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CHAPITRE XX

La Question d'Orient est infiniment complexe et il y a bien des points que je n'ai pas examinés dans ce livre; mais mon but était de borner ma critique à l'étude de la situation présente. Je veux seulement mettre en lumière quelques côtés de la question que j'ai pu négliger ou ne pas développer suffisamment.

Dans une lettre intéressante adressée au Times, le 28 octobre, le duc d'Argyll déclare :

Je suis toujours resté fermement attaché à ce grand principe pour la défense duquel la guerre de Crimée fut engagée — que l'avenir de l'Empire ottoman et la destinée finale des territoires qu'il comprend est une question qui doit être réglée par l'Europe tout entière et non par une seule des Puissances. Si ce principe était juste appliqué à la Russie en i854-i856, il l'est également aujourd'hui appliqué à l'Angleterre. Si nous avions la prétention d'entreprendre tout seul le règlement de cette grande question, une guerre s'ensuivrait certainement.

J'ai déjà répondu au duc d'Argyll et à M. Gladstone, qui croient que la guerre de Crimée avait été engagée pour réprimer une violation des droits de l'Europe. Certainement c'était là l'opinion générale à cette époque, opinion propagée avec soin par Napoléon III, par Lord Palmerston, par Lord Stratford de RedcliH'e, et l'esprit public a été longtemps sous cette impression.

Une étude approfondie des documents officiels autant que

privés, qui était jadis impossible, m'a convaincu que cette opinion était erronée. J'ai déjà essayé de montrer quels furent les véritables auteurs responsables de la guerre de Crimée et ce qui les avait l'ait agir ainsi.

Avant la guerre de Grimée voici quels étaient les rapports entre, les Grandes Puissances, les cbrétiens de Turquie et la Porte. Avec le consentement tacite, sinon formel de l'Europe, la Russie avait la protection des chrétiens orthodoxes, la France celle des catholiques, l'Angleterre celle des anglicans et des autres communions chrétiennes. Quant aux autres Puissances, elles n'intervenaient pas dans les affaires de l'Empire ottoman à moins qu'elles n'y fussent invitées par l'une ou plusieurs des trois Puissances que je viens de désigner. Le résultat de cet arrangement était que lorsque quelque attentat était commis, la Porte se trouvait en présence des réclamations d'une Puissance sûre de l'approbation, sinon toujours de l'appui, de l'une ou même des deux autres. Elle ne pouvait dans ces conditions se servir de son habituelle tactique consistant à opposer les Puissances les unes aux autres et elle devait ou céder ou bien, si elle s'y refusait, elle s'y voyait obligée par une coalition des Puissances et parfois même une partie de son territoire lui échappait, comme ce fut le cas pour la Grèce.

Tel était le statu quo avant la guerre de Grimée et Napoléon III fut le premier à y porter atteinte, afin d'amener une querelle avec Nicolas Ier dans laquelle il sut mêler l'Angleterre, entraînant une guerre à laquelle il tenait. Après s'être livré à une série d'empiétements vexatoires sur les droits de la Russie, protectrice des chrétiens de l'église orthodoxe grecque à Jérusalem et à Bethléem, Napoléon III obtint du Sultan un firman qui enlevait à la Russie, au profit de la France, sa position traditionnelle et reconnue par tous. Nicolas Ier, l'un des monarques les plus intelligents et les plus clairvoyants des temps modernes, vit que toute la position de la Russie, protectrice des chrétiens orthodoxes en Orient, était en jeu et sur le principe, pi-incipiis obsta, se détermina à résister sans attendre plus longtemps. C'est là. en fait, le point de départ de tout ce qui suivit, quoique le but réel poursuivi fùl déguisé giàce à l'habileté des diplomates de France, d'Aiigleterre et d'Autriche. La Russie ne faisait en réalité aucune

t ONCLUSION ii'-20

demande nouvelle. Voici sa position alors, telle qu'elle a été définie par le baron Joinini, pour le compte du gouvernement russe, après des années, alors que l'amertume et L'ardeur de la

lutte étaient passées :

En fait nos demandes tendaient à obtenir la confirmation des engagements que la Porte avait contractés à notre égard au sujet du maintien des privilèges et immunité de l'Eglise grecque, de la garantie du statu quo sans porter nullement atteinte aux autres cultes, sans demandes aucunes de privilèges nouveaux. Etant donnée la situation qui nous avait été faite, cette demande était rien moins qu'injuste. Cela nous semblait équitable et nécessaire depuis que les anciennes garanties avaient été violées par un acte de mauvaise foi et de partialité du gouvernement turc, au proiit de la France.

La Porte n*était pas réellement hostile à nos demandes. Son propre intérêt lui commandait de rassurer ses sujets chrétiens contre la perpétration de nouveaux attentats pour calmer un mécontentement général qui pouvait se traduire finalement par des troubles et des insurrections. Elle pouvait même trouver avantage à se fortifier contre de nouvelles prétentions des Latins, étrangers au pays, et couverts par une protection qui Unissait par devenir la cause d'embarras sérieux pour elle.

Mais elle lit des objections quant à la forme de nos réclamations. Elle était prête à faire à ses sujets les promesses exigées et à leur accorder les garanties réclamées. En fait, elle les accorda explicitement dans les divers communiqués qu'elle nous adressa, dans ceux qu'elle lit parvenir aux autres cabinets et dans un ftrman adressé au Patriarche de Constantinople. Mais elle ne voulut pas se lier sur ce sujet auprès d'une puissance étrangère. On lui avait dit que ce serait porter atteinte à son indépendance, ce que l'Europe ne permettrait pas.

Nos adversaires allèrent même plus loin. Les nouvelles garanties que nous demandions n'avaient à nos yeux d'autres raisons d'être que de sanctionner des droits anciens acquis par des traités antérieurs, sans que nous eussions demandé rien de nouveau. Non seulement ils s'opposèrent à ce que les nouvelles garanties nous fussent accordées, mais contestèrent ces droits mêmes dont nous demandions la continuation. Ils affirmèrent qu'aucun des traités conclus entre la Porte et nous ne nous donnait le droit d'intervenir de quelque façon que ce tut dans les affaires de l'Eglise orthodoxe en Turquie.

L'article VII du Traité de Kainardji enregistrait la promesse du Sultan de protéger la religion chrétienne dans ses Etats. On en tira cette conclusion que nous avions le droit de veiller à la protec-

tion des sujets russes résidents en Turquie, et au libre exercice de leur culte, niais nullement celui de protéger les sujets grecs orthodoxes du Sultan.

Evidemment nous ne pouvions pas admettre de semblables prétentions. Contester le droit de protection qu'en droit et en fait nous exercions sur nos coreligionnaires en Orient, c'est nier toute notre histoire. Le Cabinet Impérial revendiqua ce droit avec fermeté tout en rappelant l'usage qu'il en avait toujours fait. Il n'était pas possible de nier que si les chrétiens de l'Empire turc, plus nombreux que leurs maîtres, avaient donné tant de preuves de résignation et de soumission, cela tenait à ce qu'ils comptaient toujours sur notre protection, établie par tous les Traités. 11 était évident que sans notre intervention, essentiellement modératrice et conciliante, les musulmans auraient dépassé toutes les limites et les chrétiens perdu complètement patience. Nous ne désirions rien autre chose que la continuation de cette action tutélaire, seule garantie efficace de la tranquillité de l'Orient et aussi de l'existence même de l'Empire ottoman.

D'ailleurs nous n'étions pas la seule Puissance d'Europe exerçant une telle protection sur les ebrétiens de Turquie. De tout temps la France avait réclamé le droit de protéger les Latins. Nous rappelâmes expressément qu'en i832, quand fut constitué le Royaume Hellénique, le gouvernement français avait formellement renoncé au profit du gouvernement grec au protectorat qu'il exerçait sur les catholiques dans la Péninsule, alors qu'elle était sous le régime turc. Ce droit n'avait plus de raison d'être du moment où la Grèce allait avoir un gouvernement chrétien. Mais du moment où le gouvernement avait cru nécessaire de le transférer d'une manière aussi explicite au gouvernement grec, il le considérait donc comme ayant une existence pleinement légale, constituant en fait une obligation imposée à la France, autant par ses traditions ((lie par sa conscience religieuse.

De même l'Angleterre avait la protection des protestants résidant en Turquie. En vertu de quelles raisons irait-on nous contester des droits similaires? Etait-ce, ainsi que le disaient certains, parce que la protection des autres Puissances ne s'exerçait que sur un petit nombre de chrétiens, qui, en grande majorité, n'étaient pas du pays, tandis que le notre couvrait l'immense majorité des sujets' du Sultan dans la Turquie d'Europe? Mais il serait absurde de prétendre que les catholiques et les protestants devaient être protégés parce qu'ils étaient peu nombreux, tandis que les orthodoxes devaient être laissés exposés sans défense au fanatisme turc, parce qu'ils étaient plusieurs millions...

Voilà comment nous dûmes défendre toute notre situation en Orient. Dans ces conditions, battre en retraite eût été oublier d'un seul coup toutes nos traditions, toute notre histoire pendant plus

de cent ans et abdiquer au bénéfice de l'Europe des droits si chèrement acquis. La Russie pouvait y être obligée à la suite d'une guerre malheureuse, mais elle ne pouvait pas y consentir sans avoir tiré l'épée (1).

Toute personne qui lira sans parti-pris la correspondance diplomatique de cette époque admettra la justesse absolue de cet exposé du conllit. Le Traité de Paris retira aux sujets chrétiens du Sultan toute protection spéciale et les mit sous le protectorat du concert européen tout entier, ce qui fut de nouveau stipulé par le Traité de Berlin. Le protectorat que la Russie exerçait sur les chrétiens d'Arménie et de Macédoine lui tut également enlevé et ils furent, eux aussi, placés sous la protection du concert européen. On sait quel en a été le résultat.

L'expérience des quarante dernières années prouve clairement que la seule tactique rationnelle consiste à revenir au statu quo ante la guerre de Crimée. L'on doit rendre à la Russie la protection des chrétiens de l'Eglise grecque, à la France celle des catholiques, à l'Angleterre celle des protestants. Ces droits étant reconnus mutuellement par les uns et les autres, ce sera l'intérêt de ces trois Puissances de se soutenir entre elles.

Il semble bien évident qu'en somme l'on ne peut rien attendi-e du concert européen, si ce n'est quelque chose qui est le contraire même de son nom. Un concert, en effet, implique une action combinée et harmonieuse. Le concert européen n'a rien fait pendant ces deux dernières années que de montrer son impuissance, laissant entendre d'une façon plus évidente encore le ton discordant de ses instruments, quand le Sultan avait mis en branle, par quelque nouvelle horreur, l'activité spasmodique et de courte durée de sa diplomatie. Tandis qu'avait lieu la démonstration de Dulcigno. Lord Salisbury, dans un discours qui eut un grand retentissement, parlait ainsi de l'action du concert, non sans une certaine ironie :

Il semble bien que lorsque les vaisseaux des six Puissances furent envoyés sur la côte d'Albanie, il avait été officiellement sti-

(1) Etude diplomatique sur la guerre de Crimée, II, pages 187-9.

pulé, si je comprends bien le sens des télégrammes échangés, que les équipages de ces vaisseaux ne devaient jamais débarquer et que leurs canons ne devaient jamais faire feu. Je ne dis pas que telles aient été les instructions données aux commandants des vaisseaux de toutes les Puissances, mais il semble bien que certaines d'entre elles les aient reçues, et quand on voit que Lord Granville a promis que l'Angleterre n'agirait pas sans les autres, l'on comprend facilement pourquoi le Sultan ne s'est pas beaucoup soucié de la démonstration navale.

Qu'il soit possible de persuader aux six Puissances d'user ensemble non de la pression diplomatique, mais de leurs forces militaires et navales, j'en doute beaucoup. Mais que cela soit possible ou non, je suis persuadé en tous cas que l'on n'obtiendra rien par une combinaison des deux moyens, — je veux dire une grande exhibition navale qui n'est, en réalité, rien autre chose qu'une autre espèce de pression diplomatique avec les apparences et tout l'appareil d'une intervention militaire (i).

Ceci est évident. Une démonstration navale, avec des ordres de ne rien faire, aurait beaucoup de chance d'autant effrayer le Sultan — pour se servir des expressions humoristiques de Lord Salisbury — que la vue de six baignoires parées des drapeaux des six grandes Puissances. Mais Lord Salisbury a été induit en erreur par la presse française. Il est véridique. ainsi du reste que M. Gladstone l'a fait connaître dans son discours de Liverpool. que quelques-unes des Puissances eussent donné l'ordre que l'on ne se servît pas de la force. Il est également vrai que le Sultan, l'ayant appris, se moqua d'abord de la démonstration. Mais Faillirai anglais n'avait nullement reçu d'ordre de ce genre, et lorsque l'Autriche, l'Allemagne et la France eurent refusé, après quelques hésitations, de se joindre à l'Angleterre pour s'emparer de Smyrne et que le Sultan eut appris que la flotte anglaise n'en continuait pas moins sa route, avec l'assentiment de la Russie, il se soumit aussitôt, même avant que n'eût été reçue la réponse de l'Italie. Un mois après, Lord Granville corrigea l'erreur commise par Lord Salisbury dans son discours :

Je vois que l'on peut supposer, d'après une expression des Livres Jaunes français, que j'aurais déclaré que nous n'avions nulle

(i) Le Times, 27 octohre 1890.

intention de tirer le canon. C'est une erreur, et cela eût été en contradiction avec toute mon argumentation. Ce que j'ai dit, c'est qu'il élail peu probable que l'on y fût obligé.

Evidemment : que le Sultan sache qu'une seule Puissance seulement, avec l'assentiment des autres, tirera le canon si c'est nécessaire et la nécessité ne se manifestera jamais. D'où la folie et Le mal causés par cette tactique consistant à proclamer partout qu'aucune des Puissances ne s'engagera dans une action isolée, — la seule qu'il craigne. — car l'expérience de deux années L'a persuadé que jamais aucune action efficace ne viendra du concert. Lui dire qu'il n'y aura dans aucun cas action séparée d'une des Puissances c'est, en fait, lui donner carte blanche pour de nouveaux massacres. Plusieurs se produisirent après le discours de Lord Rosebery.

Je suis heureux de ce que Lord Salisbury au moins ait évité de commettre la même erreur fatale dans son discours de Guildhall. Il y a en effet la menace virtuelle d'une action isolée dans le passage suivant de son discours :

Je n'ai jamais poussé, je ne pousse pas maintenant le gouvernement britannique à une action isolée. Cependant je ne l'exclus pas des moyens possibles. Ce serait là une grande imprudence. Mais je crois que c'en serait une autre non moins grande que d'y songer comme à une arme à employer en ce moment.

Combien il est rare de voir des citations faites exactement! Quelques jours après le meeting de Saint-James Hall le 19 octobre dernier, les lignes suivantes parurent dans le Daily News :

L'abandon que M. Gladstone semble faire des principes qui président à la politique du concert européen le met de curieuse façon en contradiction avec lui-même. Il s'élève avec indignation, dans sa dernière lettre, contre cette idée que l'Angleterre put se croire obligée à s'arrêter pour attendre les traînards, c'est-à-dire le reste du monde. C'est cependant sur cette nécessité qu'il basait et justifiait sa politique en 1880, par la bouche de son ministre des affaires étrangères. La conception que Lord Granville avait de la situation, à cette époque, était heureusement résumée par lui dans une phrase

23o LE SULTAN ET LES GRANDES PUISSANCES

simple et concise. Le contraste entre les deux conceptions est si curieux que nous plaçons les deux passages côte à côte :

Je me rappelle le temps, il y a Crier d'avance aux oreilles du

longtemps, où j'entrais dans la Grand Assassin que notre action

yeomanry (i) du Staffordshire. La en toutes circonstances se bornera

première chose que l'on m'en- à ce que la moins énergique des

seig-na. fut que dans toute charge six Puissances jugera suffisant

je devais régler l'allure de mon me semble être un oubli non seu-

coursier sur celle du cheval le plus lement du devoir mais de toute

lent, monté par le cavalier le plus prudence,

lourd de l'escadron. j?>L Gladstone, 1890. J

(Discours du Ministre des affaires étrangères du Cabinet Gladstone à Hanley, le 23 novembre 1880.J

L'auteur de cet article a évidemment copié sa première citation dans un ouvrage de seconde main et sans remonter aux sources. Elle est en tous points inexacte. L'endroit où le discours de Lord Granville fut prononcé, la date qui lui est assignée sont inexacts et la citation s'arrête juste avant une phrase qui est en contradiction formelle avec les conclusions de notre journaliste. Le discours fut prononcé non à Hanley mais à Stoke le 29 et non le 27 novembre 1880 et voici les deux phrases qui suivent celles qui ont été citées :

Si quelques-uns des cavaliers s'arrêtent ensemble une question se pose alors : doit-on abandonner la charge ou au contraire continuer à charger avec le reste de l'escadron ?

En tous cas on nous enseignait que tant que l'escadron chargeait comme un seul homme rien ne pouvait lui résister si ce n'est des troupes formées en carré.

Lord Granville décrivait donc précisément ce qui était arrivé. Les autres Puissances avançaient lentement, selon Lord Granville et M. Gladstone. Mais tant qu'elles remuaient tant soit peu, l'on pensa qu'il était sage de « régler son allure sur celle du cavalier le plus lent ». Mais « lorsque plusieurs des chevaux se furent arrêtés ensemble ». M. Gladstone et Lord Granville, au lieu « d'abandonner la charge ». décidèrent de « continuer a charger avec le reste de l'escadron ». Et avec un succès complet, car, ainsi que Lord Granville l'annonçait dans ce discours même.

(1) La yeomanry est une sorte de milice à cheval constituée par les fermiers et les gentilhommes campagnards. (N. du T.)

CONCLUSION 23l

la « charge » faite par l'Angleterre seule, avec l'acquiescement de la Russie, avait obligé le Sultan à céder.

Ce discours de Lord Grauville est donc tout à fait en harmonie avec la pensée de M. Gladstone, telle qu'elle se dégage de la lettre qu'il envoya au meeting de Saint-James Hall. M. Gladstone loue l'action du concert européen lorsqu'il fut prêl à marcher contre l'ennemi et alors que l'Angleterre l'en empêcha. Il la condamne quand il reste inactif et fait son possible pour empêcher les « meilleurs de l'escadron » de galoper au secours d'hommes, de femmes et d'enfants aux mains de meurtriers et d'assassins. Où y a-t-il contradiction ?

Je serais heureux si M. Gladstone et le duc d'Argyll pouvaient trouver le temps de réviser l'opinion qu'ils ont des causes et de l'origine de la guerre de Grimée et, s'ils voyaient des raisons de la modifier, qu'ils rendissent à la Russie la justice qui lui est due. Une telle reconnaissance de leurs torts serait heureuse de la part des deux seuls ministres survivants du Cabinet qui déclara la guerre de Grimée.

De cette guerre et du traité qui la suivit, date tout le mal. A l'abri, grâce à la France et à l'Angleterre, de toute intervention russe en faveur des grecs orthodoxes, la Porte se détermina à se débarrasser de toute intervention des Puissances, grâce à cette arme que Lord Stratford de Redclillé et Lord Palmerston avaient placée si maladroitement dans ses mains. Le Grand Vizir. Fuad Pacha, formula la nouvelle doctrine ainsi, tandis que se discutaient les clauses du Traité de Paris :

Il n'est pas juste que les Puissances amies et alliés de la Sublime Porte, après avoir été, pour soutenir le Sultan dans la défense de son autorité souveraine, jusqu'à prendre les armes pour lui et envoyer leurs soldats mourir cote à côte avec les siens, en luttant glorieusement pour l'intégrité morale et matérielle d'un empire dont ou déclare que l'existence est nécessaire à l'équilibre européen — il n'est pas juste, dis-je, que ces mêmes Puissances, au nom de l'amitié, demandent à la Sublime Porte les mêmes concessions qu'elles considéraient et qu'elles considèrent encore comme si dangereuses aux

mains de la Russie La justice, la raison et la prudence, snnissent

donc pour repousser des demandes qui introduiraient de dangereux précédents dans les lois internationales de lKurope(i).

(i) Eastern Papers (is;,t;), pages 10 et n.

Dans l'important ouvrage russe que j'ai déjà cité, la Russie proteste ainsi contre cette dangereuse et nuisible doctrine que malheureusement elle a elle-même préconisée l'année dernière, non sans amener, quoique involontairement, des résultats sinistres :

Pour ce qui est de nous, tout en désirant sa conservation [de l'empire Ottoman], nous n'avons jamais caché notre répugnance à nous porter garant de son intégrité, de quelque manière que ce fût. Celle répugnance est justifiée tout d'abord par l'éloignenient où se trouvent certaines parties de cet empire de notre centre d'action, ensuite parles conséquences qui pourraient résulter du sentiment de sécurité qu'une telle position inspirerait à la Porte. Certaine de ne perdre aucune de ses possessions, quoi qu'il put arriver, elle pourrait donner libre carrière aux abus de son administration. Les observations des représentants des Puissances ne produiraient plus aucun effet sur elle et des cas pourraient se produire pourtant où les Puissances se verraient obligées d'intervenir, comme en Grèce, pour mettre un terme à des luttes sanglantes causées par le désespoir des populations exaspérées (i ).

Combien ces considérations sont sages et prophétiques! C'est l'assurance continue de sa sécurité et du maintien du statu (/no, en même temps que la confiance où il était qu'il déjouerait toute action du concert, qui a enhardi le Sultan, et lui a permis daller d'excès en excès jusqu'à ce qu'il en arrivât à teindre du sang innocent de 5,ooo chrétiens les rues de l'ancienne métropole de la chrétienté orientale.

Un autre résultat déplorable de la guerre de Crimée, c'est qu'elle amena la disparition de la quasi-indépendance dont jouissaient un certain nombre de princes chrétiens, qui tenaient ainsi la Porte en échec et protégeaient les chrétiens contre beaucoup d'extorsions et contre quelques-uns des pires excès que commettent les fonctionnaires du Sultan. Le résultat de la guerre de Crimée fut de permettre aux Sultans de prendre en mains les rênes non seulement du pouvoir militaire mais encore de toute l'administration.

L'usage qu'ils ont fait de cette concentration en leurs mains de toutes les ressources de l'Empire, nous pouvons nous en

(i) Etude diplomatique sur la guerre de Crimée, t. i, page 9.0.

CONCLUSION d33

rendre compte par l'article de Murad Bey paru le i3 octobre (i) dans le Times. Expliquant les causes de la dissolution du Parlement éphémère de Midhat Pacha, il décrit ainsi les procédés d'Abdul-Hamid.

Abdul-Hamid avait ordonné que de larges sommes d'argent lussent tirées du trésor public et données à divers favoris. La commission financière nommée par le Parlement fit remarquer que ces dépenses n'étaient pas prévues par le budget et refusèrent de les sanctionner. « Quoi, s'écria le Sultan, qu'est-ce que c'est que ces histoires de budget et de commission financière ? Je ne pourrais pas disposer «à ma guise des fonds publics? Je n'admettrai jamais cela.» Peu de temps après, la Constitution, le Parlement, et toutes les commissions qu'il avait nommées étaient supprimées par un iradé du Sultan. 11 nous reprenait les quelques libertés qu'il nous avait accordées et notre régime parlementaire avait vécu un jour.

Abdul-Hamid monta sur le trône avec des idées très particulières. 11 était persuadé de la dissolution imminente de l'Empire turc. Il pensait donc qu'il était désirable avant tout de s'assurer pour lui et les siens des ressources dans l'avenir, autrement dit d'amasser le plus d'argent possible. Accumuler de l'or devint le mot d'ordre à Yildiz-Kiosk. La camarilla du Sultan et tous les hauts fonctionnaires parasites n'avaient pas besoin d'être deux fois avertis. Les intérêts généraux de l'Empire, de l'armée, de l'administration furent subordonnés à ce seul but : amasser de l'or dans le palais.

En même temps, l'on faisait tout pour que ceci fût ignoré du dehors. Les officiers et tous les fonctionnaires devaient attendre des mois pour leur salaire, on laissait le peuple et l'armée mourir de faim, en même temps des sommes fabuleuses étaient répandues en Europe pour y travailler l'opinion publique.

Ce système de la cour de Stamboul consistant à amasser uniquement de l'argent, c'est une des principales causes de l'état de choses désespéré qui caractérise l'administration et toute la vie publique en Turquie.

H y a un côté de la question que d'une manière étrange on n'a cessé de laisser de côté pendant tous ces débats, dont ceux qui sont responsables des horreurs de ces deux dernières années auront à tenir compte. Nous avons entendu parler de souverains, d'hommes d'État, de diplomates et Celui qui est « au dessus des flots » a vu le massacre de milliers d'innocents, il a entendu les cris des jeunes filles violées, il a vu les tortures

(i) 189O. (N. du T.)

prolongées, inimaginables, indescriptibles, infligées à ceux qui n'avaient commis d'autres crimes que de se réclamer du Sauveur crucifié, et les cris n'ont rencontré que la surdité des éléments. La désespérance de voir aucune aide venir de Dieu ou des hommes en a forcé beaucoup — quoique peu dans la noble armée des martyrs — à renoncer au christianisme, et la chrétienté, qui pouvait tout arrêter en adressant une seule parole énergique au tyran, est restée contemplant tranquillement ce spectacle et chacun de ses membres vaquant à ses plaisirs ou à ses affaires, moins émotionné que par la représentation de quelques mélodrames.

Et des hommes d'État qui se déclarent chrétiens viennent nous dire que nous devons moins nous soucier des plaintes de la nation martyrisée que nous nous sommes engagés à protéger, que d'un lambeau de territoire au fond de l'Asie, et que tandis que ce serait un crime de risquer une grande guerre pour la défense de celle-là, c'est notre devoir de courir ces mêmes risques pour la possession de celui-ci !

N'est-il pas permis à ceux qui sont croyants de se demander si c'est dans ce but que Dieu a donné aux habitants de cette petite île qu'est l'Angleterre un empire et des richesses tels que le monde n'en avait jamais vu de semblables? Est-ce ainsi que nous lui montrons notre gratitude, à lui qui a dit : « C'est par moi que régnent les rois et que les princes rendent la justice », et qui la rend selon sa volonté sur la terre et dans les cieux ? Quand a-t-on jamais vu une nation périr ou même souffrir un dommage quelconque parce qu'elle suivait le droit chemin et accomplissait la volonté de Dieu ? Non. la ruine des nations a d'autres causes. « Mais Israël s'est engraissé et il a regimbé; tu t'es fait gras, gros et épais; il a abandonné le Dieu qui l'a fait et il a méprisé le rocher de son salut » (i). N'y a-t-il pas chez nous de nombreux symptômes de cette dégénération dont parle le grand chef et prophète d'Israël à son peuple, avant qu'il possédât « la terre où coulait le miel et le lait » et vers lequel il le conduisait ?

L'on nous a rappelé les vastes acquisitions de territoires que nous avions ajoutés pendant ces vingt dernières années à

(i) iJentcronome, xxxn, 10.

notre immense empire et la prétendue impossibilité où nous nous trouvions en conséquence de remplir nos obligations. Si cela était vrai, la « juste nation » serait « devenue obèse » et aurait délaissé Dieu qui Ta faite ce qu'elle est.

Changez quelques expressions dans le passage suivant de Burke et vous trouverez que la description qu'il fait de ceux qui allaient alors dans l'Inde pour y faire de rapides fortunes et revenaient ensuite corrompre la société, la presse et le Parlement, peut facilement s'appliquer à la situation actuelle.

Leur butin est enfoui en Angleterre et les lamentations de l'Inde ne parviennent qu'aux mers et aux vents, se répandant seulement sur l'Océan sourd et lointain. Dans l'Inde ils donnent carrière à tous les vices qui peuvent conduire à une rapide fortune. En Angleterre, les mêmes vantent ces vertus qui donnent la richesse héréditaire. Arrivés en Angleterre, ceux qui ont détruit la noblesse et l'aristocratie de tout un pays seront admis dans la meilleure société de ce pays-ci, aux tables les plus élégantes et les plus hospitalières. Ici l'industriel et l'agriculteur béniront la bonté et l'intelligence de celui dont les mains ont dans l'Inde arraché les tissus du métier où on les travaillait, celui qui a enlevé la misérable ration de sel et de riz au malheureux paysan du Bengale, qui lui a extorqué l'opium même par lequel il trouve l'oubli de son oppression et de ses oppresseurs. Ils se marient dans vos familles, ils entrent dans votre sénat, ils libèrent vos domaines de leurs charges par l'argent qu'ils vous prêtent, ils en augmentent la valeur par leurs achats, ils chérissent et protègent les parents qui sont pour vous une lourde charge et il n'y a pas pour ainsi dire une famille dans le royaume qui ne soit intéressée de quelque manière que ce soit dans leurs affaires, de telle sorte que toute tentative de réforme dans nos possessions de l'Inde apparaît tout de suite sous un caractère antipathique et vexatoire, et blesse ceux qui peuvent, à la fois, être très utiles par leur reconnaissance ou très dangereux par leur ressentiment. Si vous réussissez, vous sauverez des malheureux qui sont à peine en état de vous remercier (i).

Est-ce qu'une grande partie de ces éléments de faiblesse nationale et de décadence (pue Burke décrivait ainsi ne sont pas aujourd'hui à la racine de notre diplomatie et de notre gouvernement ?

Les agioteurs de la Bourse et les aventuriers de la finance

(i) Discours sur le projet de loi de Fox sur les Indes. Œuvres, t. III p. (i;6.

n'ont-ils pas joué un rôle beaucoup trop considérable dans la direction de notre politique intérieure et extérieure? Le désir du gain et la soif des richesses n'ont-ils pas supplanté les idées de devoir et les obligations de l'honneur?

La nation qui consent à trafiquer de son honneur et de ses devoirs est sur la pente de la ruine, quelque éloignée que la catastrophe finale puisse paraître. Elle a dans ses veines un poison qui amènera tôt ou tard sa mort. Ce à quoi on peut comparer le plus exactement l'Empire britannique tant par son étendue que par son influence, c'est au vieil empire de la Rome païenne et, aux yeux de celui qui voit au delà de l'extérieur brillant, n'y a-t-il pas beaucoup de ces symptômes de mauvais augure qui enflammaient l'indignation de Juvénal et faisaient apparaître à ses yeux perspicaces le déclin inévitable et la chute de cet empire, décrite par un historien anglais ? Le poëte satirique se plaint amèrement que « l'Oronte syrien laisse couler ses eaux dans le Tibre » et noie la Cité aux Sept-Gollines dans les flots du luxe et de la corruption de l'Orient : à tel point, que cela ne sert plus à rien à la jeunesse romaine d'avoir, pendant son enfance, respiré l'air de l'Aventin et d'avoir été nourrie des olives sabincs (i).

Il revient à ce thème ailleurs et montre le contraste entre les vertus de l'ancienne Rome, alors qu'elle était pauvre, et la dégénérescence qu'ont engendrée l'apport des richesses enlevées à l'univers vaincu :

Une humble fortune conservait autrefois l'innocence des femmes latines : de longs travaux, un sommeil court, leurs mains endurcies à préparer la laine, Hannibal aux portes de Rome et les maris en sentinelle sur la porte Colline, garantissaient leurs cabanes des atteintes du vice. Nous subissons à présent les maux inséparables d'une longue paix : plus cruel que le glaive, le luxe nous accable et

(i) Jam pridem Sjtus in Tiberim defluxit Orontes,

Et linguam, et mores et cum tibicine chordas Obliquas, nec non gentilia tympana secum Vexit, i't ad circum jussas prostare [niellas : lie quibus grata est picta lu/>a barbara mitra! Rusticus ille luui sumit trechedipna, Quirine, Et cerematico fert niceteria collo!

Juvénal, Sut. III, Ga-fi?.

venge l'univers asservi. Tous les crimes, tous les forfaits qu'enfante la débauche régnent ici depuis que Rome vit périr sa noble pauvreté. L'opulence infecta nos collines de la mollesse de Sybaris, de Rhodes et Millet et de Tarente dont les citoyens couronnés de pampres

s'enivrent sans cesse (1).

Lord Lansdowne nous a dernièrement assurés que si nous nous croyons réellement obligés de secourir les Arméniens, nous devons préparer nos esprits à l'idée de la conscription et Lord Salisbury a répété l'argument dans son récent discours à Guildhall. Il peut y avoir là une bonne raison pour ne pas conclure toute alliance avec les Puissances du continent et éviter ainsi tout embarras dans l'avenir : pour ma part, je pense que nous n'avons pas plus à nous occuper des affaires politiques du continent que les États-Unis par exemple. Ayons une flotte assez puissante pour défendre nos intérêts — qui ne sont pas moins moraux que matériels — entretenons des relations amicales et cordiales avec nos voisins, et alors il ne semble pas qu'il y ait quelque probabilité que nous soyons jamais obligés de débarquer des troupes sur le continent. Moins nous serons mêlés aux querelles des Puissances continentales, plus elles nous respecteront et même nous redouteront. Mais nous sommes tenus par les engagements les plus formels et par l'honneur de faire tout notre possible pour les Arméniens. C'est nous qui, plus que tous, sommes cause de ce qui leur est arrivé et qui sommes tenus en conséquence de faire le plus d'efforts pour les dédommager des maux qu'ils ont soufferts par notre faute.

Cela certainement peut se faire sans qu'il faille recourir à la conscription. Je suis certainement présomptueux de vouloir critiquer l'opinion de tant d'hommes éminents: mais, de nouveau cependant, je vais me hasardera la critique de cette partie du discours de Lord Salisbury à Guildhall. « Si, déclare-t-il, vous voulez améliorer par la forte et contre la volonté du gouvernement existant, l'état des choses en Turquie, protéger l'industrie et la vie des habitants de ces régions, vous ne le pourrez qu'en les occupant militairement. L'occupation militaire d'un pays est une grosse entreprise qui, pour être menée à bien de-

(i) Juvcnal, Sat. VI, 287-298.

•j38 le sultan et les grandes puissances

mande de grandes forces militaires. Il n'est pas de flotte au monde qui puisse y suflire, car il n'est pas de flotte qui puisse franchir le Taurus pour protéger eftîcacement les Arméniens. »

Cet argument me fait penser au boxeur de Thucydide qui, au lieu de parer les coups de son adversaire et de diriger les siens du meilleur côté, restait à se frotter à chaque endroit du corps où son adversaire le touchait.

Les troubles d'Arménie ont leur racine et leur cause à Yildiz-Kiosk, et il n'est pas besoin de grandes forces militaires terrestres, ni même de forces militaires terrestres du tout, pour atteindre l'auteur responsable de tout le mal. N'importe quelle flotte le peut, même la plus petite, même sans passer les Dardanelles. Il n'est pas de gouvernement au monde qui soit aussi vulnérable sur mer que l'Empire ottoman. Sur une vingtaine de points de son territoire, une occupation navale à laquelle il ne pourrait opposer aucune résistance sérieuse est possible, car le Sultan n'a pas de flotte.

Mais, en fait, aucune occupation, pas plus navale que terrestre, n'est nécessaire si les Puissances (ou même une seule d'entre elles, pourvu que les autres ne s'opposent pas à son action) formulaient leurs demandes et invitaient le Sultan à donner une réponse favorable au bout de quelques jours, s'il ne voulait pas voir quelque portion de son territoire occupée par une force navale. La seule chose nécessaire, c'est de convaincre le Sultan que les Puissances sont décidées à agir. Qu'il en soit persuadé et il se soumettra aussitôt. Que l'on nous laisse tranquille avec les réformes inutiles, à propos desquelles on a fait tant de bruit pendant dix-huit mois et qui n'ont même plus de bases depuis les massacres du Sultan, accomplis pour les éluder, et qu'il soit obligé de choisir avec l'assentiment des Puissances des fonctionnaires européens qu'il ne pourrait déplacer ni révoquer sans leur consentement, qui seraient aidés par une gendarmerie mixte composée à la fois de musulmans et de chrétiens et alors l'Anatolie et la Macédoine seront pacifiées sans qu'il y ait besoin de nouvelles lois.

Les lois promulguées par le Sultan Medjid dans le Hatt-I- Humaioun de i856 sufliront à tous les besoins, pourvu qu'elles soient observées, et à cela il n'y aura non plus aucune difliculté si ceux qui en sont chargés ne dépendent du Sultan

ni pour leur action, ni pour leur nomination, ni pour le paiement de leurs salaires.

Je crois avoir prouve qu'il n'y a aucunes raisons de craindre une opposition sérieuse des populations locales. Tous, musulmans et chrétiens également, ne seraient que trop heureux de se trouver en présence d'une organisation qui, tout en les délivrant de la domination rapace et cruelle du Sultan, leur garantirait le libre exercice de leur religion et la possession tranquille de leurs biens. « C'est dans la tète que le poisson est pourri », dit le proverbe turc que j'ai cité au début de cet ouvrage. Le Sultan et sa troupe de fonctionnaires corrompus sont les seuls auteurs de tout le mal. Qu'il règne, mais ne gouverne pas, et l'intégrité territoriale de son empire sera préservée jusqu'à ce qu'un régime meilleur puisse le remplacer. Les diflicultés que soulève cette question sont considérablement exagérées par les jalousies réciproques et les craintes déraisonnables des Puissances. Naturellement le Sultan essaie de mettre les Puissances en échec par son fameux argument du fanatisme des habitants. Mais il serait facile de le rétorquer en lui annonçant que les Puissances le considéreront comme personnellement responsable de tous désordres.

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