DANEMARK
Hommes Femmes Total
Habitants 1,337 900 1,419,170 2,757,076
Conseils d’assistance, électorat et éligibilité accordés aux femmes. 1907
Electorat municipal et éligibilité (comprenant réleclorat et l’éligibilité aux conseils scolaires). 1908
Vote paroissial. Les femmes danoises reçurent le droit de vote et d’éligibilité pour les Conseils de paroisse par la loi du 15 mai 1903. Cette loi fut abrogée le- 1®" janvier 1910. Mais elle fut remise en vigueur en mai 1912.
Assistance. La loi du 4 mai 1907 reconnut aux femmes danoises le droit de vote et d’éligibilité aux Comités d’assistance libres » organisés à nouveau (et dont le nom sans prétention n’entraîne pas la perte de certains droits civiques ou politiques, comme dans l’ancien, système).
Vote communal. La loi du 20 avril 1908 leur donne enfin le droit de vote et d’éligibilité en matières communales. Ce droit comprend celui d’être élue ou de voter dans les Conseils scolaires et dans les Conseils d’assistance.
Les femmes possèdent ces droits et les exercent aux mêmes conditions que les hommes, c’est-à-dire : Pour le vote paroissial : 25 ans d’âge, et fidélité à l’église nationale ; pour le Conseil communal et pour celui des pauvres : 25 ans d’âge, un an de séjour cîu minimum dans* la commune, irréprochabilité, paiement d’une contribution pour un revenu d’au moins 800 couronnes à Copenhague (un peu moins dans les autres communes). Les femmes mariées jouissent de leurs droits même si elles n’ont aucun revenu personnel, ou si leur bien est soumis à l’autorité maritale et si leur mari paie seul les contributions.
Les domestiques eux-mêmes jouissent de ces droits, car leurs gages sont comptés comme « revenus ».
Aux premières élections ecclésiastiques qui eurent lieu depuis la loi de 1903, les listes continrent 167.684 noms d’hommes et 167.643 de femmps. Il y eut 90.061 hommes et 64.698 femmes (ÿai v'crtferént
Il n’est pas facile de dire précisément le nombre de femmes qui furent élues, car les statistiques manquent, mais on peut signaler qu’aussitôt après les élections une femme (l’épouse d’un pasteur) fut appelée à faire partie d’une commission chargée d’étudier des questions et des projets ecclésiastiques très importants.
En mars 1908, eurent lieu les premières élections aux Conseils de « libre » assistance. Aucune statistique officielle ne fut publiée à ce sujet. Cependant il ressort d’une statistique non officielle qu’environ 45 ou 50 0/0 des électeurs étaient des femmes, dont 26 à 38 0/0 votèrent effectivement. De la même statistique il ressort que parmi les « élus » aux Conseils d’assistance, les femmes comptent dans les villes pour 44 0/0 et dans les campagnes pour 36 0/0. En mars 1911 de nouvelles élections eurent lieu. Une statistique officielle montre que les électeurs effectifs furent dans les villes 58,1 0/0 hommes et 40 0/0 femmes ; et dans les villages 29,9 0/0 hommes et 12 0/0 femmes. (Dans une ville il y eut 66,1 0/0 hommes contre 57,8 0/0 femmes). Parmi les 517 élus il y 'eut 194 femmes (donc plus d’un tiers).
Il est à remarquer que, pour ces élections (d’après le système proportionnel), un très grand nombre de villes adoptèrent (grâce à l’initiative des Unions suffragistes) une liste unique dans laquelle chaque parti politique était représenté au prorata de son importance. Si bien qu’un choix personnel n’était plus nécessaire et les grosses sommes dépensées autrefois pour ces élections furent consacrées aux pauvres de la ville. Les organisations féministes sans opinion politique se sont montrées particulièrement utiles dans ces circonstances.
En mars 1909 eurent lieu les premières élections municipales depuis que les femmes jouissent de leurs droits. Les listes contenaient 466.211 hommes et 423.544 femmes électeurs, sur lesquels 327.806 hommes et 198.421 femmes votèrent effectivement (donc 76,5 0/0 hommes et 50 0/0 femmes). Gomme toujours ce sont les paysannes, si difficiles à faire sortir de leurs maisons, qui rendent si faible le pourcentage. Dans les villes il est de 66 et même de 70, tandis qu’à la campagne il tombe parfois audessous de 38. En mars 1912 des élections extraordinaires eurent lieu à Copenhague. Il y avait 80,8 0/0 hommes pour 68,7 0/0 femmes.
Parmi les 9.609 conseillers municipaux élus en Danemark en 1909 il n’y eut que 127 femmes, -et parmi 1.206 communes 85 seulement élirent des femmes. Copenhague vient en tête, sous ce rapport, avec 7 conseillères sur 42, et Prédériksberg avec 3 sur 15. Dans les autres villes 57 femmes contre 747 hommes et dans les villages 65 femmes seulement et 8.076 hommes. Parmi les « conseillères » 84 sont mariées, 38 sont célibataires, 4 sont
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veuves. Parmi les conseillères de Copenhague il y a : une couturière, une sténographe (social-démocrate), une doctores'se, une ingénieure (radicale), une directrice d’asile féminin, une ex-infirmière (conservatrice) et une femme sans profession (parti chrétien social) ; leur activité leur a valu la reconnaissance publique. Une femme fut chargée du département de la Police, deux autres furent chargées des finances municipales. Cependant, les résultats ne satisfaisant pas complètement les femmes danoises, elles essaieront pour les élections de mars 1913 une autre tactique électorale ; au lieu de se présenter sur la même liste que les hommes des divers partis politiques, elles présenteront une liste de candidates et feront une campagne électorale spéciale, dont elles se promettent, le système proportionnel aidant, de meilleurs résultats. Les femmes ont depuis trop peu de temps le droit de vote municipal, pour qu’il soit question d’une influence coiLidérable sur les réformes sociales (d’autant plus que la force de chaque parti est restée sensiblement la meme), mais, en tous cas, on peut constater que les femmes prennent, grâce à leurs nouveaux droits et devoirs dans la com- D.iune, une idée bien plus haute de leur sitiiation sociale et de leur responsabilité dans la vie publique. Il est vrai que le mouvement suffragiste contribue aussi à ce résultat. Et, d’autre part, leurs expériences en matières communales leur a ouvert les yeux et démontré que pour obtenir des résultats appréciables, les femmes doivent avant tout obtenir le droit de vote politique.
Vote politique. Le premier mouvement suffragiste commença en 1870 au Parlement ; il n’eut d’abord aucun succès, mais dès lors, les associations féminines et les journaux s’occupèrent de la question. En première ligne, il convient de citer l’Union des Femmes, fondée sur l’initiative de Frédérik Bajers (1871) pour améliorer la condition des femmes, en général. Cette association présenta en 1888 la première pétition demandant au gouvernement le vote municipal pour les femmes célibataires et indépendanter;. La deuxième Chambre adopta un projet de loi favorable à cette réclamation, mais la Chambre haute le repoussa. Cette même année eut lieu un Congrès des femmes Scandinaves et une organisation suffragiste fut fondée afin de faire dans tout le pays une violente agitation sur la question des droits polüic(ues des femmes. Les femmes se rendirent aux réunions électorales et questionnèrent les candidats, au sujet de leur attitude envers le suffrage des femmes. Les associations féminines se groupèrent et envoyèrent pétition sur pétition au parlement. En 1898-99 fut fondée la première Union exclusivement occupée du Suffrage. Cette Union s’affilia en 1904 à l'Alliance Internationale. En 1906 l’Union Suffragiste se scinda. La partie qui prit le nom de « Landsfors bundet for Kv. Valgret »
se constitua en union indépendante. Elle compte actuellement 160 sections et plus de 11.000 membres. La plus ancienne Union compte à peu près le même nombre de membres et l’Union des Femmes danoises lui est affiliée. Une autre association fondée en 1898 sur des bases chrétiennes travaille très activement pour le suffrage. Elle a gagné à la cause les milieux jusque-là réfractaires, des Missions et des Sociétés de tempérance. Les efforts combinés de ces diverses organisations ont réussi à tel point à gagner l’opinion publique qu’aujourd’bui, aucun parti politique n’est officiellement hostile au vote des femmes ; le mouvement ne rencontre donc plus d’opposition effective et quelques organisatrices du mouvement craignent, de ce fait, une certaine stagnation des efforts. On entend bien çà et là les arguments archis-connus d’adversaires personnels du suffrage des femmes. Ils font surtout remarquer le petit nombre d’électrices communales. Mais les Danoises ont une réponse toute prête et sans réplique : Quand, en 1886, on soumit au referendum la question de savoir s’il convenait de maintenir ou d’abolir le suffrage universel des hommes, il n’y eut que les 2/5 des électeurs qui firent usage de leur droit. Et ceci après 18 ans de liberté politique.
L’introduction du droit de vote pour les femmes nécessite un changement dans la constitution. Les circonsances sont telles que la dissolution de la Chambre haute aus-si bien que de la Chambre basse est devenue nécessaire. Mais aucun gouvernement n’a eu, jusqu’ici le courage de dissoudre la Chambre haute. Celle-ci comprend en outre 12 membres nommés à vie par le roi, et les juristes n’arrivent pas à se mettre d’accord à leur sujet. Ainsi donc, malgré la sympathie générale, les femmes risquent fort d’attendre longtemps leur émancipation politique. Il est à espérer toutefois que, la constitution devant en tout cas être changée sous d’autres rapports, la réforme qui les intéresse pourra s’y glisser à la faveur des circonstances. La Chambre basse a déjà adopté plusieurs projets de loi favorables au vote des femmes, mais ]a Chambre haute les a repoussés d’office. Le 23 octobre 1912, 60® anniversaire du jour où le premier parlement danois élabora la Constitution, le premier ministre Berntsen proposa à la Chambre basse un amendement ainsi conçu :
« Les hommes et les femmes âgés de 25 ans ont le droit de vote « et d’éligibilité à la Chambre basse. Ils votent indirectement
par l’intermédiaire des représentants municipaux pour la « Chambre haute. (Les femmes sont éligibles aux conseils muni- « cipaux). ))
Après trois jours de discussion, tous les partis, sauf celui des Conservateurs se déclarèrent favorables. Le projet fut soumis à une Commissit^n-, la dBuxièmE lecture eût lieu lie 10 êt la titii-
sième lecture le 12 décembre 1912. Le projet amendé fut adopté par 100 voix environ contre 14 et présenté à la Chambre haute. Là, le projet fut lu le 8 janvier 1913 et occupa plusieurs séances. Les modérés, les radicaux et les socialistes se déclarèrent pour, et les conservateurs contre (parce que le projet change le mode d’élection à la Chambre haute). Toutefois le projet fut envoyé à l’étud'e, mais la Commission qui en est chargée travaille si lentement que c’est à peine si elle aura fait son travail quand la session actuelle prendra fin (le 1®*' mai prochain). Même si une faible majorité de conservateurs devait faire tomber le projet, en seconde lecture, cela ne justifierait pas que les femmes ont perdu la bataille. En effet, il est fort à parier que cette petite majorité deviendra bientôt après les élections législatives, une minorité.