Cf. FI. Pétrie, Researches in Sinaï, Londres
3. Cf. les Aventures de Sinouhit, dans les Contes populaires de l'Egypte ancienne, par C. Maspero, Paris, E. Guilmoto, 1904.
ont gardé jusqu'à nous leur place éminente dans les traditions de Thumanité.
Toute rhistoire pharaonique, durant quatre mille ans, du xlv* siècle au vi® siècle avant notre ère, nous montre (ju'en vérité le bonheur de l'Egypte est lié à la possession de cette « marche ». Quand, à ce vestibule, les Égyptiens font bonne garde, non seulement la paix et Tabondance régnent sur le Nil, mais l'autorité de Pharaon monte à travers la Palestine et la Syrie, jusqu'à l'Euphrate et jusqu'à l'Asie Mineure, au long de cette piste de guerre que suivaient les Séti et les Ramsès du xv® siècle avant Jésus-Christ, que Bonaparte et Mehemet-Ali rouvrirent au siècle dernier. Dès que, par faiblesse ou par négligence, Pharaon abandonne cet avant-poste, non seulement les Bédouins ravagent les champs et les villages du bas Fleuve, mais les peuples de l'Asie antérieure, prenant à rebours cette route syrienne, viennent installer leur conquête sur les ruines de l'empire memphite ou thébain : les Hyksos et Shasiou, les Pasteurs et Pillards de Syrie, puis les Assyriens d'Assarhadon, puis les Perses de Cambyse, enfin les Grecs d'Alexandre sont maîtres de l'Egypte entière, dès qu'ils ont forcé le guichet de ce désett.
Au VI* siècle avant notre ère, l'empire pharaonique tombe définitivement et jusqu'au début de notre xix® siècle, pendant près de deux mille quatre cents ans, l'Egypte asservie est annexée à quelque monarchie étrangère, empire de Suse, de Rome ou de Byzance, khalifat de Médine, de Damas ou de Bagdad,
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sultanat de Constantinople ; si parfois elle a un semblant d'existence propre, c'est sous la loi de soldats étrangers, Ptolémées, Fatimites ou Mameluks. Mais le même rythme continue de présider à son destin : elle change de maîtres, chaque fois que le Sinaï change de garnison.
Perses, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes et Turcs se succèdent sur le Nil : chacun d'eux se maintient sans peine dans la riche vallée, tant qu'il est assez fort ou assez vigilant pour se maintenir dans l'âpre montagne; l'un après l'autre, ils perdent leur ferme de la Terre Noire, dès qu'ils négligent les fortins et les guettes de la « marche » orientale. On peut entamer l'Egypte par d'autres frontières : les nègres du Soudan ont parfois sauté les cataractes ; les Berbères de l'Afrique sont accourus à travers les sables de l'ouest; Jes Peuples de la Mer infestaient déjà le Delta au xvi® siècle avant Jésus-Christ, — trois mille quatre cents ans avant les Français de Bonaparte et les Anglais de lord Wellesley.... Mais on ne tient l'Egypte que si l'on tient le Sinaï.
Pour les maîtres musulmans de l'Egypte, cette annexe eut plus d'importance encore : une route sacrée la trcrversait ; du fond du golfe de Suez au fond du golfe d'Akabah, cette piste menait vers Médine et la Mecque les- pèlerins de l'Afrique et de l'Occident, qui venaient se réunir au Caire et préféraient les fatigues du désert aux risques de la navigation entre Suez et Djeddah. La mer Rouge a toujours eu mauvaise réputation. Par la route terrestre, du Caire à Suez, de
Suez à Akabah, puis tout le long de la côte arabique jusqu'à Yambo, port de Médine, la sainte caravane, le hadj^ s'en allait derrière le chameau sacré, le mahmaly qui dans une litière close portait aux Lieux Saints le tapis et les présents offerts par les khalifes, sultans, émirs ou pachas du Caire. Le voyage durait trente-sept jours. On marchait la nuit; on se reposait tout le jour, car les chaleurs sont accablantes à travers ces rocs et sables surchauffés. On ne rencontrait que quelques points d'eau, où les Bédouins exigeaient un droit de passage. Certaines tribus affamées ne vivaient que du conVoi ou du pillage de la caravane :
Les Hoveïtat, qui habitent sur la côte du golfe oriental de la mer Rouge, reçoivent généralement leurs approvisionnements de vivres du pays voisin de Khalil. Si la récolte n'a pas été abondante en Syrie, ces Arabes font le voyage du Caire, qui est éloigné d'une quinzaine de jours de route et s'y procurent la quantité de blé qui leur est nécessaire. Les Omran, qui habitent les montagnes entre Akabah et Mouïleh, sur la côte du golfe Arabique, sont une tribu forte et d'un caractère indépendant. Leurs déprédations fréquentes les rendent des objets de terreur pour les pèlerins. A l'époque où Mehemet-Ali, pacha d'Egypte, réduisit à une soumission complète toutes les autres tribus le long de la route des pèlerins, les Omran continuèrent leur train ordinaire. En 1814, ils attaquèrent et pillèrent près d'Akabah un détachement de cavalerie turque, et en 1815 ils dépouillèrent tout le corps avancé de la caravane de Syrie *.
i. J.-L. Burckhardt, Voyages en Arabie^ trad. J.-B. Eyriès, III, p. 283-284.
La sécurité de cette route, son approvisionnement en blé, en eau douce et en chameaux de relais fut l'un des soins les plus constants des souverains et des pachas du Caire, jusqu'au jour où la navigation à vapeur, à travers Tisthme coupé, fit adopter, par la grande majorité des pèlerins occidentaux, la roule de mer plus rapide, plus confortable et plus sûre. Pourtant quelques vrais dévots continuent de préférer le chemin du mahmal : sur terre, le hadji (pèlerin) scrupuleux a tout le temps et la place pour ses ablutions et exercices de piété, et il évite le contact de r Infidèle.
Quand, au milieu de notre xix* siècle, Mehemet-Ali recouvra pour son Egypte, sinon la complète indépendance, du moins l'autonomie, cet Albanais ignorant (il savait à peine épeler et signer son nom) ne fut pas entraîné par les leçons de l'histoire à revendiquer la « marche » du Sinaï : il lui suffisait de son expérience de pacha turc. Durant les trentecinq années (1805-1840) où, de nom, il n'était encore que pacha, préfet révocable à toute heure, mais où, de fait, son autorité était déjà quasi souveraine, il avait appris à connaître ces Bédouins. Le Cherkieh^ le Levant^ de son Delta était entre leurs mains :
Les tribus de ces Arabes du Scherkieh, attirées par la fertilité du pays, furent autrefois très puissantes, — racontait J.-L. Burckhardt en 1816. — Durant le règne des Mamelouks en Egypte, on peut dire qu'elles étaient les seules niaHresses de la province de Scherkieh; elles exigeaient un tribut de tous les villages; plusieurs de ceux-ci leur
appartenaient et les paysans étaient obligés de partager le produit de leurs champs avec ces propriétaires... Meheraet- Ali non seulement les subjugua, mais aussi les extermina presque entièrement; parla il rendit un service essentiel à ses propres Égyptiens, qui avaient toujours été extrêmement maltraités par ces tribus *.
Mais, ces tribus exterminées, d'autres survinrent; du fond de TArabie, elles accouraient « soit comme fugitives pour trouver un asile, soit pour profiter des avantages que des brigands peuvent dériver du voisinage d'un pays aussi riche que TÉgypte ». C'était le temps où l'Arabie entière était un champ de bataille ; la prédication des Wahabites jetait le Nedjed sur le Hedjaz, le Hedjaz sur le Tihamah, débordait jusqu'à la mer Rouge et jusqu'au Sinaï. Après la conquête du Cherkieh, Mehemet-Ali dut intervenir dans les querelles du désert, puis risquer en pleine Arabie, jusqu'au Hedjaz et môme au Nedjed, de longues et coûteuses expéditions : la Porte l'obligeait à cette politique offensive, moins pour protéger son pachalik d'Egypte que pour conserver les Deux Harems de Médine et la Mecque.
Après l'Arabie, ce fut le tour de la Syrie, de la Cilicie et même de l'Asie Mineure : les soldats* de Mehemet-Ali parurent au delà du Liban, del'Amanus, du Taurus. Vingt-cinq ans de victoires inutiles (1815- 1840) laissèrent du moins à TÉgypte cette frontière du Sinaï : en 1841, les Puissances forcèrent Mehemet-