'ifiif '^KM^tlè da grand roi! admirez donc la politique lâelii^ùte'Xiyi'Scià beau-frère, Charles II, auquel il avait èùlèvë léi^''^ah&l^ Comté, meurt en instituant pour son suie^sseifi^'à Ij étitlk* d'Espagne son neveu Philippe, duc d'Anjou,^ £9^ d^Dvlti^tilÉi de France. Louis XIY accepte le testaméiit 'âirnë^'â^s(dà petilrfils; il Tembrasse en lui disant ces môl^ béHfbf^ '^ V // n'y a plus de Pyrénées I » Accepter ce testanlëAt^'îc'ét£ât'^i>Â#lerla convention antérieure dite traité de pârki^eJilëiU^^H' sidération n'arrête pas Louis XIY, contre lé«pitel sèi Hg^eiil l'Allemagne, TAngleterre et la Hollande. C'est en vain que le grand roi implore la paix des Hollandais; d'éi^Mfvaiiiiqu'il leur offre, au congrès de Gertruydenberg, de^tie'didirinëMli^ cun secours à son petit-fils le roi d'Espagrië^;- PîtÔiri^'V^, contraint de quitter sa capitale ; c'est en vaifl '<^'*ïrïôar omffe de renoncer à la souveraineté de l'Alsace, de raser toutes ses places depuis Bâie jusqu'à Philipsbourg, de 'èérmBIëflé^port de Dunkerque, de laisser à la Hollande Lille, Tô^ttrtil;'Ypréë^, c'est en vain que, pour les fléchir, mettant l^^ÔAfcfeîà'î'htimilité et à l'abaissement, il va jusqu'à oflH^'iitf mîftiôti piat* mois pour aider les alliés à détrôner son pé<it4Bà^!"SàiiÉr'fe victoire de Denain, remportée parVillars, vic!!Mrô'(}tii''iieHhil de conclure la paix d'Utrecht avec l'Angleterre^ ^(^IrtîfcftaïîW, qui peut dire ce que fftt alors devenue la Fraiicef?^'(fi?iltïfy^t)a^ rentbèses, ce fut à cette époque, ce fut en 4714 cJàW'feléétehi' de Brandebourg fut reconnu roi de Prusse, titife; iJb^'IpërWft depuis 1701.) Deux mots résument ce règne désayiréfè^*f/5Piirfè et misère. Ce même règne, qui, pour ne citei^'^'nWë^^uîè dépense inutile, la plus considérable, voyait ''è(>til^êrôtré' Si grands frais le palais de Versailles, voyait aussi lëtol^ fe^oin rfè ressources, faire porter à la Monnaie ses meublée *ël'S§ ^iè^ selle d'argent pour les y fondre. De basenhaifl;,"^lif^TOsfeè% était si grande qu'il fallut partager tous les chefs de famille en vingt-deux classes, selon leur fortune, afin que nmp5ï~de capitation n'en .épargnât aucun. La détresse du j^iu^iQ ^^s les villes et les campagnes était au comble ; l&H^Mt^fsaài -^ev
était réduit à manger de Therbe pour ne pas expirer dans les tortures de la faim.
La cause des peuples/ qu'avait-elle à gagner au blocus continental, à rébranlement universel dés trônes, à ces changements de souverains, remplacés par d'autres souverains destinés à avoir promptement pour successeurs leurs prédécesseurs, enfin aux victoires et conquêtes de l'empereur Napoléon I'^', toutes ces victoires, une par jour, aboutissant à la retraite de 1812, aux propositions de Châtillon, à la bataille de Waterloo et aux traités de 1815?
La cause des peuples/ qu'avait-eUe à gagner à la guerre d'Espagne de 1823, cette erreur diplomatique de M. de Chateaubriand, appelé à remplacer M. de Montmorency au ministère des affaires étrangères par le roi Louis XVIII, disant :
V. Le roi Louis XIV a détruit les Pyrénées^ je ne les laisserai pas relever ; il a placé sa maison sur le trône d'Espagne, je ne la laisserai pas tomber. Mon ambassadeur ne doit quitter Madrid que le jour où cent mille Français marcheront pour le remplacer?»
La cause des peuples/ qu'avait-elle à gagner à ce que l'entente cordiale cessât d'exister entre la France et l'Angleterre, parce qu'en 1847 M. Guizot, alors président du conseil et ministre des affaires étrangères, considérait comme l'acte devant immortaliser son nom et son ministère, comme l'acte le plus glorieux du règne de S. M. le roi Louis-Philippe, ce qu'il appelait pompeusement les Mariages espagnols (i), y voyant la continuation de la politique de Louis XI Y, suivie par Louis XVIII, ainsi que vient de le montrer le rapide précis qui précède? Qu'avait-elle à gagner à ce que la reine Isabelle épousât le fils aîné de l'infant François de Paule, François d'Assise, plutôt que le prince Léopold de Saxe-Cobourg ou que le duc de Montpensier? Cela valait-il qu'il s'établît à Madrid, entre les deux cabinets de Londres et de Paris, entre lord Palmerston et M. Guizot, entre M. Bulwer et M. Bresson, cette lutte passionnée d'influence, si futile au fond, que vingt
(1) Documents communiqués aux Chambres, dans la session de 1846-1 847| par le ministre des affaires étrangères» mariaoks ESPAOKOiâ.
LA CAUSE DES PEUn.ES S6«
ans après on ne comprend déjà plus qu'elle ait pu être prise au sérieux et brouiller deux hommes d'État, deux Parlements, deux nations? Qu'importait que la reine d'Espagne contractât tel mariage plutôt que tel autre ! Est-ce que Thistoire n'est pas là pour attester que la politique matrimoniale a toujours trompé les espérances fondées sur elle? Est-ce que le mariage de Louis XIY, pour ne pas remonter plus haut, avec Marie- Thérèse d'Autriche, fille de Philippe lY, roi d'Espagne, empêcha le gendre de menacer le beau-père, et plus tard de déclarer la guerre à Charles II, le frère de sa femme? Est-ce que le mariage de l'empereur Napoléon I*' avec Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche, empêcha son beau-père l'empereur François de se joindre aux ennemis de son gendre, de le détrôner et de le déporter à Sainte-Hélène? Est-ce que le mariage de l'héritier présomptif de la couronne d'Angleterre avec la princesse Alexandra, fille du roi Chrétien IX, a protégé le Danemark contre l'Autriche et la Prusse? Est-ce qu'enfin le mariage du grand-duc de Bade, Frédéric, avec la princesse Louise, fille de Guillaume I*', roi de Prusse, a. empêché le gendre de s'unir avec l'Autriche contre la Prusse, dans la guerre à laquelle nous assistons entre la Prusse et l'Autriche? L'Espagne! que pèse-t-elle aujourd'hui dans les balances de l'Europe?
La, came des peuples! qu'a-t-elle à démêler avec la politique matrimoniale, si ce n'est pour lui demander compte des flots de sang que ses intrigues ont fait stupidement couler?
La cause des peuples! QxHdL-i-QWà de commun avec, la politique territoriale, si ce n'est aussi pour lui demander compte des millions d'hommes qu'elle a moissonnés et que, il faut \e craindre, elle moissonnera encore? Qu'a-t-elle à gagner à ce que le continent européen possède un nombre plus ou moins grand, plus ou moins restreint de divisions et de démarcations géographiques se nommant Empires, Royaumes, Duchés, Principautés ou Républiques? Par exemple, que gagnera la cause des peuples à l'unité de l'Italie? Que gagnera-t-elle à l'unité de l'Allemagne? Qui pourrait s'abuser jusqu'à croire que, parce que l'Autriche aura perdu l'influence prépondérante qu'elle exerçait sur l'Allemagne- et sur l'Italie, la paix européenne sera moins exposée au risque d'être troublée? Qe serait ne pas connaître l'Autriche, son histoire, sa diplomatie.
i#fi^'tfr^tlî(kife,^'§oïi caractère, que de s*îmagîner qu'elle ne nfilttWi'ïïfeléP^M'^ œuvre pour faire naître des circonstances, clèé*îVàîy6ëér/'âë§''âiliances, des combinaisons, des complicatS6ii9,''fertïîïi^^âè($^ 'événements qui la vengent de la France vicl^ftfètëe^SoJff^iiiiid et de la Prusse victorieuse à la Sadowa. Il ifjf ft'pïlB''âé?'^^î6tôires, si éclatantes qu'elles soient, il n'y a pas^dfe cRJtytluétè^V s^ légitimes qu'elles paraissent, qui soient JBlÉiliid'^fttitlVèë: Ce que la force a fondé, la force n'a pas de rt^ofei%'^W riè l'âH détruit. La force est aux frontières des fêti^tëtSë^êV&'fïtLx et le reflux sont aux rives de l'Océan. SMéël^iÎMtf et là politique territoriale, il n'y a que cette diff&^ëifrt!è,i5'ôsft^e^léft vagues de l'un roulent de l'eau salée, et (Jfte'lèsV'à^eë dfe^ 'autre roulent du sang humain, mais avec m !akètiifeMibëiAdttii(^»ët la même fureur. f'''Gê^ôiÊâf[^«fesëèfi^'d«^Jftdre consister la politique dans Tagrandimr&eÂ^iàÉtàV^n détriment de tel autre État, l'un ne IfÔuV'âbé jtiËfllë^é s^gi^dndir sans qu'un autre État se rapetisse ! fiédëét^^fUfiii^letttiëuHre et le vol, ou cessez de glorifier la
t^Qéti\hp6tté-(itLe tW peuple soit territorialement plus grand étà pki£^^titiqttè-lérl iàtitre peuple? Ce qui importe, c'est qu'il ildtiib^è,îe'ëi#<|4i'U'ëoit instruit, c'est qu'il soit heureux, c'est qu'il ait les lois les plus justes et les plus respectées, le gon- Véd^iieinMitlef plâSf écldrë, l'administration la plus judicieuse, M èiyfliÀatitlfi 'là ^^fisd^ avancée, les voies de transport et de commuÂi6aili§â ^toi!(<i^fM« multipliées et les plus parfaites, l'agirictil^d'îà^ ^u«^'Pf«6fductive, l'industrie la plus active, le ôd^âKÉftdréeUë ]lt«rii> éMtfâu, le crédit le plus développé ! Ce qui tia^i^a^ fè^ê|8t> qttMliiait^ia santé la meilleure, la vie la plus h^gd^%ll'^£)pmleinlJ«Àk cultivé I Gequi importe, c'est qu'au fiM^eidégéhéi^ri^^^iCfuement et intellectuellement, les géiiëi!%cttOïib t(liident(^aitt<$6titraire à se surpasser en beauté et en îtiftlli^fi€^KPéudn{tibt^ilii culture de l'homme par l'homme «il^Mâiinl^iOl^cIpijteMsicm'âe l'homme par l'homme et à Tido* lâlHeâe4a^m(Htè^4é^ieMi pourquoi la viricultwre ne devien* ^ait^ellejnusi, la>{Nrihelpài« branche de la politique nouvelle, -à^ââtlteiq^cl@iif6i^'dtihi)»^t9 la guerre pour fondement? ^ ii^àlorsll'tf^laiùirâilPpIuilPà^craindre que la politique se four^ d^b^âi àUft^i toâéft (amjjttéfftnts et des inti^igants, toujours prêts 4ttMtCNiiBifti|0Mi^i|bati^ 60U8 d'un éatilîft«at, lai «as pour