HONGRIE
Hommes
Femmes
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Historique.— La Hongrie est traditionnellement sympathique au droit de vote pour les femmes et à leur activité politique. Et cependant, depuis 1848, la femme hongroise est totalement dépourvue de droits politiques. Aux siècles précédents, la Constitution reconnaissait aux femmes nobles, comme aux hommes nobles, les droits suivants :
Les veuves des magnats possédaient le droit de vote aux Assemblées et au Parlement^ mais elles devaient en user par l’intermédiaire d’un représentant (homme). Le grand combattant pour les libertés hongroises : Ludwig Rossuth, par exemple, arriva pour la première fois au Parlement comme délégué d’une veuve de magnat.
On ne saurait déterminer exactement la date où ce droit fut accordé aux femmes de magnats, mais une loi du XVIT siècle en parle comme d’une institution déjà ancienne. On ne possède pas de documents pour ce qui concerne les droits politiques des femmes de la petite noblesse. MaiS' Lorenz von Toth (président du Sénat à la Curie hongroise), prétend, dans la préface d’un ouvrage historique, que ces femmes n’usaient pas partout et pas souvent personnellement de ces droits, ni pour le Parlement
d’Etat, ni pour les Assemblées et Comités. Il ressort toutefois de ces lignes qu’elles possédaient des droits.
La femme hongroise pouvait aussi, comme veuve de magnat et comme représentante d’un fils mineur, revêtir les insignes du pouvoir héréditaire dans certaines familles et exercer ce pouvoir.
L’histoire de la Hongrie cite les noms de plusieurs femmes qui ont rempli ainsi des fonctions très importantes avec une grande habileté, une conscience exacte de leurs responsabilités ; qui ont présidé en personne des assemblées délibérantes, et se sont acquis une grande renommée par leur souci à mener les c. affaires » pour le plus grand bien des « gouvernés ». Parmi ces femmes, citons Anna Bathori, qui présida les assemblées Kraszna et Kozépszoinok (1545) ; Ilona Zrinyi (la mère du héros de la liberté Rakoczi), présidente du Comité de Saros, et la comtesse Elisabeth Czobor, pré-sidente du Comité de Moso. La révolution de l’année 1848 èt la nouvelle Constitution annulèrent complètement ces droits politiques. Depuis lors la femme noble de Hongrie est aussi privée de droits politiques que ne l’étaient autrefois la paysanne et la bourgeoise.
Vote municipal et administratif. — En Hongrie la femme majeure, célibataire, veuve ou séparée possède le droit de vote municipal (par représentant mâle) si elle a une fortune immobilière, mais seulement dans certaines petites communes administrées par un magistrat. Dans les villes administrées par un Conseil municipal, elle n’a pas ce droit. On relève les indications suivantes dans les Ordonnances municipales de 1886 : XXH, § 32. « La représ'entation de ces corporations se compose pour la moitié des plus gros contribuables ou des propriétaires majeurs, et des représentants des femmes majeures célibataires, veuves, séparées, qui, par leur fortune immobilière, située dans le domaine de la commune, font partie des plus gros contribuables, etc... » Ces mesures n’innovent rien. Elles remettent simplement en vigueur une petite partie des anciens droits des femmes nobles ; le progrès consiste en ce que grâce à cette loi les bourgeoises reçoivent aussi le droit de vote municipal.
Nous avons la preuve que, de leur côté, les femmes ne se sont pas laissées dépouiller de leurs droits civiques sans protester. En 1871 le député Paul Medocsanyi présenta devant la Chambre la pétition de plusieurs de plusieurs veuves qui réclamaient la révision des lois relatives aux Conseils municipaux ou politiques, afin de leur rendre leurs droits imprescriptibles. La loi de janvier 1886 ne les satisfait qu’en partie.
Les femmes hongroises ne possèdent nulle part le droit d’éligibilité en matière communale. Mais elles usent de leur droit de vote partout où elles l’ont, dans la mesure de leurs forces.
11 ne saurait pas être question d’une activité sociale importante des femmes grâce à ce droit de vote municipal, car d’une part il ne consiste que dans le pouvoir (délire, non d’être élu ; et d'autre part il est mdirect, il s’exerce par l’intermédiaire de mandataires hommes dont on ne peut pas contrôler le vote. Il est donc très restreint. Mais ses défauts même et leurs inconvénients qui sautent aux yeux ont gagné à la cause de l’égalité des sexes en matières municipales un grand nombre de personnes qui ne sont pas encore partisans de l’égalité en matière politique.
Ordinairement, ces homm<es et ces femmes ne sont pas opposés en principe aux droits politiques des femmes, mais ils considèrent cette réforme comme superflue et prématurée. Le vote municipal leur paraît un stade utile, un moyen de faire l’éducation des femmes et de mûrir leur esprit: Ils se bornent à demander l’égalité pour les deux sexes en ces matières. Les milieux conservateurs Insistent sur l’utilité de confier aux femmes une partie de VAssistance publique.
Les femmes possèdent le droit de vote et d'éligibilité pour les Caisses d'assurances contre la maladie, et dans les Chambres du Commerce et de l'Industrie. Toutefois jusqu’ici aucune femme n’a été élue, bien qu’en 1909 une candidate ait eu un très grand nombre de voix.
Les institutrices peuvent être membres des Conseils académiques. En 1910 des institutrices furent nommées, pour la première fois de la Commission des écoles à Nagyvarad, et en 1912 à Buda-Pest.
Dans les Conseils de paroisses hongroises de la confession d’Augsbourg, les femmes non mariées ont le droit de vote et d’éligibilité selon leur contribution. (Cette contribution est la même pour l’homme et pour la femme et elle est faible, par exemple 5 r. à Budapest).
L'Eglise unitaire a donné le droit de vote aux femmes pour les assemblées générales, et la nomination des pasteurs dès le temps* de la Réforme. Elle doivent, pour jouir de ces droits, être de moeurs irréprochables et payer un cens (assez faible).
Dans toutes les églises réformées dites « Evangéliques-réformées », le droit de vote est reconnu à presque toutes les femmes âgées de 24 ans, et même aux femmes mariées quand leur mari est à l’étranger ou absent depuis un an.
Vote politique.
En 1872, trois députés présentèrent une motion demandant l’égalité politique pour les femmes. Cette motion ne fut pas mise aux voix. Les premiers efforts et les premières campagnes pour obtenir le suffrage des femmes d’après les idées modernes, furent tentés par une grande organisation de fonctionnaires, d’employés de bureau ou de commerce. Les chefs de cette organisa-
tion s’unirent avec quelques autres femmes qui gagnaient leur vie, et avec des hommes convaincus pour faire comprendre et pour propager cette idée de Végalité 'politique. Elles étaient à peine organisées qu’elles obtinrent plusieurs résultats :
Le député Johann Benedek demanda au Parlement d’accorder tous les droits civiques aux femmes gagnant leur vie. Le député Ludwig Henialler appuya cette proposition et réussit à gagner à cette loi les voix de la majorité du parti des « Indépendants ». Malheureusement le Parlement fut dissous subitement, et la proposition ne fut pas votée. Depuis la fondation de l’Alliance Internationale pour le Suffrage des femmes en 1904, on organise en Hongrie l’Union féministe, qui a mené la campagne avec une grande énergie. Elle commença par envoyer un Mémoire au Parlement. Ce mémoire réclamait le droit.de vote pour les femmes, et appuyait sa prétention sur des faits historiques, des rappels du développement de la vie économique et démocratique dans tous les pays. Depuis 1905, la question du Suffrage universel pour les hommes est posée en Hongrie. Les femmes se rattachent à ce mouvement démocratique.
L’Union Féministe a fait ces dernières années dans tout le pays et dans tous les milieux une propagande infatigable. Des meetings innombrables furent tenus ; des conférences documentées furent très suivies, des millions de petites feuilles furent distribuées. A chaque réunion populaire on envoya une oratrice et on saisit toutes les occasions de gagner des amis à la cause.
L’Union Féministe ne s’est affiliée à aucun parti politique. Elle soutient les candidats qui promettent nettement de voter pour les femmes au Parlement. Combattant sans cesse qï sans peur, l’Union Féministe a réussi d’une manière inespérée. Son plus grand succès fut d’atteindre et de gagner à la cause certains milieux plutôt conservateurs qui comprennent en Hongrie non seulement la noblesse et la grosse et la petite bourgeoisie, mais aussi une partie des intellectuels. Certaines personnalités éminentes ont également été gagnées à la cause : juristes, professeurs de facultés, hauts prélats du mouvement néo-catholique se sont déclarés expressément pour la cause. On se heurte à une résistance énergique de la part des cléricaux, des vieux conservateurs, et, chose étrange ! des radicaux ! (Ces derniers sont peu nombreux au Parlement, qui, étant donné le suffrage resteint, est surtout composé de cléricaux et de conservateurs. Les démocrates bourgeois ont seulement 3 sièges et les socialistes n’en ont aucun). Les radicaux s’opposent-aux effnrts des femmes parce qu’ils prétendent qu’elles voteraient pour les conservateurs. Les socialistes invoquent l’argument bien connu sous le nom de « tactique du parti ».
La lutte pour le suffrage universel est conduite par des chefs qui appartiennent en majorité au parti radical. Quelques-uns appartiennent au parti modéré et conservateur. Les femmes, quelle que soit leur situation prennent part au travail, sauf les ouvrières qui se tiennent en dehors du mouvement féministe en général, en raison de la défense que leur en fait leur parti.
En 1905 une députation nombreuse, sous la conduite de Rosika Schwimmer, fut envoyée au ministre J. Andrassy qui préparait alors son projet de réforme électorale (soumis depuis au Parlement). Les femmes demandaient le suffrage universel pour elles comme pour les hommes. La réponse du ministre fut négative. En 1909, rUnion Suffragiste obtint du Conseil national des Femmes hongroises l’organisation d’une section sufl‘ragiste spéciale. En 1910 une Ligue d’hommes fut fondée. Elle a déployé en faveur du suffrage des femmes une grande activité et elle compte aujourd’hui plus de 300 membres. Le mouvement a reçu une impulsion inattendue ces temps derniers grâce aux projets de loi relatifs aux traitements des employés de l’Etat et des instituteurs. Jusqu’ici le principe « A travail égal, salaire égal », semblait être appliqué en Hongrie, du moins dans les services de l’Etat. Le nouveau projet, au mépris de ce principe, représenterait un retour en arrière au détriment des femmes. Grâce à l’agitation des intéressés et des groupements féministes, les dispositions les plus défavorables aux femmes ont été éliminées du projet. Mais la lutte continue et grâce à ce projet un grand nombre de femmes ont secoué leur indolence.
Le mouvement suffragiste embrasse, outre l’Union Féministe centrale de Budapest, deux Unions filiales, 87 groupes actifs dans les différents points du pays et 4 organisations reliées à fUnioa Féministe, qui sont l’Union des Employées, celle des Paysannes et des Ouvrières, la Ligue d’Hommes pour le Suffrage des Femmes, le groupe de la Jeunesse de l’U. P.
On connaît partout les événements politiques qui ont eu lieu en Hongrie en mai et juin 1912. Manifestations et bagarres dans les rues en faveur du suffrage universel pour les hommes. A la Chambre des Députés, excès de l’obstruction contre les propositions de l’ennem-i commun : le comte Stephan Tissza. Ces efforts pour le précipiter hors du pouvoir échouèrent. Le comte brisa l’obstruction en usant de son droit de président de la Chambre ; un déploiement inusité de forces de police et de forces militaires eut raison du mouvement populaire qui fut détruit ; la réforme militaire fut enterrée et le gouvernement espère bien que la réforme électorale aura bientôt le même sort.
En août 1912 l’Union Féministe adressa de nouveau, une pétition au gouvernement pour le prier d’inscrire les femmes dans le projet de la loi électorale ; les autres groupements féministes imitèrent cet exemple, et le Conseil national des Femmes hon-
groises proposait en même temps au gouvernement d’accorder le droit de vote à un nombre limité de femmes en se basant sur une division des femmes en huit classes, d’après leur degré de culture. Puis le président du ministère, Ladisla von Lukacs, reçut une délégation composée de Rosika Schwimmer, présidente du Comité des Droits politiques ; P. Derner, président de la Ligue d’Hommes, et A. Rosenberg, vice-présidente du Conseil national des Femmes hongroises. Après un échange de vues avec avec chaque membre de la délégation, le Président du Conseil promit de faire entrer dans le cadre de la loi un nombre restreint de femmes, si ses collègues ne s’y opposaient pas.
La presse ne s’était jam-ais saisie de cette question avec autant de isérieux. Pendant les semaines qui suivirent la visite du Président du Conseil les journaux furent pleins d’articles de fond et d’informations sufîragistes. La question fut soudain d’actualité. Plusieurs juristes éminents publièrent des articles sensationnels, entre autres le juge de Curie Désider Markus. Il fonde le droit de vote pour les femmes sur leur intelligence qui est la même que celle des hommes.
Quelques semaines plus tard le Président du Conseil retirait ses promesses. Il se déclarait partisan en principe du droit des femmes, mais vu la situation politique actuelle, la réalisation lui paraissait impossible. La cause de ce changement de front est d’une part l’opposition irréductible du comte Stephan Tisza, d’autre part l’opposition des socialistes que le gouvernement s’efCorçait alors de ne pas mécontenter.
Le 16 septembre l’Union Féministe organisa à Buda-Pest un meeting montre auquel 10.000 personnes prirent part. Soixante Sociétés environ avaient envoyé des délégués, les télégrammes cie félicitations se comptaient par centaines, et malgré le tumulte organisé par les socialistes ce fut une imposante manifestation en faveur du vote des femmes.
En décembre 1912 le gouvernement présenta enfin à la Chambre son projet de loi électorale qui déchaîna dans tout le pays une violente opposition, car même en ce qui concerne les hommes ce projet ne satisfait pas du tout l’opinion publique. (D’après les statistiques le projet porterait le nombre des électeurs de 1.069.480 à 1.868.172). La tendance antiféministe de la loi se manifeste dès le premier paragraphe ainsi conçu ; « Le droit d’élir^ les députés appartient à chaque citoyen du sexe masculin qui... etc., etc. » Il faut cependant envisager comme un progrès le fait que le gouvernement croit devoir s’excuser de refuser ce droit aux femmes et expliquer longuement les motifs de ce refus. Il explique que si en apparence il semble facile d’accorder le droit de vote aux femmes en se basant sur leur indépendance économique, leur culture et leur fortune, en réalité cela serait aujourd’hui impossible. Il faudrait tenir compte de leurs « capa-
cités » (Intelligence census) et cela conduirait à Tin justice, puisque cela exclurait d’une part un grand nombre de femmes vivant de leur travail, et, d’autre part, une certain nombre de femmes très distinguées s’acquittant admirablement de leur tâche publique ou privée, mais n’ayant aucun diplôme parce qu’elles ont été élevées dans leurs familles.
Jusqu’ici les partisans les plus dévoués du suffrages des femmes, parmi les hommes politiques militants, se recrutaient dans le plus grand parti politique de l’opposition : parti de l’Indépendance. Le chef de la fraction principale de ce parti, Julius von Justli, s’est déclaré à maintes reprises un ami décidé de notre cause. Mais les fluctuations de la politique font que ce parti a en ce moment, comme allié, le parti socialiste ! Ils mènent maintenant concurremment le combat contre le projet de loi militaire et 'pour le sufl'rage universel des hommes. Ce changement de tactique a pour les femmes des conséquences désastreuses : le parti de Justh adoptant la tactique des socialistes, les oratrices de l’Union Féministe ne sont plus admises à se faire entendre dans les réunions publiques ; on les raille, on les éloigne violemment des tribunes, on les insulte même souvent.
En août 1912, les chefs de chaque fraction de l’opposition furent invités à prendre position sur la question du vote des femmes. Les chefs de parti dont les noms suivent promirent alors leur appui : comte Albert Apponyi et Ludwig Ptossuth, chefs du parti de l’Indépendance, Edmond von Toth, vice-président du parti, Wühem Vaszonyi, chef du parti des Démocrates (ancien adversaire devenu un des meilleurs amis), le prélat Giesswein, chef des socialistes chrétiens. Le parti des petits propriétaires fonciers s’était depuis longtemps déclaré partian du vote des femmes. Mais depuis ce temps toute Vopposition s’est entendue avec les chefs des socialistes et des radicaux pour soutenir un projet de loi électorale qui est une sorte de compromis accordant le droit de vote à 2.400.000 hommes. Aussitôt que les femmes eurent connaissance de ce « projet de conciliation » elles rappelèrent aux chefs "de partis sus-nommés leurs promesses ; elles leur présentèrent en même temps un projet favorable aux fefmmes et susceptible de rallier toute l’opposition. Après de pressantes sollicitations elles reçurnt enfin, le 17 janvier 1913, la réponse officielle suivante : « Les opinions relatives au droit de vote pour les femmes sont si divisées au sein de la Commission qui s’occupe du projet de « compromis « qu’on ne saurait y introduire cette question sans risquer de détruire l’accord ».
Bientôt après des voix retentissantes s’élevèrent en faveur des efforts des femmes. Les professeurs d’Université, Doleschalt et Négyessy, écrivirent dans un journal du soir très répandu, Az Est, des articles fort impressionnants sur le vote des femmes.
Le 22 j-anvier 1913 le député au Reistag, StejjJian Pop, présente au nom de la fraction nationaliste roumaine un projet de loi accordant le droit de vote aux majeurs des deux sexes. Le 30 janvier une pétition de TUnion Féministe fut présentée au Parlement par le député Wilhem Vaszonyi, chef du parti démocratique.
La situation précaire du gouvernement, les rapports des partis politiques ainsi bouleversés permettent d’espérer des surprises politiques et des possibilités imprévues. Si peu favorable que leur situation apparaisse aux observateurs pessimistes, les femmes n’ont pas perdu l’espoir de voir s’accomplir, grâce à leur énergie enthousiaste, l’œuvre de leur libération politique.