ISLANDE
Hommes Femmes Total
Habitants : 41,083 44,105 85,188
Electorat municipal et religieux accordé aux femmes
veuves ou célibataires. 1882
Electorat et éligibilité accordés à toutes les femmes des
villes de Reykjavik et Hafnarfjordur. 1908
Electorat et éligibilité accordés à toutes les femmes (mariées
ou célibataires) pour toutes les assemblées locales. 1909
Droit de vote municipal et ecclésiastique. — L’opinion
publique est nettement favorable au vote des femmes en Islande. L’intérêt que les femmes prennent à la vie politique du pays fut excité aux environs de l’année 1870 par le mouvement qui aboutit en 1874 à la création d’un Parlement indépendant (Althing), issu du suffrage populaire. Ce Parlement solutionne les questions reLatives à l’administration intérieure du pays. Ses intérêts extérieurs sont représentés au Conseil des Ministres danois par un ministre spécialement choisi par l’Islande. Les femmes se sont intéressées de plus en plus et toujours en plus grand: nombre au mouvement national. L’Althing qui, dès le début, s’était montré bien disposé pour les femmes dans toutes les questions relatives à l’instruction et à l’éducation, accorda aux veuves et aux célibataires le droit de vote communal et ecclésiastique en 1881. Cette loi entra en vigueur en 1882. Le texte de loi porte que « les femmes veuves ou célibataires qui sont chefs de maison, ou qui sont d’une manière ou d’une autre dans une situation de fortune indépendante, ont le droit de vote en matières communales ou ecclésiastiques, si elles sont âgées de plus de 25 ans et si elles remplissent toutes les autres conditions imposées par la loi.
L’active agitation de 1’ « Union des Femmes islandaises », fondée en 1895 dans le but d’améliorer d’une manière générale la condition des femmes, aboutit, grâce l’appui du député Thorvoddsen en 1902, à obtenir pour les femmes le droit d’éligibilité dans tous les Conseils où elles possédaient déjà l’électorat.
Une autre importante réformo fut décidée à l’Althing en 1899 : le régime de la séparation de biens qui assurait à la femme mariée la libre disposition de sa fortune.
Cette victoire est importante au point de vue du principe surtout parce que le nombre des femmes capables d’être élues est très restreint.
Èn 1908 un projet de loi proposa d’étendre le droit de vote communal et ecclésiastique à toutes les femmes et à tous les hommes remplissant les conditions exigées par la loi (impôtsi, contributions, etc.) pour les villes de Reykjavik et Hafnarfjordur. Ce projet fut adopté et étendu en avril 1909 à toutes les communes des 22 districts qui forment la partie habitable de l’Islande. Ainsi depuis le l®”* janvier 1910 les femmes jouissent exactement des memes droits électoraux que les hommes, sauf pour le Parlement. Les conditions à remplir sont les mêmes sauf pour un point : l’homme qui est élu ne peut refuser son mandat qu’après l’avoir exercé 6 années, tandis qu’une femme peut refuser sans donner de motifs. Cet apparent avantage ne satisfait pas les femmes qui consentent voiontiers à remplir les mêmes devoirs pour avoir les mêmes droits, et du reste, il rend les élections plus difficiles dans les villages.
Les femmes firent tout de suite usage du vote. Les élections des conseillers municipaux de Reykjavik eurent lieu au commencement de l’année 1908, et malgré le peu de temps qui leur était départi (3 semaines), les femmes « organisées » entreprirent une campagne électorale avec un zèle infatigable, pour faire l’éducation des nouvelles électrices par une série de conférences et de brochures de propagandes. Cette campagne éducatrice fut couronnée d’un succès surprenant. Sur 2.850 suffrages exprimés, 1.220 provenaient des électrices (ce pourcentage n’a jamais été atteint ailleurs). De plus, non seulement un certain nombre de femmes se portèrent comme candidates, mais 4 d’entre elles furent élues (le cinquième de la représentation communale) et c’est une femme qui eut le plus grand nombre de voix.
Dans tous les autres collèges électoraux où les femmes travaillaient déjà, la nouvelle loi leur offrit l’occasion d’un mouvement plus actif.
Aux dernières élections communales de Reykjavik, sur 5 conseillers sortants, 2 femmes ne furent pas réélues, par contre une nouvelle entra dans le Conseil. 3 des membres de la « Commis-
lOS —
sioix dos impôts » (11 m-ombres) sont des femmes (à Reykjavik). Différentes autres communes ont également élu des femmes. En général les femmes présentent des listes particulières, parce que les différents partis politiques les placent généralement mal sur leurs listes, mais les électrices votent plutôt pour leur parti politique, ce qui rend bien difficile un fort mouvement féminin dans les communes.
Droit de vote politique. — Un mouvemient en faveur du droit de vote politique des femmes commença en 1895, grâce à r « Union des Femmes », fondée cette année-là. La première pétition qui comprenait 3.000 signatures ne rencontra aucun bon accueil à TAlthing. En 1907, une « Union des Femmes pour le Suffrage » fut fondée à Reykjavik à la suite du Congrès de TAlliance Internationale pour le Suffrage des Femmes, qui eut lieu à Copenhague en 1906. Cette nouvelle ligue réussit à présenter à l’Althing une pétition qui réunit 42.000 signatures d’homlmes et de femmes (la moitié de la population totale de fislande) .11 va de soi que cette pétition rencontra une sympathie générale. Le président de la Chambre, Boni Jonsson, se déclara nettement partisan de la réforme et demanda une révision de la Constitution qui reconnaisse l’égalité ploitique des deux sexes.
Bientôt après, Born Jonss'on devint ministre. La Commission chargée de la Constitution était unanimement favorable aux femmes. La minorité conservatrice réunie par les soins de l’Union des Femmes, demanda que la réforme de la Constitution comprenant le vote des femmes vint à l’étude et au vote en 1911, et le .synode général de l’Eglise évangélique d’Islande déclara, en juin 1909, donner son entière adhésion à l’égalité politique des deux sexes.
Des deux projets de loi présentés en 1911 à l’Althing, le premier prévoyait sur certains points (suffrage universel, limite d’âge, circonscription, habitation, etc.) les mêmes conditions pour les hommes et pour les femmes, mais, sur certains autres les conditions étaient différentes ; tandis que le second projet instituait l’égalité politique absolue pour les deux sexes. La Commission se déclara pour le second projet en ajoutant expressément les femmes mariées comme devant jouir ds mômes droits que les autres. La deuxième Chambre adopta le projet en première lecture avec une majorité de 18 voix. A la première Chambre la Commission proposa d’exclure les domestiques pour éviter un excédent de voix féminines. Enfin, le 17 juillet 1911, les deux Chambres adoptèrent avec une imposante majorité la loi qui institue l’égalité politique totale des deux sexes. Mais comme peur avoir force de loi le vote de la révision de la Constitution doit recevoir outre l’adhésion des deux Chambres (qui bientôt
après furent soumises à la réélection) celle des nouveliles Chambres à élire en 1913, une session extraordinaire dé l’Althing fut décidée en 1912 pour finir le travail de révision. Les femmes entreprirent une, active campagne électorale afin de préparer une majorité suffagiste à TAlthing nouveau. Un nouvelle réforme relative à funion de flslande et du Danemark ayant été mise à fordre du jour, le vote des femmes a été laissé un moment de côté et se fera vraisemblablemnt attendre encore une ou deux années.
Personne ne doute plus du succès définitif. Toutefois l’Union siifîragiste continue son agitation. Elle a organisé des tournées de conférences dans tout le pays et a adre-sé une nouvelle pétition très importante à l’Althing en 1913.
ROYAUME UNI de GRANDE BRETAGNE et DTRLANDE
Population 1911 :
Hommes Femmes Total
Angleterre et Pays de Galles
Hommes Femmes Total
Population 1911 : 17.448.476 18.626 793 36.075.269
Administrateurs de FAssistance publique élus par les contribuables. 1834
Le Suffrage municipal mnis non l’éligibilité est. accordé aux femmes qualifiées. Loi électorale sur les assemblées municipales. (Art. 32 et 33, Vie. c. 55). 1869
Suffrage et éligibilité aux commissions scolaires pour les femmes célibataires qualifiées, pour ces assemblées nouvellem'ent établies. La loi sur l’éducation (Art. 33 et 34, Vict. c, 75). 1872
Le droit de siéger comme membres élus, a été retiré en 1902, au moment où les attributions des commissions scolaires furent transmises aux Conseils de Comté, auxquels les femmes ne pouvaient être élues. Loi sür l’éducation. 1872
Femmes élues en qualité d’administratrices de l’assistance publique pour la première fois. 1875
Suffrage aux Conseils de Comté (comprenant le Comté de Londres), mais non l’éligibilité est accordé aux femmes célibataires et qualifiées dans la loi établissant ces assemblées. 1888
Electorat et éligibilité au Conseil rural et urbain
accordé aux femmes qualifiées mariées ou non, par la loi établissant ces conseils. Cette loi supprime l’incapacité pour les femmes mariées de voter pour les Conseils de l’Assistance publique ; prive les femmes du droit de voter comme propriétaires, et ajoute que, en plus des électeurs, les personnes ayant une résidence dans le district seront aussi éligibles. 1894
Pour les Conseils de Bourg de Londres qui sont substitués dans la capitales aux assemblées municipales, les femmes n’ont pas le droit de siéger, mais elles ont le droit de voter, d’après la loi sur l’administration de Londres. 1899
Le Suffrage au Conseil de Comté de Londres est
donné aux femmes mariées par la loi déterminant les électeurs pour cette assemblée (Art. 63 et 64, Vict. c. 29). 1900
L’éligibilité à l’Assemblée municipale, aux Conseils de Comtés (y compris le Conseil du Comté de Londres), et aux Conseils de Bourg de Londres, a été conféré aux femmes par une loi spéciale (1907, 7 Ed. VII, c. 39) 1907
Ecosse
Hommes Femmes Total
Population 1911 : 2.307.603 2.451.842 4.759.445
Suffrage et éligibilité aux Conseils d’Ecole, nccorrlés nnx femmes par la loi sur l’éducation (1872, 35 et 36, Vict. C. 62) 1872.
Suffrage pour le Conseil municipal mais non éligibilité, accordé aux femmes célibataires qualifiées, quand ces Conseils furent établis par la loi sur le gouvernement local (1889, 52 et 53, Vict. C. 50.) 1889
Suffrage et éligibilité pour les Conseils de Paroisse accordés aux femmes mariées ou célibataires quand ces Conseils furent établis pour remplacer les anciens Comité paroissiaux, par la loi sur le gouvernement local (1894, 57 et 58, Vict. C. 58.) 1894
Ces Conseils agissent comme Conseils d’administration pour l’assistance publique, et correspondent aux Conseils de tutelle et aux Conseils de district de l’Angleterre, du Pa,ys de Galles et de l’Irlande.
L’électorat pour les Conseils municipaux est accordé aux femmes mariées par la loi sur les assemblées municipales
(1900, 63, Vict. C. 49.) 1900
L’éligibilité aux Conseils municipaux et aux Conseils de Comté est donnée aux femmes qualifiées, mariées ou non, par Ibs lois sur le gdüvernemeîit Idéal (1907, 7 Ed. VII, c. 4 et c. 4&) iÿm
Irlande
Hommes Femmes Total
Population 1911 : 2.186.804 2.195.147 4.381.951
Les administrateurs de l’Assistance publique sont élus par les contribuables (1 et 2, Vict. c. 56.) 1837
Le suffrage pour le Conseil municipal de Belfast est accordé aux femmes qualifiées par une loi locale. 1887
Suffrage pour les Conseils municipaux accordé aux femmes de Blackrock et Kingston par des lois locales. 1894
L’électorat et l’éligibilité pour les administrateurs de l’Assistance publique sont accordés aux femmes célibataires qualifiées (59 et 60, Vict. c. 5) 1896
Conseils de Comité, Conseils municipaux, Conseils de district (urbain et rural). — Suffrage pour les femmes qualifiées, mariées ou célibataires, accordé pour ces Conseils et pour les Conseils de tutelle. Eligibilité aux Conseils de district pour les hommes et les femmes qui sont électeurs résidents, mais les femmes ne sont pas éligibles aux Conseils municipaux et aux Conseils de Comté. Loi sur rinscription électorale, 1898 ; loi sur le gouvernement local, 1898 ; et ordre d’adaptation, 22 décembre 1898 1898
Eligibilité aux Conseils municipaux et aux Conseils de Comté pour les femmes qualifiées, mariées ou célibataires, accordé par les autorités locales (Loi sur le vote des femmes) 1911
Conditions pour l’électorat et l’éligibilité au Parlement en
1913 . — Le Parlement consiste en deux Chambres : la Chamdes Lords, qui n’est pas un corps élu, comptait 632 membres en 1912, lesquels tiennent leurs sièges par droit héréditaire, ou par cooptation ; la Chambre des Communes, dont les membres sont élus pour 5 ans au plus, par des électeurs masculins. Cette Chambre est composée de 670 membres dont 377 représentent des circonscriptions de Comté, 284 des circonscriptions communales et 9 des circonscriptions universitaires.
Les conditions imposées pour le droit de suffrage parlementaire sont compliquées ; mais, depuis qu’en Ecosse et en Irlande elles forment la b-ase des franchises du gouvernement local — dont jouissent les femmes — elles doivent être indiquées ici. On peut, sauf quelques restrictions, dire la même chose pour l’Apgleterre et le Pays de Galles.
Pour être électeur il faut remplir l’une des conditions cidessous :
1° Posséder des propriétés représentant un revenu annuel qui varie suivant les contrées et le mode d’occupation ; dans certains comtés de l’Angleterre ce revenu pouvant n’être que de 50 francs ;
2"^ Occuper un immeuble :
a) Occuper à quelque titre que ce soit une propriété d’un revenu annuel de 250 francs ;
b) Occuper comme locataire (c’est la condition qui est le plus souvent remplie), une maison, quelle qu’en soit la valeur ;
c) Occuper une maison dont l’usage est concédé à titre de rémunération de services ;
S'* Occuper pour son propre usage, à titre de domicile, un logement d’une valeur annuelle de 250 francs. Dans ce cas l’inscription pour le droit de suffrage doit être renouvelée chaque année ;
4° La possession de huit grades universitaires donne le droit de vote pour les sièges du Parlement réservés à des membres des Univesités.
Les chiffres suivants indiquent l’importance relative de ces différentes conditions. Les rapports officiels- concernant les inscrits comme électeurs (Journal parlementaire 478-1913) dans le Royaume-Uni d’Angleterre et d’Irlande, donnent :
Propriétaires .• •. 692.462
Occupant un immeuble . 6.911.752
Locataires d’un logement .• •. 402.687
Electeurs universitaires . 51.123
Qualification non établie. 1
Total des électeurs. 8.058.025
Les hommes de 21 ans, sauf les pairs, les ministres des cultes reconnus en Angleterre et en Ecosse, les juges et certains autres fonctionnaires peuvent être membres du Parlement.
Conditions imposées aux élec teurs pour les différents Conseils d’administration locale. — En Ecosse et en Angleterre, les femmes, mariées -ou célibataires, ont le suffrage pour tous les Conseils d’administration locale, aux mêmes conditions que les hommes, c’est-à-dire aux mêmes conditions que les hommes ont le suffrage parlementaire pour les criconscriptions des comtés ou des villes.
En Angleterre et au Pays de Galles, d’autre part, certaines des franchises (droit de suffrage) pour l’administration locale, sont plus restreintes que le vote parlementaire, soit pour tous les électeurs, soit pour les femmes seulement ; quelquefois le mariage est un enipêchement ; d’autres fois les femmes propriétaires et locataires ne sont pas électrices. Les votants doivent
avoir payé leurs impôts, et dans la majorité des cas doivent avoir travaillé pendant un an avant d’être inscrits. On fait une réserve à l’égard des personnes mariées : un mari et une femme ne peuvent être inscrits pour la même propriété.
L’exemple suivant, tiré d’un excellent compte-rendu de la Société de l’administration locale des femmes, indique clairement la situation.
Angleterre et Pays de Galles (1;
A. Sont électeurs pour :
les Conseils de Comté (2) — 1 (pour le Conseil de Comté de Londres, voir ci-dessous).
et les Conseils municipaux (2).
Hommes : occupants ou possesseurs d'un immeuble (3).
Femmes ; occupantes ou possesseurs d'un immeuble (3). — La plupart des commissions de révision n'inscrivent que les femmes céliBataires ou Veuves. R Birmingham; les femmes mariées sont inscrites.
B. Sont électeurs pour :
le Conseil de Comté de Londres (2) — 2; ^
les Conseils de Bourg de Londres (4) — 22 ;
les Conseils de District urbains (4) — 8 ;
les Conseils de Dislricl ruraux (4) — 146 \
les Bureaux d*Assistance (4) — /,/77 ;
les Conseils de Paroisse (4).
Hommes (tous eeu^ qui sont inscrits sur les listes électorales parlementaires) : occupants ou possesseurs d'un immeuble (3); propriétaires; locataires; occupant une maison à titre de rémunération.
Femmes ; occupantes ou possesseurs d'un immeuble (3), mariées, célibataires ou veuves.
PcoHse et Irlande (1).
en ECOSSE. — Sont électeurs pour :
les Conseils municipaux (2) — 2 \ les Conseils de Comté (2) — 0 \ les Conseils de Paroisse (2) — 43 ; les Commissions scolaires (4)— 100,
en IRLANDE.— Sont électeurs pour :
les Conseils municipaux (2) — 4 ; les Conseils de Comté (2) — 0 ; les Conseils de District urbains (4) — 3 \ les Conseils de District ruraux (4) — 44 ; les Bureaux d^Assisiance (4) — 110.
Hommes (tous ceu;< qui sont inscrits sur les listes électorales parlementaires) : occupants ou possesseurs d'un immeuble ; propriétaires ; locataires ; occupant une maison à titre de rémunération.
Femmes : occupantes ou possesseurs d'un immeuble (3); propriétaires; locataires; occupant une maison à titre de rémunération ; mariées, célibataires ou Veuves.
(1) Les Chiffres en italique Indiquent le nombre de iemmes siégeant dans ces conseils au i3 mars 1913.
(2) Les électeurs seulement sont éligibles.
(3) Ceux-ci ne comprennent pas les personnes occupant une maison d’habitation dont l’usage est concédé â titre de rémunération totale ou partielle.
( 4 ) Les résidents aussi bien que lers électeurs sont éligibles.
Eligibilité aux Conseils d’administration locale. ^ En
Angleterre et en Irlande, rôligibilité dans certains cas est sujette à des conditions de résidence ; les électeurs, pour n’importe quel Conseil, sont éligibles à ce Conseil. Cette règle, applicable aussi bien aux femmes qu’aux hcmmes, a eu pour résultat, qu’en Ecosse et en Irlande, les femmes sont -éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ; et en Angleterre et dans le Pays de Galles, leur éligibilité est limitée de la même manière que leur droit de vote. (Voir ci-dessus).
Il y a une restriction cependant concernant les femmes ; il est dit que si une femme était nommée mairesse (en Angleterre) ou prévôt (en Ecosse), elle ne pourrait pas agir comme magistrat. En plus de la qualité électorale, la résidence dans le district constitue un droit à l’éligibilité aux Conseils d’école en Ecosse ; aux Conseils de district et aux Bureaux d’assistance en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande ; aux Conseils de paroisse en, Angleterre et dans le Pays de Galles, et aux Conseils d’arrondissement de Londres.
Nombre des électrices exerçant leur droit. — Depuis que le droit électoral est basé sur la propriété, le nombre de femmes ayant le droit d’exercer le vote local est petit, comparé à celui des hommes. On n’a pas de données exactes, mais on estime qu’il y a 5 ou 6 votes d’hommes pour un de femme. Les antisuffragistes accusent les femmes de ne pas faire usage de leur droit de vote, mais ce n’est pas exact. La vraie raison c’est que peu de personnes sont électrices, et d’ailleurs dans les élections locales le pourcentage des hommes votant est petit en comparaison du nombre d’électeurs pour les élections parlementaires.
N’ayant pas de comptes rendus complets concernant le nombre d’électeurs et d’électrices pour les élections locales, les renseignements suivants pour Londres, le Comté de Midlothian et la ville d’Edimbourg, sont suffisants pour en donner un
aperçu.
Le Conseil de Comté de Londres (publication 1912, c. 571), donne les chiffres suivants concernant les électeurs à cette assemblée :
a) Nombre d’électeurs, divisions 1 et 2 (hommes). 554.548
b) Nombre de locataires (hommes). 101.003
c) Nombre d’électeurs, divisions 3 et 4 (excluant les propriétaires (femmes et pairs)-.. 131.152
d) Propriétaires (comprenant quelques femmes). 9.934
Total . 796.637
Le nombre des pairs compris dans la série C est petit, et le nombre de femme compris dans la série D n’est p'as grand ;
mais si nous 'admettons que le nombre des électrices G ajouté à D, soit 141.086, notre estimation est trop forte. Ce total présumé de femmes- est moins d’un cinquième du nombre total des électeurs, 796.657 ; de sorte qu’il est juste de compter 4 hommes pour une femme ayant le vote pour le Conseil de Comté de Londres. Le secrétaire du Conseil de Comté pense qu’il n’y a pas plus de 120.000 femmies inscrites, ce qui ferait une femme pour cinq hommes. Le secrétaire de la ville d’Edimbourg donne les chiffres suivants pour les élections municipales et les élections aux Conseils de paroisse de novembre 1912 : hommes électeurs : 55.187 ; femmes : 17.697 ; total : 72.884. C’est-à-dire une femme pour trois hommes. Dans le quartier mondain Morningside, .if y a deux électeurs contre une électrice ; dans le quartier ouvrier de Géorgie, il y a sept fois plus d’hommes que de femmes ayant le suffrage. Le pourcentage des votants à cette élection a été de 59,5 0/0. Le secrétaire de Midlothian donne le nombre d’hommes inscrits sur le registre des élections du Conseil de Comté en 1910 comme étant 17.639 ; dl n’y avait donc que 2.862 femmes, soit une femme pour six hommes. Le résultat de cet examen du pourcentage des votants aux élections pour les différentes assemblées nous montre que le pourcentage pour la Chambre des Communes est beaucoup plus grand que pour chacun des autres Conseils locaux.
Aux élections générales' pour les membres du Parlement, auxquelles seuls les hommes prennent part, il y eut 92 0/0 des électeurs inscrits qui votèrent (Angleterre et Pays de Galle, 93 0/0 ; Ecosse, 85 0/0 ; Irlande, 80 0/0) (1).
Aux élections pour le Conseil de Comté do Londres, la plus importante des assemblées locales, le nombre des électeurs inscrits fut, en 1912, de 796.637. La proportion ds votants (hommes et femmies) était en 1907 de 55,5 0/0, et en 1910 de 51 0/0. Aux élections de 1912 pour les Conseils de bourg de Londres, lesquels sont des commissions sanitaires, la proportion des votants était de 47 0/0, variant de 35,1 0/0 dans la cité de Westminster à 07,2 0/0 dans le bourg de Woolwich.
Les rapports sont plus complets pour l’Ecosse que pour les autres parties du Ptoyaume-Uni ; ils comprennent les^ élections au Parlement, 'aux Conseils municipaux et aux Conseils de paroisse.
En Ecosse la proportion des votants pour les membres du Parlement aux élections générales de 1910, fut de 85 0/0. Un rapport du Parlement n^’ 247, 1908) donne les renseignements suivants concernant les élections aux Conseils municipaux et aux Conseils de paroisse en 1907, la meyenne proportionnelle étant prise pour toute l’Ecosse.
(1) Annuaire du Daily-Mail, 1911, p. 69.
Conseils municipaux et Conseils de paroisse en Ecosse. — Elections de 1907.— Proportion des votants sur les éle<"leurs inscrits :
1. Elections au conseil municipal (là où il n’}'^ a pas eu d’élection poul¬
ies conseils de paroisse dans la circonscription paroissiale) ... 65 V"
2. Elections aux conseils de paroisse (là où il n’y a pas eu d’élection
pour les conseils municipaux). 35 7°
3. Elections aux conseils municipaux et aux conseils de paroisse (là où
les élections ont eu lieu en même temps) :
a) Votants pour les conseils municipaux. . 62 7“
/;) Votants pour les conseils de paroisse.61 7“
Ces chiffres montrent qu’ici aussi le nombre des votants est d’autant plus grand que les élections concernent des assemblées plus importantes. Pour les membres du Parlement le pourcentage des votants est de 85 ; pour les Conseils municipaux, évidemment moins importants, le pourcentage tombe à 65 ; et, pour les Conseils paroissiaux (Commissions d’assistance), il y a encore une différence plus forte puisque le pourcentage descend au-delà de 35. Le chiffre pour les Conseils de paroisse, lorsque les électeurs votent en même temps pour les Conseils municipaux, est plus élevé, mais il est à peu près identique au pourcentage des votants pour les Conseils municipaux ; ce qui fait supposer que c’est l'élection la plus importante qui augmente le nombre des votants.
Les rapports indiquent que le pourcentage descend lorsque les femmes n’exercent pas le droit de suffrage, mais ils tendent aussi à démontrer que le pourcentage des suffrages exprimés par les femmes ne diffère pas, sensiblement de celui des électeurs. Miss E'iéonore Rathbone, conseillère municipal de Liverpool, a procuré les renseignements suivants sur les élections de 1910 au Conseil municipal de Liverpool ; c’est d’ailleurs l’exposé le plus complet sur ce sujet. A cette élection, des registres séparés furent tenus pour les électeurs et les électrices. Dans neuf districts le pourcentage des votantes fut supérieur à celui des votants ; dans les vingt-deux autres, ce furent les hommes qui votèrent en plus grand nombre. La proportion des femmes fut élevée là où les suffrages étaient divisés, et ba.Si là où le résultat était prévu. Pour l’ensemble de Liverpool le pourcentage des votants fut de 55 ; celui des femmes, de 45. Comme une grande partie des électrices sont d’un âge très avancé, la différence n’est pas très sensible.
Les détails suivants, aimablement fournis par la Société du Gouvernement, local des femmes, a trait à une élection partielle pour le Conseil de Bourg de Londres en novembre 1912. Le scrutin avait lieu dans une circonscription aristocratique ; un grand nombre de femmes étaient inscrites comme électrices, et uns candidature féminine était présentée.
Kensmgton, novembre 1942 :
Total Hommes Femmes
Inscrits . 3.354 2.049 1.305
Votants . 1.945 993 635
Pourcentage . 48,6 48,5
En novembre 1912, pour les élections au Conseil municipal, des renseignem'entsi ont été donnés pour les circonscriptions où il y eut des candidatures féminines.
A Huddersfield (quartier central sud) 74,79 0/0 des hommes votèrent, et 77, 47 0/0 des femmes.
A Wolverhampton (quartier de Graisley) 79 0/0 des hommes votèrent et 76,25 0/0 deis' femmes.
Nombre de femmes élues. — Le petit nombre de femmes élues aux assemblées locales dépend de différentes causes ses. D’abord, la coutume ; puis, le nombre relativement restreint de femmes ayant le droit de vote ; ensuite le fait que l’organisation parlementaire procure un avantage aux candidates d’un parti, alors que le plus souvent les femmes préfèrent se présenter comme indépendantes ; enfin, la difficulté d’avoir les conditions requises pour être éligibles, et, dans quelques cas, la grande dépense occasionnée par une candidature.
Dans certaines élections pour lesquelles la qualité d’éligible s’acquiert par un temiDs de résidence déterminé, il y a un plus grand choix de candidates, parce que les femmes, filles; et sœurs vivant dans la maison d’un électeur ont la possibilité de se présenter.
Les chiffres suivants, pris dans le Rapport annuel (1909) de Li Société du Gouvernement local des femmes, montrent l’importance de cette condition de résidence pour l’éligibilité, surtout en ce qu’elle donne aux femmes mariées le droit d’être candidate.' *.
Le nombre de femmes élues pour les Bureaux d’assistance en Angleterre et dans le Pays de Galles était :
en 1889 de 72
» 1890 » 82, soit une augmentation de 10
Ce dernier résultat fut dû à la modification de la loi qui fit de la simple résidence un droit pour l’éligibilité.
Sur les 1,160 femmes « Poor Law Guardians » auxquelles il fut demandé, en décembre 1908, si elle remplissaient la condition d’électeur ou simplement la condition de résidence, 837 répondirent. Les chiffres suivants indiquent toute l’importance de la loi en ce qui concerne les femmes mariées.
Condition
électorale
Condition de résidence
Total
Célibataires .
Femmes mariées.
Veuves...
Total.
Pour Londres, suit 116 femmes élues auxquelles cette question avait été posée, 93 avaient répondu, et le résultat fut semblabe :
Condition Condition
électorale de résidence
Total
Célibataires .
Femmes mariées.
Veuves .
Total.
Un certain nombre de femmes isiègent actuellement dans les assemblée locales. Il faut mentionner ici que trois femmes rem-
plissent les fonctions de maire
dans, leurs communes
respec-
tives. C’est en cette qualité que
la doctoresse
Garett Anderson
a lu proclamation de l’avènement du roi Geor
ge V, et 1
que Mrs
Lees d’Oldham présida aux opérations électorales lors d’une
élection parlementaire.
Femmes membres des Conseils locaux, 13 mars 1913,
Angleterre (1) etPaysdeGalles
Ecosse (2)
Irlande (3)
Conseils municipaux.
Conseils de Comté (,4).
Conseils de Bourg de Londres.
Conseils de districts urbains..
Conseils de districts ruraux (5)
Bureaux d’assistance.
Commissions scolaires.
Conseils de paroisse.
Attributions des Assemblées locales. — Les pouvoirs des Conseils locaux sont purement administratifs, cependant ces assemblées ont le droit de voter des règlements locaux.
(1) Rapport de la société du gouvernement local des femmes.
(2) Administration de l’Ecosse, ministère de l’Education en Ecosse et Commis sion du gouvernement local.
(3) Association écossaise pour le suffrage des femmes otle gouvernement local.
(4) Deux femmes font partie du Conseil de Comté de Londres.
(5) Les membres des Conseils de district ruraux administrent les bureaux de bienfaisance, ce qui portent les femmes administratrices de ces bureaux â 1323 en Angleterre et Pays de Galles et â 154 en Irlande,
Les /services qui sont placés isous le contrôle de ces différents Conseils sont : l’instruction primaire et secondaire ; l’hygiène; les habitations ouvrières ; l’administration des asiles d’aliénés ; l’autorisation et l’inspection des garnis, des bureaux de placement pour domestiques et institutrices ; l’inspection médicale et la isurveillance de la nourriture des internats scolaires ; la réglementation du travail des enfants ; les bibliothèques publiques ; la voirie ; la surveillance des criminels ; l’administration des hôpitaux pour les maladies infectieuses ; l’éclairage, les eaux, rassistance publique, etc.
Résultats de Lélectorat et de réligibilité des femmes. —
Margaret Ashton, conseillère municipale de Manchester, fit ouvrir dans cette ville une hôtellerie municipale pour femmes, qui est actuellement appelée « Ashton House », et où l’on peut trouver pour quelques sous un logement convenable, des aliments et un bain.
L’extrait suivant du rapport du Bureau du Gouvernement local pour l’Angleterre et le Pays de Galles 1900-1901 (p. 125), a été répété iS'Ous différentes formes dans les autres rapports. Il est relatif au travail accompli par les femmes dans les bureaux d’assistance.
Je voudrais voir beaucoup de femmes dans chaque bureau d’assistance. La valeur de leur collaboration ne saurait être trop estimée, surtout pour ce qui a trait aux enfants et aux malades... En outre, dans les affaires ordinaires, il y a quantité de matières pour lesquelles il est désirable de connaître l’avis des femmes. Les femmes qui font partie des bureaux d’assistance exercent souvent une influence salutaire sur la manière de procéder de ces Comités.
Le vote des femmes est si peu redoutable que, en 1910 et 1911, plus de 140 Gonseilisi municipaux votèrent des résolutions favorables au suffrage parlementaire des femmes. Parmi eux figurent les Conseils des importantes villes de Glasgow, Manchester, Liverpool, Edimbourg, Cork, Cardiff, etc. Le maire de Dublin vint lui-même présenter la pétition de son Conseil à la tribune de la Chambre des Communes. Avec leur logique aussi singulière que subtile, les antisuffragistes, tout en affirmant que les électrices municipales n’usaient pasi de leur droit de vote, attribuèrent ces résolutions à la crainte que le vote des femmes causait aux conseillers.
Pour les suffragistesi des pays où le vote municipal des femmes est dénoncé comme contraire à l’ordre naturel et divin, et comme devant désagréger la famille et la société, il est utile de savoir que dans le Royaume-Uni, où la réforme est devenue un fait établi, l’opposition est si morte que même le-a organisations telles que la Ligue nationale contre le suffrage des Femmes
recommande aux femmes d’user de leur droit et d’accomplir leur devoir en votant. Cette Ligue présente même des- femmes aux élections pour les Conseils locaux ; elle a d’ailleurs dans ses statuts « l'e maintien du principe de la représentation féminine dans les Conseils municipaux et autres assemblées s^’occu^ pant des affaires domestiques et sociales de la commune ».
Electorat et éligibilité des femmes pour les autres organisations sociales, — Dans l’organisation religieuse anglaise la question de savoir si une femme peut être pasteur n’a pas été posée. Une femme peut , être marguillier ; elle est électrice et éligible au Conseil paroissial ; elle est électrice (si elle présente les qualités requises), mais elle n’est pas éligible à la « Ruridecanal Conférence » ; elle ne peut être ni électrice ni éligible à l’un ou l’autre desi plus importants Conseils désignés sous le nom de « Conférence et convocation diocésaines » (1).
Dans l’organisation religieuse écossaise la femme peut voter pour l’élection du pasteur de son église, et comme propriétaire elle a le droit de voter pour administrer les affaires de l’Eglise. L’assemblée générale de l’Eglise désigne les Anciens ; les femmes peuvent voter lorsque la congrégation est appelée à désigner des candidats. La femme n’est ni électrice ni éligible à aucun conseil directeur de l’Eglise.
D’après la loi récente sur l’assurance contre la maladie les femmes ont le même droit d’électorat et d’éligibilité que les hommes aux Comités, et des dispositions! spéciales précisent qu’un certain nombre de femmes doivent obligatoirement siéger dans quelques-uns de ces Comités. D’après cette loi quatre inspecteurs! — un pour chaque contrée — ont été désignés, et parmi eux figurent une femme qui a été nommée avec le même salaire que celui des hommes. Les appointements de l’inspectrice pour l’Angleterre s’élèvent à 25.000 francs par an. C’est la première fois qu’est appliqué dans un service public le principe « à travail égal salaire égal » et l’on consiidère que ceci est le résultat de fagitation sutfragiste actuelle.
Les femmes ont les mêmes droits que les hommes en ce qui concerne l’électorat et l’éligibilité aux Conseils d’administration des Compagnies! d’assurances ; elles peuvent prendre part à toutes les délibérations des assembleés générales de ces sociétés.
Anciens droits. — Au XV® siècle, en Angleterre et en Ecosse, la législation commença à définir d’une façon plus spéciale ceux qui avaient le droit de vote pour les élections des représentants aux Parlements respectifs. Dans toute la série des lois relatives à ces questions, on n’emploie que des termes généraux
(1) Lettre du secrétaire de la Ligue religieuse pour le Suffrage des Femmes (22 janvier 19i3).
comme bourgeois, propriétaires de terre libre, etc., sans que jamais les femmes soient spécialement exclues. C’est seulement au XIX® siècle, dans dansi deux ou trois lois électorales de 1832, que furent introduits les mots « personne du sexe masculin » dans les textes conférant le droit de suffrage en Angleterre et en Irlande. Malgré la non exclusion des femmes, il y eut peu de femmes qui exercèrent le droit de vote. Dans- le cas d’Olive V. Ingram (1739), relaté dans sept rapports modernes, le juge Lee fait allusion à un cas ancien dans lequel il a été décidé qu’une femme célibataire, propriétaire de terre libre, pouvait voter pour un membre du Parlement ; mais comme ce fait ancien n’est pas exposé, et que le rapport imprimé ne présente pas une grande autorité, il n’a pas été pris en considération par les juges dans les affaires récentes. Dans un « Livre Bleu » de la Chambre des Communes publié en 1878 (p 391 et 407), sont donnés' les noms des députés qui furent élus par des femmes, dame Dorothée Packington et dame Elisabeth Copley.
Suffrage des femmes à la Chambre des Communes. Au
cours du XIX® siècle, le droit de vote politique pour les hommes fut étendu à trois reprises : en 1832, 1867 et 1884 ; et chaque fois le nombre des électeurs fut presque doublé.
En 1832, quarante ans après la publication de Marie Wollstonecraft sur la Revendication des Droits des Femmes, il ne semble pas que la question du vote féminin ait été discutée au Parlement. Cependant, une femme, Marie Smith, de Stanmore (Yorshire), envoya cette année-là à la Chambre des Communes une pétition à ce sujet.
En 1851, se tint à Sheffield la première réunion publique qui était organisée dans le Royaume, une motion fut votée, et elle fut présentée à la Chambre des Lords par Lord Carlisle. En 1886, John Stuart Mill fut élu membre de la Chambre des Communes ; il était le premier candidat qui eût inscrit le suffrage des femmes- dans son programme politique ; il déposa à la Chambre une pétition signée par 1.499 femmes. Cette pétition avait été présentée par Emilie Davis, la fondatrice du « Girton College », et par Garret Anderson, l’active doctoresse qui dernièrement fut la première femme élue « mairesse » dans une ville anglaise.
L’année suivante, quand la loi sur le suffrage des hommes vint en discussion, Stuart Mill proposa que le mot « personne » fut substitué au mot « hommes » dans les textes, afin de comprendre les femmes parmi les électeurs. Il est à noter que 73 députés votèrent avec Stuart Mill, mais néanmoins sa proposition fut rejetée à une majorité de 123 voix. Trois ans plus tard, un projet donnant le suffrage aux femmes dans les mêmes conditions qu’aux hommes, fut dépose par Jacob Bright ; d
passa en seconde lecture, mais fut repoussé ensuite par la Commission. Depuis cette date, il y eut peu d’années dans lesquelles la question ne fit pas l’objet d’une discussion à la Chambre des Communes.
Sous une forme très peu différente de la proposition de Jacob Bright, un projet passa en seconde lecture sept fois : en 1870, 1886, 1897, 1908, 1910, 1911 et 1912. Des résolutions contraires furent votée en 1867, 1870, 1871, 1872, 1873, 1875, 1876, 1878, 1879, 1883, 1884, 1892 et 1893 ; et, en diverses occasions, le projet favorable fut arrêté ou combattu (1).
Quand le gouvernement libéral introduisit, en 1884, son projet sur le suffrage des hommes, les femmes espérèrent que, puiscpi’il y avait à la Chambre une majorité en faveur du vote féminin, la réforme pourrait être obtenue par voie d’amendement. Le premier ministre, M. Gladstone, était contre elles. Dans son discours il employa cette image : « A mon avis,la cargaison que porte notre navire atteint le maximum de ce qu’il peut transporter sans danger ». Ce langage eut pour résultat que 104 députés qui avaient formellement promis leur appui aux femmes votèrent contre leur affranchissement. Les femmes furent jetées par dessus bord et la cargaison des: nouveaux électeurs alDorda heureusement au port.
En 1910 un Comité de représentants, appelé Comité de conciliation, représentant tous les partis, essaya de présenter un projet accordant le suffrage à certaines catégories de femmes contre lesquelles aucune objection ne pourrait être soulevée de quelque côté que ce soit de la Chambre. Le projet comprenait les femmes chefs de famille et les femmes occupant un local d’une valeur minimum de 250 francs (c’est seulement en 1911 et 1912 que le projet visa les femmes chefs de famille). Pour la première fols dans l’histoire du mouvement suffragiste, le Gouvernement fixa une date pour la discussion du projet. Celui-ci passa avec une forte majorité en 1910 et 1911 quand cela ne devait avoir encore aucun effet ; mais en 1912, quand le Gouvernement eut promis une semaine pour reprendre définitivement la discussion, le projet fut repoussé par une majorité de 14 voix. Cela fut dû d’abord à ce que les nationalistes irlandais craignirent de perdre du temps pour la discussion de leur « Home rule bill » et votèrent en conséquence ; ensuite à ce que certains représentants invoquèrent la récente campagne des suffragettes militantes pour ne pas tenir leurs promesses.
Pour faire obstacle à ce projet, le Gouvernement annonça son intention de présenter un nouveau projet de suffrage masculin qu’il .serait possible de modifier par voie d’amendement afin de
(1) No\v iQ Rapport sur le Suffrage des Femmes, Blackburn, sauf 1912 et 1913.
le rendre applicable aur femmes. Le Gouvernement déclara que si cet amendement était adopté il le considérerait comme faisant partie intégrante de son projet et le défendrait de toutes, ses forces devant la Chambre des Lords. La Commission de Conciliation commençait à agir énergiquement quand le « Speaker » indiqua que si l’amendement concernant les femmes était ajouté il devenait indispensable de déposer un nouveau projet. Ceci, survenant après les promesses faites publiquement par les ministres depuis plus d’un an, fut une véritable surprise pour tout le monde, même pour le ministère qui se trouvait dans la position très humiliante de ne pouvoir tenir ses promesses parce qu’on était en fin de session. Il fut obligé de retirer son propre bill.
Après avoir pris cette décision, le Gouvernement qui avait au moins péché par insouciance, offrit simplement aux suffragistes quelques facilités pour le dépôt d’un nouveau projet par un membre privé, mais sans prendre aucune responsabilité gouvernementale.
Le speaker doit être mis hors de cause, car son devoir était de faire appliquer les règlements.
Le 6 mai 1913 vint en seconde lecture la proposition Dickenson accordant le vote aux femmes chefs de famille ou veuves de chefs de famille âgées d’au moins 25 ans. Cette proposition fut repoussée par une majorité de 48 voix : 221 voix pour, 269 voix contre.
Procédure parlementaire. — Pour être applicable une loi doit ou être votée par la Chambre des Communes et par la Chambre des lords dans la même session ; ou bien d’après une nouvelle loi parlementaire elle doit être adoptée par la Chambre des Communes dans trois sessions successives d’année en année. Dans ce dernier cas la Chambre des lords n’a pas besoin d’être consultée. Ceci pose la question de savoir quelle est la meilleure procédure à suivre pour faire adopter la réforme. Les lords préfèrent évidemment les mesures conservatrices et en conséquence un projet que l’on tenterait de faire passer en se servant de la nouvelle loi parlementaire perdrait sûrement l’appui des conservateurs alors même que ceux-ci en approuveraient le principe.
Histoire du Suffrage local. — Les absurdités, les anomalies et les fluctuations du droit des femmes même en ce qui concerne les assemblées locales montrent la nécessité d’obtenir le vote politique. En Angleterre et dans le Pays de Galles les femmes sont encore en état d’infériorité relativement au mariage et à la nécessité de posséder des biens, conditions qui ne sont pas imposées à leurs isœurs d’Ecosse et d’Irlande. La nouvelle législation a eu quelquefois pour effet de réduire les droits des femmes.
En 1835, le mot « mâle » inséré dans une loi priva les femmes anglaises de leur ancien droit de vote pour les Conseils mun:cipaux. En 1894 une loi augmentant le droit des femmes pour certaines choses les priva cependant du droit de vote comme propriétaires. En 1899, quand aux Comtés de paroisse de Londres on substitua les Conseils de bourg, les femmes perdirent leurs droits d’éligibilité. En 1902, quand les attributions des commissions scolaires en Angleterre furent conbées aux Conseils de Comtés, les femmes perdirent leur droit d’éligibilité et pendant quelques années purent intervenir seulement comme membres auxiliaires.
Opposition des Tribunaux.— Comme dans beaucoup d’autres pays, les femmes ont essayé avec peu de -succès de faire établir leurs droits par les Cours de justice. Après les lois électorales de 1867 et de 1868, l’attention fut appelée sur la loi de lord Brougbam de 1850 qui avait spécifié que dans les lois futures votées par le Parlement toute spécification masculine devrait être entendue comme comprenant le féminin à moins que ie contraire fut expressément mentionné. Les fonctionnaires chargés de dresser les listes électorales intelprèteront la loi de différentes manières. A Aberdeenn tous les noms de femmes furent inscrits sur les registres. A Birmingham, Manchester et dans plusieurs autres circonscriptions les femmesi qui réclamèrent furent inscrites, alors que à Edimbourg, Leeds, etc., toutes les réclamations furent repoussées. Dans la première -espèce qui se présenta sur l’interprétation de la loi écossaise (afï. Brown c. Ingram), il fut décidé que, eu égard aux usages constants les femmes ne pouvaient pas être inscrites. Dans l’affaire « Gbarlton c. Lings- » il fut jugé pour l’Angleterre et le Pays de Galles que le mot « homme » ne comprenait pas les femmes, et que cellesci étant frappées d’une incapacité électorale elles ne pouvaient être inscrites comme électeurs parlementaires. En 1908, dans l'affaire « Naime c. Universités », il fut décidé que le mot « personne » inscrit dan^~ un article spécial de la loi ne pouvait pas comprendre les femmes, et que les femmes graduées inscrites, sur le rôle électoral pour la représentation universitaire au Parlement n’avaient pas pour cela qualité de voter.
Les tribunaux ont parfois aussi fait obstacle aux droits des femmes dans les élections pour les Conseils locaux. En 1873, par suite d’une décision intervenue dans une affaire « Rex c. Harrald », les femmes mariées ne purent prendre part aux élections, pour les conseils municipaux en Angleterre. Après l’établisse ment des Conseils de Comté, une électrice, lady Sandhurst, .se croyant elle-même éligible parce que la loi indiquait que tout électeur était éligible, se piésenta et fut élue au Conseil de Comté de Londres ; mais plus tard son élection fut annulée parce que
les juges interprétèrent l’article 69 de la loi, de la façon suivante:
« Pour tout ce qui concerne dans cette loi le droit de vote aux i-
élections municipales, les termes indiquant le genre masculin, comprennent les femmes, mais implicitement les femmes sont exclues du droit d’éligibilité. » |
Propagande auprès du Parlement. — Depuis la publica- |
tion de William Thompson « Appel cVune moitié de la race [
humaine » répondant à l’exposé de James Mill « Essai de Gou- |
vernemeni )> qui disait que les femmes pouvaient sans inconvénient être exclues des droits politiqueSi, il fut publié un grand nombre d’ouvrages favorables à la réforme féministe.
L’Association politique féminine de Sheffield fut la première société ayant le vote des femmes pour but. Elle organisa la première réunion publique en 1851, qui vota l’adresse d’une pétition à la Chambre des lords.
L’organisation méthodique commença après l’échec du projet de Stuart Mill sur le vote des femmes. En 1867, les sociétés de Manchester, Londres et Edimbourg ,se fédérèrent pour constituer la Société Nationale pour le Suffrage des Femmes qui devint j
plus tard l’Union Nationale pour le Sufîarge des Femmes. '
Depuis cette époque la propagande a été faite par des moyens légaux ; actuellement, en 1913, sous la présidence distinguée de Mrs Milicent Garrett Fawcett, une de ses membres fondatrices et oratrices, l’Union compte plus de 400 groupes représentant plus [
de 42.000 membres, et dans une période de treize mois (octobre !
i911-novembre 1912) elle réunît plus d’un million pour la cause. i
L’Union politique et sociale des Femmes, fondée par Mrs Pankhurst en 1902, commença trois ans plus tard une nouvelle méthode de propagande dite « militante » qui conduisit des centaines de femmes en prison. Cette union préconisa aussi la lutte électorale contre les candidats soutenus par le Gouernement.
D’un autre côté, rUnion nationale a pris la décision de soutenir ‘
dans toute élection le candidat qui est le meilleur suffragiste et en 1912 elle commença à prendre en considération l’attitude des partis dans cette question. Le seul parti réclamant le suffrage des femmes est le « Labour Party ». Ses candidate doivent donc être plus spécialement soutenus.
La Ligue d’Hommes pour le Suffrage des Femmes, et la Ligue des Femmes pour la Liberté sont également d’importantes sociétés suffragistes. On compte enfin quatre journaux hebdomadaires -et plusieurs revues mensuelles exclusivement consacrées à i -
la propagande pour le suffrag des femmes. !
Propagande près de la Chambre des Communes. —
Voici le résumé sommaire de la propagande faite auprès de la Chambre des Communes.
1° Pétition (i). — 1832. Mary Smith de Stramore (Yorkshire), adresse une pétition au Parlement.
1851. Lord Garlisle présente à la Chambre des Communes une pétition isignée dans une réunion publique à Sheffield.
1866. John Stuart Mill présente à la Chambre des Communes la pétition de 1.499 femmes. Les signatures avaient été recueillies en quinze jours.
1852 à 1905. 1.747 pétitions réunissant 487.747 noms, sont présentées à la Chambre des Communes.
1896. Un appel signé par 257.000 femmes est présenté au Parlement.
1906. Une déclaration est signée par 52.000 femmes pour la plupart ouvrières ou employées.
1909-1910. Une pétition signée par 280.000 électeurs est présentée au Parlement.
Sociétés ayant adressé au Parlement des résolutions suffragistes.— Association de tempérance des femmes de la Cran d e-B r et agn e.
L’Union de tempérance des femmes écossaises.
L’Union Nationale des femmes ouvrières (1902-1909-1912). Cette société est la plus imporatnte organisation de femmes en Angleterre. Elle compte 139 filiales et 47 branches dans lesquelles 1.408 'sociétés sont représentées..
L’Association des Directrices de pensionnat.
L’Association des Femmes professeurs de l’Université.
Les Maîtresses auxiliaires des Ecoles secondaires.
L’Association des Gardes-malades diplômées;.
L’Association Coopérative des femmes. (Seule organisation représentant les femmes mariées ouvrières).
La Fédération libérale des femmes. (1)
La Fédération libérale des femmes écossaises. (1)
Le Parti ouvrier indépendant. (1)
La Société fabienne. (1)
Parmi les autres organisations qui ont adressé des pétitions au Parlement ou qui se sont prononcées en faveur du suffrage des femmes on compte :
140 Conseils municipaux, parmi lesquels on peut mentionner ceux des importantes villes de Glasgow, Birmingham, Liverpool, Manchester, Dublin, Edimbourg, Cardiff, Belfast, Newcastle, etc., et un certain nombre d’autres assemblées locales.
La Convention des Bourgs royaux d’Ecosse ;
L’Association libérale des hommes écossais ;
Le « Labour Party ».
(1) Une brève revue du Suffrage des Femmes, publiée par l’Union Nationale pour le Suffrage des Femmes (Londres).
( 2 ) Ces sociétés ont inscrit le Suffrage des Femmes à leur programme.
Grandes manifestations. — 1851. Réunion publique à Sheffield.
1868 à 1878. Réunions publiques à Manchester, Birmingham, Londres, Edimbourg, Dublin, Bristol, Leeds, Newcastle et quelques autres villes.
1880 à 1884. Grandes réunions à Manchester, Londres, Bristol, Birmingham, Badford, Nottingham, Sheffield, Glasgow et Edimbourg. Après 1907, meetings et mmiifostations plus importants encore.
1907. 3.000 femmes marchent en procession dans Londres, 1.500 dams Edimbourg et 2.000 à Manchester.
1908. 15.000 femmes marchent en procession dans Londre.-.
1908. Manifestation à Hyde-Park, réunissant environ 500.000
personnes.
1910. Environ 5.000 meetings (non compris ceux tenus en plein air). Manifestation à Hyde-Park réunissant 250.000 personnes et une autre à Trafalgar-Square réunissant 10.000 personnes.
1911-1913. Les meetings et les manifestations sont devenus si nombreux qu’on ne peut les compter. Dans des centaines de villes, à côté de plus petites réunions, des meetings sont tenus régulèrement dans les plus grandes salles. A Londres, Albert Hall qui contient plus de 10.000 personnes est rempli 5 fois pen dant l’année 1912.
Sociétés qui ont pour objet le Suffrage des Femmes.
-- L’Union Nationale des Sociétés pour le Suffrage des Femmes (4.200 membres, 411 branches, revenus (octobre 1911-novembre 1912) : 1 million ; organe hebdomadaire : « The Commoii Cause ».•
L’Union Nationale politique et sociale des Femmes. Organe hebdomadaire : « The Suffragette ».
La Ligue des Femmes pour la Liberté. Organe hebdomadaire : « The Vote ».
La Ligue d’hommes pour le Sufirage des Femmes.
L’Association conservatrice et unioniste jDour l’ahranchissement des Femmes.
La Ligue des actrices pour l’affranchissement des Femmes.
La Ligue des artistes pour le Suffrage.
La Société catholique pour le Suffrage des Femmes.
La Ligue protestante pour le Suffrage des Femmes.
La Société « Civil Service » pour le Suffrage des Femmes.
La Ligue de l’Eglise libre pour le Suffrage des Femmes.
La Ligue des Amis du Suffrage des Femmes.
La Société suffragiste des professeurs de gymnastique.
Le Club international pour le Suffrage.
La Fédération irlandaise pour le Suffrage des Femmes.
La Ligue irlandaiæ pour le Suffrage des Femmes.
La Ligue juive pour le Suffrage des Femmes.
L’Union londonienne des Gradués universitaires.
L’Union politique des hommes pour raffranchissement des femmes.
La Société nationale industrielle et professionnelle.
La Nouvelle Société constitutionnelle pour le Suffrage des Femmes.
Le Club violet, blanc et vert.
L’Atelier du Suffrage.
L’Union écossaise des femmes universitaires.
La Ligue des Eglises écossaises.
L’Union d’avant-garde des femmes libérales.
La Ligue des femmes de lettres.
Le Comité des femmes électrices d’Australie et de Nouvelle- Zélande.
La Ligue des Femmes pour la résistance à l’impôt.
L’Union suffragiste « Gynovic ».
La Ligue pour la R.éforme politique.
L’Association « Votes for Women». Organe hebdomadaire : Votes for Women ».
La Ligue des Militantes spiritualistes, etc.