‹ Le sultan et les grandes puissancesChapitre 9 sur 50 · NE PEUT-ON RIEN FAIRE? I · texte numérisé non relu

NE PEUT-ON RIEN FAIRE? I

nières et le tact du prince de Galles dans ces tristes circonstances, avait l'ait une impression profonde dans l'esprit public russe.

Si le gouvernement libéral avait profite de cet instant propice, je crois que tout aurait pu s'arranger, par notre accord avec la Russie et sans l'intervention des autres puissances. L'on aurait pu se concilier l' amour-propre (i) delà Russie en admettant la caducité de la convention de Chypre et en l'invitant à faire entrer ses troupes en Arménie, tandis que la flotte anglaise, si cela avait été nécessaire, aurait occupé Smyrne ou quelque autre place, à la suite d'un accord entre les deux pays. La seule menace d'une telle entente aurait fait se préciter à genoux l'abjecte lâche de Yildiz-Kiosk. Mais qu'arrivat-il ? Le gouvernement de Lord Rosebery invita le Sultan à nommer une commission d'enquête purement turque: oninsista même fortement auprès de lui pour l'y décider. Qu'attendaientils d'une commission nommée par le Sultan? Croyaient-ils réellement que l'enquête entreprise par lui serait honnête et loyale? Ne savaient-ils pas ,que l'enfer de la tyrannie turque est pavé des rapports mensongers de commissions également turques, dont la seule mission est d'acquitter les coupables et de condamner les innocents. Naturellement le Sultan perdit des mois aux préliminaires et d'autres mois à la lugubre plaisanterie de son enquête. Et pendant ce temps les Arméniens étaient chassés de leurs demeures, se voyaient ravir l'honneur et la vie, tandis que la Hotte anglaise, croisantle long descotes de l'Asie Mineure au lieu de menacer le Sultan, faisait échange d'hospitalité avec les Pachas ottomans.

Tout ce crime ne s'accomplit pas sans un solennel avertissement de la Russie, comme le montre le passage suivant d'une dépêche de l'ambassadeur anglais à Saint-Pétersbourg :

Son Excellence (le prince Lobanoff) répondit qu'il n'avait jamais eu grand espoir d'un résultai satisfaisant (à attendre de la commission turque) et qu'il doutait que l'on poursuivît jamais ceux qui avaient perpétré les massacres de Sassun. D'après son opinion, cependant, la question la plus importante c'était de savoir ce que

(i) En français dans le texte. (N. du T.)

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l'on ferait lorsque la commission aurait terminé ses travaux. 11 espérait sincèrement que des propositions pratiques seraient émises.

C'était là une invitation directe au gouvernement anglais d'entrer en négociations avec la Russie, sur la question d'Arménie. Quelle l'ut la réponse ? Un silence qui équivalait à un refus. Ceci n'était-il pas fait pour exciter les soupçons de la Russie ? Mais le prince LobanolF lit une nouvelle tentative pour arriver à une entente avec 1" Angleterre.

La Russie était sérieusement alarmée alors par l'abaissement subit de la Chine, comme par l'apparition soudaine du Japon au rang de puissance de premier ordre. Ce ne fut ni l'Autriche, ni l'Allemagne, ni même la France que la Russie invita alors à agir avec elle en Extrême-Orient, ce fut l'Angleterre à laquelle s'adressa son invitation, sous la promesse implicite de concourir avec elle à la pacification de l'Arménie. De nouveau l'offre de la Russie fut repoussée et le résultat ce fut : d'abord que la France et l'Allemagne furent invitées à prendre la place que l'Angleterre avait refusée : ensuite que l'Arménie fut dévastée et ruinée; enfin qu'au Japon furent imposées des conditions beaucoup plus dures que si nous avions accepté de la Russie sa proposition d'une action en commun.

Ceci fut le commencement de l'isolement de l'Angleterre. Puis vint le projet avorté de réformes, que le Sultan traita avecune telle désinvolture que pendant trois semaines il ne daigna même pas dire s'il l'approuvait ou non, ni même s'il l'avait lu. Pourquoi endura-t-on cette insolence? et qu'était ce plan de réformes lui-même ? Il n'avait même pas la valeur du papier sur lequel il était écrit, comme je l'ai démontré à cette époque.

« Le projet de réformes, déclarait l'ambassadeur italien dans une dépêche à son gouvernement — lequel refusa d'avoir rien de commun avec la commission ou avec le plan de réformes — serait inutile » et il donnait, pour justifier cette opinion, d'excellentes raisons. Le prince Lobanoff le qualifia très exactement d' « impraticable».

Mais d'inutile qu'il était, simplement, dans sa forme originale, il devint en plus ridicule par l'abandon de la seule clause admissible qui s'y trouva — c'est-à-dire qu'un Haut-Commis-

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