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IX. Géographie économique

Population. — La France comptait au recensement de mars 1906, sans les colonies, 39 252 267 hab., parmi lesquels 1009414 étrangers, surtout des Italiens, des Belges, des Allemands, des Espagnols et des Suisses. L'augmentation sur le recensement de 1901 était seulement de 290 322 habitants. Il y a eu en 1907 9 654 naturalisations.

Depuis le commencement du xix^ siècle, la natalité a beaucoup diminué en France; le rapport du nombre des naissances à celui des mariages de l'année est régulièrement en baisse, et l'excédent moyen annuel des naissances sur les décès est tombé à un chiffre presque insignifiant (18 sur 10000 habitants, contre 155 en Hollande, 149 en Allemagne, 144 en Norvège, 131 en Angleterre, 121 en Autriche, 107 en Belgique, 106 en Italie). La dépopulation résulte en grande partie de l'énorme proportion de la mortalité infantile, laquelle tient surtout à l'émigration des populations rurales dans les grandes villes, où les conditions matérielles sont moins favorables à l'existence. Elle est surtout sensible dans les régions agricoles de l'Est, du Centre et du Sud-Ouest. Parmi les départements du Sud -Est, quatre seulement accusent une augmentation de population sur le recensement de 1901 (les Alpes-Maritimes de

écoiwmique. INTRODUCTION. XXXI

40 794 habitants, les Bouches-du-Rhône de 31571, le Rhône de 15 728, le Yaucluse de 2229); deux on trois sont stationnaires; tous les autres ont vu leur population diminuer dans des proportions assez fortes (l'Isère de 6378. la Corse de 4429. la Haute-Savoie de 3186). La crise de la viticulture a fait perdre 6642 habitants à l'Hérault et 5204 cà l'Aude, et celle de l'industrie de la soie 6424 habitants à l'Ardèche. En revanche, la population des villes qui ont aujourd'hui plus de 40 000 hab. a augmenté d'une façon étonnante depuis le coniniencenient du xix^ siècle: de 1801 à 1906, Lyon a passé de 109500 hab. à 472114. 8t-Etienne de 16 259 à 146 788, Grenoble de 23 500 à 73022, Avignon de 21412 à 48 312. Nimes de 38800 à 80184, Marseille de 111130 à 517498, Toulon de 20500 à 103549, etc. Mais cet accroissement est dû autant à l'immigration des campagnards qu'à l'excédent des naissances.

La densité moyenne de la France est de 73 hab. par kil. carré; mais la population est répartie assez inégalement sur le sol. Elle est particulièrement dense autour des grandes villes manufacturières et industrielles qui forment comme autant de centres de condensation. Aussi les départements du Sud-Est où la population est le plus dense sont-ils ceux du Rhône, de la Loire et des Bouchesdu-Rhône. Au contraire les départements montagneux des Hauteset des Basses-Alpes, privés de centres industriels et de débouchés commerciaux, ont une population très clairsemée (17 à 18 hab. par kil. carré). En revanche, malgré la nature montagneuse du sol, tel département industriel comme l'Isère a une population dont la densité atteint presque la moyenne.

Agriculture. — Le sol de la France est en général très fertile et la végétation y est très variée. Toutefois, le Sud-Est est la région la moins favorisée sous le rapport agricole. Les céréales par exemple, dont la culture occupe en France près de 33 millions d'hectares, y sont très mal représentées. Les départements montagneux, au sol maigre, aux pentes ravinées, n'ont guère que des pâturages; ils se rachètent cependant par la culture du mûrier (Ardèche, Isère, Drôme), du noyer, surtout du châtaignier ; les châtaignes du Vivarais et de la Provence sont renommées. L'Isère cultive avec succès la pomme de terre. En outre, les vallées, lorsqu'elles sont bien exposées et suffisamment abritées des vents, produisent en abondance des primeurs (légumes verts) et des fruits (surtout pêches et abricots) ; c'est le cas pour la vallée du Rhône, notamment aux environs de Vienne et d'Avignon, et pour les vallées transversales de ses affluents de gauche (la Durance notamment; dans les départements de la Drôme et du Yaucluse : les asperges et melons (cantaloups) de cette région sont particulièrement renommés. Eniin, la culture des orangers, citronniers, iiguiers, amandiers, surtout des oliviers, occupe une grande partie du Sud de la Provence. Les truffes de la Drôme et du Yaucluse rivalisent avec celles du Périgord et du Lot.

XXXII INTRODUCTION. Géographie

Au point do vue viticole, si le Sud-Est de la France n'a pas de grands vins régionaux de premier choix, comme la Bourgogne ou le Bordelais, il occupe cependant une place importante dans le vignoble français. C'est en effet le département de l'Hérault qui produit le plus de vin de toute la France (9 millions d'hectolitres on moyenne sur une superficie de 177 628 hectares) et son voisin, le département du Gard, sans atteindre un pareil chiffre, est encore le septième de France au point de vue viticole. - — Comme produisant des vins fins de bonne qualité on peut citer dans le Sud-Est les crus estimés qui suivent: dans le Rhône, *la Côte-Rôtie et Millery (rouges), *Condrieu (r. et blanc) ; dans l'Ain, Virieu et Seyssel (bl.) ; dans la Loire, Lugré et Chavanay (r.), Chuyer et *Château-Grrillet (bl.) ; dans l'Ardèche, Cornas et Tournon (r.), *St-Péray (bl.) ; dans l'Isère, St-Marcellin (r.) et la Côte-St-André (bl.) ; dans la Drôme, *rErmitage (r. etbl.), Croze et*Mercurol (r.); dans le Gard, Chusclan, Lirac, Tavel, Ledenon, St-Gilles (r.), Laudun et Calvisson (bl.) ; dans l'Hérault, Lunel et Frontignan (muscats); dans les Bouches -du- Rhône, Château -Gombert, St-André et Ste-Marthe (r.); dans les Alpes -Maritimes, la Gaude, St-Laurent et St-Paul (r.). Pour la Corse, V. p. 485.

Animaux. — La France occupe en Europe un rang important pour l'élève du bétail, mais la région du Sud-Est, qui est la plus pauvre en prairies, l'est aussi en bétail. Il faut faire exception cependant pour les moutons, qui se contentent de pâturages secs et maigres et peuvent vivre dans les jachères et les landes; d'immenses troupeaux de moutons, dits «transhumants» traversent chaque année le Sud-Est de la France en venant de l'Ardèche et de la Lozère pour aller passer la belle saison sur les flancs des Alpes. Les départements de l'Ardèche et de la Drôme sont ceux de France où l'on élève le plus de chèvres. On élève aussi avec succès en Savoie et en Dauphiné des vaches, généralement de race suisse. Les plaines de la Crau et de la Camargue nourrissent en abondance des tmireaux et surtout des chevaitx; enfin, c'est dans le Midi de la France que l'on trouve le plus grand nombre à'ânes et de mulets. La volaille de la Bresse est célèbre à juste titre. Les abeilles sont en Savoie l'objet d'une culture spéciale. Enfin, malgré la crise de l'industrie de la soie, l'élevage des vers à soie est encore prospère dans les départements de l'Ardèche, de la Drôme et du Gard ; les cocons de cette région conservent même une valeur supérieure à tous les autres. — La pêche fluviale est de moins en moins fructueuse par suite de l'emploi réitéré de procédés trop rapides et d'engins trop perfectionnés qui dépeuplent les rivières; toutefois dans les rivières, torrents et lacs du Sud-Est se maintiennent les perches, brochets, anguilles, saumons, truites, etc.; on y trouve même la fera et l'ombre-chevalier. Les pêcheries de mer qui occupent en France près de 100000 hommes et rapportent annuelle-

économique. INTRODUCTION. XXXIII

ment plus de 120 millions sont au contraire en état de prospérité.

Minéraux. — Les ressources minérales de la France ne sont pas très considérables, et en particulier la production de la houille ne suffit pas aux besoins de la consommation. Ce sont les bassins du Nord et du Pas-de-Calais qui fournissent à peu près les deux tiers de la production totale (26 millions V2 de tonnes en 1909) ; ensuite vient le bassin du Centre, avec Montceau-les-Mines et Montchanin, auquel se rattache celui de St-Etienne (3 760000 tonnes en moyenne). Le Sud-Est comprend en outre plusieurs bassins, d'importance moindre: tels celui d'Alais (2150000 t.) et celui de Brassac-les-Mines (217 000 t.). — Enfin, il y a des mines d'anthracite à la Mure (Isère) et de lignite à Fuveau (Bouches-du- Rhônej et à Manosque (Basses- Alpes).

On trouve du zinc à Malines (Gard) et à Bormettes (Tar), des pyrites de fer à Saint-Bel 1 Rhône) et du fer oligiste à Lavoulte (Ardèche), du manganèse à Romanèche (Saône-et-Loire), de Valnminium aux Baux (Bouches-du-RhOne) ; mais ces gisements sont peu im^jortants. Au contraire, les sources minérales abondent dans le Sud-Est, et leur nombre y est presque infini. On se bornera ici à indiquer les plus célèbres et les plus fréquentées: Vichy (Allier), Royat et Châtelguyon (Puy-de-Dôme), Saint-Gralmier, Sail-les-Bains et Sail-sous-Couzan (Loire), Vais (Ardèche), Allevard et Uriage (Isère), Evian (Haute-Savoie) Aix-les-Bains, Salins et Brides (Savoie), Montmirail (Vaucluse), etc.

Industrie. — L'industrie française embrasse tous les genres et occupe environ un tiers de la population. Longtemps en grande partie sans rivale, elle a perdu de son importance, parce que la main-d'œuvre est maintenant plus chère en France que dans les pays voisins, que les tarifs douaniers lui sont en partie défavorables et que les moyens de transport sont relativement trop coûteux. Toutefois depuis quelques années l'industrie française tend à se relever notablement. Elle est toujours sans rivale pour tout ce qui demande de l'art et du goût plutôt que du métier. L'industrie de luxe par exemple (articles dits de Paris) reste florissante.

Parmi les centres industriels que renferme le Sud-Est, il faut citer en première ligue, pour le fer, les forges et usines métallurgiques de Firminy, Rive-de-Gfier et St-Chamond, d'Alais et Bessèges, d' Allevard, de Marseille, de Cette.

Pour le coton, Roanne, Charlieu, Thizy et Tarare sont des centres très importants; pour la laine, il faut citer Vienne et ses environs. L'industrie de la soie sous toutes ses formes est localisée dans la région de St-Etienne (St-Chamond) et de Lyon ainsi que dans certaines vallées des départements de l'Ardèche et de l'Isère (Voiron). On fabrique de la dentelle autour du Puy (Craponne, la Chaise- Dieu) et de la passementerie autour d'Yssiugeaux (Ste-Sigolène).

XXXIV INTIiODUCTION. Géoyr. économique.

Clermoiit-Ferrand est un centre pour le caoutchouc ; Lyon pour les automobiles; Thiers pour la coutellerie; St-Etienne pour V armurerie; Rive-de-Gier pour les glaces; Lyon, Alais et Marseille (savons) pour les produits chimiques ; Annonay et Romans pour la tannerie; Grenoble pour la ganterie; Annonay et Vizilltpour hi papeterie ; Grasse pour là parfumerie ; Y àUauris. et Aubagne pour \â poterie; Aranion etCaderousse (Vaucluse) pour la vannerie \ la région de St-Tropez pour les bouchons de liège.

Marseille, la Ciotat et surtout la Seyne ont d'importants chantiers de constructions maritimes.

Parmi les industries alimentaires, il faut citer les minoteries de Marseille, les fabriques de pâtes de Lyon et de Marseille, les cmifseries de Clermont-Ferrand. Marseille est également un centre pour la raffinerie du sucre et pour la brasserie. On fait un peu partout du fromage ; celui de l'Ardèche et de l'Isère (St-Marcellin) est fait avec du lait de chèvre et assez renommé.

Commerce. — Le commerce de la France, à la suite de crises répétées qui en ont ralenti l'activité, reste aujourd'hui plutôt stationnaire. Le commeir-e intérieiir échappe à peu près à tout contrôle et ne peut être évalué d'une manière précise ; on a calculé qu'il devait être au moins, décuple du commerce extérieur. Le commerce extérieur, qui sert à compléter les approvisionneiuents et à écouler le superilu de la production, comprend surtout, comme importation, les matières premières nécessaires à l'industrie, la houille, le fer, les matières textiles. Vexpoi'tafion ne comprend guère que des produits fabriqués (objets de luxe, confections fines, modes, carrosserie automobile, caoutchouc manufacturé, parfumerie, bijouterie, verres et poteries) et des objets d'alimentation (vins, fruits de table, fromages et beurres, sucre raffiné, huiles) ; elle est toujours inférieure à l'importation. Le commerce extérieur s'est chiffré en 1909 par 5972 millions de francs pour l'importation et 5511 millions de francs pour l'exportation. Les principaux pays avec lesquels la France fait commerce sont: l'Angleterre, l'Allemagne, la Belgique, les Etats-Unis.

Plus des deux tiers du commerce extérieur ont lieu par mer, mais les transports se font plus par la marine étrangère que par la marine française. Marseille et Nantes sont les seuls ports où la marine française ait un trafic supérieur; au Havre, elle n'a pas la moitié. Toutefois, depuis une vingtaine d'années, la marine marchande française semble vouloir se relever; elle comptait en 1906 2255 navires jaugeant 1103 759 tonneaux, se plaçant ainsi au 6e rang dans le monde, après l'Angleterre (12 millions de tonneaux), les Etats-Unis (5 millions), l'Allemagne (2 322000), la Norvège (1451000) et le Japon (1126 300).

Il y a à l'intérieur de la France un réseau de voies navigables de 12076 kil., dont 7230 en fleuves et rivières et 4846 eu canaux;

Cartes. IXÏRODUCTIOX. XXXV

ceux-ci doivent être procliaiiiement augmentés et améliorés. Toutefois, le Sud-Est est assez pauvre en canaux ; on ne peut guère citer que ceux de Givors (26 kil.), d'Arles à Port-de-Bouc (47 kil.), du Rhône à Cette (98 kil.) et enfin le canal du Midi qui débouche à Cette après un parcours de 242 kil.

La France est couverte d'un réseau d'excellentes routes nationales (38308 kil.) et départementales (15 519 kil.) et de bons chemins vicinaux qui forment une longueur de près de TUOOOO kil. Les chemins de fer français, dont le premier tronçon date de 1832 (v. p. 57), ont une étendue de 48 204 kil.

Le développement des postes et télégraphes s'accroît chaque jour, et la recette annuelle qui eu résulte dépasse en moyenne 225 millions; néanmoins, il n'y a encore en France qu'un bureau de poste par 51 kil. carrés, soit pour 3718 habitants (en Allemagne, un pour 1478 hab. ; en Angleterre, un pour 1859 hab.).

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