RUSSIE
Totale Européenne
Population, 1910 : 163.778.800 118.690.600
Vote municipal et administratif. — En Russie, les femmes ne votent pas aux Conseils municipaux et provinciaux (zemstvo). Celles qui ont le cens territorial fixé pour telle province, peuvent passer leur droit électif à leurs maris, frères, fils, petits-fils, beaux-fils. Ce droit a été conféré aux femmes en 1866.
Dans les élections de noblesse, les femmes nobles peuvent passer leur droit électif à un homme noble du même gouvernement.
Quant à l’éducation scolaire, il y a en Russie : 1° les Conseils scolaires qui admettent, comme administrateurs, les femmes à l’égal des hommes. Les administrateurs et administratrices ont droit de vote dans les questions concernant leur école. Les femm.es ont reçu ce droit en 1874 ;
2° Les Commissions, établies par les organisations sociales, municipales et provinciales (zemstvo) qui peuvent prendre conseil des experts des deux sexes.
Dans les Commissions préparatoires tous, hommes et femmes, ont le même droit de vote.
Quant aux Commissions exécutives, les membres seuls (municipaux et provinciaux) y prennent part (1874).
Dans les Commissions médicales en province (zemstvo), les femmes-docteurs ont les mêmes droits que les hommes. (Il en est de même dans les villes, mais il y a peu de Commissions médicales municipales en Russie).
Il n’y a pas en Russie de Commissions d’assistance publique ; il n’y a que des Commission philanthropiques privées dont les membres, hommes et femmes, ont les mêmes droits.
Quant aux Commissions établissant les impôts, les femmes n’y ont aucun droit de vote.
Vote politique.— Aux élections parlementaires (Douma impériale) les femmes peuvent passer leur droit électif à leurs maris, frères, fils, petits-fils, beaux-fils.
Il est rare que les femmes en Russie profitent de ces dispositions et passent leur droit électif aux hommes.
Administration scolaire — Dans les Conseils d’écoles religieuses, l’archevêque peut admettre des femmes. Il peut aussi les nommer « administratrices honoraires » de toutes les écoles religieuses du district.
Dans le projet d’éducation obligatoire, voté par la troisième Douma et rejeté par le Conseil d’Etat, les femmes recevaient le droit de vote passif pour les Conseils scolaires.
Il y a dans les écoles municipales de Moscou près de 1,400 institutrices et seulement iOO instituteurs. A Pétersbourg*, il n’y a que des institutrices (à l’exception de 3 ou 4 instituteurs) dans les écoles municipales. Le Conseil municipal (Douma municipale) de Saint-Pétersbourg a décidé de n’admettre que des femmes comme institutrices d’écoles municipales, car leur sens de l’éducation est plus élevé (1) et elles sont plus propres à exercer ces fonctions.
Dans les gouvernements qui ont des Conseils provinciaux (zemstvo) les trois-quarts du personnel pédagogique dans les écoles du zemstvo sont des femmes. Le contraire est à noter dans les gouvernements où le zemstvo n’est pas introduit ; les troisquarts du personnel pédagogique sont des hommes, un quart seulement est composé de femmes.
Administration pénitentiaire. — Dès 1900, les femmes en Russie sont admises à être directrices des prisons de femmes. C’est une fonction philanthropique et honoraire. Les directrices de prison doivent veiller au bien-être des prisonnières et de leurs enfants.
Le Suffrage des Femmes et les partis politiques.— Le mouvement sufïragiiste a commencé en Russie en 1905, époque de la révolution. C’est en 1905 que fut organisée 1’ « Union pour l’Egalité des Femmes en Russie )>, qui eut une grande influence sur l’opinion publique grâce à sa propagande énergique.
L’assemblée générale dù Zemstvo, en septembre 1905, refusa de discuter la question du suffrage des femmes. Et, deux mois plus tard, le bureau de la dite assemblée, chargé d’examiner et de compléter le projet du Zemstvo sur les lois fondamentales de l’Etat, décida d’y admettre l’égalité des deux sexes par rapport au suffrage.
C’est en 1905 que les partis politiques s’organisèrent en Russie. Les socialistes démocrates, les socialistes révolutionnaires, le parti du Travail insérèrent le suffrage des femmes dans leurs programmes.
Le parti des Constitutionnels Démocrates (parti de la Liberté du Peuple) voulut, de prime-abord, y mettre quelques réserves. Tout en reconnaissant le droit abstrait des femmes au suffrage, ils craignirent de retarder les autres grandes réformes sociales et politiques, en se déclarant pour l’égalité absolue des deux sexes, principe ultra-radical aux yeux d’une grande partie de la nation.
« L’Union pour l’Egalité des Femmes » usa de toute son
(U A Pétersbourpf les institutrices d’écoles municipales doivent avoir le brevet d’éducation supérieure, en province (école du zemstvo) le brevet d’éducation secondaire.
influence et mena, pendant trois mois, une propagande énergique. En même temps elle vota une résolution déclarant qu’aucun de ses membres n’adhérerait au parti des Constitutionnels Démocrates tant que le suffrage des femmes ne serait pas compris dans son programme. Il y eut scission dans le parti Constitutionnel Démocrate sur la question féminine. A la première assemblée générale du parti, en janvier 1906, les partisans du suffrages des femmes l’emportèrent et inscrivirent dans le programme de leur parti l’égalité des deux sexes par rapport aux droits politiques.
Le suffrage des femmes fut indiqué dans la réponse de la première Douma impériale (à son ouverture) au discours de l’empereur. La question du suffrage des femmes figura dans les discours de ses défenseurs, membres des partis progressistes dans la première Douma impériale.
Le projet de suffrage universel fut élaboré dans une Commission de la deuxième Douma impériale. Si ce projet, jusqu’à présent, n’est pas réalisé, la faute n’en est pas à nos partis progressistes : tous nous furent fidèles.
En général l’opinion publique de la Russie progressive est décidément en faveur de l’égalité des deux sexes. Pendant de longues années, hommes et femmes travaillèrent ensemble à la libération de leur patrie ; et les hommes, en Russie, ont trop souffert de l’esclavage pour vouloir l’imposer aux femmes de leur pays...
Il est à noter, dit Mme Zénéide Mirovitch, qui a fourni tous ces renseignements, que la plupart des paysans plus ou moins éclairés, partagent ces idées. En 1905-1906, 1’ « Union des Paysans » se déclara pour l’égalité des deux sexes. Beaucoup de paysans désirent accorder le suffrage aux femmes, car, disent-ils, « les femmes sont contre nos.deux ennemis les plus dangereux : l’alcoolisme et la guerre ».