Trad. Guyard, III, p
laquelle il y a des bains, de nombreux vergers et des fruits excellents, abricots, grenades, poires....
Chaubak est une petite ville qui renferme beaucoup de. vergers. Deux sources jaillissent du pied de sa citadelle, Tune à droite, l'autre à gauche, comme les deux yeux sur UQ visage, et elles donnent naissance à deux ruisseaux qui traversent la ville et arrosent les vergers dans une vallée à l'ouest de la ville. Les fruits, abricots et autres, en sont excellents : on les exporte en Egypte....
Amman est une ville ruinée dès avant l'islamisme; il en reste des ruines imposantes, au pied desquelles coule la Zarka, rivière qui se trouve sur le chemin des pèlerins de Syrie; le sol est bon et fertile; le térébinthe et d'autres arbres y croissent et les environs sont cultivés.
Sait est une petite ville, située sur la montagne du Ghaur en face de Jéricho. Du pied de la citadelle jaillit une source abondante d'où se forme un cours d'eau qui pénètre dans la ville. Sait possède de nombreux vergers. Les grenades qu'on en exporté sont célèbres partout.
150000 habitants à peine (dont 125 000 Bédouins) sont errants ou dispersés dans cette province déshabitée, qui sûrement pourrait offrir à la charrue deux millions d'hectares '. Le jour où se régleront enfin les comptes de Macédoine, les musulmans fuiront cette terre redevenue chrétienne : des convois de mohadjirs (émigrants) quitteront Salonique, comme d'autres jadis ont quitté Coron et Modon, comme d'autres aujourd'hui quittent Rhétymno, Candie et la Canée. Les mohadjirs de Coron et de Modon, transportés à Adalia, ont repeuplé la Pamphylie; les mohadjirs crétois remettent en culti^re le rivage cili-
1. Cf. G.-R. Lees, Âcrosi Southern Bashan, Geog. Journal, 1895, p. 1-25.
lispose au delà du Jourdain de r ses futurs mohadjirs de Macéinces savent préparer cet exode, p de souffrances à ces malheureux, oliesdu Maître.
plus méridional, ce plateau de geurs comparent à la Beauce et à jonvenir à des paysans de Macé-
tui vaut un climat presque temas à Deraa, la pente est descenù 700 mètres d'altitude, et Oeraa de Deraa à Maan, durant quelque es, malgré des bosses et des trous 711, Amman à Iacotc6l8, Kasr-es- Katraneh à la cote 783), un u plat \ l'altitude de 1 100 mètres... Sur onique à Khaïra, sur les rails, de Tansport des mohadjirs ne serait ble; déjà vingt mille émigrés de e encombrent les rues de Damas.
la ligne khalifale se coude vers le gradins, les akabah de Syrie à la cote 1130), et file vers dans la partie la plus nue, mais mentée du parcours : durant des de poser traverses et rails sur le
la voie était entièrement consiwéré(àll4 kilomètres de Maan],
presque achevée jusqu'à Tebouk (à 117 kilomètres de Moudéwéré) ; la quatrième section tout entière de Maan à Tebouk (331 kilomètres) est aujourd'hui en exploitation, et le 1" septembre 1907, Auler-pacha inaugurait le tronçon Tebouk-Medaïn Salih. De Damas à Medaïn Salih, neuf cents ou mille kilomètres sont donc construits : il ne manque plus que soixante lieues de rails pour atteindre Médine, où Ton compte arriver en 1910, puis cent autres lieues encore pour atteindre la Mecque, où Ton pense fêter le baïram de Fan de Thégire 1319 (1913).
Sur ces derniers tronçons, les conseillers allemands du Khalife font d'avance toutes leurs réserves. Aulerpacha, dans sa brochure die Hedschas-Bahn, signale les grands obstacles qu'opposeront les déserts et les Bédouins, l'absence presque complète de sources et d'habitations; on devra échelonner, devant, derrière et tout contre les chantiers, une petite armée de protection; la nourriture et la boisson de cette foule seront un problème difficile et coûteux... Le sultan vient d'envoyer Auler-pacha (septembre 1907) pour décider de l'avancée ou de l'arrêt des travaux au delà de Medaïn Salih.
Mais, ici encore, de la ligne principale, un projet d'embranchement s'est détaché qui, môme avant d'être réalisé, est devenu fameux : il a mené des troupes turques au golfe du Sinaï.
i64 LE SULTAN ET L'ISLAM
En janvier 1906, on apprenait que les troupes turques avaient franchi la frontière égyptienne pour occuper un petit port de la mer Rouge, nommé Tabah. La mer Rouge se termine au nord par deux longues cornes que sépare la presqu'île du Sinaï; Tune, entre le Sïnai et TÉgypte, est le golfe de Suez, que le Canal peuple de navires; Tautre, entre le Sinaï et TArabie, est le golfe d'Âkabah, longé par deux déserts, terminé par un désert. Akabah, tout au fond de ce golfe, sur la côte arabique, est turque. Tabah, sur la côte sinaïtique, est, sans contestation possible, égyptienne. Entre ces deux points vient aboutir la frontière indiquée depuis 1841, fixée depuis 1892, et qui donne au Khédive toute la presqu'île du Sinaï.
De tout temps, le Sinaï fut une dépendance de rÉgypte : les Pharaons, cinq mille ans avant Jésus- Christ, Toccupaient déjà. La sécurité de leur « Terre Noire » — Qimit : c'était le nom qu'ils donnaient à leur limoneuse vallée — leur avait imposé cette annexion. Les sables du Sinaï amenaient jusqu'aux sillons égyptiens les tourbillons des nomades. Ce triangle de hautes terres n'est qu'un chaos de pics dénudés et de ravins brûlants, où quelques malheureuses tribus errent de puits en pâturages. Le moindre orage politique ou religieux, qui s'élevait au désert, une querelle de tribus, une année de sécheresse jetaient sur la Terre Noire ces sauterelles
affamées, qui parfois réussissaient à implanter leurs générations dévastatrices dans le Delta et jusque dans la haute vallée du Nil.
Contre les invasions ou les razzias des Bédouins*, le Sinaï garni de forteresses et de postes devint le bastion avancé de la Terre Noire, une sorte de zone militaire entre la vie agricole du Fleuve et l'anarchie nomade du désert. Puis les officiers de Pharaon y découvrirent des mines de cuivre et de turquoises que Snofroui, Khéops et Pépi, les régents de Tantique Memphis, les bâtisseurs de Pyramides, exploitaient dès le XLV* siècle avant notre ère *. La littérature pharaonique nous conte abondamment la richesse de ces mines et les aventures de ceux que leurs affaires ou leurs malheurs menaient en ce pays de mirage : fuyant la colère de Pharaon, les personnages en disgrâce et les peuples en révolte venaient s'y fuire oublier; le prince « héréditaire, l'homme du roi, l'ami unique », Sinouhit, devenu cheikh parmi ces Bédouins, puis relevé en grâce auprès de Pharaon, resta l'un des héros enviés des contes de l'ancienne Egypte ^ ; Moise et ses compagnons de fuite, devenus in exitu Israël de Egypio les familiers du Seigneur redoutable, qui habite les nuées du Sinaï,
1. Cf. The Bédouin of ihe Sinaïtic Peninsulùt by W.-E. Jennings- Bramley, Quarter/j Statement of Palestine Exploration Fund, 1906-1907; E. Mygind, Vom Bosporus zum Sinaï, Konstantinopel, 1905.