‹ Le Suffrage des Femmes en PratiqueChapitre 41 sur 50 · PORTUGAL · texte numérisé non relu

PORTUGAL

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Le mouvement suffragiste en Portugal est intimement lié avec l’histoire politique du pays. Le mouvement féministe en était encore à ses premiers débuts quand les chefs du parti républicain sollicitèrent son concours pour combattre les principes monarchiques. La Ligue républicaine des femmes portugaises fut alors fondée, avec l’appui de ces chefs. Elle fut reconnue officiellement par le parti républicain et invitée aux congrès et aux réunions de ce dernier. Sous la direction de Mme Anna de Castro Osorio, la Ligue entreprit un mouvement de propagande auquel est dû en partie l’établissement de la République qui eut lieu le 5 octobre 1910, juste deux ans après la fondation de la Ligue.

Il va de soi que la Ligue s’attendait alors à recevoir de ses alliés d’hier, qui formaient le « gouvernement provisoire », la récompense promise : le droit de vote pour les femmes. On n’apprit donc pas sans surprise et sans colère que le projet de loi relatif au droit de vote, présenté par le docteur d’Almeida le 14 mars 1911, plaçait les sous-officeirs, les soldats et les femmes au même rang que les idiots ou le? banqueroutiers, ou plus exactement, que ce projet ne parlait pas explicitement des femmes et laissait dans le vague leur situation politique. Après des protestations véhémente? le gouvernement accorda le droit de vote aux premiers (sous-officiers et soldats), mais continuait à ne pas parler des femmes. Le texte de la loi n’osait pas toutefois les exclure explicitement.

Alors la Ligue pour le Suffrage des Femmes décida que deux de ses membres : la présidente, Mme A. de Castro, écrivain et journaliste, et la doctoresse Carolina Beatriz Augelo, se feraient inscrire sur les listes électorales. Cette inscription leur fut refusée. Une question fut posée à ce sujet au gouvernement qui répondit offlcieusem£nt que les femmes n’étaient pas admises à bénéficier de la loi électorale.

La doctoresse B. Angelo en appela aux tribunaux. Par un heureux hasard, le procès fut jugé par le père de Mme A. de Castro. Ce magistrat éminent interpréta la loi dans un esprit d’indépendance et d’équité et donna gain de cause à la doctoresse G. Angelo. Voilà comment cette dernière put déposer un bulletin dans l’urne électorale et être à cette occasion l’objet d’une manifestation populaire (1). Un précédent est ainsi créé, mais il est resté unique, les listes ayant été closes- immédiatement après.

L’assemblée générale de VAssociation de propagande féministe décida peu après d’adresser une pétition à l’Assemblée Nationale Constituante pour lui demander, en considération des services politiques à elle rendus par les femmes, d’accorder le droit de vote politique : i” aux femmes de 21 ans pourvues du diplôme d’une école supérieure ; 2° aux femmes de 21 ans ayant une instruction élémentaire complète; 3“ aux ménagères sachant lire et écrire ; 4° aux femmes commerçantes sachant lire et écrire (2).

De plus cette Association réclamait le droit de vote et d'éligibilité en matière communale. Cette pétition fut confiée au D*' B. Machado, député et membre du Gouvernement provisoire, pour être lue au Parlement en temps opportun. Le Parlement passa à l’ordre du jour.

Cependant, le 12 juillet 1912, le Sénat institué par le Gouvernement définitif, après avoir délibéré au sujet de la loi électorale, proposa d’exclure des listes d’électeurs les militaires de tous grades en activité, et les domestiques hommes, et au contraire d’inscrire sur ces listes les femmes âgées de- 25 ans pouvant justifier d’une culture supérieure. Après une discussion acharnée (la loi passa par 20 voix contre 17). Deux sénateurs déclarèrent le lendemain, qu’ils auraient voté contre s’ils avaient été présents à la séance. D’autre part VUnion des Femmes Socialistes manifesta son mécontentement de ne voir accorder le droit de vote qu’à un nombre fort restreint de femmes.

Le vote du Sénat doit être confirmé par le Parlement qui est en majorité hostile ou indifférent au vote des femmes. M. Almeida Nogueira nous écrit que le projet du Sénat fut reçu par la majorité des députés avec un sourire moqueur. Cependant il a trouvé aussi parmi eux de zélés partisans.

Le Président du Conseil, D'" A. Costa, une des plus hautes intelligences du Portugal, s’est déclaré en faveur du droit de vote pour les femmes instruites, mais il a déclaré que pour le mo-

U) Peu de temps après le d' B. Anjelo mourait subitement au sortir d’une réunion suffragiste le 3 octobre 1911. M“* M. Velleda lui a succédé et continue avec zèle la même campagne.

(2) La Ligue des Femmes envoya au Parlement une pétition dans le même sens.

ment, étant données les circonstances, il convient d’attendre. Quand le projet du Sénat sera discuté à la Chambre il s’absentera ou s’abstiendra de voter, et avec lui, le parit radical dont il est le chef.

Le chef du parti progressiste, J. d’Almeida est favorable.

Le chef des « Unionistes », D’' Brito Gamacho est un adversaire.

Le Grand Maître de la Franc-Maçonnerie, D" Magalhaes Lima, l’éminent orateur et journaliste qui fut l’ambassadeur en Pance du Gouvernement provisoire, est aussi un zélé féministe.

L’ancien ministre des Finances José Relvas est sympathique au mouvement. Malgré cela, on s’attend à l’échec du projet du Sénat devant la Gham.bre des Députés.

Il n’êst pas douteux que l’idée fasse des progrès et que le succès soit en bonne voie. G’est ce qui ressort des déclarations de diverses personnalités éminentes que nous citons, en guise de conclusion. ■

Le Bernardino Machado, actuellement ambassadeur au Brésil et féministe de la première heure, disait à la Chambre des Députés, à l’occasion, d’une discussion sur le suffrage des femmes :

« La femme ne doit pas s’occuper de politique ?... Gomment peut-on lui interdire de s’intéresser, je ne dis pas à son propre sort, mais à celui de son mari et de ses enfants ! Gomment la femme pourrait-elle développer l’esprit civique chez ses fils, si elle-même en est dépourvue ! »

Le D’' Th. Braga, président du Conseil pendant le Gouvernement provisoire, doyen de l’Académie et des écrivains et savants portugais, recevant la députation de la Ligue suffragiste conclut son discours en ces termes : « La victoire est certaine, quoique vos adversaires puissent faire contre vous, et quoique puissent dire ceux qui ne trouvant aucun argument sérieux s’en tirent par de creuses plaisanteries qu’ils croient spirituelles ».

Le député Jacintho Numès s’est nettement prononcé dans la séance du 6 janvier 1913 contre toutes les restrictions que le code civil impose aux droits des femmes ou des hommes.

Il demande le droit de vote pour les femmes, et remarque qu’aucune loi générale ne le leur refuse explicitement. « Gomment admettre, dit-il, qu’une femme ne soit ni électeur ni éligible et qu’elle puisse cependant être reine ou impératrice ? La femme peut exercer toutes les professions, être médecin, avocat, professeur. Pourquoi ne serait-elle ni électeur ni éligible. Pourquoi ne s’intéresserait-elle pas à la vie politique de son pays. L’unique raison du refus des hommes est leur égoïsme ! Il n’y en 0 pas d’autres. Mais si on refuse aux femmes leurs droits de citoyennes, comment ose-t-on les contraindre à remplir leurs devoirs ! »

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